Le Club Africain, club prestigieux de Tunis, possède un palmarès impressionnant, notamment dans la discipline du volley-ball. L'équipe féminine a marqué les esprits dès sa création en 1958, remportant le doublé coupe et championnat dès sa première année. Mais l'histoire du club dépasse largement le cadre sportif, s'inscrivant dans un contexte historique et identitaire fort.
Les Racines du Club : Un Acte de Résistance
Survoler l’histoire du Club Africain en quelques mots est un exercice périlleux tant l’itinéraire est pavé de défis, de conquêtes, de symboles et de représentations. La naissance du Club Africain était l’aboutissement d’un processus d’accouchement douloureux. Fruit de l’investissement et du sacrifice de quelques hommes de conviction et de vision, le club est né dans l’adversité, au terme d’une longue épreuve de force.
Le Club Africain est le prolongement naturel du Stade Africain, association fondée en 1915 et dissoute en 1918, dont il a conservé les couleurs, l’esprit et le nom ainsi qu’un noyau de joueurs, particulièrement Mohamed Soudani. Mohamed Soudani et Jameleddine Bousnina furent les deux véritables chevilles ouvrières du processus de création du club.
Pour restituer le cadre de création du club, convient-il d’intégrer la dimension histoire et ainsi placer la naissance du club dans son contexte historique. Nombre d’évènements d’ordre politique et sportif, au niveau aussi bien national qu’international, ont concouru directement ou indirectement à l’émergence d’une volonté nationale revendicative, et par ricochet, à la focalisation des tunisiens musulmans sur la nécessité de se doter d’une association sportive représentative. Parmi ces éléments, on peut citer :
- Les quatorze Points du Président américain Wilson dont le message avait entrouvert la porte aux principes d’auto-détermination et d’indépendance pour les pays soumis au joug colonialiste.
- La Déclaration Belfour de 1917, laquelle Déclaration attisa l’hostilité entre les communautés musulmane, chrétienne et juive.
- Développement d’une conscience politique nationale et d’une plate-forme idéologique de lutte, certes embryonnaire mais de plus en plus manifeste.
- Un match houleux, joué a priori en 1918, opposant le Stade Africain (composé de tunisiens musulmans, entre autres joueurs) et le Club tunisois (composé essentiellement de juifs) avait tourné à l’émeute et avait donné lieu à des représailles entre musulmans et juifs tunisiens. Ces deux associations furent dissoutes.
Le Club Africain fut certes officiellement autorisé à exercer le 04 Octobre 1920, mais son itinéraire n’avait pas débuté à cette date. L’appellation "Club Africain" fut proposée par Abdelmajid Chahed, immédiatement entérinée par tout le groupe. Rien que l’appellation « Club Africain » constitue déjà tout un programme, ceci dénote une certaine conscience politique et atteste que dans l’esprit des fondateurs du CA, la démarche associative était un moyen de résistance et de mobilisation contre l’occupation coloniale.
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Dans le même registre, l’adjonction du terme « africain » au nom d’une association tunisienne, qui plus était régie alors par le droit français, était un choix conforme à l’histoire et chargé de significations. En effet, la Tunisie, qui s’appelait naguère Ifriqiya, a donné son nom à tout un continent, en l’occurrence l’Afrique. Par conséquent, s’appeler « Club Africain » au début du 20eme siècle avait valeur de symbole et s’apparentait beaucoup plus à un cri de ralliement et à un appel de l’histoire. Il y a quelque chose de fédérateur et de solidaire dans ce nom.
Le choix des couleurs du CA, à savoir le Rouge et le Blanc, n’était pas non plus intempestif ou aléatoire. Au contraire, il procédait de la même vision, s’appuyait sur les mêmes convictions. Le club était un vecteur identificatoire et un support à la cause nationale. Le fait d’adopter et d’imposer, malgré le diktat colonial, les couleurs du drapeau tunisien n’est-il pas révélateur d’une conscience nationale et d’un esprit de résistance !?
Le Club Africain : Un Pilier de la Culture Tunisienne
Depuis sa naissance, le CA s’était identifié à la cause nationale, ses fondateurs lui avaient conféré des dimensions idéologiques et humaines et ses partisans ont enraciné cet esprit de génération en génération. Sur un autre plan, la dimension culturelle et identitaire était également présente dans l’esprit des fondateurs du CA dont une bonne partie était des hommes de lettre et d’art ayant marqué le patrimoine culturel tunisien. A ses débuts, le CA articulait ses activités sur trois axes, à savoir, le sport, la musique et le théâtre.
Dans les années cinquante, le CA était derrière la présentation de certaines pièces de théâtre , écrites, entre autres, par Ahmed Khairiddine, grand monsieur du théâtre tunisien et clubiste des premières heures. Mohamed Abdelaziz Agrebi et Abderrazek Karabaka, grandes figures artistiques tunisiennes, ont été parmi les premiers pionniers clubistes.
Les Grandes Époques du Club
En résumé, et sans trop schématiser, on pourrait identifier trois principales phases dans l’itinéraire du CA, chacune étant régie par une logique propre, animée par des motivations contextuelles et confrontée à des contraintes spécifiques. En dépit d’une genèse difficile et d’une évolution heurtée, Le CA a pu maintenir le cap sans déroger aux principes de départ ni se dérober à son rôle national.
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La Période Anti-Colonialiste (1920-1956)
L’aspect sportif fût le levier pour mobiliser et encadrer la jeunesse tunisienne dans une perspective anti-colonialiste, certes non frontale mais néanmoins militante. Donc, ni la démarche ni l’objectif n’obéissaient à des mobiles exclusivement sportifs. Le profil des fondateurs du CA, la dimension politique et identitaire de leur projet en témoignent. Il est à signaler que le football était durant cette période la principale activité sportive du CA, il y avait certes le base-ball, mais cette section n’avait pas fait long feu.
- Accession à la première division en 1937.
- Premier titre de champion à la saison 1947-1948.
- Contribution du club à l’enracinement de la culture tunisienne, la création de la Rachidia et la contribution à la formation d’un théâtre tunisien, en sont les témoignages les plus incontestables. Il n’est pas inopportun de rappeler que le club disposait de sa propre troupe théâtrale depuis les années trente.
- Le CA est le premier club tunisien à donner une identité à un quartier, à savoir Bab-Djedid, lieu de mémoire et d’appartenance. Cette alliance club/quartier a été dès le départ un vecteur d’identification, le premier levier, dans l’histoire moderne de la Tunisie, liant viscéralement un club à un faubourg.
Sur un autre plan, et durant la dite période, le club a résisté à certaines velléités de défiguration sinon d’enclavement pour se positionner comme club ayant sa propre identité. Citons particulièrement la tentative, vite avortée, de Habib Bourguiba de fusionner le Club Africain avec l’Espérance de Tunis en 1934, année où Bourguiba s’était démarqué du parti libéral constitutionnel ( Hezb horr destouri) et, en dissidence, avait crée le parti du néo-destour , le 2 Mars 1934 à Ksar Helal. Cet épisode démontre que 14 années après sa création le club disposait déjà de sa propre identité et avait suffisamment de force pour refuser l’injonction de Bourguiba, le nouvel homme fort de la Tunisie de l’époque.
L'Âge d'Or (1956-1990)
Il s’agit de la période- épopée durant laquelle le CA, le vent en poupe, a récolté la majorité de ses trophées sur le plan aussi bien national que régional. Omnisports et omniprésent, le CA a marqué cette période de son empreinte et a redoré à maintes reprises le blason national. Durant cette période, deux présidents, entres autres, ont marqué de leur empreinte l’évolution du club et ont stabilisé sur structures et ses fondements, à savoir, Azzouz Lasram et Ferid Mokhtar. Dans le domaine sportive, deux hommes ont également façonné une certaine culture de jeu bien clubiste.
Il est clair que le club s’appuyait, lors de cette période, sur le double plan administratif et sportif, sur un environnement de stabilité et sur des hommes de projet, lesquels inscrivaient leurs actions dans une vision stratégique. Sur un autre plan, le club a mis en place une structure avant-gardiste, en l’occurrence "le comité des sages" que les autres associations n’ont pas manqué d’imiter. Ce comité agissait comme gardien du temple clubiste et apportait un concours financier régulier et prévisible.
- La formation a toujours été un des principaux piliers du temple clubiste et un des plus importants ciments de son identité, et il ne s’agit pas de la formation dans son acceptation sportive uniquement. De tout temps, le CA s’appuyait sur ses enfants, sur le terrain et en dehors du rectangle vert. Une grande école de formation de dirigeants, voilà le principal capital le pilier stratégique du club.
- Depuis sa création, le CA a toujours cultivé la notion de grande famille.
- Depuis toujours, le peuple clubiste s’est identifié au club et l’a tellement porté au bout des bras qu’il marque bien sa présence dans les stades et en dehors. La grande identification des supporters au club traduit, du moins en partie, la vitalité de l’identité du club. A titre illustratif, durant toutes les années 80, le club n’a pas gagné de titre sans que cette "traversée du désert" n’ait donné lieu à de grandes crises car le ciment identitaire et liens de confiance et de loyauté entre la base et le sommet agissaient comme un puissant écran protecteur. Jamais "la rue" n’a fait acte de désolidarisation ni tenté d’imposer des décisions.
- Bab-Djedid, lieu de naissance, creuset de la mémoire et fief attitré, était le centre de gravité de la mouvance clubiste.
Période de Turbulences et de Mutations (Depuis 1990)
Cette période a débuté avec la conquête historique du quadruplé, performance unique dans les annales du football tunisien, réalisée avec les enfants de cru, tous formés dans la moule clubiste. Cette prouesse sportive sans précédent a été, semble-t-il, mal digérée et notamment mal rentabilisée. L’euphorie ambiante, conjuguée à la mutation de l’environnement sportif tunisien, a fait glisser lentement le club en dehors de son champ de performance et de son terreau naturel vers des sentiers plus ou moins incompatibles avec ses forces motrices.
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De par son histoire et son propre itinéraire, le CA est resté un club assez introverti, et de ce fait, pratiquement incapable d’amortir des mutations brusques. Les crises qu’il a connues sont essentiellement des crises d’identité, les échecs sportifs n’en sont que les manifestations. En effet, le CA ne pouvait et ne peut évoluer qu’en étant réconcilié avec soi-même et avec son environnement. Est-ce par hasard que les crises du CA ont coïncidé avec la transformation du paysage sportif tunisien et l’introduction forcée de ce professionnalisme à la tunisienne !
Compte tenu de sa rigidité et de son introversion, le CA est pratiquement le club qui a le plus souffert du bouleversement du contexte sportif et réglementaire tunisien ! Au cours de cette période, le CA a connu, séparément ou simultanément, nombre de crises dont l’acuité et l’incidence varient selon le contexte et le bilan. De nouvelles approches ont été développées et stigmatisées, de nouvelles contraintes et de nouvelles habitudes ont pris le pas.
- La dimension formation, l’épine dorsale et l’artère nourricière du club, a progressivement perdu son rang et sa culture, notamment lors des dix dernières années. Le recours de plus en plus systématique aux recrutements, souvent à fonds perdus, au mépris du bon sens sportif et au détriment des enfants de cru, le CA a récolté peu de titres par rapport à la période précédente !
- La notion de grande famille a cédé le pas au sectarisme et à l’exclusion. Le conflit d’intérêts a succédé à la communauté de vues.
- Entre le public et l’équipe dirigeante, un certain déphasage b…
Le Volley-ball au Club Africain : Un Palmarès en Construction
Si le football occupe une place prépondérante dans l'histoire du Club Africain, le volley-ball n'est pas en reste. L'équipe féminine a marqué les esprits dès sa création, et le club continue de former des joueurs de talent.
Top 10 des Meilleurs Volleyeurs Africains : La Tunisie en Force
Selon Volleybox.net, le top 10 des meilleurs volleyeurs de l’histoire du volley-ball africain est constitué de 4 Tunisiens, 2 Camerounais, 2 Égyptiens 1 Algérien et 1 Marocain. Ce classement, mis à jour après les Jeux olympiques de Paris 2024, est dominé par le pointu Russe Maksim Mikhaylov. Il prend en compte les trophées collectifs et les prix individuels remportés par les joueurs avec leur équipe nationale et leurs différents clubs, ainsi que le niveau du championnat.
Voici le top 10 :
- Ahmed Salah (Égypte) : Véritable phénomène, il a remporté 36 titres collectifs et 16 distinctions individuelles. Meilleur marqueur de la World Cup 2015 et de la CEV CUP 2012.
- Abdallah Bekhit (Égypte) : Passeur légendaire, considéré comme le meilleur volleyeur africain à son poste. Il compte 9 prix individuels, dont 3 fois meilleur passeur aux championnats d’Afrique des nations et MVP de la Cup d’Italie en 2007.
- Noureddine Hfaiedh (Tunisie) : Réceptionneur-attaquant, 31 trophées collectifs et 2 titres individuels.
- Mohammed Al Hachdadi (Maroc) : Ancien pointu d’Halkbank Ankara.
- Jean-Patrice Ndaki Mboulet (Cameroun) : Ancien capitaine des lions indomptables, 4 trophées collectifs et 7 distinctions individuelles.
- Nathan Wounembaina (Cameroun) : Ancien capitaine de chaumont Volleyball et de l’équipe nationale du Cameroun, le seul africain totalisant 10 saisons en Ligue A française.
- Anouer Taouerghi (Tunisie) : Libéro.
- Ismaïl Moalla (Tunisie) : Réceptionneur-attaquant, 24 trophées collectifs et 2 prix individuels.
- Hichem Guemmadi (Algérie) : Réceptionneur-attaquant.
La Tunisie, Pays Hôte du Championnat d'Afrique des Clubs Seniors Hommes 2022
La Confédération africaine de volley-ball (CAVB) a attribué à la Tunisie l’organisation de la 40ème édition du Championnat d’Afrique des Clubs Seniors Hommes, qui s'est déroulée du 5 au 18 mai 2022. La Tunisie avait abrité cette compétition, pour la treizième fois, en 2021. L’Espérance s’était alors adjugé le trophée, en venant à bout des Égyptiens du Zamalek (3-0). Al Ahly du Caire reste l’équipe la plus titrée de ce tournoi, avec 14 titres.
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