Le soccer, tel qu'il est connu aux États-Unis, a une histoire riche et complexe, marquée par des tentatives d'adaptation, des moments de gloire et une lutte constante pour s'imposer face à des sports plus traditionnels. Cet article explore les différentes facettes de cette histoire, des premières racines européennes à l'essor de la Major League Soccer (MLS).
Les Origines Européennes et l'Émergence du "Soccer"
Les origines du football américain remontent aux jeux de balle populaires en Europe, tels que le football (soccer) et le rugby. Les premières formes de football jouées en Amérique du Nord étaient souvent des variantes locales et informelles de ces jeux, pratiquées dans les collèges et les clubs sportifs.
Pour comprendre pourquoi les Américains utilisent le mot « soccer », il faut remonter à la fin du XIXe siècle en Angleterre. Les Anglais souhaitaient différencier deux sports qu'ils avaient inventés : le rugby football et l'association football. Ce dernier a d'abord été abrégé en "Assoc", mais les étudiants d'Oxford ont voulu ajouter leur touche. À la fin des années 1890, l'argot anglais voulait qu'on rajoute "er" à la fin des mots. Par exemple, le rugby était appelé "rugger". L'abréviation Assoc n'échappe pas à la règle. Elle perd son "a" et se transforme alors en "soccer".
Le "soccer" prend le large dans les années 1950, lorsque le football devient très populaire. Dans un souci d'universalité, les Anglais s'alignent et troquent leur appellation pour celle utilisée à l'international : football. Les Américains, eux, conservent le mot "soccer" afin de pouvoir différencier le football américain, leur sport de prédilection, du ballon rond. C'est également le cas dans les pays qui ont des variantes du football plus populaires que leur ancêtre, comme l'Australie ou le Canada.
Les Premières Ligues et Associations
Le football aurait débarqué aux États-Unis vers 1850, du côté de la Nouvelle-Orléans, porté par des migrants irlandais et écossais. À partir des années 1870, on trouve des matchs de football organisés entre des universités qui posent de nouvelles bases aux règles. En 1870, l’Université d’Harvard affronte celle de McGill au Canada et modifie les règles de Londres en ajoutant des filets aux buts, en fixant d’autres dimensions au terrain. Ce match est considéré comme étant le premier véritable match de football disputé par une équipe américaine.
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À peine plus de dix ans plus tard, le football devient déjà en partie professionnel notamment du côté des clubs d’usine des pôles industriels tels que Fall River ou Lowell dans le Massachusetts, qui créent leur ligue dès 1886 ; dans le New Jersey, où les usines de textile créent leur ligue, la National Association Football League, dix ans plus tard ; ou encore à St.Louis où la St.Louis League voit le jour également en 1886.
En 1884, l’American Football Association (AFA) voit le jour, regroupe des équipes du nord du New Jersey et du sud de New York avant de « déborder » jusqu’en Pennsylvanie et au Massachusetts. Dans le même temps, au fil des années, diverses ligues et associations se forment aux quatre coins du pays - citons la St.Louis Football Association en 1886, la Denver Association Football en 1892 - avec des natifs qui s’approprient le futur sport roi au détriment des immigrants britanniques.
En août 1894, six propriétaires de franchises de National League Baseball annoncent la création de la première ligue professionnelle de football : l’American League of Professional Foot Ball (ALPFB). Elle regroupe les clubs de Philadelphie, Baltimore, Boston, Brooklyn, New York et Washington, mais son championnat ne se termine pas.
Dans le même temps est née la National Association Foot Ball League (NAFBL), ligue semi-professionnelle qui s’interrompt un temps alors que le XIXe siècle pousse ses derniers soupirs pour revenir à partir de 1906 et de fusionner avec la Southern New England Soccer League en 1921 pour créer le premier grand championnat professionnel.
En octobre 1911, une nouvelle association vient défier l’AFA, l’American Amateur Football Association (AAFA). Les deux associations se disputent alors le droit d’être reconnues par la FIFA, l’AAFA finit par prendre le dessus et devient United States Football Association (USFA) en 1913 qui absorbe l’AFA et régit l’ensemble du football sur le plan national. C’est elle qui crée la National Challenge Cup l’année suivante, future US Open Cup, la coupe nationale qui se dispute encore aujourd’hui, alors ouverte à la fois aux professionnels et aux amateurs.
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L'Équipe Nationale et les Premières Coupes du Monde
La première véritable US Men’s National Team (USMNT) dispute ses premiers matchs en 1916, elle est composée de joueurs issus des états du nord-est et d’un seul membre issu du Midwest, venant de St.Louis, et embarque pour l’Europe. Le 16 août 1916, elle dispute un premier match, un match nul décroché face à une sélection de joueurs de Stockholm devant 20 000 spectateurs, cinq jours plus tard, elle dispute son premier vrai match international face à la Suède devant 21 000 spectateurs dont le roi Gustave V. Les Américains s’imposent 3-2, l’identité de son premier buteur restant encore un mystère.
Avec l’idée de promouvoir davantage le football, l’UFSA, l’ASL et d’autres ligues amateures s’unissent pour faire revivre la sélection nationale. Composée d’un mélange essentiellement d’amateurs qui n’ont jamais joués ensemble, elle participe aux premiers championnats du monde organisés dans le cadre des Jeux Olympiques de Paris et est éliminée en huitièmes de finale par le futur champion, l’Uruguay. La sélection profite alors de sa présence en Europe pour s’offrir deux amicaux, contre l’Irlande à Dublin (défaite 3-1) puis la Pologne à Varsovie (victoire 3-2).
En 1928, la sélection est balayée par le futur finaliste, l’Argentine (11-2). C’est donc tout naturellement et s’appuyant alors sur une American Soccer League devenue puissante et très compétitive, que la sélection se rend à Montevideo pour disputer la première Coupe du Monde. En terres uruguayennes, les USA, composés d’un mélange de joueurs principalement issus de l’American Soccer League, de New York Nationals, St. Louis Ben Millers, Providence Gold Bugs, Fall River Marksmen, New Bedford Whalers et New York Giants, surprennent. La même équipe dispute les trois matchs : elle écrase la Belgique en ouverture (3-0), en fait de même face au Paraguay lors de la deuxième journée, Bert Patenaude signant le premier triplé de l’histoire d’une Coupe du Monde, et se retrouve en demi-finales face à l’Argentine.
Au lendemain de la Coupe du Monde, les États-Unis disputent un premier match amical face à Peñarol (perdu 4-1) puis partent en tournée au Brésil. Avec une ligue forte, des années de professionnalisme, une progression constante saluée par une demi-finale mondiale, on pourrait penser que le football allait poursuivre son expansion aux States. Il n’en est rien. La Dépression frappe rapidement, mettant fin à toute idée de tournées internationales de la sélection et surtout faisant vaciller l’American Soccer League, certaines franchises s’arrêtant et suivant quelques anciens géants balayés par la Soccer War, une guerre d’instances qui avait déjà fortement agité le football professionnel américain. Ces deux catastrophes s’additionnent, le football d’élite entre alors dans un terrible anonymat et retombe à l’ère amateur.
En 1934, Aldo Buff Donelli entre dans l’histoire en inscrivant les quatre buts de sa sélection qui s’impose face au Mexique (4-2), sa seule victoire sur le voisin du sud pendant quarante-six ans. Malheureusement pour l’équipe américaine, le tour suivant lui offre la puissante Italie, la Team USA est balayée malgré un but signé Donelli (1-7).
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En 1946, la North American Football Confederation voit le jour, elle comprend le Canada, Cuba, le Mexique et les États-Unis qui disputent le premier NAFC Championship l’année suivante, que le Mexique remporte à La Havane. L’année suivante, une sélection comptant dans ses rangs trois « étrangers » participe au deuxième NAFC Championship. L’enjeu est de taille, les deux premiers se qualifient pour la Coupe du Monde 1950 dont le retour après la Guerre marque à nouveau une volonté d’ouverture au monde.
Le 29 juin 1950, les États-Unis affrontent l’Angleterre quatre jours après que les premiers sont tombés face à l’Espagne en ouverture alors que les seconds ont écarté le Chili et ont ainsi parfaitement lancé leur première participation à une Coupe du Monde. La stupeur est immense lorsque Joe Gaetjens surgit à la trente-huitième minute pour ouvrir la marque et surtout, inscrire le seul but de la rencontre. Quelques semaines avant ce qui reste le plus grand drame du football brésilien, les Rois venus d’Europe tombent face à une équipe bricolée et composée de professionnels et d’amateurs.
L'Ère de la NASL et l'Expérimentation du Shootout
En 1977, neuf ans après sa création, la NASL introduisait une nouvelle manière de décider du vainqueur d’un match nul. Après une prolongation, si le but en or n’avait toujours pas été marqué, les joueurs s’affrontaient au shootout. La chose consistait à partir balle au pied des 35 yards (32 mètres) afin d’aller défier le gardien en un contre un. Le tout en cinq secondes maximum. En cas de choc entre portier et tireur, l’arbitre pouvait siffler un penalty. Avant ça, le soccer s’était déjà démarqué du reste de la planète football en introduisant le but en or (encore utilisé en NCAA, le championnat universitaire américain) à la fin des matchs nuls.
L’apparition du shootout coïncide avec l’arrivée des stars du football mondial aux States. Pelé débarqua un peu avant, en 1975, bientôt suivi de Franz Beckenbauer, Carlos Alberto, George Best, Gordon Banks, Gerd Müller ou Johan Cruyff. L’idée qui règne est d’immerger le soccer dans l’identité américaine. Pour cela, d’autres idées extravagantes sont soufflées aux oreilles des dirigeants de la NASL. Notamment celle de donner plus de points à une équipe qui marquerait des buts de loin. La ligue adopte finalement un chrono qui compte à rebours et qui s’arrête durant les temps morts. Et la ligne de hors-jeu n’est qu’à 35 yards du camp adverse.
Carlos Alberto était le Picasso du shootout, personne n’avait jamais fait ce qu’il a tenté et réussi ce jour-là. Il apportait aussi la preuve qu’on pouvait mettre de l’inventivité dans cet exercice que je découvrais.
Au début des années 1980, après être arrivé d’Angleterre, Brian Quinn a opté pour le travail face à un exercice qu’il maîtrisait mal. Arrivé lancé face à un gardien n’est pas chose facile, c’est beaucoup plus dur que les tirs au but, et c’est d’autant plus dur que c’est décisif, alors j’ai travaillé ça à l’entraînement pour que mon geste devienne plus naturel. En tout cas, c’était un formidable challenge.
Avec ses stars qui s’en vont pour la plupart au début des années 1980, la NASL commence à perdre de l’allure. La ligue s’arrête en 1984. Le Cosmos de Pelé & co, et quelques autres franchises qui s’en sont inspirées, ont montré que le football revisité aux USA pouvait attirer les foules. Mais les ingrédients principaux (ses stars) qui en faisaient sa substance indiquaient une vision à court terme.
La Création de la MLS et l'Abandon du Shootout
Quelques années plus tard, une nouvelle ligue professionnelle est promise à la FIFA par les dirigeants de l’US Soccer après l’obtention du Mondial 1994. Bien avant de ferrailler avec Hugo Lloris à White Hart Lane, Brad Friedel a participé aux deux premières saisons de la MLS dès 1996 et 1997.
En 1999, avec l’arrivée d’un nouveau commissaire en la personne de Don Garber, la ligue s’aligne sur le reste du monde. Les matchs nuls seront autorisés, et le shootout disparaît dès l’année suivante. Don Graber exposait, déjà, sa vision actuelle. Faire de la MLS un championnat à portée internationale.
L'Héritage du Cosmos et l'Avenir du Soccer aux États-Unis
Le Cosmos de Pelé & co, et quelques autres franchises qui s’en sont inspirées, ont montré que le football revisité aux USA pouvait attirer les foules. Mais les ingrédients principaux (ses stars) qui en faisaient sa substance indiquaient une vision à court terme.
Malgré les mots du numéro 14, les particularités qui faisaient le charme du soccer de cette époque sont loin. La MLS a globalisé son identité. Désormais collés au nom des villes : United, FC, ou Inter ont supplanté Impact, Burn ou Wiz.
La Coupe du monde 2026 coorganisée par le Mexique, le Canada et les USA serait peut-être l’occasion de l’essayer en mondovision.
La MLS Aujourd'hui
La Major League Soccer (MLS) est la principale ligue professionnelle de football en Amérique du Nord. La MLS a été créée en 1993 et la première saison a eu lieu en 1996 avec seulement 10 franchises.
Le championnat se déroule entre les mois de février (fin du mois) et novembre. Traditionnellement, la saison régulière commence fin février et s’achève en octobre. En 2025, la saison régulière de la Major League Soccer (MLS) s’étend du 22 février au 18 octobre. Chaque équipe, alors, dispute 34 matchs. A la fin de la saison régulière, les sept meilleures équipes de chaque conférence se qualifient pour les séries éliminatoires (Playoffs). Le premier tour oppose, dans chaque conférence, l’équipe classée 2e à l’issue de la saison régulière à l’équipe classée 7e.
La MLS regroupe 30 formations sur le territoire nord-américain. La Ligue a fixé un plafond salarial commun (salary cap) équivalent pour chaque équipe, c’est-à-dire que la masse salariale de chaque franchise est encadrée. Pour la saison 2025, le total de tous les salaires des footballeurs (20 joueurs) ne doit pas dépasser 5,95 millions de dollars. Il existe cependant une exception : la règle du joueur désigné (« designated player rule » en anglais). En effet, cette dernière date de la saison 2007 et permet à chaque franchise de rémunérer 3 joueurs au dessus du plafond autorisé.