L'enseignement du hockey sur glace, comme celui de nombreux sports collectifs, est un sujet de débat constant. Traditionnellement, une approche cognitiviste axée sur la répétition est privilégiée, mais cette méthode est remise en question. Cet article explore la définition du rôle de passeur de rondelle, les particularités du hockey et les approches pédagogiques novatrices.
Approche Traditionnelle vs. Apprentissage par le Jeu
Bon nombre de professeurs d’EPS et d’entraîneurs sportifs utilisent une approche cognitiviste fondée sur l’apprentissage par la répétition pour l’enseignement des sports collectifs. Cette approche place en priorité le développement d’habiletés motrices dites techniques et l’apprentissage de stratégies de jeu qui exigent des joueurs de reconnaître des situations particulières pour lesquelles ils se doivent d’exécuter des actions motrices prédéterminées. Or, plusieurs chercheurs remettent en question l’utilisation de cette méthode pour l’apprentissage des sports collectifs à dominante tactique comme le hockey sur glace, bien qu’elle ait établi son efficacité pour des sports à dominante physiologique ou technique telles les épreuves d’athlétisme par exemple.
L'approche traditionnelle, largement utilisée pour enseigner les habiletés sportives, repose sur des bases cognitivistes. L’apprentissage et le perfectionnement des gestes sportifs se font donc par la répétition. Plus particulièrement, l’intervenant isole l’action du jeu qu’il souhaite faire apprendre à ses participants et crée un « éducatif » qui place l’élève dans des conditions lui permettant de pratiquer cette action à plusieurs reprises et de manière successive, jusqu’à ce qu’elle soit maîtrisée par l’élève et qu’il puisse la faire avec de moins en moins d’efforts. Un enseignement de la sorte, basé sur la répétition, a démontré son efficacité pour l’apprentissage des sports et activités cycliques.
Toutefois, si on reconnaît le caractère aléatoire des actions en jeu dans les sports collectifs, cette approche est incohérente pour l’apprentissage du hockey sur glace. En effet, il est évident de constater que les habiletés motrices exécutées dans les sports collectifs ne pourront que très rarement se reproduire exactement deux fois de la même façon en situation de jeu en raison de l’interaction constante d’un joueur avec ses coéquipiers et contre des adversaires, sur un même terrain de jeu.
L'objectif de ce chapitre est donc de décrire comment il est possible d’utiliser une approche fondée sur l’apprentissage par le jeu pour l’enseignement des habiletés techniques des joueurs de hockey sur glace.
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Limites de l'Approche Traditionnelle
L'observation générale des conditions d’apprentissage offertes aux participants indique que l‘enseignement du hockey sur glace auprès des jeunes est majoritairement constitué d’exercices de virages répétitifs autour de plots avec ou sans maniement de la rondelle, d’arrêts et départs consécutifs sur les lignes tracées sur la patinoire ou encore de parcours de maniement de la rondelle se terminant, dans le meilleur des cas, par un tir au but. Dans une perspective similaire, les tirs au but sont pratiqués soit seul contre la bande qui délimite la surface de jeu ou encore à tour de rôle seul contre le gardien. Lorsque le niveau de développement des joueurs est un peu plus avancé, les intervenants utilisent allégrement des exercices dits « flow drills », où les actions et déplacements des joueurs sont en grande partie prédéterminés, et où la présence de l’adversaire est très limitée afin de favoriser la réussite des passes et actions des joueurs.
Nécessairement, parce qu’ils sont fondés sur la répétition et se font habituellement en réduisant l’opposition, ces « exercices » permettent de pratiquer un grand nombre d’habiletés de base en obtenant, à court terme, un haut taux de réussite chez les apprenants. Il y a toutefois lieu de questionner ce taux de réussite à plus long terme, dans la mesure où ces activités d’apprentissage ou de développement ont un très faible transfert en situation de jeu réel. Les joueurs ne sont ainsi pas amenés à faire une lecture des informations qu’offre le jeu et à prendre des décisions appropriées à chaque situation. Finalement, dans les séances d’entraînement traditionnelles en hockey sur glace, les périodes de jeu comme telles sont souvent considérées comme une activité récompense, utilisée en fin de séance pour plaire aux joueurs, ou lorsqu’il reste du temps de séance non exploité.
Particularités du Hockey sur Glace
Le hockey sur glace est un des sports qui laisse entrevoir des exigences techniques les plus élevées en comparaison avec les autres sports de même nature. En effet, les déplacements et la manipulation du ballon au basket-ball se font beaucoup plus naturellement avec les pieds et les mains par exemple. Ou encore au football, les joueurs font appel à une motricité monopodale quand ils ont le ballon. Dans ces sports, la marche et la course se retrouvent à la base des déplacements et sont, dans le développement moteur des enfants, apprises habituellement dès l’âge d’un an. Au hockey sur glace par contre, la glisse avec les patins et la manipulation de la rondelle avec un bâton sont des mouvements beaucoup moins naturels et qui demandent beaucoup de pratique.
Par ailleurs, l’apprentissage et le développement des habiletés techniques a depuis toujours été l’élément privilégié par la plupart des prof d’EPS et intervenants au hockey sur glace dans les activités constitutives des séances offertes aux jeunes participants. Encore de nos jours, la grande majorité des spécialistes du hockey sur glace ne conçoivent pas qu’il soit possible de jouer au hockey sans avoir développé et perfectionné les bases techniques qu’ils considèrent nécessaires à tous les joueurs (virages brusques, arrêts, pivots, tirs, passes, etc.).
Importance de la Tactique
Si la pratique du hockey sur glace compte de nombreux gestes techniques, certains d’entre eux, faut-il le rappeler, ne sont nécessaires qu’à très peu d’occasions en situation de jeu. Un tir poignet, par exemple, ne sera utilisé que par quelques joueurs et à très peu d’occasions pour la durée totale d’une partie. Ironiquement, ce paradoxe sert souvent d’argument aux technicistes qui croient que plus un joueur sera en mesure de bien exécuter un geste technique à l’entraînement, plus il sera en mesure de l’utiliser au moment opportun en situation de jeu. Or, il n’est pas dit que le joueur en question saura reconnaître ce bon moment quand des adversaires chercheront à l’en empêcher.
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La réalisation d’une action technique doit s’insérer dans un processus visant l’efficacité du joueur à répondre avec succès aux exigences de la situation de jeu. Le hockey sur glace est ainsi un sport fondamentalement tactique, où le but du jeu est, individuellement et collectivement, de déjouer des adversaires afin de réussir à marquer des buts, tout en empêchant ces adversaires d’en marquer. Dans ce sport, la performance se réalise à l’intérieur d’un système dit dynamique qui est tributaire de l’exécution d’actions motrices à des moments opportuns du jeu et de manière efficace. La performance des joueurs, à cet égard, se résume aux actions offensives permettant de marquer des points (ou d’aider ses coéquipiers à marquer des points) ainsi qu’aux actions défensives permettant d’empêcher l’adversaire d’en marquer.
Le Jeu comme Outil d'Apprentissage
Il est bien évident qu’un joueur qui ne peut se déplacer ou rester en équilibre sur la glace, ni contrôler minimalement la rondelle avec le bâton, ne pourra pas « jouer » au hockey à proprement parler. Cependant, l’approche d’enseignement proposée dans ce texte exige de rappeler qu’au hockey sur glace, comme dans bien d’autres sports collectifs comparables, la vitesse de jeu et l’interaction entre les joueurs offrent des conditions de jeu où le résultat de l’action compte beaucoup plus pour la performance que la qualité d’exécution des actions motrices. En ce sens, un joueur, sitôt en mesure de se tenir en équilibre sur ses patins et de tenir son bâton, peut jouer au hockey… Et c’est par le jeu, justement, que celui-ci pourra apprendre à perfectionner son équilibre, ses déplacements et le contrôle de la rondelle.
Conséquemment, plus l’élève apprendra à comprendre son sport et prendra conscience des raisons de l’utilisation de chaque geste technique, plus il réussira généralement à exécuter ces gestes a) de manière plus fluide et non consciente, b) dans des conditions variées et c) en les enchaînant avec d’autres actions motrices liées au sport. Avec le temps, le raffinement de ses habiletés techniques lui permettra d’augmenter son répertoire d’actions disponibles pour réagir de manière optimale aux différentes situations de jeu qui se présentent à lui.
Prioriser l'Apprentissage par le Jeu
Dans une perspective didactico-pédagogique, il semble ainsi bien plus avantageux de prioriser l’apprentissage par le jeu et de permettre aux apprenants de parfaire leurs habiletés techniques à travers celui-ci. Dans cette perspective, l’intervenant doit amener le joueur à bien comprendre les grands principes qui soutiennent les actions qu’il exécute et à produire une réponse motrice qui tient compte à la fois de ses capacités et des spécificités que présente la situation de jeu. De fait, la qualité de l’action qu’il exécutera n’aura d’importance que dans la mesure où elle produira une réponse qui peut contribuer à faire progresser le jeu de manière effective. Ainsi, un tir poignet, un virage brusque ou un croisement en patinage arrière n’auront finalement de sens que s’ils permettent au joueur de faire progresser le jeu ou de limiter l’attaque adverse. À cet égard, comme il a été démontré, l’apprentissage et le perfectionnement des actions motrices (techniques) dans des conditions contrôlées, en dehors de la situation de match, ne sont pas cohérents.
C’est à partir du moment où la technique limite le choix et les possibilités d’actions d’un joueur que celui-ci réalise davantage l’importance qu’elle revêt. À cet égard, il importe au joueur de comprendre précisément le moment le plus approprié et la raison pour exécuter chacune des différentes actions techniques. En fonction des situations de jeu, ce sera au joueur de choisir la meilleure action technique à effectuer selon le répertoire qu’il possède ou qu’il a développé. Et il doit surtout le faire en fonction du sentiment qu’il a de ses probabilités de réussite (résultat) de l’action.
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Le Rôle du Passeur de Rondelle
Le centre, un des trois attaquants, est le principal acteur en situation offensive au hockey sur glace. Le joueur à qui est attribué le rôle de centre au hockey sur glace doit être particulièrement solide et savoir s'imposer. D'une part parce que son rôle de soutien induit une large palette de tâches à remplir, qu'il s'agisse de marquer des buts, de défendre ou de désorganiser le jeu de l'équipe adverse, d'autre part puisqu'il est forcément la cible privilégiée des défenseurs adverses, qui font tout leur possible pour contrecarrer ses actions. Les deux ailiers (droit et gauche) composent avec le centre le trio d'attaque et jouent de part et d'autre du centre. Les deux ailiers agissent sur le côté gauche ou droit du terrain de hockey sur glace et sont donc appelés ailier gauche ou ailier droit. Cela signifie que l'ailier droit joue principalement sur le côté droit de la patinoire, l'ailier gauche sur le côté gauche. Tout comme le centre, les ailiers sont amenés, selon la situation de jeu, à jouer un rôle différent. Eux-aussi ont pour tâche de tenter des buts, et en situtation défensive, ils doivent soutenir les défenseurs de leur équipe.
Importance de la Polyvalence
Le gardien de but doit se concentrer uniquement sur la défense de la cage. Les joueurs de champ, eux, ont plusieurs tâches. En effet, tout changement dans la situation de jeu requiert de la part des joueurs une certaine polyvalence et un soutien constant à leurs coéquipiers. Cela signifie qu'un défenseur peut très bien attaquer le but adverse en situation offensive et qu'à l'inverse, un attaquant peut prêter main-forte à la défense. Les attaquants se doivent d'être agiles, les défenseurs prudents ; les gardiens de but détiennent les clés du succès : au hockey sur glace, chaque joueur joue un rôle clair et précis.
Exemples de Situations Tactiques
Plusieurs exemples peuvent illustrer ce phénomène. Ainsi, la meilleure illustration de cette situation est la tendance des joueurs à prioriser leur côté dominant. Par exemple, la grande majorité des joueurs en possession de la rondelle vont préférer utiliser le coup droit plutôt que le côté revers s’ils doivent faire une passe. En pareilles circonstances, un joueur A qui peut aussi efficacement faire des passes du coup droit que du revers aura plus d’options de jeu qu’un joueur B qui ne se limite qu’à son coup droit.
Statistiques et Analyse des Joueurs
Loin de vouloir clore le débat, les statistiques utilisées pour les joueurs se concentrent à définir leur efficacité sur la glace, ce qui constitue tout de même la base de leur métier. Pendant longtemps, les joueurs ont été jugés sur leur production offensive. Cependant, celle-ci dépend largement du temps de glace obtenu, de la présence en supériorité numérique, de la réussite momentanée du joueur et de ses coéquipiers, du rôle qui lui est attribué par l’entraineur et de la capacité du système de jeu collectif à maximiser l’attaque. Même avec l’utilisation douteuse des mises en échec et des tirs contrés (voir ci-dessous), il semblait également que la partie défensive du jeu était laissée de côté faute de métriques disponibles. Par exemple, un joueur très offensif peut récolter beaucoup de points, mais si sa capacité à défendre est nulle, son équipe risque d’encaisser plus de buts qu’il n’en provoque au final. Les meilleurs joueurs de la ligue sont ainsi capables de monopoliser la possession, limitant de facto les chances de l’adversaire tout en maximisant les opportunités pour son équipe. Pour des joueurs de 3e-4e trio dont il ne faut pas attendre qu’ils marquent 30 buts, assurer la possession du palet à leur équipe équivaut à bien remplir un rôle de soutien, une défense efficace et une capacité à terminer ses présences en zone offensive par exemple. En attendant que les gros canons finissent le travail.
Indicateurs Statistiques Clés
- Plus/Minus (+/-): Bien que critiqué, cet indicateur tente de mesurer l'impact global d'un joueur, mais il est influencé par des situations spéciales et la performance collective de l'équipe.
- Mises en échec et tirs contrés: Ces statistiques reflètent le temps passé à défendre et ne sont pas nécessairement un signe de performance positive.
- Interceptions: Souvent utilisées à tort, elles peuvent simplement indiquer qu'un joueur a beaucoup la rondelle.
- Corsi (CF%): Mesure la possession de la rondelle en pourcentage des tirs tentés pendant que le joueur est sur la glace.
- Buts anticipés (xGF%): Évalue la qualité et la quantité des chances de marquer créées et concédées par un joueur.
Analyse Avancée
Il est impératif de mettre en perspective taux de possession ou de buts anticipés d’un joueur avec les performances globales de son équipe. Concrètement, ces statistiques brutes dépendent parfois fortement des performances collectives.
Une des dynamiques positives en place au sein de la communauté des amateurs de stats est de promouvoir la capacité à créer ses propres métriques et d’expérimenter de nouvelles analyses, du moment qu’elles tiennent la route bien entendu. Nous avons ainsi cherché sur Hockey Archives à mesurer l’efficacité offensive ou défensive des joueurs. Le principe pour les attaquants est simple : si une équipe parvient à décocher 10 tirs avec le joueur X sur la glace, et que 5 de ces 10 tirs sont des chances de marquer, l’efficacité offensive sera de 50%. Cette métrique met en valeur les joueurs ayant la capacité à placer leurs coéquipiers dans des conditions parfaites ainsi que les joueurs misant sur la contre-attaque, qui par définition permettent de s’approcher du but adverse. Pour atténuer l’impact du système collectif, il est aussi recommandé d’utiliser une mesure relative, comparativement au reste de l’équipe.
L'Importance du Contexte dans l'Analyse Statistique
Voici la section objectivement la plus difficile pour les novices des statistiques, et c’est là où les journalistes se doivent d’apporter dans leurs articles le supplément d’information difficilement accessible au lecteur. Ce qui suit est donc principalement indicatif et introduit un vocabulaire que vous retrouverez dans les articles d’ici ou d’ailleurs.
- Utiliser des mesures par 60mn: Le temps de jeu influence fortement les résultats, il est donc essentiel d'utiliser des statistiques par 60 minutes pour comparer les joueurs équitablement.
- La position du joueur dans l’alignement: Il est important de considérer si un joueur évolue dans un top 6 en attaque ou sur une 4e ligne, car cela affecte son rôle et ses opportunités.
- Qualité des coéquipiers et de l’opposition: La performance d'un joueur est influencée par la qualité de ses coéquipiers (QoT) et de ses adversaires (QoC).
- Zone starts - départs en zone offensive/défensive: Un entraîneur assigne régulièrement des missions différentes à ses joueurs, compte tenu de leurs talents et de leurs faiblesses personnelles.
- La réussite - l’indicateur PDO: Le PDO peut être utilisé pour un joueur en additionnant la réussite aux tirs de ses coéquipiers et le taux d’arrêts des gardiens lorsqu’il est sur la glace.