Depuis sa création en 1949, Paris Match s'est imposé comme un pilier du photojournalisme français, célèbre pour son slogan « le poids des mots, le choc des photos ». L'hebdomadaire, qui mêle grands reportages et incursions dans la vie privée des célébrités et des personnalités politiques, continue de séduire un large public avec un tirage de plus de 440 000 exemplaires chaque semaine. Cependant, l'histoire récente de Paris Match est marquée par des turbulences liées à des changements de direction, des inquiétudes quant à l'indépendance éditoriale et des départs de journalistes.
Contexte de Rachat et Inquiétudes Éditoriales
Le groupe Vivendi, dirigé par Vincent Bolloré, a entrepris le rachat du groupe Lagardère, auquel appartient Paris Match. Bien que Vivendi détienne une part majoritaire du capital de Lagardère depuis juin 2022 (57,35 %), l'opération est soumise à l'approbation des autorités de la concurrence de la Commission européenne. Cette situation a engendré des tensions au sein de la rédaction de Paris Match, une partie des journalistes dénonçant une reprise en main éditoriale et un management perçu comme autoritaire, sous l'influence de Vivendi.
Selon les informations disponibles, des enquêteurs de la Commission européenne ont même visité Paris Match pour vérifier si le groupe de Vincent Bolloré n'avait pas imposé ses décisions stratégiques et éditoriales avant la validation officielle du rachat.
Vague de Départs et Clause de Conscience
Depuis l'été dernier, une vingtaine de journalistes expérimentés ont quitté la rédaction de Paris Match, invoquant principalement des raisons éditoriales. Parmi les départs notables, on peut citer celui d'Émilie Blachère, grand reporter ayant travaillé près de 16 ans à Paris Match. Elle a choisi d'invoquer sa clause de conscience, un droit rarement utilisé dans le domaine de la presse, qui permet à un journaliste de quitter son emploi avec des indemnités en cas de cession du journal ou de changement significatif de sa ligne éditoriale.
Émilie Blachère a saisi les prud'hommes face au refus de sa direction de reconnaître sa clause de conscience. Elle a exprimé son attachement au titre, tout en soulignant la gravité de la situation pour l'avenir du journal. Elle a notamment pointé du doigt la nomination de Patrick Mahé, réputé proche de Vincent Bolloré, à la tête de Paris Match, ainsi que la mainmise de Lagardère News sur le choix des couvertures, au détriment de la direction de la rédaction. Elle a également critiqué l'absence de couverture de la réélection d'Emmanuel Macron et la nomination de Laurence Ferrari, figure de CNews et d'Europe 1, deux médias appartenant à Vincent Bolloré.
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D'autres journalistes ont également quitté le journal, dénonçant une "bollorisation" de Paris Match et du Journal du Dimanche (JDD), autre propriété de Lagardère News. Ils évoquent une censure de certains articles politiques, la mise en avant d'articles complaisants envers l'actionnaire principal et une "violence managériale assez inouïe".
La Société des Journalistes (SDJ) et la Défense de l'Indépendance Éditoriale
La société des journalistes (SDJ) de Paris Match, garante du respect des règles déontologiques, a joué un rôle important dans la défense de l'indépendance éditoriale du journal. Cependant, elle s'est sabordée en début d'année, un geste symbolique qui témoigne de la crise profonde que traverse la rédaction.
La SDJ avait notamment dénoncé une une consacrée au cardinal ultra-conservateur Robert Sarah et le licenciement de Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique et économie de Paris Match. Elle s'était également inquiétée d'une ingérence de Vincent Bolloré dans les choix éditoriaux du magazine. La dissolution de la SDJ, ainsi que celle du JDD, laisse ces titres "sans contre-pouvoir en interne" face au contrôle de Vincent Bolloré.
Perspectives d'Avenir et Rachat par LVMH
Dans ce contexte de crise, le groupe Lagardère a annoncé la vente de Paris Match, valorisée à 120 millions d'euros. L'opération devrait être finalisée le 1er octobre. Arnaud Lagardère, PDG du groupe du même nom, a qualifié cette vente de "crève-cœur", tout en reconnaissant qu'il s'agissait d'une offre à prendre en considération.
LVMH, déjà propriétaire du Parisien et des Échos, s'est porté acquéreur de Paris Match. Pierre Louette, PDG du groupe Les Échos-Le Parisien, a assuré que Paris Match serait géré séparément et bénéficierait d'une autonomie, tout en profitant du soutien de leur régie et de leur diffusion.
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Un journaliste de Paris Match a rapporté qu'il y avait une "envie de refaire le Paris Match de la grande époque" et de réembaucher après les nombreux départs. Cependant, il a souligné qu'il n'y avait pas encore de stratégie éditoriale clairement définie. En 2025, la rédaction de Paris Match devrait déménager dans de nouveaux locaux à Paris.
Tentatives de Synergies et Craintes d'Uniformisation
L'arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Lagardère a suscité des interrogations quant à une possible uniformisation de la ligne éditoriale des différents médias du groupe. Des sujets imposés à la rédaction au nom de synergies commerciales entre Lagardère et les entités médias du groupe Vivendi, comme Canal+ ou l'éditeur Fayard, ont été dénoncés. De même, l'absence d'articles sur des personnalités proches de Vincent Bolloré, comme Cyril Hanouna, a été remarquée.
La nomination de Laurence Ferrari à la tête des marques JDD et JDNews, nouvel hebdomadaire d'actualité lancé en septembre, a également suscité des inquiétudes. La une du premier numéro de JDNews, représentant un buste de Marianne dont le visage avait été remplacé par celui d'une statue de sainte Clotilde, a été perçue comme un symbole de cette potentielle uniformisation.
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