Le volleyball au Japon est plus qu'un simple sport ; c'est un phénomène culturel. Cet article explore les particularités qui distinguent le volleyball japonais, de son histoire riche à son style de jeu unique, en passant par l'engouement passionné des fans et les défis structurels auxquels il est confronté.
Un héritage historique et culturel
L'histoire du volleyball au Japon est intimement liée à des moments clés de son histoire sportive et culturelle. Les Jeux olympiques de 1964 à Tokyo ont marqué un tournant décisif. Le volleyball a été le premier sport d'équipe à proposer une épreuve féminine aux Jeux olympiques. L'équipe féminine japonaise, surnommée « Les Sorcières », a remporté la médaille d'or, un exploit qui a captivé le pays et inspiré des générations de joueurs et de fans.
Cet événement a également influencé la culture populaire, notamment avec la création du manga emblématique Atakku Nanbā Wan en 1968, suivi plus tard par Atakkā Yū! en 1984, connu en France sous le nom de "Jeanne et Serge". Ces œuvres ont contribué à populariser le volleyball auprès d'un large public, en particulier chez les jeunes, en suscitant de nombreuses vocations et en renforçant l'attrait du sport.
Un style de jeu distinctif
Dans les années 1960, le volleyball était dominé par des équipes européennes puissantes. Confrontés à un manque de joueurs de grande taille, les Japonais ont développé un style de jeu rapide et agile, mettant l'accent sur la vitesse, la précision et la coordination.
Comme le souligne Laurent Tillie, le Japon est "le pays qui a tout inventé dans le volley-ball moderne". Cette approche innovante a permis aux équipes japonaises de rivaliser avec des adversaires plus grands en exploitant au maximum leurs qualités uniques.
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De nos jours, cette tradition perdure, avec un accent sur la technique, la réception et la défense. Bien que l'équipe puisse manquer de physique par rapport à certaines des meilleures équipes du monde, elle compense ce déficit par une précision et une agilité exceptionnelles.
L'engouement des fans : un phénomène de boys band
L'engouement pour le volleyball au Japon est un phénomène unique, souvent comparé à celui des boys bands. Les joueurs vedettes comme Yuji Nishida, Ran Takahashi et Yuki Ishikawa sont de véritables idoles, suscitant une passion intense chez leurs fans, principalement des femmes.
Philippe Blain, l'entraîneur français de l'équipe japonaise, a observé que "95% du public au Japon, ce sont des femmes ou des jeunes filles, c’est vrai que ça fait un peu boys band". Cette popularité se traduit par des foules immenses lors des matchs, des cadeaux offerts aux joueurs comme des offrandes et une présence massive sur les réseaux sociaux. Yuji Nishida et Yuki Ishikawa comptent plus d'abonnés sur Instagram que la star française Earvin Ngapeth, tandis que Ran Takahashi dépasse le million d'abonnés.
Cette culture de fans a été alimentée par des stratégies de marketing qui mettent en avant l'image des joueurs. Les clubs et la ligue ont compris qu'en présentant les joueurs de manière plus personnelle, ils pouvaient attirer un public plus large. Cependant, certains fans, comme Mari, s'inquiètent de cette tendance, craignant que l'accent mis sur les individus ne nuise à l'esprit d'équipe.
Défis et perspectives d'avenir
Malgré son succès populaire, le volleyball japonais est confronté à des défis structurels. L'un des principaux défis est le manque de joueurs de grande taille. Pour compenser ce déficit, la sélection nippone a entrepris un travail spécifique sur la technique de contre et la lecture des trajectoires. Comme le souligne Philippe Blain, il est essentiel d'améliorer la capacité à contrer, non seulement pour ralentir les ballons, mais aussi pour marquer des points.
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Un autre défi est le système de formation, qui est fortement influencé par les universités. Les meilleurs joueurs du monde jouent déjà chez les pros à 17-18 ans, tandis que les Japonais végètent encore dans le championnat universitaire jusqu'à l'âge de 22 ou 23 ans. Laurent Tillie souligne qu'il est "très compliqué de faire bouger les lignes" en raison de la hiérarchie et de la politique qui régissent le système.
De plus, la culture d'entreprise japonaise, où les joueurs sont souvent employés par de grandes entreprises, peut rendre difficile le transfert entre les clubs ou la participation à la sélection nationale. Philippe Blain et Laurent Tillie œuvrent pour abattre ces barrières culturelles et encourager une plus grande ouverture au professionnalisme.
Dans l'optique des Jeux de Paris 2024, le Japon ambitionne de se hisser dans le dernier carré des grandes compétitions. Avec une équipe jeune et talentueuse, portée par des stars comme Yuji Nishida, Yuki Ishikawa et Ran Takahashi, le volleyball japonais a le potentiel de réaliser de grandes choses.
Le rôle des entraîneurs français
La présence d'entraîneurs français au Japon a marqué un tournant dans le développement du volleyball japonais. Philippe Blain, qui dirige la sélection depuis un an après avoir été adjoint, est devenu un pionnier en étant le premier entraîneur étranger à diriger l'équipe. Il a été rejoint par Bruno Chateau, qui travaille sur la partie entraînement.
Blain et Tillie, chacun à leur niveau, s'efforcent de moderniser le volleyball japonais et de l'ouvrir aux influences extérieures. Ils encouragent les joueurs à se confronter aux meilleurs championnats du monde et à adopter des méthodes d'entraînement plus innovantes.
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