Alors que le rugby a connu une diffusion mondiale limitée, la France a embrassé ce sport avec enthousiasme. Cette acculturation réussie s’explique en grande partie par les étroites relations tissées entre pratiquants français et britanniques. L’histoire du rugby en France est une saga riche en rebondissements et en succès, qui témoigne de la passion et de l'engagement des joueurs, des supporters et des dirigeants.
Les Origines : Un Sport Importé d'Angleterre
L'histoire du rugby en France remonte aux années 1870, lorsque le sport a été introduit dans le pays par des étudiants britanniques. Ces jeunes érudits, éduqués dans les meilleures institutions britanniques, ont apporté avec eux la passion pour ce jeu rugueux et passionnant. Les premières parties de rugby ont eu lieu dans les cours des écoles et les campus universitaires, où les étudiants français ont rapidement adopté ce nouveau sport.
Lorsqu’en décembre 1863 se constitua en Angleterre une fédération nationale de football (la Football Association), les partisans du rugby moquèrent cette pratique « émasculée », tellement peu virile que même des Français pourraient rapidement y exceller. Ils n’avaient pas totalement tort puisque, 160 ans après ces événements, la France est détenteur de deux Coupes de monde de football là où nos voisins n’ont conquis qu’un seul Graal. En revanche, la déculottée subie par le XV de la rose sur ses terres lors du Crunch de 2023 (victoire 53-10 des Français à Twistâmes) n’était, semble-t-il, pas envisagée par les rugbymen de l’époque victorienne.
Contrairement aux autres pays d’Europe continentale, la France a ainsi connu une évangélisation rugbystique précoce et réussie, au point de parvenir à régulièrement battre les Anglais à leur propre jeu. Cette filiation sportive n’est pas propre aux seuls sports de ballon. En dehors du cricket, la plupart des loisirs athlétiques « anglais » forgés au cours des XVIIIe et XIXe siècles ont été introduits avec succès dans l’Hexagone.
Dès ses débuts, le rugby a trouvé un écho favorable parmi la classe ouvrière française. Son attrait résidait dans sa nature robuste et compétitive, offrant une échappatoire aux rigueurs de la vie quotidienne. Les ouvriers se sont rassemblés pour former des équipes locales, créant ainsi les premiers clubs de rugby en France. Ces clubs ont été le point de départ de la diffusion du sport dans tout le pays.
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Au cours des années qui ont suivi, le rugby s'est progressivement imposé comme un élément incontournable de la culture sportive française. Les compétitions régionales ont fleuri, offrant aux équipes locales l'opportunité de rivaliser pour la gloire et la reconnaissance. Les rivalités locales sont nées, donnant naissance à des derbies légendaires qui ont captivé l'imagination des supporters.
La pratique des sports modernes est devenue un élément central de l’identité britannique au cours du XIXe siècle. Outre l’érection de temples anglicans et la création d’écoles pour transmettre la langue de Shakespeare et la culture d’Albion, les « colonies anglaises » fondent en effet des clubs de sports, en particulier de cricket, de lawn tennis, mais aussi de football. Dans l’Hexagone, où l’on compte environ 55 000 Britanniques sous le Second Empire, les sources attestent de la fondation de football clubs à Boulogne-sur-Mer dès 1862 et à Paris au cours de l’hiver 1863. Parmi les premiers pratiquants, certains précisent qu’ils adoptent les règles du rugby, à l’instar du Boulogne FC (1862) ou du Paris FC (1877) ; d’autres choisissent les codes de la Football Association.
L’équipe du Havre FC de 1873 est par exemple bâtie autour du révérend George Washington et du jeune négociant Harry Bateson, tous deux formés à l’université de Cambridge où le jeu au pied est roi : il en découle une préférence des joueurs locaux pour le « dribbling game » (football). Mais les rencontres organisées face à d’autres clubs conduisent le plus souvent les capitaines à négocier un ensemble de règles composites : l’usage autorisé ou non des mains, le droit de plaquer ou de donner des coups de pieds sous les genoux (hacking), le décompte des points… font l’objet de discussions la veille dans un pub local.
Il convient de souligner la précocité de ces premières rencontres et structures. En Angleterre, les clubs pionniers de rugby, tel le Blackheath FC, sont en effet fondés au cours des années 1850 et constituent une fédération nationale (la RFU) en 1871 : l’exportation en France de ce sport est par conséquent très rapide. La proximité géographique entre les deux pays, la croissance des liaisons maritimes et la libéralisation des relations commerciales à la suite du traité de libre-échange de 1860 favorisent ce transfert culturel.
Le rugby joué sur les pelouses françaises des années 1870 et 1880 est le plus souvent pratiqué par des Britanniques, pour les Britanniques. Ce sont les villes abritant les principales colonies anglaises qui voient les ressortissants d’Albion se réunir entre eux, dans un entre-soi national assumé : le secrétaire du Boulogne FC déclare ainsi que son cercle est « restreint à la race anglo-saxonne », tandis que le journal anglophone de Paris, le Galignani’s Messenger, affirme que « le maintien d’un certain esprit de clan est une chose tout à fait saine entre les personnes d’une même race établies à l’étranger. Si nous souhaitons préserver notre langue et nos singularités nationales intactes, nous devons conserver des relations sociales entre nous. »
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En réalité, si les Britanniques partagent au départ assez peu leurs sports, c’est que là où ils sont suffisamment nombreux, ils sont peu intégrés : les colonies anglaises possèdent leurs propres épiceries, leurs pubs, leurs médecins, leurs dentistes, leurs pasteurs… on y parle mal la langue de Molière et on épouse rarement une fille ou un garçon du coin. Ce fonctionnement communautaire favorise une pratique des sports peu ouverte aux Français.
En dépit de cette fermeture initiale, les sphères britannique et française ne sont pas totalement étanches : il existe un ensemble d’individus jouant le rôle de passeurs culturels. Certains sont français, à l’image du jeune parisien Louis Serrié confié par ses parents à des amis anglais de Richmond en 1889. Les quelques mois passés outre-Manche lui permettent de développer une véritable passion pour le rugby et de fonder à son retour l’un des premiers clubs de la capitale, l’Inter-nos. D’autres entremetteurs sportifs sont d’authentiques immigrés britanniques amenés à s’insérer professionnellement et socialement dans leur pays d’accueil. C’est par exemple le cas du professeur d’anglais Courtney Heywood, ancien officier de l’armée des Indes qui initie ses élèves du lycée Buffon aux principes du rugby à partir de 1889. Il est ensuite nommé président d’un cercle athlétique fondé quelques années plus tôt par de jeunes parisiens, le Stade Français.
Parmi ces passeurs culturels, une catégorie en particulier joue un rôle central : ce sont les « hommes doubles », des individus possédant un pied sur chacune des rives de la Manche, une double appartenance identitaire. Ainsi en va-t-il d’Alfred Swann (1863-1928), jeune dandy de la Belle Époque, et inspirateur de l’un des plus célèbres romans de Marcel Proust. Né à Paris d’un père anglais, pharmacien de son état, et d’une mère française, petite-fille d’un maréchal d’Empire, le jeune Swann grandit dans le très huppé seizième arrondissement de la capitale. Parfaitement bilingue, il suit régulièrement ses parents dans les stations balnéaires du sud de l’Angleterre. C’est d’ailleurs lors d’un séjour estival à Brighton qu’il découvre les jeux athlétiques anglais que sont les courses à pied, les footballs et le lawn tennis. De retour à Paris, au lycée Condorcet, il réunit un certain nombre de ses camarades pour constituer une Société des Courses du Bois de Boulogne, laquelle prend l’habitude de se rendre tous les jeudis sur les pelouses du « Hyde Park parisien ».
Cette étape première de la diffusion du rugby est-elle intentionnelle ? La réponse est affirmative pour un certain nombre de passeurs. C’est en toute conscience qu’Alfred Swann fait découvrir les sports modernes à ses camarades : ces jeux possèdent une dimension ludique et fashionable qui les rend désirables. L’anglomanie des lycéens de Condorcet, tout comme leur désir de s’affronter dans des défis physiques, en font ainsi de parfaits disciples.
Ces transferts intentionnels font cependant rarement l’objet d’une justification théorique : les vertus morales, physiques et civilisationnelles des sports anglais, tant vantées par Hippolyte Taine ou Pierre de Coubertin dans le dernier tiers du XIXe siècle, justifient et favorisent la diffusion des sports, mais elles n’expliquent pas les scènes primitives. On initie des amis, des camarades, des collègues aux jeux athlétiques dans le cadre de relations personnelles et relativement gratuites.
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De surcroît, nombreux sont les passeurs inconscients, sortes de Messieurs Jourdain de la diffusion des sports. On en trouve l’archétype en la personne d’Arnold Bideleux (1869-1952), un représentant de commerce britannique ayant passé une grande partie de son existence en France. Après avoir contracté le virus du rugby durant sa jeunesse dans la banlieue de Londres, c’est en « super-contaminateur » qu’il franchit la Manche à 18 ans pour intégrer l’entreprise d’import-export de son oncle. Ses mutations professionnelles et sa parfaite maîtrise du français font le reste : partout où il se rend, Arnold Bideleux travaille mais consacre une large part de son temps libre à jouer. Du Havre à Marseille, en passant par Paris, il intègre les équipes locales ou participe à leur création, dirige certains clubs ou commissions, diffuse des techniques de jeu inconnues des néophytes français ou encore arbitre de nombreux matchs. À quarante ans passés, et après dix fractures de la clavicule, on le croise encore sur les terrains de sport où sa réputation finit par le précéder. Ce faisant, il en vient à acculturer de nombreux Français au rugby. Mais ses intentions sont avant tout personnelles : profondément amoureux des sports et de la vie sociale des clubs, il n’a pas véritablement conscience de participer à une propagande sportive par le fait.
Au travers de cette figure, on mesure que la diffusion du rugby est avant tout une succession d’actions hétéroclites, locales et individuelles, sans plan d’ensemble ni ambition collective. Les Britanniques s’avèrent donc de possibles passeurs culturels, transmettant en France ou outre-Manche le feu sacré aux premiers pratiquants autochtones. Ils enclenchent ainsi un mécanisme, une chaîne de transmission. Au sein des clubs de rugby pionniers, les premières générations de joueurs français acculturés par leurs camarades d’Albion apprennent ensuite les grands principes du jeu aux débutants. Ainsi, alors que les meilleures équipes sont au départ dominées par des membres anglais ou français ayant vécu outre-Manche, la première décennie du XXe siècle voit une génération de rugbymen, « nés et élevés dans l’Hexagone », devenir majoritaire.
Par ailleurs, certains clubs deviennent les points de départ d’une propagation nationale. Tel est le cas du Stade Français : l’introduction précoce du rugby en son sein par Courtney Heywood lui permet de devenir le premier champion de France de l’histoire (1892), mais surtout un formidable foyer de diffusion de ce sport. Certains jeunes stadistes apprennent le jeu à Paris, avant de partir en province pour des raisons professionnelles. Emportant dans leurs valises un ballon ovale, ils deviennent des apôtres de ce sport, contribuant à développer des sections ou des clubs qui à Bordeaux, qui à Pau, qui à Nantes.
Le Développement : De la Préhistoire à l'Hégémonie Provinciale
Au cours des décennies qui ont suivi, le rugby est devenu un véritable phénomène de masse en France. Les clubs professionnels ont attiré des talents internationaux, renforçant ainsi la qualité du jeu. Les stades se sont agrandis pour accueillir une foule toujours plus nombreuse, tandis que les marques se sont emparées de l'opportunité de s'associer au sport pour renforcer leur propre image de marque.
À la fin du XIXe siècle, le rugby en France était une affaire essentiellement parisienne. Il existait un embryon de championnat qui, saison après saison, sacrait alternativement deux clubs de la capitale : le Racing Club de France, fondé en 1882, et le Stade Français, créé un an plus tard. Ils dominaient la France du rugby, qui n’existait pas vraiment. Mais l’hégémonie parisienne fut de courte durée.
Elle prit fin lorsque Bordeaux devint, en 1899, le premier club de province sacré champion de France (en battant le Stade Français). À partir de cette irruption de Bordeaux, le rugby allait devenir pour de longues décennies une affaire provinciale, avec un penchant pour le sud.
Un club servit d’appui à ce développement au tout début du XXe siècle : le Stade Bordelais. Fondé en 1889, il allait devenir l’un des clubs les plus titrés de France en dominant la discipline pendant plus d’une décennie. Entre 1899 et 1911, le Stade Bordelais ramena le bouclier de Brennus sur les bords de la Garonne sept fois de suite. Durant la même période, il atteignit cinq fois la finale sans gagner le titre. Pendant plusieurs décennies, il conserva le record du nombre de titres de champion remportés d’affilée. Il fallut attendre le grand Béziers des années 1970, et surtout le grand Toulouse, pour retrouver une domination comparable sur plusieurs saisons. Et l’époque moderne pour voir les clubs parisiens réinstaurer leur domination.
Durant cette période, Bordeaux diffusa le rugby dans tout le Sud-Ouest, qui devint sa terre d’élection. Un signe, parmi d’autres : la Section paloise, autre ancêtre du rugby en France, était à l’origine une simple section de la Ligue girondine d’éducation physique. Certains ouvrages évoquent d’ailleurs la « Section paloise du Stade Bordelais ». Ce club fit tache d’huile. C’est dans son stade de Sainte-Germaine, au Bouscat, que se déroula le premier France Afrique du Sud de l’histoire, en 1913.
Après 1915, le Stade Bordelais resta dans l’élite, mais son règne était passé. Il ne domina plus mais resta un bastion, un club historique dans une ville de rugby. Ce temps est loin. Bordeaux est toujours dans l’élite, mais en association avec Bègles.
En France, le premier club, Le Havre Athlétique, constitué en 1870, jouait à un jeu hybride entre le rugby et le football. Le premier véritable club de rugby français est celui des English Taylors, formé en 1877, suivi par le Paris Football Club un an plus tard. C’est en 1890, sur la suggestion du baron Pierre de Coubertin, que trois écoles françaises de Paris lancent un tournoi scolaire. L’année suivante cinq nouvelles écoles les rejoignent. La commission de football de l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques est formée en 1890, et en mars 1892 elle invite les clubs désireux d’entrer dans la compétition à se rapprocher du secrétariat. Seuls le Stade Français et le Racing CF répondent. Le 20 mars 1892, la première finale de coupe française a lieu, avec le baron Pierre de Coubertin comme arbitre. Le bouclier de Brennus, le Saint-Graal du rugby français, conçu par le baron er réalisé par Charles Brennus est remis ce même jour au capitaine vainqueur, Carlos de Candamo.
L’année suivante, une équipe française fait une tournée en Angleterre. Bien que les joueurs de l’équipe française, médaillés d’or aux Jeux Olympiques de 1900 aient été sélectionnés parmi les deux meilleurs clubs parisiens, la France débute officiellement la compétition au niveau international avec le match contre les All Blacks le 1er janvier 1906.
Les Années 1930 : Crise et Tentative de Renouveau
Les années 1930 marquent un tournant dans l’histoire du rugby français car le XV, arc-bouté sur son pseudo-amateurisme pour complaire aux Britanniques, est empêtré dans ses contradictions et se retrouve en voie de déliquescence. La RFL sent que c’est le moment pour tenter de revenir en France. En effet, très affaiblie, la FFR XV n’a plus la même crédibilité en haut lieu et elle ne pourra pas, cette fois, s’opposer au match de démonstration.
Les premiers contacts sont établis avec la presse nationale, entre autres avec Victor Breyer (directeur du journal L’Écho des Sports) qui connaît bien John Wilson, le secrétaire général de la RFL. Le succès est total ! Malgré les conditions climatiques défavorables, le public - sevré d’événements internationaux rugbystiques depuis la rupture de 1931 - répond en masse et remplit le stade. En démonstration, les Australiens l’emportent 63 à 13. Le public est conquis par ce nouveau rugby ultradynamique où l’on marque plus d’essais que de buts. Jean Galia, entrepreneur dans l’âme, est bouleversé par cette rencontre. Il entreprend un tour de France pour recruter des joueurs désireux de s’initier à ce néo-rugby. Il avouera avoir eu de la peine à convaincre certains joueurs qui touchaient plus d’argent en amateurs que ce qu’il leur proposait pour, alors très hypothétiquement, devenir pro ! Il se retrouvèrent finalement à 17 compagnons qu’il réunit le 4 mars 1934 à l’Hôtel du Palais d’Orsay. Cette équipe sera baptisée “Les Pionniers”.
En mars 1934, le groupe débarque en Angleterre et s’installe au Griffin Hôtel de Leeds pour apprendre à jouer au Rugby à XIII. Leurs entraînements sont supervisés par deux anciennes vedettes de la Rugby League : Jonty Parkin et George Thompson. Les Français entament alors une série de cinq rencontres sur le sol anglais. À Wigan, après un début de match difficile où l’on craint le pire pour la sélection tricolore, Jean Galia remobilise ses troupes pour finir sur une première mais très honorable défaite 30 à 27. Les “Galia’s Boys”, comme les ont surnommés les Anglais, vont enchaîner trois défaites supplémentaires à Leeds le 14 mars (25-17), puis le 17 mars à Warrington (32-16), avant d’être balayés le 24 mars à Salford (35-13).
Les Tricolores à peine rentrés de leur tournée anglaise, les statuts de la “Ligue Française de Rugby à XIII” sont déposés le 6 avril 1934 à Paris par Charles Bernat, ancien directeur du Stade Buffalo de Montrouge. Moins de 10 jours plus tard, l’Équipe de France (les Pionniers) jouera son premier match international à domicile contre l’Angleterre, le 15 avril 1934, à guichets fermés, sur ce mythique stade Buffalo (aujourd’hui détruit). Les 20 000 spectateurs présents - venus voir les ex-gloires du XV se mesurer ‘autrement’ aux Anglais - assisteront, certes, à la victoire de l’Angleterre (32 à 21), mais ils seront surtout conquis par la qualité du jeu spectaculaire qui fut produit ainsi que par les potentialités de ce tout premier XIII de France officiel.
Très vite, le rugby à XIII gagne du terrain, les matchs exhibition se multiplient. À Lyon, Maurice Tardy organise, à ses frais, un match de “propagande” contre Leeds : Max Rousié y fait ses débuts treizistes. À Paris se dispute un match entre la Yorkshire et « l’Équipe Galia ». À Villeneuve-sur-Lot, Pau, Albi, Perpignan, Bordeaux, Roanne, Lyon, Béziers, Bayonne (Côte Basque), Paris, puis à Toulouse, Dax, Narbonne, Carcassonne, Brive, La Rochelle… des clubs vont se créer au fil des années. Paris devient treiziste : Celtic, SOP, QEC, TOP, Alfortville… Une division nationale de 10 équipes parvient non sans mal à se constituer pour disputer la toute première édition du championnat de France, remportée par Villeneuve sur Lot, mais marquée par les nombreuses tentatives de la FFR XV de faire annuler des matchs, empêchant ainsi certaines équipes de finir la saison (Béziers). 1934 marque aussi la création de la toute première Coupe de France, remportée par l’US Lyon-Villeurbanne XIII. L’expansion de la pratique sera foudroyante.
Les Années 1960 : Professionnalisme et Essor du Rugby à XV
Les années 60 ont marqué un tournant décisif dans l'histoire du rugby en France, avec l'introduction du professionnalisme et l'essor du rugby à XV. Les clubs ont commencé à recruter des joueurs étrangers de renom, renforçant ainsi la compétitivité des ligues nationales. Parallèlement, le rugby à XIII a également gagné en popularité, en particulier dans le sud de la France, avec la création de nouvelles équipes et la tenue de compétitions nationales.
Le Poids Économique Actuel du Rugby en France
Le rugby en France ne se limite pas à être un simple divertissement sportif ; il constitue également un moteur économique majeur qui génère des milliards d'euros de revenus chaque année. Cette industrie dynamique est alimentée par une multitude de sources de revenus, qui contribuent à dynamiser l'économie nationale et locale.
Tout d'abord, les droits de diffusion télévisuelle représentent une part significative des revenus du rugby en France. Les diffuseurs nationaux et internationaux se disputent les droits de retransmission des matchs, offrant des contrats lucratifs aux ligues professionnelles et aux clubs. Ces droits de diffusion permettent au rugby français d'être diffusé à travers le monde, touchant un large public et générant des revenus substantiels.
En outre, les recettes de billetterie constituent une source de revenus essentielle pour les clubs de rugby en France. Les supporters avides affluent vers les stades pour assister aux matchs, créant une ambiance électrique et contribuant à l'attractivité des événements sportifs. Les recettes de billetterie comprennent non seulement les ventes de billets pour les matchs, mais également les abonnements saisonniers, les loges VIP et les visites guidées des installations.
Les partenariats commerciaux et les accords de parrainage représentent une autre source importante de revenus pour le rugby en France. Les grandes marques nationales et internationales voient dans le rugby une plateforme idéale pour promouvoir leurs produits et services auprès d'un public engagé et diversifié. En échange de leur soutien financier, ces entreprises bénéficient d'une visibilité accrue grâce à des panneaux publicitaires, des activations marketing et des partenariats stratégiques.
Les ventes de produits dérivés contribuent également de manière significative aux revenus du rugby en France. Ces ventes de produits dérivés contribuent non seulement à renforcer l'identité de la marque du club, mais aussi à générer des revenus supplémentaires pour soutenir ses activités.
Le rugby en France est bien plus qu'un simple sport ; c'est un secteur économique dynamique qui contribue de manière significative à l'économie nationale et locale. Grâce à ses multiples sources de revenus, le rugby continue de prospérer en France, créant des emplois, stimulant le tourisme et renforçant le tissu social et culturel du pays.
La France et la Coupe du Monde de Rugby
La France est le premier pays non anglophone à organiser la Coupe du monde de rugby. Il y a longtemps déjà que les joueurs français ont montré qu’ils valaient largement leurs rivaux britanniques et des antipodes sur le terrain. L’organisation du tournoi est un formidable rite de passage. La gardienne de ce temple, la Fédération française de rugby (FFR), s’enorgueillit d’un passé riche et souvent glorieux, un passé dont les Français sont fiers à juste titre.
Le Rugby à XIII : Une Histoire Tumultueuse
Dès sa naissance, le rugby français s’est distingué par son curieux mélange de talent sublime et de brutalité occasionnelle. Dans les années 1930, l’équipe de France a même été exclue du tournoi des Cinq-Nations (alors amateur) pour jeu violent et pour avoir, semble-t-il, organisé en catimini le paiement de salaires aux joueurs. Au début de la décennie suivante, le rugby union* ou rugby à quinze* sombra un peu plus encore, grâce à l’émergence d’une forme plus prenante et semi-professionnelle du sport : le rugby à treize*. Né dans le Lancashire et le Yorkshire industriels, il fit des ravages dans le sud-ouest rural de la France, fief du rugby à XV. Celui-ci ne doit son salut qu’à l’invasion de la France par l’armée allemande en mai 1940. Certains de ses hauts responsables profitèrent de leurs bonnes relations avec le régime collaborationniste de Vichy pour obtenir la mise hors la loi de la version rivale, accusé de “corrompre” la jeunesse française. Le rugby à XV récupéra ainsi les fonds, les joueurs, les stades et même les équipements du jeu à treize, qui ne s’en remit jamais. Après la guerre, aucune compensation ne lui fut versée. Ce n’est qu’en 2002 que les autorités françaises ont officiellement reconnu que les treizistes avaient été victimes non tant d’une monstrueuse idéologie politique que de la jalousie, des préjugés et d’une tromperie scandaleuse.
Si l’histoire de cette interdiction vichyste n’a jamais été vraiment racontée en France, elle a fait l’objet, il y a quelques années, d’un excellent ouvrage, Le Rugby interdit [éd. Cano & Franck, 2006] écrit par Mike Rylance, un spécialiste de ce sport. Pour tenter de comprendre comment et pourquoi cela a pu avoir lieu, il faut prendre en compte deux des grandes énigmes de l’histoire du rugby français. Pourquoi le jeu français allie-t-il ainsi une beauté époustouflante à, parfois, ou plutôt souvent, une telle brutalité ? Pourquoi, par ailleurs, ce sport s’est-il si profondément implanté dans la tradition du Sud-Ouest, sans être joué à haut niveau dans le reste du pays ? On dénombre plus de 90 départements* en France, mais la sélection française de Coupe du monde vient de dix d’entre eux, pour la plupart situés dans le Sud et le Sud-Ouest.