Rugby à 7 : Comparaison France-États-Unis

S'exiler aux États-Unis pour poursuivre une carrière professionnelle de rugbyman n'est pas un choix commun. Certains s'étonneront même d'une telle décision dans un pays où règnent majoritairement le basket, le football américain et le baseball. Pourtant, le rugby se développe aux États-Unis. Cet article compare l'état du rugby à 7 en France et aux États-Unis, en explorant les différences culturelles, les niveaux de jeu, les opportunités et les défis rencontrés par les joueurs français qui choisissent de jouer aux États-Unis.

Le développement du rugby aux États-Unis

Avec ses 55 millions de fans et ses 800 000 licenciés, le sport anglais se fait une place de plus en plus importante dans le paysage sportif américain. Un développement qui s'est accéléré ces dernières saisons avec, en ligne de mire, l'organisation de la Coupe du monde masculine en 2031 et féminine en 2033. La volonté de populariser le rugby aux États-Unis existe depuis la création de la Major League Rugby (MLR), le premier Championnat pro, avec des franchises, en 2018. Mais elle s'est traduite, ces dernières années, par la venue de joueurs de renoms. Depuis 2020, des stars comme Ma'a Nonu, Chris Robshaw, Tendai Mtawarira ou encore Mathieu Bastareaud ont tenté l'aventure américaine.

Kélian Galletier, ancien troisième-ligne de Perpignan, témoigne de cet engouement : « Le rugby est en développement ici. Les Américains sont très curieux de notre sport ». Cette saison, deux autres internationaux français sont engagés en MLR avec l'équipe de la Nouvelle-Orléans (Nola Gold Rugby). Xavier Mignot (1 sélection) a décidé de se relancer aux États-Unis après avoir quitté Lyon en janvier. « La saison ici coïncide parfaitement avec cela, puisque le Championnat se joue de février à juin. C'est parfait pour retrouver un contrat derrière en France, c'est un tremplin dans ma carrière. » Il est accompagné par l'ancien perpignanais Kélian Galletier (6 sélections). « Ma motivation pour me relancer dans un nouveau projet en France n'était plus aussi haute. J'ai toujours voulu vivre, et pas que pour le rugby, à l'étranger, pour découvrir ce qu'il se passe ailleurs. » Dès son arrivée aux USA, Galletier a rapidement constaté l'attrait des Américains pour le ballon ovale. « Le rugby est en développement ici, mais c'est là où c'est intéressant […] Les Américains sont très curieux de notre sport et on sent que ça leur plaît.

La professionnalisation tardive du rugby aux États-Unis

Le rugby a pourtant mis du temps à susciter l'intérêt des Américains. Importé au XIXe siècle après l'arrivée des immigrants britanniques, il a longtemps porté sur lui l'image d'un sport amateur, pratiqué uniquement dans les lycées anglo-saxons et français. Il a logiquement été dépassé par les développements faramineux du football américain, du basket, du baseball et plus récemment du soccer.

La professionnalisation est née dans les années 2010 en grande partie grâce au Français Thierry Daupin (46 ans), ancien joueur du Stade Nîmois, arrivé quelques années plus tôt aux États-Unis. C'est en passant du temps à Hawaï en 2008 qu'il repère le potentiel du rugby aux USA. Si une première ligue professionnelle est créée en 2016 sous le nom de Pro Rugby, celle-ci n'est active qu'une saison en raison des tensions et des désaccords entre les dirigeants de la ligue et la Fédération américaine. Il aura donc fallu attendre fin 2017, début 2018 pour que la Major League Rugby voie le jour sous l'impulsion de Daupin. Inspirée du modèle des autres Championnats américains (ligue fermée, systèmes de play-offs et de conférences), elle permet aux franchises de se structurer et de recevoir progressivement la confiance d'investisseurs de plus en plus nombreux.

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Louis Millet, joueur français, souligne : « C'est un autre monde au niveau de la discipline et du travail. Dès que tu arrives, tu te sens dans un cadre professionnel ». Daupin précise : « Les gens pensent que le rugby est petit aux États-Unis à cause de la comparaison avec le foot américain ou le basket, car ici les moyens sont démesurés. Mais il y a un vrai développement. Par exemple, le club de la Nouvelle-Orléans a déjà un budget annuel de 9 millions d'euros (soit plus élevé que cinq clubs de Pro D2 cette saison). Alors que nous partions quasiment de zéro il y a huit ans. » Guillaume Gouze, ancien responsable des opérations de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), a confié à Thierry Daupin que la « structure de la ligue américaine du rugby en 2025 était au même niveau que la LNR en 2010 ».

Niveau de jeu et perspectives d'avenir

Une évolution rapide qui se traduit également sur les terrains. Depuis la création de la MLR en 2018, la Nouvelle-Orléans ne s'est jamais hissée en phase finale. La MLR est « moins dense que le Top 14, par contre il y a énormément d'intentions de jeu, analyse Galletier, titulaire en troisième ligne lors des trois premiers matches de la saison. Les temps de jeu effectif sont importants. Je serais curieux de voir une rencontre entre un club de Pro D2 et les meilleures équipes de la MLR. » Une observation partagée dans les universités américaines et canadiennes par Louis Millet (24 ans), premier joueur français à avoir été drafté en MLR en 2023 par les Arrows de Toronto (club disparu la même année). « En termes de niveau de rugby, c'est le jour et la nuit avec la France. Par contre, ce sont des athlètes énormes. C'est un autre monde au niveau de la discipline et du travail. Dès que tu arrives, tu te sens dans un cadre professionnel. « Quand je suis arrivé, je faisais 78 kg, alors que je pesais 102 kg quand je me suis fait drafter. Ils sont vraiment très forts sur le plan physique. Pour eux, c'est un mode de vie ».

Chaque année, les joueurs du Championnat universitaire américain peuvent s'inscrire à la draft (lancée en 2020) pour espérer entrer dans le monde professionnel et être sélectionnés en MLR. Des règles ont même été édictées obligeant chaque franchise à ne pas aligner plus de dix joueurs étrangers par feuille de match pour favoriser le temps de jeu des Américains et donc la sélection nationale. Un système comparable à celui des JIFF (Joueurs issus des filières de formation) en France. Inspirés par des joueurs comme David Ainu'u (25 ans), pilier du Stade Toulousain et symbole de la formation américaine, les jeunes sont de plus en plus attirés par le rugby. « Les Américains commencent à avoir un ballon de rugby dans les mains dès l'âge de 8 ans. Des joueurs comme Ainu'u il y en a à tous les coins de rue, ajoute Daupin. Quand des mecs comme ça vont débarquer ça peut faire des dégâts dans les années à venir. »

L'organisation de la Coupe du Monde masculine en 2031 et féminine en 2033 représente une opportunité majeure pour le développement du rugby aux États-Unis. « Amener la Coupe du Monde de Rugby sur le marché sportif le plus dynamique au monde est une opportunité qu'il faut absolument saisir pour développer ce sport fantastique aux États-Unis. » Éliminés en phases de poules lors de leurs huit participations à la Coupe du monde depuis 1987, les Américains espèrent se qualifier pour la première fois de leur histoire en quarts de finale, à la maison, en 2031.

Comparaison avec le football américain

Il est essentiel de distinguer le rugby du football américain, souvent confondu par le grand public. Voici quelques différences clés :

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  1. La tenue des joueurs : Au football américain, les joueurs ont un équipement obligatoire, contrairement au rugby.
  2. Le style de passe : Au rugby, les passes doivent être faites en arrière, tandis qu'au football américain, une passe en avant est autorisée.
  3. L'effectif d'une équipe et le nombre de joueurs sur le terrain : Une équipe de rugby compte 15 joueurs sur le terrain, tandis qu'une équipe de football américain en compte 11, avec un effectif total de 53 joueurs divisés en attaque, défense et équipe spéciale.
  4. Le format et la durée du match : Un match de rugby dure 80 minutes (2 mi-temps de 40 minutes), tandis qu'un match de football américain dure 60 minutes (4 quarts-temps de 15 minutes), mais avec de nombreuses interruptions, la durée réelle est d'environ 3 heures.
  5. Le ballon : Bien que les deux ballons soient ovales, celui du rugby est plus gros et plus lourd que celui du football américain, qui est plus aérodynamique et possède des lacets.
  6. La taille du terrain et les poteaux : Un terrain de rugby mesure environ 130 mètres de long et 70 mètres de large, tandis qu'un terrain de football américain mesure 120 yards (109,2 mètres) de long et 53,33 yards (48,53 mètres) de large. Les poteaux de rugby sont en forme de H, tandis que ceux du football américain sont en Y.
  7. Les championnats professionnels : Le rugby a des championnats professionnels dans le monde entier, tandis que le football américain est principalement concentré aux États-Unis et au Canada.
  8. Marquer un touchdown vs un essai : Au rugby, il faut aplatir le ballon dans la zone d'en-but pour marquer un essai (5 points). Au football américain, il y a deux façons différentes de marquer un touchdown (6 points) : courir avec la balle ou attraper la balle dans la zone d'en-but.
  9. Bloquer et plaquer les joueurs : Au rugby, les joueurs ne peuvent plaquer que le joueur possédant le ballon. Au football américain, les joueurs peuvent également bloquer les autres joueurs.
  10. Comptabiliser les points : Le système de points est différent dans les deux sports, avec des valeurs différentes pour les essais/touchdowns, transformations, pénalités et field goals.

France 7 et États-Unis : une rivalité naissante

L'équipe de France de rugby à 7 a réalisé une performance éclatante au Cap SVNS, ce samedi 7 décembre, en infligeant une défaite écrasante aux All Blacks, pour un score final de 47-15. Cette victoire est historique par son score, devenant le plus large écart jamais enregistré entre les deux équipes dans un match du circuit mondial.

Aux Jeux Olympiques de 2025 à Paris, le match opposant la France aux États-Unis sur le parquet de basket-ball a également passionné. Si la Passion Rugby France-USA reste vive et historique, c’est bien dans le Choc Basket JO 2025 que s’est écrit un nouveau chapitre intense de rivalité sportive et d’admiration mutuelle.

Quel sport est le plus dur ?

La question de savoir quel sport est le plus dur entre le rugby et le football américain est souvent posée. Des experts des deux sports ont animé le débat, soulignant les aspects suivants :

  • La préparation physique : La préparation physique est une religion aux États-Unis, et le football américain est en avance de ce côté-là en raison de son calendrier et de sa culture.
  • L'endurance : Le rugby exige plus d'endurance que le football américain, où les temps de récupération sont plus importants.
  • L'explosivité : L'explosivité est une qualité essentielle en football américain, avec des sprints courts et intenses suivis de périodes de repos.
  • La violence des chocs : Le football américain est plus violent en termes d'intensité des chocs, grâce aux protections, tandis que le rugby est plus violent en termes de répétition des impacts.
  • Le risque de blessures : Les deux sports présentent des risques de blessures, mais les commotions cérébrales sont un sujet de préoccupation majeur dans les deux disciplines.

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