Jérémy Rozier : Biographie d'un arbitre de rugby entre le Top 14 et les Séries Mondiales

Jérémy Rozier est un arbitre de rugby français dont la carrière oscille entre les exigences du Top 14 et l'effervescence des HSBC World Rugby Sevens Series. Après une blessure au genou qui l'a tenu éloigné des terrains, il a fait un retour remarqué sur le circuit mondial de rugby à sept, arbitrant plusieurs finales masculines. Son parcours est un témoignage de passion, de résilience et d'un engagement constant envers l'amélioration.

Un retour après une blessure

En mars dernier, Jérémy Rozier a subi une grave blessure au genou, un coup dur pour un arbitre au sommet de sa forme. « C’était dur de faire ce choix surtout quand tu t’accroches à un truc depuis trois ans et que tu te blesses juste avant », confie-t-il. Cette blessure a entraîné une longue période de convalescence, l'obligeant à manquer la fin de la saison de PRO D2 et à passer son été à travailler sa musculation. Cependant, Rozier a fait preuve d'une détermination sans faille, transformant cette épreuve en une source de motivation. « Courir était une première victoire pour moi donc maintenant, quand je rentre sur le terrain, je prends tout avec plaisir. » Il aborde chaque match avec une perspective renouvelée, savourant chaque instant comme si c'était le dernier.

L'annulation des Jeux Olympiques de Tokyo, qui étaient un rêve pour lui, a été moins décevante en raison du contexte de la pandémie de COVID-19.

Parcours et expérience

Jérémy Rozier fait partie d'un groupe d'arbitres expérimentés sur le circuit mondial de rugby à sept. Avec l'Australien Jordan Way, qui fait son retour à Singapour, ils sont parmi les plus anciens en termes d'années de service et de tournois arbitrés. Cependant, Rozier souligne que l'expérience ne garantit pas la perfection, car chaque tournoi apporte son lot d'enseignements. « On a juste participé au cycle d’avant soit les quatre années qui ont précédé Tokyo 2020 et on a été reconduit jusqu’à Paris 2024. » D'autres arbitres talentueux, tels que l'Uruguayen Francisco Gonzalez et l'Argentin Neheun Jauri Rivero, complètent ce groupe. L'objectif est de réduire le nombre d'arbitres à une douzaine pour les prochains Jeux Olympiques.

Objectifs et progression

L'ambition de Jérémy Rozier est de progresser dans sa carrière d'arbitre à quinze. « Arbitre international à quinze, c’est encore assez loin car il me reste encore plusieurs étapes à franchir. » Son objectif prioritaire est de réaliser de bonnes performances en PRO D2 afin d'être sélectionné en TOP 14, le plus haut niveau du rugby français. « Dans un avenir assez proche, j’aimerais gravir ce dernier échelon national. » Il est conscient de la nécessité de ne pas brûler les étapes et de se concentrer sur le présent. Le plaisir qu'il prend sur le terrain se traduit par de bonnes performances, ce qui est essentiel pour progresser. L'arbitrage à sept lui offre une exposition internationale et lui permet de maintenir un lien avec le rugby à quinze. Craig Joubert, le manager de la technique, joue un rôle clé dans la communication avec les sélectionneurs à quinze, favorisant ainsi la progression des arbitres.

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Philosophie d'arbitrage

Sur le terrain, Jérémy Rozier privilégie le travail d'équipe avec ses juges de touche et son arbitre vidéo. « Mon objectif en allant sur le terrain, c’est d’abord de faire une bonne performance d’équipe avec mes juges de touche et mon arbitre vidéo. » Il s'efforce de prendre des décisions claires et évidentes, qui ne soient pas remises en question, en particulier sur les actions de score. Le plaisir est également un élément essentiel de son arbitrage. Il cherche à créer un cadre précis pour les joueurs, où chacun peut s'exprimer sans dépasser les limites. « Ensuite, je veux prendre du plaisir ce qui passe par donner un cadre précis aux joueurs dans lequel on est tous capable de s’exprimer et où chacun ne dépasse pas les limites. » Rozier adopte une approche respectueuse envers les joueurs, évitant l'autoritarisme excessif. Il est sévère sur le jeu déloyal, mais laisse aux joueurs la possibilité de s'exprimer et de poser des questions pendant le jeu. En PRO D2, il se concentre sur le jeu au sol, la mêlée et le jeu déloyal, des domaines clés pour assurer un arbitrage de qualité. L'objectif est de favoriser un jeu rapide et fluide, tout en maintenant un contrôle strict sur le jeu déloyal.

Transition entre le quinze et le sept

Jérémy Rozier est capable de passer du rugby à quinze au rugby à sept avec une grande facilité. « J’essaie de switcher dès le dimanche quand je prends l’avion. Je n’entends plus parler de quinze et je me met complètement dans ma bulle sept. » Il se plonge dans l'univers du sept en regardant les derniers matchs et en travaillant avec son préparateur mental. Sur le circuit mondial, il bénéficie de conditions optimales, avec une semaine de préparation avant chaque tournoi. Il travaille en collaboration avec les autres arbitres et avec Craig Joubert pour identifier les points à améliorer. La préparation physique est également essentielle, car les exigences du rugby à sept sont différentes de celles du rugby à quinze. Rozier échange également avec le staff de l'équipe de France à sept, partageant des informations et s'adaptant aux spécificités de ce format de jeu.

Collaboration avec l'équipe de France à sept

Jérémy Rozier intervient ponctuellement auprès de l'équipe de France à sept, à la demande du staff. « J’essaie de le faire très ponctuellement sur demande de France 7 mais étant donné que je suis à 100% au travail (il est professeur d’EPS dans les Yvelines ndlr), c’est très compliqué de se libérer. » Il considère que l'arbitrage joue un rôle important dans le rugby à sept et que son expérience peut aider les joueurs à s'adapter au discours de l'arbitre sur le terrain. Son objectif est d'aider les joueurs à être bien perçus par les arbitres, ce qui peut être déterminant dans les situations de 50/50.

Influence des joueurs sur les décisions arbitrales

Les joueurs peuvent avoir une influence sur les décisions de l'arbitre, notamment par leur langage corporel et leur attitude sur le terrain. « Si les joueurs envoient un message commun à l’arbitre via le language du corps, je ne dis pas que l’arbitre sifflera pour eux, car il fera son choix sans en tenir compte, mais sur les situations d’après cela peut lui faire se poser des questions. » Si les décisions de l'arbitre font consensus, il aura tendance à se sentir conforté dans son choix. En revanche, en cas de désaccord, il peut se remettre en question. Rozier souligne que l'arbitre est un être humain et qu'il est sensible à l'attitude des joueurs.

Directives d'arbitrage

Les arbitres du circuit mondial de rugby à sept mettent l'accent sur les directives à appliquer de manière intransigeante. « Comme on a eu des pool d’arbitres très différents, on a beaucoup remis en avant les directives sur lesquelles on doit être intransigeants. » Cela concerne notamment les domaines de zéro tolérance sur les cartons jaunes, tels que les ballons jetés et les en-avants volontaires. Ils travaillent également sur les directives au sol, en appliquant une plus grande équité entre l'attaque et la défense. Les arbitres sont plus sévères sur les « extra roll » et accordent une attention particulière à la phase de ruck, qui est la plus fréquente et la plus sujette à interprétation.

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Communication avec les entraîneurs et les commentateurs

La communication est essentielle pour assurer un arbitrage de qualité. Jérémy Rozier et les autres arbitres organisent des réunions en visioconférence avec les entraîneurs avant les tournois pour clarifier certaines situations et éviter les désaccords. « On a des réunions en visio avec les entraîneurs avant les tournois pour remettre à plat certaines situations. » Ils travaillent également avec les commentateurs afin de leur expliquer les directives d'arbitrage et de favoriser une meilleure compréhension du jeu. L'objectif est de créer un processus commun de construction du jeu avec tous les acteurs impliqués.

Développement de l'arbitrage à sept

Jérémy Rozier est impliqué dans le développement de l'arbitrage à sept en France. « Ce qui est important pour nous, c’est que les arbitres officient également sur des tournois à sept. » Il participe à des tournois élites sur tout le territoire, où il rencontre des arbitres de différents niveaux et leur transmet les directives de jeu. Il a notamment participé au Winter Sevens en février pour coordonner l'arbitrage et donner des conseils aux arbitres et aux entraîneurs. L'objectif est de créer un vivier d'arbitres compétents, capables d'officier au niveau national et international. Le Supersevens et le Grand Prix Series sont des étapes importantes dans la progression des arbitres vers le circuit mondial.

Formation des arbitres à sept

La formation des arbitres à sept est assurée par des arbitres expérimentés, souvent issus du rugby à quinze. « Certains arbitres, comme moi via la ligue Île de France, s’en occupent lors des tournois, il n’y a pas une vraie formation à sept car ce sont souvent des arbitres qui officient déjà à quinze. » On considère qu'une solide expérience en rugby à quinze est nécessaire pour arbitrer à haut niveau à sept. World Rugby sélectionne également des arbitres issus du rugby à quinze, tels que le Géorgien Nika Amashukeli et l'Italien Gianluca Gnecchi, ce qui témoigne des liens étroits entre les deux disciplines.

Reconversion des joueurs vers l'arbitrage

L'arrivée de joueuses de rugby à sept vers l'arbitrage est un signe positif pour l'avenir. « C’est pour ça que c’est très bon signe de voir Chloé Pelle et Doriane Constanty qui sont encore sous contrat de joueuse à sept avec la Fédération et qui arbitrent sur leurs temps libres. » Ces joueuses, qui envisagent une reconversion rapide dans l'arbitrage, apportent une expérience précieuse et un potentiel élevé. L'objectif est de les accompagner dans leur progression et de leur donner les moyens d'atteindre le plus haut niveau. La présence d'arbitres français aux Jeux Olympiques de Paris 2024 serait une grande fierté pour le rugby français.

Le rugby à sept, une école de formation

Jérémy Rozier souligne l'importance du rugby à sept comme école de formation pour les joueurs, les entraîneurs et les arbitres. « Je voulais féliciter notre Gabin Villière national qui vient de remporter le Grand Chelem. Il ne faut pas oublier qu’il vient du sept et c’est formidable ce qui lui arrive. » Le rugby à sept, avec son rythme rapide et ses exigences techniques, permet de développer des compétences précieuses qui sont ensuite utiles dans le rugby à quinze. Pour les arbitres, le rugby à sept exige une grande réactivité et une capacité à prendre des décisions rapides, notamment sur le jeu au sol. Rozier constate que les mentalités sont en train de changer en France et qu'il faut profiter de cet engouement pour développer le rugby à sept à tous les niveaux.

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