L'équipe féminine turque de volley-ball, surnommée les "Sultanes du Filet", a connu un succès retentissant en remportant le championnat d'Europe et la coupe du monde. Ces victoires ont uni une grande partie du pays dans la fierté nationale et ont mis en lumière le rôle des femmes dans la société turque. Cependant, ce succès a également déclenché une controverse, révélant les tensions entre les valeurs modernes et conservatrices en Turquie.
Un triomphe sportif et un symbole d'émancipation féminine
Le 3 septembre dernier, la Turquie est devenue championne d’Europe pour la première fois de son histoire en dominant la Serbie (3-2) en finale de l’Eurovolley 2023 à Bruxelles. Cette victoire, combinée à d'autres succès récents, a propulsé l'équipe féminine de volley-ball sur la scène médiatique. Au-delà de ses performances sportives, l'équipe est perçue comme un modèle d'émancipation féminine. L’historien Dogan Gürpinar souligne qu'elle a fait « brièvement fusionner libération des femmes et fierté nationale ». La capitaine Eda Erdem a dédié la victoire au public et à Mustafa Kemal Atatürk, ancien président turc qui a contribué à l'émancipation des femmes dans la république.
La victoire des "Sultanes du filet" à l’Euro 2023 de volley féminin a suscité une allégresse dans tout le pays. À leur descente d’avion, le 4 septembre, à Istanbul, la fête que le peuple turc a réservée à son équipe a renvoyé l’image d’une communion nationale dans la liesse avec une jeunesse diverse, remplie d’euphorie et de joie de vivre. Partout des drapeaux et des fleurs. Selon le chroniqueur Mehmet Yakup Yılmaz sur le portail T24, « cette victoire a permis aux personnes qui voient leur mode de vie menacé et qui désespèrent des partis d’opposition de pouvoir à nouveau crier haut et fort qu’elles existent ».
La montée du conservatisme et ses répercussions
Malgré cette vague de joie, une fraction de la société turque s'est insurgée contre l'équipe féminine de volley-ball. Depuis la victoire du président Erdogan et de son parti l'AKP aux dernières élections, la frange la plus conservatrice de la société turque se sent pousser des ailes. Le sport et la culture font les frais d’une moralisation très revendicative. Deux des joueuses de l'équipe, Ebrar Karakurt, ne cachent pas leur homosexualité. Prises pour cibles par un nombre croissant de trolls sur les réseaux sociaux, elles se voient aussi condamnées par différentes sphères religieuses. Un imam a même tempêté lors d'un prêche du vendredi à Istanbul, dénonçant le fait que "la religion est piétinée". Il a critiqué le fait que les joueuses soient appelées "Sultanes du filet", arguant que cela banalise la religion et que le sport devrait être pratiqué "sans montrer son corps".
Après l’université, les journalistes, voilà les sportives à leur tour dans le viseur des plus conservateurs. Une femme voilée est venue voir l’exposition. Elle a filmé. Puis elle a publié ses images et commentaires sur les réseaux sociaux, YouTube et Instagram. Elle est passée à la télé, aux informations. Et dans la foulée des gens de différentes fondations religieuses ont débarqué ici. C’était des jeunes d’environ 17 ans. Ils sont arrivés, ils ont dit que cette exposition représentait le satanisme, qu’il s’agissait d’œuvres LGBT et d’insultes à la religion, que c’était une exposition contre la nation, contre l’Etat et contre nos traditions. Il y avait à l’entrée des statues d’une artiste, Gönul Nuhöglu. Elle avait représenté des chèvres. Ils en ont cassé une. Et ils se sont filmés en train de saccager son œuvre. Ils ont partagé ces images. C’était très organisé. Des provocateurs très organisés.
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Le chercheur Jean-François Pérouse estime que l'on peut remarquer l’offensive d'un certain nombre de groupes de pression, auxquels la victoire de l’AKP aux dernières élections semble avoir donné de l'énergie. Ce sont essentiellement des associations conservatrices, des confréries, des néo confréries et des fondations qui ont un agenda de moralisation de la société. Un agenda qu’elles souhaiteraient imposer à l'AKP qui est resté jusqu’à présent relativement prudent. Ces groupes sont dans une négociation sur un agenda de retour à des valeurs considérées comme plus proches des vraies valeurs morales turques qui auraient été oubliées au long de cette longue dérive qu'est l'histoire républicaine depuis 100 ans. Il y a une volonté, par exemple, de préserver un certain nombre de lieux considérés comme sacrés et ne devant pas être contaminés par, disons, l'univers moral décadent de l'Occident.
L’exposition avait en outre le défaut de se tenir dans un lieu que certains veulent sacré. On l'a vu lors de la campagne contre cette exposition, poursuit Jean-François Pérouse. Elle était proche de l’un des lieux saints de l'islam sunnite, mais les limites de ce lieu sacré sont peu à peu repoussées. Et cette sanctuarisation, maintenant, touche des lieux qui jusqu'alors étaient préservés, qui sont en périphérie du sanctuaire à proprement parler. Et maintenant la tendance, puisque ces acteurs moralisateurs ont le vent en poupe, c’est d’étendre les domaines sanctuarisés et d’être un peu plus exigeants sur le respect de certaines personnalités, le respect de certains moments, c'est vraiment une action qui joue sur les symboles mais qui veut revoir l'équilibre symbolique dominant, l'économie symbolique en Turquie.
Les séries télévisées turques font de plus en plus les frais de ce conservatisme revendicatif. Il ne faut cependant pas lire dans ces évolutions une stratégie globale du pouvoir. Mais une atmosphère de plus en plus favorable aux acteurs qui veulent imposer leur agenda et leur conception très conservatrice de la moralité publique. La joueuse aux tempes rasées a également été clouée au pilori sur les réseaux sociaux pour avoir défendu les droits des LGBTQI + et après que celle-ci a posté sur Instagram une photo d’elle et de sa compagne. Au même moment, Ebrar Karakurt partageait à ses plus de deux millions d’abonnés sur Instagram et X une photo la montrant bras grands ouverts face à une foule de supporteurs. « Voici comment j’embrasse tout le monde.
L'histoire du volley-ball féminin et son évolution
C’est un sport vieux de 127 ans qui a mis du temps à se faire remarquer… Alors que les volleyeuses du Cannet Voléro viennent tout juste de remporter la Coupe de France, ÀBLOCK! revient sur l’histoire de la « mintonette » au féminin. Saviez-vous que le volley-ball a failli s’appeler la « mintonette » ? Créé en 1895 par un professeur d’éducation physique américain du nom de William G. William G. Cette discipline est, jusqu’au début des années 30, surtout considérée comme un sport de loisirs. Trois ans se sont écoulées entre le premier championnat du monde masculin, créé en 1949, et son pendant féminin en 1952. Le volley devient sport olympique douze ans plus tard, à Tokyo. Les volleyeuses japonaises, surnommées les « Les sorcières de l’Orient » décrochent la médaille d’or. Il faut dire que le pays du Soleil Levant est le deuxième, après les États-Unis, à avoir adopté le volley-ball. Ce « shōjo manga » (littéralement « bande dessinée pour fille » en japonais) suit la carrière d’une volleyeuse nommée Kozue Ayuhara. Aujourd’hui, le volley-ball féminin compte de nombreuses icônes à travers le monde. En France, la lumière a récemment été mise sur les joueuses du Cannet Voléro. En cause ? Leur tenue de sport jugée « indécente » et l’homosexualité d’Ebrar Karakurt, une des joueuses phares de l’équipe.
Succès internationaux et perspectives d'avenir
Les deux victoires de l’Euro et du Mondial de volley-ball en 2023 ont hissé l’équipe nationale féminine de volley-ball au deuxième rang du sport le plus suivi après le football. Les Turques, championnes d'Europe en titre, se sont imposées en quatre sets face aux États-Unis ce jeudi en quarts de finale du Mondial en Thaïlande. Elles affronteront les Japonaises en demies. C'est la première fois de leur histoire que les Turques - portées par Ebrar Karakurt (23 points), Melissa Vargas (21 points), et, globalement, une solidité au filet - se hissent en demies d'un Championnat du monde. Pour viser encore plus haut et rallier la finale, elles devront triompher du Japon (samedi à 15h30), vainqueur au forceps des Pays-Bas mercredi (3-2).
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Portée par Melissa Vargas, la Turquie a dominé la Serbie au tie-break et est devenue dimanche championne d'Europe pour la première fois de son histoire, à Bruxelles. Les Pays-Bas ont décroché le bronze. La sélection de l'Italien Giovanni Guidetti s'est grandement appuyée sur sa pointue, Melissa Vargas, une Cubaine naturalisée cette année, durant toute la compétition. C'est elle qui a fait lever les supporters turcs du Palais 12 du Heysel sur une dernière attaque. La joueuse de Fenerbahce a terminé meilleure marqueuse de la rencontre avec 41 points. Vargas (23 ans) avait d'ailleurs porté la Turquie lors de la dernière Ligue des nations qu'elle avait remportée, finissant meilleure joueuse de la compétition.
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