Villeneuve-sur-Lot Rugby: Histoire d'un club pionnier et renaissance sportive

Villeneuve-sur-Lot, ville emblématique du rugby, est intimement liée à l'histoire de ce sport en France, tant dans sa version à XV que, de manière pionnière, à XIII. Cet article explore l'histoire riche et parfois tumultueuse du rugby à Villeneuve-sur-Lot, en se concentrant sur le club de rugby à XIII, son rôle de pionnier, ses succès passés, ses récentes difficultés et ses perspectives d'avenir, ainsi que l'essor du rugby à XV dans la ville.

Villeneuve-sur-Lot et les origines du rugby à XIII en France

Dans l’histoire de la discipline, Villeneuve-sur-Lot répond au qualificatif du club pionnier. C’est dans la préfecture du Lot-et-Garonne que tout est parti sous la houlette de Jean Galia, le père du mouvement treiziste. Le rugby à XIII a connu un essor initial en France dans les années 1930, en raison de désaccords sur l'amateurisme et les compensations financières pour les joueurs. La Ligue française de rugby à XIII naît le 6 avril 1934. Dès septembre débute le championnat initial comprenant dix équipes : SA Villeneuve-sur-Lot, Albi XIII, Bordeaux XIII, SO Bézier XIII, XIII Catalan (Perpignan), Côte Basque (Anglet-Bayonne), RC Roanne, US Lyon-Villeurbanne, Pau XIII et Paris XIII. Un rugby différent inventé par les Britanniques en 1885, d'une sécession au sein de la Rugby Football Union. La base de la scission était la compensation des heures de travail perdues par les joueurs (entraînements, matchs, transport ferroviaire…), la plupart de condition ouvrière, ce que les clubs du sud de l'Angleterre, et Londres en particulier, refusaient. Les clubs du nord de l'Angleterre sont à l'origine de cette évolution. Le lundi 29 juillet 1895, vingt clubs du Yorkshire et du Lancashire décident de payer le manque à gagner (six shillings) à leurs joueurs. Réunis le jeudi 29 août au Georges Hotel d'Huddersfield, ils font sécession et créent une fédération autonome, la NothernRugby Football Union (qui deviendra, en 1922, la Rugby Football League). Le samedi 7 septembre démarre une compétition à dix matchs. Jean Galia, figure emblématique, a joué un rôle central dans l'introduction et le développement de cette nouvelle forme de rugby en France.

L'âge d'or du Villeneuve XIII

En 1935, Villeneuve-sur-Lot est le premier club à avoir inscrit son nom au palmarès du championnat de France. Le club a dominé l'élite du rugby à XIII français, remportant de nombreux titres. Huit autres boucliers (1959, 1964, 1980, 1996, 1999, 2001, 2002, 2003) et sept Coupe de France sont ensuite venus séjourner dans la ville natale du réalisateur André Téchiné. Le club, surnommé "l'academy" par la presse anglaise, a formé de nombreux joueurs de talent et a contribué au rayonnement du rugby à XIII en France.

Ces Villeneuvois pionniers, les Gallia, Rousié ou encore Ernest Camo semblaient avoir tout inventé. Et en Lot-et- Garonne le néorugby prenait une ampleur considérable ouvrant des clubs à Tonneins, Sainte-Livrade, Monflanquin, Nérac, Mézin, Casteljaloux, Clairac, Lavardac, Miramont, Trentels, Penne, Duras, Cancon. Et c’est logiquement le SAV XIII qui décrochera le premier titre national mis en jeu lors de cette saison 1934-1935.

Parmi les figures marquantes de cette époque, on retrouve Ernest Camo, joueur polyvalent et international français, qui a contribué à l'essor du club et du rugby à XIII en général. Dans "Le fils du mastroquet", publié aux éditions Filhol et Bador à Villeneuve-sur-Lot, Ernest Camo raconte sa vie et surtout celle de ses parents. Dans "Souvenirs de 20 ans de vie", il raconte "son" Jean Gallia, autre légende du rugby dans un livre intitulé, "Café crème". Dans "Gilbert Brutus, mon ami", il tire le portrait d’un autre enfant de la Catalogne française, comme lui, qui porta les couleurs de l’USAP avant de changer de rugby et d’opérer dans le monde du XIII. Ernest Camo est né le 29 mai 1902 à Saint-Féliu-d’Avall. Il décède le 23 octobre 1978 à Villeneuve à l’âge de 76 ans. Troisième ligne aile son physique de costaud (qui lui permettait aussi de jouer deuxième ligne ou troisième ligne centre, 8, comme ils disent), il opéra à Perpignan et fut sélectionné dans l’équipe de France à six reprises. Le rugby à XIII à 33 ansEntre-temps avec Jean Gallia il a rejoint les rangs du CAV XV pour lequel il jouera jusqu’en 1934. C’est avec Jean Gallia, qu’il monte un magasin d’articles de sort, rue de Paris. Mais il laissera Jean Gallia, seul, prendre les rênes de deux salles de cinémas, "Le Palace" et "L’Olympia". Le CAV XV avec ses trois internationaux, Gallia, Camo et Max Rousié devint rapidement l’un des plus sérieux prétendants du championnat national. Surtout quand le club des bords du Lot reçu le renfort d’un autre Catalan qui accomplissait son service militaire à Agen, François Noguères. Il préféra Villeneuve pour pouvoir parler le catalan avec Gallia et Ernest Camo.On le sait pour des histoires d’amateurisme et de frais de déplacement, le rugby à XV connut au début des années 30 une révolution qui donna naissance, en France, à un deuxième rugby, le Treize. Jean Gallia fut l’artisan de l’arrivée de cette discipline dans l’hexagone et sur les bords du Lot. En août 1934 (allant alors sur ses 33 ans), il opte pour le rugby à XIII que son ami intime Jean Galia implante en France. 1935 est l’année du premier championnat de France.

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Les difficultés récentes et la reconstruction

Or, cette institution sportive a connu le moment le plus obscur de son histoire. Il y a un an à peine, le club plombé par des dettes a échappé d’un cheveu à une mise en liquidation, au dépôt de bilan. Le tribunal d’Agen (indulgent au regard de l’histoire de la maison verte) a accordé un étalement de la dette permettant au club de s’engager dans la compétition élite. Finalement avec une intersaison agitée, le départ de joueurs cadres, l’équipe fanion a tiré le diable par la queue tout au long de la saison. Lors de la première phase, elle a fermé la marche avec zéro victoire pour dix-huit rencontres. Sa première victoire (trois au total), elle l’a décrochée en mars face à la réserve de Toulouse (31-30). La saison passée fut en en mot, une année de transition.

Confronté à des difficultés financières et sportives, le club a dû faire face à des défis majeurs pour assurer sa survie. Le club a mis en place un nouveau budget et un projet sportif pour repartir sur des bases solides. Cette année, le club repart sur de nouvelles bases avec un budget équilibré et effectif de vingt-six joueurs. Sur le plan sportif, l’ensemble du club a pour projet de se classer dans le milieu de tableau ambitionnant une place en quart de finale. Malgré ces difficultés, le club a pu compter sur le soutien de ses joueurs, de ses dirigeants et de ses supporters pour surmonter cette période difficile. « Il faut rendre hommage aux joueurs qui dans la difficulté, l’accumulation de défaites n’ont jamais baissé les bras. La saison passée pendant que l’équipe fanion s’échinait à résister face aux grosses écuries du championnat, le comité directeur et ses deux co-présidents Jean-Pierre Sagnette et Patrick Maury ont mis en place un nouveau budget, un projet sportif.

L'avenir du Villeneuve Rugby League

Toujours en recherche de sponsors pour les prochaines saisons, le club de Villeneuve Rugby League n’est plus sur une aussi bonne dynamique qu’à son âge d’or. En difficulté sur le plan sportif, l’équipe de rugby à XIII a fait le choix de renouveler l’ensemble de son effectif jugé trop vieillissant. « C’est une période de transition où les nouveaux dirigeants, joueurs et entraîneurs sont en train de se former. Malgré une saison dernière difficile qui l’a amené à l’avant-dernière place du classement, le club s’appuie sur son école de rugby et sur le solide effectif de ses U19, qui compte de nombreux joueurs internationaux. Le club mise sur la formation des jeunes et sur un effectif renouvelé pour retrouver le chemin du succès. « On est en train de raviver les braises », assure-t-il. Mais le coprésident sait qu’avant tout, ce sont les résultats sur le terrain qui permettront d’impulser une nouvelle dynamique.

Pour marquer le coup des 90 ans de la création du XIII en France, et donc de la création de Villeneuve XIII, les 2 coprésidents de l'amicale des anciens joueurs de Villeneuve XIII, Daniel Verdes et Jean-Bernard Saumitou (Doul et Sam pour ceux qui les ont fréquentés sur les terrains et en dehors) se sont retroussé les manches et fait marcher leurs carnets d'adresses, ainsi que ceux des plus anciens de l'amicale pour regrouper anciennes gloire du XIII, anciens dirigeants des clubs du département (nombreux dans les années 90), sympathisants et supporters de toujours lors d'une grande journée le 4 mai dans la salle du Palay à Pujols. Il faut dire que leurs palmarès parlent pour eux : Doul a été 28 fois capé, 2 fois champion de France et 1 fois vainqueur de la coupe ; Sam, quant à lui, possède 15 capes, a été vainqueur de la coupe en 1989 et 2 fois finaliste du championnat. "Cette journée sera l'occasion de se rappeler, en compagnie de Robert Fassollette, conférencier et historien de l'histoire du treize en France, les grandes dates historiques, gaies ou tristes de 1934 à nos jours" expliquent les 2 coprésidents. "Nous honorerons le passé plus lointain à travers les présidents ou ex-présidents de La Réole à Cahors, en passant par ceux du Lot-et-Garonne sans oublier de nombreux anciens internationaux qui ont déjà répondu présents à l'appel". Il ne faut surtout pas oublier que le grand sud-ouest a longtemps été très dynamique dans l'histoire du XIII. L'histoire plus récente sera également évoquée "avec les témoignages de 2 anciens maires de Villeneuve, qui ont toujours été d'importants soutiens financiers de Villeneuve Rugby League.

L'essor du rugby à XV à Villeneuve-sur-Lot

À première vue, il n’y a que deux joueurs qui différencient le rugby à XIII du rugby à XV. Pourtant, à Villeneuve-sur-Lot, c’est bien deux entités historiques très différentes qui se partagent les amateurs de ballon ovale du Villeneuvois. D’un côté, les Léopards d’Aquitaine du club de Villeneuve Rugby League gardent une place forte dans l’histoire du rugby à XIII en France mais…À première vue, il n’y a que deux joueurs qui différencient le rugby à XIII du rugby à XV. Pourtant, à Villeneuve-sur-Lot, c’est bien deux entités historiques très différentes qui se partagent les amateurs de ballon ovale du Villeneuvois. D’un côté, les Léopards d’Aquitaine du club de Villeneuve Rugby League gardent une place forte dans l’histoire du rugby à XIII en France mais connaissent quelques difficultés ces dernières années. Bénéficiant d’une augmentation conséquente de licenciés ces dernières années (de 150 à 300 en deux ans), le RCV XV a été contraint de se débrouiller seul depuis la fin de l’entente avec Castelmoron-sur-Lot, l’année dernière. « Ça nous a poussés à trouver des solutions pour attirer du monde », précise Jérôme Colombini, président du club. Et pour cela, les dirigeants misent sur les jeunes : environ un tiers du budget du club est dédié au scolaire par le biais d’interventions dans les écoles. « On est dans une agglomération importante, on est obligé de faire évoluer la structure pour exister parce qu’il y a énormément d’associations sportives. »

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Objectif à moyen terme : accéder à la Fédérale 1. Mais pour leurs premiers pas en Fédérale 2 la saison prochaine, les joueurs villeneuvois auront à cœur de « situer le club à un niveau sportif qui est en corrélation avec la taille de l’agglomération. Pour l’instant, c’est une saison qui fait figure de test pour nous. En étant humble on peut espérer le maintien. En étant un peu plus ambitieux, pourquoi pas la qualification. »Plus que jamais, le club peut se vanter d’avoir remis le quinze au centre de la ville. « Villeneuve était connu par rapport au rugby à 13. Mais le XV a toujours existé parce qu’il est plus que centenaire ici. Les deux sont compatibles pour évoluer dans la même ville. »

Grâce à une deuxième manche maîtrisée devant Roubaix ce dimanche, les Villeneuvois ont composté facilement leur billet pour la Fédérale 2. VILLENEUVE : Horeau ; Turc, B. Boulaghrifa, Léal, Solacroup ; (o) F. Boulaghrifa, (m) Darini (cap) ; Moustin, Salles, L. Jolly ; Pezé, Lamataki ; Minetto, Vergne, Cassagne. ROUBAIX : Van Houtte ; Malhomme, Imbert, Neu, Picot ; (o) Henrot, (m) Michel ; Van Laer (cap), Larre, Rozières ; Lavocat, Tennier ; Verdru, Cambier, Rolin. " Le bonheur, c’est quand le temps s’arrête ", disait l’écrivain Gilbert Cesbron. Et ce dimanche, le temps s’est arrêté à 16 h 35 à Choisy, sur une pelouse noyée sous une vague de bonheur et d’émotion. À l’aube de son vingtième anniversaire, le RC Villeneuve a écrit l’une de ses plus belles pages dans sa jeune histoire avec une montée en Fédérale 2 la saison prochaine. Et pourtant à l’issue du premier round disputé dans le Nord, d’une courte victoire des « sang et or » (32-30), certains observateurs restaient plus prudents, attendant sagement la délivrance au coup de sifflet final. C’était le cas notamment du président Jérôme Colombini et de son fidèle lieutenant Fred Garcia certainement beaucoup plus stressés que les joueurs durant toute cette semaine de préparation. Mais leurs espoirs et leurs ambitions furent vite éteints par tout l’enthousiasme et toute l’énergie des coéquipiers de Louis Darini ayant démarré ce match couperet pied au pied plancher. Dominateurs dans la possession, l’occupation, les collisions, la touche, prenant régulièrement de vitesse une défense roubaisienne sur le reculoir, les Villeneuvois se payèrent en début de match sur un coup de griffe de Mika Léal (7-0, 4e). Ensuite, ils ne furent pas loin de corser un peu plus l’addition sur 3 percées plein axe de Lucas Horeau (14e, 18e) et du solide seconde ligne Frédéric Lamataki (21e). À force de subir les impacts et les coups de casque des locaux, les Nordistes ne purent empêcher Bilal Boulaghrifa (23e) et Gabin Solacroup (38e) d’humer la chaux de la terre promise. Et franchement sans faire injure à de valeureux adversaires, on voyait mal comment le RCV pouvait laisser échapper la mise. Car hier sur sa pelouse de Choisy, il était tout simplement supérieur aux « orange et noir » dans tous les secteurs du jeu. Normal donc de voir dès l’heure de jeu des remplaçants commençant à s’étreindre sur le bord de touche avec de grands sourires. S’il encaissa deux essais en seconde période, le favori de cette double confrontation des 16es de finale en inscrivit également deux avec le dernier mot pour ce diable de Lucas Horeau auteur d’une grosse prestation sur le plan offensif (45-12, 79e). Mission accomplie donc pour cette bande de copains qui évoluera en Fédérale 2 la saison prochaine. Mais l’aventure continue en championnat de France avec dès le week-end prochain un gros morceau pour le RCV qui sera opposé en huitième de finale aux Tarnais de Sort-Agout. "On n’est pas encore rassasiés. On a envie d’aller au bout dans cette compétition", ont lâché quelques joueurs après le match.

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