Depuis 1984, année où ils ont remporté le titre Honneur, les Portésiens attendent avec impatience un nouveau titre. Cette longue période de disette, qui dure maintenant vingt-huit ans, est d'autant plus difficile à vivre pour un club qui ambitionne de retrouver le niveau fédéral d'ici deux ans. Reléguée en fin de saison dernière, l'équipe a su réagir rapidement en rajeunissant considérablement son effectif.
Une Saison Prometteuse
La saison actuelle est considérée comme une réussite, avec une remontée immédiate, des réservistes invincibles (21 victoires) et deux finales à disputer. Cependant, le succès de cette saison ne sera confirmé que si l'équipe parvient à remporter au moins un titre. Avec deux opportunités de victoire, les chances de succès sont multipliées, mais les risques de déception sont également présents.
Frédéric Saint-Martin et son équipe restent prudents, conscients que "tout est possible, le pire comme le meilleur". Bien qu'un scénario catastrophe soit difficile à imaginer, toutes les éventualités sont envisagées. Contrairement au week-end dernier à L'Union, les deux équipes ne joueront pas en suivant, ce qui permettra à chaque groupe de profiter pleinement de ces moments rares et précieux.
Les Débuts du Rugby à Toulouse et en Région
Le 31 mars 1912, 15 000 Toulousains ont acclamé leurs 15 champions aux Ponts-Jumeaux. Après une saison invaincue, ils ont battu le prestigieux Racing club de France, offrant ainsi au Stade toulousain son premier bouclier de Brennus. Vingt autres suivront, faisant des "Rouge et Noir" l'équipe la plus titrée de France et d'Europe.
Depuis vingt ans, le rugby s'est implanté à Toulouse, d'abord comme un jeu d'étudiants, puis comme un spectacle populaire, et enfin comme un sport participant à l'identité des quartiers et de la ville. Rémy Pech, professeur émérite d'histoire à l'université Toulouse-Jean Jaurès, a consacré plusieurs études au rugby, démontrant son rôle social, culturel et émotionnel. Il est notamment l'auteur de "1871" dans la collection "Cette année-là".
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L'Ascension de l'US Colomiers Rugby
Sous la direction du nouvel entraîneur Pierre Bergès, arrivé de Lombez, l'US Colomiers Rugby a réalisé un championnat remarquable. Après avoir battu Haut Salat puis Sainte-Foy, l'équipe a accédé aux 32èmes de finale du championnat de France. En 16ème de finale, elle a vaincu Montpellier (18-13) et a ensuite affronté Saint-Lary pour une place en 3ème division nationale. Les hommes de Pierre Bergès se sont imposés 9 à 6, au terme d'un match incertain jusqu'au bout. Douze ans après la création du club, la porte de la division supérieure s'est enfin ouverte.
La saison suivante, l'équipe a confirmé sa montée en réalisant de bonnes performances, notamment une victoire contre le leader Saint-Gaudens le 28 novembre 1976. Avec onze victoires, un match nul et six défaites, les "bleus et blancs" ont accédé aux phases finales.
Changements à la Tête du Club
À l'orée de la deuxième saison en nationale, le club a vu le président Raymond Paupy et le talonneur Michel Bendichou quitter leurs fonctions. Après treize années à la tête du club, Raymond Paupy a décidé de se retirer, mais a été nommé président d'honneur. Michel Bendichou a intégré le bureau quelques années plus tard et est devenu président du club en 1981.
À partir de 1978, le nouveau président Brunet a affirmé sa volonté de "former des joueurs mais aussi des hommes". Le début de la saison 1979-1980 a été marqué par le départ de Pierre Bergès en tant qu'entraîneur, remplacé par José Osès en tant qu'entraîneur-joueur.
Ambitions et Montée en Puissance
Bien structurée sur toutes ses lignes, l'US Colomiers Rugby nourrissait de fortes ambitions. À l'issue de la première phase de championnat, l'équipe s'est qualifiée pour les phases finales. Une victoire aux prolongations face à Montpellier (24-18) lui a permis d'accéder à la division supérieure.
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L'année 1982 a marqué une nouvelle ère dans l'histoire du club, avec la montée en puissance des jeunes, un atout indéniable qui fait toujours le bonheur du club aujourd'hui. L'exemple le plus frappant est la victoire de l'équipe des Juniors Reichel en finale du championnat de France le 20 mai 1985, dominant le PUC (Paris Université Club) 19 à 3. Créée il y a quinze ans par Jean-Claude Skrela, l'école de rugby faisait déjà ses preuves. L'année suivante, cette même catégorie a remporté pour la deuxième fois consécutive le titre de champion de France.
Réorganisation du Championnat et Entrée dans l'Élite
À partir de 1987, le championnat de France a été réorganisé selon une nouvelle formule, avec une première phase comprenant seize groupes de cinq équipes. Seuls les deux premiers de chaque groupe ont intégré le groupe A, le groupe élite. Colomiers a terminé troisième, derrière les équipes de Grenoble et Hyères.
Le match "choc" a eu lieu le 2 octobre 1988 contre Bègles, à Sèlery. Emmenée par un Fabien Galthié transcendé et un Etcheverry à l'aise au pied, Colomiers a signé une victoire retentissante sur le score de 18 à 15. À la fin de cette première phase, le club a fait son entrée dans le groupe A, intégrant ainsi l'élite du rugby français.
Christian Déléris déclarait au Midi Olympique le 14 septembre 1989 : "Notre effectif plus riche, notre expérience supérieure, devraient nous permettre de progresser comme nous le souhaitons". Quelques mois plus tard, Colomiers est sorti de la première phase avec sept victoires sur huit matchs disputés. La Colombe a ainsi intégré le groupe A, et ses neuf victoires en quatorze matchs lui ont ouvert les portes des 1/8ème de finale du championnat de France.
Les Années 1990 : Défis et Succès
En 1991, Colomiers a affronté à quatre reprises le club de Montauban, dont l'entraîneur n'était autre que Christian Jutge, légende de Colomiers. En 1994, Colomiers Rugby s'est incliné face au Stade toulousain 32 à 12, terminant dernier de la poule 1 des play-off.
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L'année 1997 est devenue décisive pour le club. La Colombe a gagné 31 à 26 face au C.A Brive Corrèze, alors champion d'Europe en titre et favori à la course au bouclier de Brennus. Colomiers a montré tout son talent en accédant aux quarts de finale de la Conférence européenne (aujourd'hui Challenge Cup), après quatre victoires. Le club à la colombe a battu de nouveau Montferrand (23-13) en quart de finale le 09/11/97, puis de nouveau face au Stade Français (19/13), pour finir par remporter le titre face à Agen avec un score de 45 à 3 le 1er février 1998.
L'USP et son Histoire Riche
Ce samedi 18 juin, la nouvelle équipe dirigeante de l'USP a débuté son mandat par l'organisation d'une fête rappelant que le club a été créé en juin 1926. Depuis cette date, les "Vert et Rouge" ont écrit de belles pages d'histoire. Il est important de rappeler aux nouvelles générations que les statuts et l'organigramme de l'époque ont été édictés par Lucien Cézéra, également le fondateur des écoles de rugby en Midi-Pyrénées.
Au fil des années, le club a connu des fortunes diverses. Des titres pyrénéens et nationaux sont venus récompenser les valeureux combattants de l'US Portet. Des internationaux, des sélectionnés en Pyrénées, d'autres qui ont émigré dans des clubs de nationale… tel est le riche vivier des "Vert et Rouge".
Le Rugby et l'Identité Territoriale : L'Exemple de Montferrand
« Une vague jaune et bleu, déjà présente la veille pour une retransmission sur écran géant, a littéralement envahi le moindre cm² de la place centrale de Clermont-Ferrand, aux cris de “Ici, ici, c’est Montferrand”. » Cette phrase, issue d'un hebdomadaire national, Le Point, illustre la persistance d'une métonymie entre un quartier, Montferrand, et un sport, le rugby, même après que le club ait été renommé ASMCA (Association Sportive Montferrandaise Clermont Auvergne) en 2004.
L'objet de cette analyse est de restituer la genèse et d'expliquer la survie de cette métonymie. Elle met en évidence le terreau spécifique du rugby auvergnat, examine le rapport des joueurs du club à la géographie locale et expose les raisons de la persistance d'une identification qui singularise toujours le club dans le rugby professionnel.
Un Terreau Spécifique au Rugby Auvergnat
Le premier terreau favorable à la naissance d'un club de rugby est, en Auvergne comme ailleurs, le milieu scolaire. C'est le cas à Moulins, où ce sport apparaît au lycée Banville en septembre 1896. Dix ans plus tard, le 20 octobre 1906, la société sportive du lycée Banville et le club sportif moulinois fusionnent pour donner naissance au FC Moulins. Il en va de même à Aurillac, où les élèves du lycée Émile-Duclaux s'associent aux militaires du régiment stationné dans la ville pour former un club en 1904. C'est aussi le cas à Clermont-Ferrand avec l'Iris, qui regroupe en 1902 des joueurs du lycée Blaise-Pascal. Il devient le club amical sportif clermontois en 1905 puis, la même année, le Stade clermontois. Le CUC (Clermont Université Club) s'inscrit dans cette même logique. La plupart de ces clubs, à l'image de l'Iris, essaiment en ville par le biais de structures dites civiles.
Une seconde logique existe toutefois, souvent masquée dans l'historiographie du rugby par la première. C'est celle qui consiste à développer le rugby sur un terreau ouvrier, avec un rôle souvent moteur joué par le patronat. Dans le Massif central, c'est à Bort-les-Orgues qu'il est loisible de repérer ce phénomène pour la première fois, avec la fondation d'un club de rugby en 1904, autour de Jean-Baptiste Brun, patron des tanneries locales. Dans l'Allier, c'est en 1908 que naît un autre club de rugby lié à une activité industrielle, l'ASFC (Association Sportive des Forgerons Commentryens) qui porte le nom d'une profession, dans une ville qui est aussi une cité minière. Un autre bassin minier est propice à la pratique du rugby, celui de Brassac-les-Mines/Sainte-Florine. À Clermont-Ferrand, c'est le 5 octobre 1911 que l'ASM (Association Sportive Michelin) voit le jour, avec trois sports pratiqués, le cross, le football et le rugby. Celui-ci est aussitôt doté d'un instrument remarquable, le "Stade Michelin", desservi par une ligne de tramway avec arrêt à l'entrée du terrain. Le club est déclaré en préfecture en 1912 et adopte cette année-là les couleurs jaune et bleu, celles de l'ancienne ville de Montferrand. Il participe en 1912-1913 au championnat du Centre (dit aussi du Bourbonnais), mais aussi au « challenge Michelin » disputé annuellement contre le Stade clermontois. Un autre club est issu du monde de l'entreprise, le Gaulois AC Bergougnan. Pour être complet, il convient aussi de rappeler que le Club amical sportif du Grand air, qui nourrit le Stade clermontois, est largement composé d'employés de la même entreprise, la maison Conchon-Quinette. Plus au nord, à Vichy, l'équipe de rugby est longtemps qualifiée d'« équipe Baccara » car la plupart de ses membres sont employés au casino de la ville thermale.
Le club fondé par Michelin est toutefois l'exemple le plus abouti dans la région d'un « club-firme », comme l'illustre la chanson de l'ASM, en quatorze couplets, composée en mars 1921. Le refrain associe les slogans publicitaires de l'entreprise et nomme les couleurs qui deviennent emblématiques du club :
Notre ASM, dans les concours notoires,a bu l’obstacle, tout comm’ le pneu Michelin ;ses succès marqueront dans l’histoire,chantons tous avec entrain !c’est l’ASM qui se couvre de gloire,car tous ses “as”, les jeunes et les vieux,sav’nt toujours mener à la victoireson drapeau jaune et bleu, jaune et bleu.
Ce lien consubstantiel à la maison Michelin est donc clairement revendiqué. Il pose problème au début des années 1920, lorsque les adversaires de l'ASM s'insurgent contre sa politique de recrutement, qui se fait conquérante. Plusieurs joueurs méridionaux viennent en effet jouer au club à partir de 1921, pourvus d'un emploi chez Michelin. C'est qu'en effet le rugby est un sport officiellement amateur et cette dimension constitue un sujet plus que sensible. Les pratiques de Michelin relèvent d'une forme d'« amateurisme marron », qui consiste à contourner la règle. L'ASM est sanctionnée, certains de ses dirigeants exclus de la FFR (Fédération Française de Rugby) et une mesure d'apparence générale la vise en particulier : l'interdiction pour un club de porter le nom d'une entreprise. En 1922, l'ASM, pour continuer à disputer les compétitions fédérales, doit donc changer de nom. Elle le fait de manière cosmétique, en appliquant la règle plutôt que l'esprit : l'AS Michelin devient en effet l'AS Montferrand. Marcel Michelin s'en explique ainsi :
[D]ésirant conserver les initiales du club, nous avons adopté le nom de la vieille ville et illustre cité, parce que beaucoup de nos sociétaires y résident et parce que sur son territoire se trouvent nos terrains de jeux.
Personne n'est dupe du changement de nom et La Montagne, journal de gauche fondé en 1919, emploie encore au moment de la finale du championnat de France de rugby en 1936 le terme « Montferrandais » entre guillemets, préférant les qualifier de « joueurs de Michelin ». L'appellation s'impose néanmoins progressivement mais demeure intimement liée au nom de la firme caoutchoutière, dans une triple identification Montferrand/ouvrier/Michelin, qu'il convient en réalité de nuancer.
Des Joueurs Montferrandais ?
Après 1995, la professionnalisation entraîne une mutation qui modifie la nature des effectifs, avec notamment une montée en puissance des joueurs étrangers. L'examen des origines géographiques des sociétaires de l'ASM doit donc être essentiellement conduit pour la période antérieure. De manière symbolique, trois arrêts sur images sont effectués sur les participants de trois des finales disputées durant cette époque par le club, celles de 1936, 1970 et 1994 afin de jalonner le xxe siècle.
L'ASM joue sa première finale en 1936, à un moment où, dans le tissu urbain clermontois, « la fusion avec Montferrand est loin d’être réalisée pleinement ». Du côté montferrandais s’affirme la puissance immobilière de l’entreprise caoutchoutière principale, cette Cité Michelin « dont la force organisatrice s’est substituée à celle de la cité civile dans bien des domaines ». La sociologie des joueurs de 1936 est connue avec une précision assez fine grâce à l’enquête conduite par Thomas Choury. L’équipe est divisée par celui-ci en trois groupes, les « classes supérieures » avec cinq joueurs, les « classes moyennes » qui en comptent huit et la « classe ouvrière » avec cinq représentants, qui travaillent tous dans le secteur du pneumatique. Cette répartition traduit, par rapport aux équilibres de la population urbaine et des entreprises, une surreprésentation des élites mais révèle aussi le poids non négligeable des catégories populaires, ici le monde ouvrier, dans le rugby montferrandais. Si assimiler sommairement « Montferrand à l’entreprise Michelin constitue, en ce printemps de Front populaire, une erreur sensible d’appréciation », le poids des joueurs travaillant pour la manufacture est tout de même très important. Parmi les joueurs qui disputent cette finale de 1936, sept sur quinze ont été formés au club, soit moins de la moitié. En revanche, quatre viennent des autres clubs de la ville, Plumasson de Sainte-Florine, Corporon de Bort-les-Orgues. Le maire de Clermont-Ferrand, Paul Pochet-Lagaye interviewé en mai 1936, rappelle son passé d’ancien joueur pour manifester son attachement à ce sport, et indique aussi que l’ASM défend « les couleurs de notre cité ». L’affirmation est osée mais traduit la volonté de l’édile de s’annexer la gloire sportive des Montferrandais puisque ces derniers portent les couleurs jaune et bleu alors que Clermont est associée au rouge et bleu.
Un tiers de siècle plus tard, l'ASM dispute sa troisième finale de championnat, après celles consécutives de 1936 contre Narbonne et 1937 contre Vienne. En 1970, le club affronte La Voulte. Les finalistes de 1970 sont pour cinq d’entre eux (un tiers de l’effectif donc) natifs de Clermont-Ferrand. Un deuxième cercle s’étend à l’Auvergne et à ses marges. Des origines plus lointaines se repèrent tout de même. Ces joueurs sont pour la plupart des fidèles du club dont ils sont des titulaires chevronnés. Ils y jouent en moyenne depuis 9,6 ans, avec trois durées bien plus longues pour trois Auvergnats.
Alors que le rugby dans sa variante quinziste est toujours officiellement amateur, un regard porté sur les joueurs qui disputent la finale de 1994 suffit à en illustrer les évolutions. Si une petite poignée d’entre eux sont originaires de la région, les têtes d’affiche de l’ASM viennent presque toutes de l’extérieur. Le Sud-Ouest apparaît désormais comme le principal pourvoyeur de l’ASM. Ces joueurs y réalisent d’ailleurs des carrières longues et la durée moyenne au club s’élève à 9,69 ans, soit l’équivalent de ce qu’elle était pour les finalistes de 1970. Le Haut-Garonnais d’origine Philippe Marocco figure en tête avec 17 années de présence.
Il convient de nuancer l’identité locale dès les années 1970. Quant à l’identité ouvrière, elle n’est pas évidente, loin s’en faut. L’ouvreur emblématique de l’ASM des années 1970, l’international Jean-Pierre Romeu, est originaire de Carmaux où il a débuté le rugby. En revanche, ses partenaires de la finale perdue de 1978 face à Béziers exercent soit des professions libérales, soit un métier d’employé. Durant ces années, l’importance de la police, municipale ou nationale, peut aussi être signalée avec de multiples joueurs. Un relatif interclassisme se dégage donc de cet aperçu. Pourtant, malgré les nuances apportées, l’identification demeure longtemps.
Les Raisons d'une Persistance de l'Identification
Un siècle après la création du club et en dépit de changements de noms, l’identification demeure repérable même si elle est moins prononcée. Au-delà du maintien du sigle ASM, plusieurs raisons peuvent l’expliquer.
La première est longtemps terrible pour le club, associé dans l’esprit collectif à la défaite en finale. Il en a effet disputé dix avant d’en gagner une… Cette représentation a été forgée très tôt et largement entretenue par certains dirigeants autant que par les journalistes, voire les supporters.
Henri Fourès : Un Rugbyman Héros de la Seconde Guerre Mondiale
Quelques rugbymen ont libéré notre pays. Le futur international Henri Fourès fut l'un des plus grands héros de cette campagne des Forces Françaises Libres. Le débarquement en Normandie, Henri Fourès s’en souvenait très bien, même s’il ne l’a pas vécu directement.
"Le 6 juin 1944, j’avais 19 ans. J’étais à Douera en Algérie. À 6 heures, le Général de Lattre de Tassigny est passé dans nos tentes pour réveiller tout le monde : "À midi, je vous veux devant le salon d’honneur". À l’heure dite, les cartographes sont arrivés, on nous a montré des croquis. De Lattre De Tassigny nous dit : "Les Alliés ont débarqué. Le commando Kieffer en fait partie. Ils ont pris pied sur la terre de France et ne pourront pas être rejetés. Je ne pouvais pas vous en parler avant."
Dans son salon de Labastidette (Haute-Garonne), l’ancien deuxième ligne du XV de France, dirigeant historique du Stade toulousain, président des "Amis du Stade" faisait défiler la pelote de ses souvenirs. Son verbe était clair, sa mémoire des noms et des lieux particulièrement précise. Il évoquait son passé hors du commun sans aucun effet déplacé. L’homme de 88 ans, malheureusement décédé l'an dernier, se mouvait moins qu’avant mais son esprit restait bien fixé sur le moment présent, de Roland-Garros, qu’il suivait à la télé, à la vie de son club dont il règlait des aspects très concrets via le téléphone. On essaie de se l’imaginer soixante-dix ans en arrière, acteur volontaire, héroïque et anonyme d’un des plus grands soubresauts de l’Histoire.
Déminage des Ponts : Une Mission Dangereuse
"J’ai répondu à la proposition de De Lattre de Tassigny. Je suis parti tout de suite à Oran au Peloton Spécial de la 5e DB. On nous a retiré toutes nos identifications et nous avons été formés au déminage des ponts." Il n’y avait pas de rugbyman français au sein du commando Kieffer, seule unité française impliquée dans le D-Day. Henri Fourès a vécu son débarquement à Sainte-Maxime dans le Var, le 15 août suivant, "à bord d’une péniche qui avait servi en Normandie". J’ai quand même libéré Dachau, et je suis allé à Sigmaringen pour arrêter Pétain. Je l’ai vu de près lui aussi.
Le cœur d’une épopée assez extraordinaire, commencée trois ans plus tôt alors qu’il vivait à Portet-sur-Garonne. "Mon frère avait été pris par le STO. Il avait sauté du train pour se réfugier chez mes parents, caché dans une panière de linge quand les gendarmes sont venus perquisitionner. Il est ensuite parti en Espagne. Ma famille écoutait Radio Londres, par patriotisme, je l’ai imité. Du courage ? Je dirais plutôt de la motivation, plus l’esprit de la jeunesse."
Le gamin de 17 ans qui vient de découvrir le ballon ovale met le cap au Sud-Ouest, vers Pau, Oloron, Saint-Jean-Pied-de-Port et l’Espagne où, l’espace de deux heures, il retrouve son frère. Mais les autorités ibériques ne sont pas d’accord, il passe six mois en prison avec une tentative d’évasion au milieu. "Ce qui m’a va- lu d’être transféré dans une forteresse à Bilbao, couché sur le béton à cinq par cellule. Heureusement, l’Espagne avait besoin de phosphates. Il fallait les importer du Maroc. Nous avons été échangés, parmi 32 000 évadés de France."
De Casablanca à Sigmaringen : Un Parcours Semé d'Embûches
Il débarque à Casablanca, épuisé et malingre (56 kg pour 1,87 m) mais disponible pour les forces françaises libres. Il croise alors les grands noms de la France libre, Giraud, De Lattre ("Je l’ai côtoyé pendant cinq mois"), de Gaulle en personne ("Il m’a passé en re-vue, je l’ai vu comme je vous vois"). Puis vint le fameux débarquement, complémentaire de celui de Normandie pour prendre les Allemands en tenaille. Henri Fourès a vécu une époppée fabuleuse entre 17 et 20 ans.
Il faut imaginer précisément ce qu’a vécu Henri Fourès en remontant de la Côte d’Azur à l’Alsace. "Je peux dire que j’ai vécu une campagne "au contact", très exposée. J’évoluais dans le no mans land, j’avançais dans la nuit. Parfois, je me mettais à l’eau. Avec des cisailles, il fallait couper les fils qui reliaient les ponts à la mise à feu. Ensuite, nous devions installer un bout de bois et un peu de chatterton." Sa crainte, les tireurs isolés ennemis qui le guettaient. "Je me suis fait tirer dessus plusieurs fois, j’ai perdu des amis. Je n’aime pas en parler, mais j’ai tiré aussi…" Il restera pudique sur certains épisodes douloureux. "Au début, les Allemands sont partis vite. À partir de la Côte d’Or, ils se sont raidis, tout est devenu plus dur."
Un chiffre résume tout. Son groupe comptait 65 membres. À la fin du périple, ils n’étaient plus que douze à force d’embuscades, de bagarres frontales, de sauvetages héroïques de camarades. Arrivé à Colmar, il prend conscience que les forces venues de Normandie ont libéré Paris et le Nord de la France. "Depuis le 6 juin, nous n’avions pas d’informations." Il retrouve aussi son frère, "Il avait sauté sur une mine et il avait perdu un œil. Il travaillait à l’État-Major. Nous avons convenu que nous ne donnerions pas de nouvelles à nos parents tant que tout ne serait pas terminé."
Passé en Allemagne, le danger devint paradoxalement moindre. "Les gens étaient finalement contents de nous voir." Mais il lui restait encore deux moments d’intense émotion : "J’ai quand même libéré Dachau, et je suis allé à Sigmaringen pour arrêter Pétain. Je l’ai vu de près lui aussi. Un mec de son entourage m’a abordé pour que je donne de ses nouvelles à sa famille à Agen. Je lui ai dit d’aller se faire foutre."
Pour son interlocuteur qui aurait pu être son petit-fils, le plus dur était de l’imaginer revenir chez ses parents à 20 ans, riche de toutes ses expériences. "À peine arrivé, j’ai reçu mes papiers pour… partir au service militaire. Je suis allé au Capitole, Salle des Illustres, lieu du conseil de révision. Quand je leur ai montré mon livret militaire, ils m’ont salué."
Une Carrière de Rugbyman de Haut Niveau
Il ne lui restait plus qu’à démarrer sa carrière de rugbyman de haut niveau. "La guerre m’avait donné une terrible condition physique." Henri Fourès n’a jamais dressé de parallèle entre ses faits d’armes et sa vie de sportif. "Nous ne parlions jamais de ça avec mes coéquipiers. Même Serge Blanco, que j’ai connu quand j’étais dans le staff des Bleus, ne l’a appris que très récemment." Au moment de quitter ce grand nom du rugby français, on ne pouvait pas ne pas transposer l’Histoire de Fourès au rugby d’aujourd’hui. C’est pourtant ce qu’a vécu Henri Fourès, à l’orée des années 50, pour la première victoire des Bleus à Twickenham.