Le salaire du président de la Ligue de Football Professionnel (LFP) : Réductions, controverses et enjeux

Le salaire du président de la Ligue de Football Professionnel (LFP) a fait l'objet de nombreuses discussions et controverses ces dernières années. Entre réductions successives, critiques et enjeux financiers, cet article se penche sur les différents aspects de cette question sensible.

Une baisse drastique du salaire de Vincent Labrune

Lundi, Vincent Labrune a annoncé une diminution significative de son salaire à partir du 1er octobre. Le président de la LFP percevra désormais 23 000 euros bruts par mois, contre 70 000 euros auparavant. Cette réduction de salaire fait suite à de nombreuses critiques concernant la rémunération jugée excessive de Vincent Labrune.

Selon L’Équipe, cette baisse s'explique par l'évolution de son rôle et l'ajout de directeurs généraux à la LFP (Arnaud Rouger) et à LFP Media (Nicolas de Tavernost), la filiale commerciale de la Ligue. En effet, ces derniers assument désormais des responsabilités exécutives, ce qui justifie une diminution du salaire du président.

Vincent Labrune a lui-même déclaré lors du conseil d'administration de la LFP que ce nivellement par le bas doit permettre de coller à l'évolution de son rôle. De plus, il a exprimé le souhait que la rémunération du président de la Ligue "tende vers zéro" lorsque la nouvelle gouvernance du football français sera actée.

Contexte et justifications de cette réduction

Cette décision de réduire le salaire de Vincent Labrune intervient dans un contexte de crise financière touchant le football professionnel français, notamment en raison de la baisse drastique des droits TV. La Ligue fait face à une équation difficile à résoudre pour amortir la baisse très importante des recettes télévisées qu’apportent la plateforme britannique de streaming sportif DAZN et la chaîne qatarienne BeIN Sports pour environ 500 millions d’euros annuels lors de la période 2024-2029.

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Dès sa réélection pour un nouveau mandat, le 10 septembre dernier, Vincent Labrune avait annoncé son intention de réduire le montant de sa rémunération annuelle, actuellement de 1,2 million d’euros. Arnaud Rouger, en duo avec Labrune depuis 2020, a décidé de s’aligner sur la réduction de salaire de son président - qui a renoncé dans le même temps à son indemnité forfaitaire de fin de mandat.

La LFP a également annoncé une réduction de ses charges salariales de 22,4 % sur l’exercice 2024-2025 en cours. Cette mesure s'inscrit dans une volonté de maîtriser les coûts et de répondre aux critiques concernant la gestion financière de la Ligue.

Critiques et controverses autour du salaire de Vincent Labrune

Malgré cette réduction de salaire, des voix s'élèvent pour critiquer cette mesure, la qualifiant de "diminution en trompe-l'œil". Laurent Lafon, président, et Michel Savin, rapporteur de la mission d’information sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football français, dénoncent une manœuvre visant à masquer une réalité plus complexe.

Ils soulignent que l'augmentation du salaire du président de la LFP de 420 000 € à 1,2 M€ votée en septembre 2022 a été financée de 2022 à 2024 non pas sur le budget de la Ligue mais sur l’enveloppe d’honoraires définie au sein de l’apport d’1,5 Md€ versé par CVC dans le cadre de sa prise de participation dans la société commerciale. Ils estiment donc que cette augmentation salariale, qui n’avait pas vocation à perdurer au-delà de 2024, fait désormais porter, de manière pérenne, une charge supplémentaire de 420 000 € sur les coûts de fonctionnement de la Ligue au moment où celle-ci devrait engager un plan d’économies.

Par ailleurs, la commission d’enquête sénatoriale sur la financiarisation du football a publié un rapport pointant du doigt le train de vie des dirigeants de la ligue, jugé disproportionné par rapport à la situation économique des clubs. Les sénateurs préconisent notamment un plafonnement de la rémunération des présidents des ligues sportives, sur le modèle des patrons d’entreprises publiques, qui s’établit à 450 000 euros par an.

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Les recommandations de la commission d'enquête sénatoriale

Outre le plafonnement des salaires, la commission d'enquête sénatoriale formule plusieurs recommandations visant à renforcer la régulation et la transparence des ligues sportives professionnelles. Parmi ces mesures, on peut citer :

  • La rédaction d’un rapport annuel par les ligues, pour rendre des comptes à l’État sur la mise en œuvre de leur délégation de service public.
  • La création d’un organe de contrôle rattaché à chaque fédération sportive, doté de pouvoirs renforcés pour suivre les comptes des clubs sportifs et ceux des ligues professionnelles.
  • Le contrôle du budget des ligues professionnelles directement par la Cour des comptes.
  • La transmission d’une déclaration d’intérêts et de situation patrimoniale à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) par les directeurs généraux des ligues.
  • La mise en place au sein des ligues d’un comité d’audit et d’un comité des rémunérations, où siégeraient en partie des administrateurs indépendants.
  • L’intégration d’au moins cinq administrateurs indépendants au sein du conseil d’administration des ligues.
  • L’intégration d’un représentant des supporters au sein du conseil d’administration et des assemblées générales des ligues.

Ces recommandations visent à améliorer la gouvernance des ligues sportives, à renforcer leur transparence et à garantir une gestion plus rigoureuse de leurs finances.

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