Introduction
Le hockey sur glace occupe une place particulière dans le cœur des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon. Bien plus qu'un simple sport, il représente un symbole d'unité, de passion et de persévérance pour cette petite collectivité territoriale française d'outre-mer. Cet article se penche sur l'histoire riche et atypique du hockey sur glace à Saint-Pierre-et-Miquelon, en explorant ses racines, ses particularités et son impact sur la communauté locale.
Les débuts du hockey à Saint-Pierre-et-Miquelon
Il y a 50 ans, le hockey était l'une des rares disciplines sportives et collectives à Saint-Pierre-et-Miquelon. À cette époque, deux équipes s'affrontaient : l'USSEM et L'Evanians Hockey Club. Un recrutement a lieu au sein de ces deux équipes, et c'est ainsi que le CHSP, le Club de Hockey Saint-Pierrais, voit le jour. Son tout premier président est Eugène Couépel. Un an plus tard, Eugène Couépel laisse sa place à Rémy Briand. L'équipe va prendre le nom des Cougars, appelés aussi les Verts. Dans la formation, des joueurs désireux de ne pas voir la discipline disparaître du paysage sportif. Parmi les hockeyeurs motivés de l'époque et à l'origine de la toute nouvelle formation, on retrouve Yvon Lebailly, Bernard Dodeman, Maurice Tillard et Jean-Claude Bonnieul.
Un championnat local unique
Faute d'un nombre important de joueurs, seules deux équipes disputent le championnat local : les Cougars et les Missiles. Le championnat local de hockey se joue à deux. Une compétition musclée qui fait rêver les gamins. Zacharie et Nolan n’en perdent pas une miette. Dans les gradins de la patinoire de Saint-Pierre-et-Miquelon, les deux jeunes hockeyeurs encouragent leur équipe senior. Les joueurs se connaissent bien, ils ont tellement l’habitude de patiner ensemble. « Comme y’a que deux équipes de seniors sur l’archipel, et ben elles se rencontrent tout le temps », s’amuse Zacharie.
Sans déplacement. Un match, c’est l’un qui reçoit à domicile et l’autre, vice-versa. Mais toujours dans la même patinoire. Au total, ils s’affrontent 15 fois dans la saison. Pas un peu morne ? Visiblement non. Côté public, ça passionne les fans. Côté sportifs, ça castagne pas mal. « Parfois, ça fight grave (NDLR « combat ») », ajoute Zacharie, hilare. Ces dernières semaines, la Ligue de hockey saint-pierraise a même failli démissionner et a suspendu le championnat. Le lundi, au boulot, c’est fini !
Sur le banc des joueurs, Gwenaël Desdouets , l’entraîneur des Cougars, scrute les échappées, engagements, lignes et lancers. Ex-joueur pro notamment à Brest, Nantes, Caen, Cholet et Angers, il est revenu sur son caillou natal encadrer ses pairs. Entre deux tiers-temps, il admet que cette spécificité d’un championnat en mode couple passionnel peut serrer les poings : « à force de jouer les uns contre les autres, les gars se connaissent super bien. Ça exacerbe les tensions. Même si on bataille sévère, le lundi, c’est fini. Les trois quarts des joueurs bossent ensemble ! » Singularité de l’insularité, les adversaires sont avant tout des collègues, des voisins, des cousins, des patrons.
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Cette configuration particulière engendre une rivalité intense, où chaque match est disputé avec passion et engagement. Comme le souligne un amateur à la cafétéria de la patinoire, "Les Missiles ont longtemps été les plus forts. Les Cougars remontent, alors ça rend tout le monde plus agressif."
Les Cougars : une équipe emblématique
L'équipe des Cougars est un pilier du hockey à Saint-Pierre-et-Miquelon. Fondée il y a 50 ans, elle a su traverser les époques grâce à la détermination de ses membres et au soutien indéfectible de la communauté locale.
En avril 1977, les Cougars veulent de la nouveauté et partent disputer la coupe de Terre-Neuve chez leurs voisins canadiens. Ils joueront leur finale contre les Wings de Marystown en série C. « Après deux matchs perdus à Marystown, nous sommes revenus à Saint-Pierre pour jouer les trois dernières rencontres. Nous avons perdu les deux premières et gagné la troisième. C'était un dimanche midi sur de la glace fondue avec deux centimètres d'eau sur la surface. » Les Cougars, toujours désireux de se confronter à d'autres équipes, iront aussi se mesurer à des adversaires de Terre-Neuve en 1986 et 1989 et de Montréal en 1997 et 1999.
Durant les 30 premières années d'existence, les "Verts" remporteront cinq coupes de Terre-Neuve (1978 et 1979 en série C, 1983-1984 et de 1987 à 1989 en série B). Puis en 1988, les Verts reçoivent la visite des Québécois des Titans de Laval. Comme le mentionnait Paul Revert dans une entrevue réalisée pour les 30 ans du club, "faire un championnat local, c'est très bien mais il faut sortir, voir autre chose".
Les Cougars en tournée en métropole. Le premier déplacement en extérieur s'est fait en 1979. Le deuxième, en 1985. L'objectif était de pouvoir comparer leur jeu à celui des hockeyeurs de l'Hexagone. À l'occasion de ce déplacement, ils seront 40 à prendre part au voyage et joueront même au Pays basque espagnol face au club de Saint-Sébastien. Deux joueurs missiles participent à l'aventure. Côté résultats, les Cougars feront un sans faute puisqu'ils gagneront leurs six matchs. À l'époque, Rémy Arrossaména racontait que "dans un petit archipel comme le nôtre, on savait jouer au hockey et les résultats ont suivi".
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Puis bien longtemps plus tard, les Cougars réitèrent cette expérience. En 2022, ils se rendent de l'autre côté de l'océan atlantique pour un séjour de dix jours direction Lille, Caen, Nantes puis Paris avec au programme du hockey bien sûr mais aussi du tourisme.
1991 marquera les esprits car le club célébre l'un de ses plus grands défenseurs, le N°4 en la personne de Roger Hayes. Jean-Luc Bry, Jean-Claude Bonnieul, Maurice Jaccachurry et Maurice Tillard recevront aussi les mêmes honneurs.
Le club aura aussi pour président en 1986 Maurice Jaccachury pendant trois ans. Il passera le flambeau ensuite à Paul Revert, toujours très impliqué encore aujourd'hui chez les Cougars qui fêtent leurs 50 années d'existence. Il y a 20 ans de cela, Paul Revert était très optimiste : "l'avenir de mon club n'est pas en danger, en dépit de l'isolement, du manque de compétitions et de l'essouflement local".
"La solidarité, le travail d'équipe, la discipline et la ligne de conduite que l'on a toujours gardé, c'est ce qui nous permet d'être en place 30 ans plus tard." Paul Revert, ex-président des Cougars (Propos recueillis en 2004). Grâce à la ténacité, à l'investissement des anciens et des bénévoles, le club est toujours en action 50 ans après sa création. Des années riches sur le plan sportif et humain. Pour Rémy Briand, l'un des fondateurs du club, "les Cougars m'ont apporté des moments de détente, même si parfois nous étions frustrés car on ne gagne pas tous les matchs. Cela m'a permis de prendre contact avec des gens que je ne connaissais pas". "Sur le plan personnel, cela a été quelque chose de très positif. Et j'ai eu l'occasion de prendre quelques joueurs sous mon aile comme Rémy Arrossaména, qui est devenu un élément très important et autour duquel le club se tourne depuis plusieurs années." Rémy Briand, ex-président des Cougars.
Rémy Arrossaména a en effet marqué les esprits chez les Cougars depuis ses débuts. Et d'autres hockeyeurs perpétuent également la tradition familiale… La famille Girardin, une véritable histoire avec les Cougars. Tristan Girardin a intégré le club à l'âge de 18 ans. Très grand fan de l'équipe depuis sa plus tendre enfance, il n'a quasiment jamais raté un match avec ses copains. Ses joueurs fétiches, Rémy Arrossaména, Gaël et Cédric Janil, ainsi que Dimitri Artano et plusieurs autres équipiers. "La famille Girardin, elle est Verte depuis la création du club. J’aime beaucoup aussi le fait de que le club soit une grande famille." Tristan Girardin, joueur des Cougars.
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Comme le précise Tristan, "depuis que je suis au club, c’est sûr que les résultats qu’on aurait aimé faire ne sont pas encore tous atteints. En revanche, le déplacement en 2022 restera forcément gravé dans nos mémoires". « Ce déplacement, c’était une première pour une grosse partie de l’équipe. Pouvoir sortir hors de l'archipel avec toute l'équipe, c’était top. Sportivement, se mesurer à d’autres équipes, ça faisait du bien, c’était vraiment intéressant. » Tristan Girardin, joueur des Cougars.
Comme le souligne Tristan: "si le championnat local nous a échappé de très peu il y a 2 ans, si je ne me trompe pas, on reste une équipe soudée qui ne lâchera rien. Bien évidemment, je souhaite au club des Cougars encore de belles années. Que le hockey local perdure dans l’archipel. Que les jeunes nous rejoignent et surtout qu’on poursuive nos efforts pour offrir de beaux matchs à la population locale". Autre famille très fidèle aux Cougars, les Janil. Gaël Janil a quand à lui commencé le hockey vers l'âge de 8 ans. S'il a fait partie des Novices, il a arrêté la discipline quatre années. Il rejoindra les Cougars à l'âge de 18 ans mais ne fera qu'une année car le Saint-Pierrais quittera l'archipel pour ses études. Mais dès son retour définitif, il réintégrera le club. Pour l'anecdote et tout cela sur le ton humoristique… « Avec ma mamie, je n'ai pas eu trop le choix d'aller chez les Cougars, si je voulais continuer à aller manger chez elle ! Mais oui, le choix d'intégrer les Cougars, c'est avant tout une histoire de famille. Cette saison, il a aussi "aidé David Artano qui entraînait l'équipe". Comme il l'explique "ce n'est pas évident de jouer et de coacher en même temps, mais j'ai aidé comme j'ai pu".
Si le championnat 2024 a été difficile pour les Verts, une chose est sûre, les Cougars restent une grande famille et ce depuis 50 ans. La relève est aussi primordiale pour pouvoir jouer les 15 matchs au niveau sénior. « Ce n'est pas facile d'organiser chaque saison un championnat sénior. C'est donc important que l'on ait des Midgets qui montent chez les séniors, même si les jeunes après le hockey mineur vont aux études. » Damien Janil. Les bénévoles, les entraîneurs, les familles ont également un rôle important dans le bon fonctionnement des Verts, tout comme les supporteurs qui répondent toujours présents.
L'émergence de jeunes talents
Malgré la petite taille de l'archipel, Saint-Pierre-et-Miquelon a vu émerger de nombreux talents dans le domaine du hockey sur glace. Ces jeunes joueurs, nourris par la passion locale et l'exemple de leurs aînés, rêvent de percer au plus haut niveau. Nolan et Zacharie savent que cette gnaque leur sera précieuse plus tard. Car leur rêve est de passer de cette patinoire à celles du pays voisin. « On rêve de devenir des pros du championnat canadien, il y en a beaucoup ici qui font ça. »
Plusieurs joueurs évoluent au pays de la feuille d’érable ou en métropole comme l’attaquant Nicolas Arrossaména aux Dragons de Rouen. La télévision locale, Saint-Pierre-et-Miquelon 1ère, a d’ailleurs consacré une galerie de portraits à tous ces espoirs.
Participation à la Coupe de France
Un moment historique pour le hockey saint-pierrais ! Pour la première fois, une équipe représentant l’archipel se qualifie pour les 16èmes de finale de Coupe de France. Les Cougars ont en effet pris le meilleur sur Tornado Luxembourg (D2) sur le score de 7-1 lors du premier tour. L’histoire continue pour Valentin Claireaux, ancien membre de l’Equipe de France et ses coéquipiers. Direction la métropole, une grande première là-aussi, avec un déplacement chez les Phénix de Reims, club de Division 2.
Pour ce rendez-vous hors norme, les Cougars se sont renforcés avec la présence d’anciens joueurs professionnels, prêts à relever le défi. Cette invitation exceptionnelle des Cougars pour marquer ce cinquantenaire créé un événement unique dans l’histoire du hockey français. Les Phénix de Reims abordent cette rencontre avec le statut de grandissime favori. Évoluant en Division 2, les Champenois possèdent une expérience du hockey français continental et un niveau technique supérieur. En face, les Cougars de Saint-Pierre-et-Miquelon vivent un rêve éveillé. Première équipe de l’archipel à atteindre les 16e de finale, les insulaires découvrent ce niveau de compétition avec l’émerveillement de pionniers. L’enjeu dépasse largement le résultat sportif pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Cette participation exceptionnelle marque les 50 ans du hockey sur glace sur l’archipel et offre une vitrine inespérée au territoire d’outre-mer.
Les 16es de finale de la Coupe de France de hockey sur glace nous offrent une affiche absolument historique avec la rencontre Reims - Saint Pierre et Miquelon. Cette confrontation oppose les Phénix de Reims, pensionnaires de Division 2, aux Cougars de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui participent exceptionnellement à la compétition pour célébrer les 50 ans du hockey sur glace sur l’archipel. Ce duel historique s’annonce comme le plus exotique de ces 16e de finale.
Cette rencontre historique oppose Reims (Division 2) aux Cougars de Saint-Pierre-et-Miquelon, première équipe de l’archipel à atteindre les 16e de finale. L’équipe de l’archipel français d’Amérique du Nord a été exceptionnellement invitée pour célébrer les 50 ans du hockey sur glace à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce samedi 4 octobre, le hockey sur glace sera à l’honneur sur St-Pierre et Miquelon La 1ère. Pour le dernier match du premier tour de la Coupe de France 2025, les Cougars de Saint-Pierre et Miquelon recevront les Tornado Luxembourg. Après les Missiles la saison passée, ce sont les Cougars qui porteront les couleurs de l’archipel dans cette prestigieuse compétition nationale, qui réunit chaque année des clubs de toutes divisions, de la Ligue Magnus jusqu’à la Division 3.
Les liens avec les Drakkars de Caen
Aujourd’hui encore, ils sont très nombreux à évoluer au club local des Drakkars et à porter fièrement le drapeau de l’archipel. Une histoire et un lien très forts entre les deux territoires depuis plus de 50 ans. Parmi les Drakkars, club de hockey sur glace de Caen, des Saint-Pierrais. Depuis 50 ans, ils chaussent les patins à 4 000 kilomètres de leur archipel. Et ces joueurs ne sont pas dépaysés. À leur arrivée, c'est Pierre-Marc Janil qui les accueille. Le coach a débarqué à 18 ans en métropole, avec une seule envie : jouer au hockey. Depuis 50 ans, le hockey relie ces histoires d'hommes et de territoires.
Les défis et l'avenir du hockey à Saint-Pierre-et-Miquelon
Malgré la passion et l'engagement des acteurs locaux, le hockey à Saint-Pierre-et-Miquelon fait face à des défis importants. L'isolement géographique, le manque d'infrastructures et le faible nombre de joueurs représentent des obstacles à surmonter pour assurer la pérennité de ce sport sur l'archipel.
Si tu dis qu'il y a 2 équipes, j'espère qu'ils vont sur le continent se confronter à d'autres. Terre neuve est tout proche. En sachant qu'en D2, les effectifs ne sont pas pros, ça risque de limiter fortement les possibilités. Oui pas de vols directs depuis Paris donc implique une (longue) escale, voir même deux il semblerait. A creuser en détail selon l’aéroport le plus proche et les dates les plus optimales mais l’équipe allant là bas peut compter une semaine. c'est de + en + cher de jouer les touristes ! oui le voyage est pénible. Tahiti c'est dans ces eaux-là. Le genre de voyage que tu fais une fois dans ta vie. Ou alors, tu t'installes là bas !