L'histoire du football, et plus largement du rugby, dans les campagnes françaises a longtemps été négligée. Pourtant, dès l'entre-deux-guerres, le stade est devenu un lieu de sociabilité et de cristallisation des identités, notamment dans le département du Vaucluse. Cet article se propose d'explorer l'histoire du club de rugby de Vaison-la-Romaine, en la replaçant dans le contexte plus large de l'évolution du sport et de la sociabilité dans les villages vauclusiens entre les années 1920 et 1980.
Les Prémices du Football Rural en Vaucluse
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'essor du football en Vaucluse est étroitement lié aux transformations socio-économiques locales. Dès les années 1920, et plus largement dans les années 1930, le football s'impose comme le "sport-roi au village", mobilisant une population majoritairement paysanne. Ces derniers pratiquent leur sport sur les pelouses naturelles des champs, souvent mis à disposition par des propriétaires locaux.
La recherche d'un terrain constitue une priorité pour les fondateurs des clubs sportifs nouvellement créés. Pour La Gazette sportive, hebdomadaire sportif vauclusien fondé en 1927, un terrain idéal se doit d'être plat pour minimiser les risques de blessures et favoriser un jeu fluide. Cependant, à la fin des années 1920, peu de clubs en Vaucluse disposent d'un tel espace. Hormis quelques exceptions comme Bollène, Vaison ou Pertuis, les terrains sont généralement des prés loués à des paysans ou prêtés gracieusement par des propriétaires. Ce manque d'infrastructures permanentes explique l'état médiocre des terrains, souvent étroits et accidentés, où les matchs favorisent davantage le jeu brutal que la finesse technique.
Vaison-la-Romaine : Un Terrain Précurseur
Hormis quelques exceptions comme Bollène, Vaison ou Pertuis, les terrains sont généralement des prés loués à des paysans ou prêtés gracieusement par des propriétaires23. À la fin de l'année 1940, il y a environ un millier de spectateurs au stade Ulysse Fabre de Vaison-la-Romaine.
Le Stade : un Creuset de Sociabilité Villageoise
L'implantation spatiale du football renvoie à la question de sa pérennité puisque la longévité de la plupart des pratiques culturelles tient à l'établissement de lieux spécifiques. On constate que les espaces du football, tel le stade, sont bien souvent associés à des formes subtiles de sociabilité. Définie comme "l'aptitude des hommes à vivre intensément des relations publiques", la sociabilité s'inscrit au cœur des dynamiques sociales qui façonnent le club de football et son stade comme des lieux privilégiés de rencontre et de partage.
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Si le café est le siège de l'activité administrative et festive des clubs, le terrain de football, quant à lui, devient un véritable lieu de rassemblement au village, mêlant spectateurs, supporters et curieux. La composition du public témoigne de l'intégration du football dans la vie quotidienne du village. Le match de football au village peut attirer des foules considérables, dépassant parfois le cadre strictement sportif pour devenir un événement social. En Vaucluse, le village peut se mobiliser de manière beaucoup plus forte que la ville pour soutenir son équipe de football. Le terrain de football rassemble souvent une grande partie de la communauté locale, faute de divertissements plus nombreux et variés.
Le Rôle du Stade Pendant la Seconde Guerre Mondiale
Dans de nombreux villages du département, le terrain de football connaît un véritable succès populaire pendant les "années noires". Peu de villages sont dépourvus d'un onze. En effet, avec l'interdiction des bals et de la chasse, le stade de football devient un des principaux lieux de divertissement au village. La pratique du football devient une échappatoire à la noirceur des temps. En dépit des restrictions et des difficultés de déplacement, les gens trouvent un moyen de se rassembler et de partager autour de la passion du football. Ce sport réussi à attirer régulièrement un nombre significatif de spectateurs dans différents villages du département, ce qui montre à quel point ce sport prend une place croissante dans la culture locale dans les années 1940.
Dans le contexte du régime de Vichy puis de l'Occupation, le stade de football au village devient un lieu essentiel pour "l'engagement communautaire et parmi les rares endroits où les gens ordinaires peuvent faire l'expérience de la normalité".
L'Évolution du Club de Rugby de Vaison-la-Romaine
Pour appréhender l'évolution du rugby à Vaison-la-Romaine, il est essentiel de considérer la trajectoire des rugbymen louhannais, dont la participation au tournoi national des anciens rugbymen à Villefranche-sur-Saône témoigne de l'esprit de compétition et de camaraderie qui anime ce sport. Lors de ce tournoi, le Rugby-club de Vaison-la-Romaine a croisé le fer avec l'équipe de Louhans, illustrant les liens qui unissent les clubs de rugby à travers la France.
L'histoire du club de rugby de Vaison-la-Romaine s'inscit également dans une dimension internationale, comme en témoigne la visite de l'équipe américaine Pacific Northwest Old Growth. Cette rencontre a été facilitée par Pierre Gruget, un ancien vaisonnais, soulignant l'importance des liens personnels et des échanges culturels dans le développement du sport.
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Le Déclin Progressif et la Concurrence des Loisirs Modernes
Toutefois, à partir de la fin des années 1960, le stade doit faire face à la concurrence d'autres divertissements comme la télévision et à la mobilité de l'automobile. À partir de la fin des années 1940, de véritables stades sont construits.
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