Les Canadiens de Montréal, affectueusement surnommés les "Habs", sont plus qu'une simple équipe de hockey; ils constituent une véritable institution au Québec et une légende dans le monde du hockey sur glace. Fondée en 1909, cette franchise a marqué l'histoire de la Ligue Nationale de Hockey (LNH) avec ses 24 Coupes Stanley, un record inégalé. Cet article explore l'histoire riche et complexe des Canadiens de Montréal, de leurs origines à leur statut actuel, en passant par les moments de gloire, les figures emblématiques et les défis rencontrés.
Les origines et la fondation du club
Le club des Canadiens de Montréal a été créé en 1909 pour exploiter la rivalité entre anglophones et francophones à Montréal. L'équipe, arborant les couleurs bleu, blanc et rouge, a rapidement accédé à la consécration suprême en remportant la Coupe Stanley en 1916. Dès ses débuts, le club s'est identifié à la communauté francophone de Montréal, devenant un symbole de fierté et d'identité.
Les premières années et la conquête de la Coupe Stanley
La franchise québécoise n'a pas perdu de temps, puisqu'elle a remporté son premier titre de champion dès l'année 1916, quand elle jouait pour l'Association nationale de hockey, l'ancêtre de la LNH (créée en 1917).
L'âge d'or des "Flying Frenchmen"
Sur les traces de Maurice Richard, les « Flying Frenchmen » raflent cinq Coupes Stanley consécutives entre 1956 et 1960, une période marquante de domination pour le club. Cette équipe légendaire, menée par des joueurs d'exception, a gravé son nom dans l'histoire du hockey.
Maurice Richard : L'icône et le symbole
Avant l'arrivée de Richard en 1943, le CH n'était pas une fierté. 90% de l'équipe était anglophone, le coach ne parlait pas un mot de français. Richard était modeste, introverti, mais il avait le chien de la mort [la rage de vaincre, ndlr] sur la glace. Il fut le premier à marquer 50 buts en 50 matchs. C'était le meilleur joueur du monde. À travers Richard, on a découvert la rage de vaincre des Québécois, leur volonté d'écraser les colons anglophones.
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Maurice « The Rocket » Richard, huit fois vainqueur de la Coupe Stanley, est une figure emblématique de l'histoire des Canadiens. Son talent exceptionnel et sa passion pour le jeu ont fait de lui un héros pour les Québécois. Richard a marqué l'histoire en étant le premier joueur à marquer 50 buts en 50 matchs, lors de la saison 1944-1945, et le premier à 500 buts en NHL.
Le 13 mars 1955, Maurice Richard est suspendu jusqu'à la fin de la saison après une bagarre avec un joueur des Boston Bruins. Quatre jours plus tard, Montréal accueille ses rivaux pour le titre, les Red Wings de Detroit. Le président de la Ligue nationale de hockey (NHL), Clarence Campbell, est en tribune. Tous les regards sont tournés vers celui qui a osé suspendre Richard, dont la présence est perçue comme un défi. Une première bombe lacrymogène est lancée, puis des émeutes éclatent dans la patinoire. Tout ce qui passe par la main du public est jeté en direction de Campbell. L'arène est évacuée. Des milliers de fans poursuivent la révolte dans la rue. Ils brûlent des voitures, brisent des vitrines et pillent des commerces anglophones.
La sanction envers Richard a cristallisé le sentiment d'injustice sociale ressenti par les Canadiens français. Elle marque le début de la Révolution tranquille des années 1960, où le Québec a séparé l'église de l'État et renforcé son autonomie. Le hockey a permis aux Québécois d'incarner leur nation. C'était un de nos seuls moyens de nous affranchir de notre position de citoyens de seconde classe. Les joueurs représentaient les Québécois humiliés, sous-représentés. Le salaire moyen des Canadiens français était moins élevé que celui des Noirs américains dans les années 1960», souligne l'historien Emmanuel Lapierre, spécialiste des Canadiens.
Les dynasties des années 1970 et 1980
Les années 1970 ont également été brillantes, avec six titres pour Montréal, dont quatre consécutifs entre 1976 et 1979. Les stars de la décennie s'appelaient Ken Dryden (gardien), Larry Robinson et Guy Lapointe (défenseurs), Jacques Lemaire et Guy Lafleur (attaquants). Puis la NHL a changé, avec l'arrivée d'un plus grand nombre d'équipes et l'émergence de nouvelles générations, comme les Edmonton Oilers dans les années 1980 et les Pittsburgh Penguins, lors de la décennie suivante.
Les autres légendes du club
Au fil des décennies, de nombreux joueurs exceptionnels ont porté les couleurs des Canadiens, contribuant à la légende du club. Parmi eux, on peut citer :
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- Jean Béliveau : Surnommé « Gros Bill », il fut lui aussi un buteur prolifique pour les Canadiens (507 buts), où il joua de 1950 à 1971, raflant 10 titres de champion. Béliveau fut élu à deux reprises MVP de la NHL, en 1956 et 1964.
- Guy Lafleur : Les Anglophones le surnommaient « The Flower », quand les Francophones préféraient l'appeler le « Démon blond ». Lafleur fut un joueur élégant, qui porta les couleurs de Montréal de 1971 à 1984, et compila six saisons consécutives à au moins 50 buts et 100 points (de 1974 à 1980). Il remporta cinq fois le titre de champion et fut élu deux fois MVP de la NHL en 1977 et 1978.
- Doug Harvey : Malgré un nom à consonance anglaise, Harvey fut un authentique Québécois, qui a vu le jour et grandi à Montréal. Défenseur, il a joué pour les Canadiens de 1947 à 1961. Harvey a remporté six titres de champion et a été désigné à sept reprises meilleur défenseur de la NHL.
- Jacques Plante : Plante est un des rares gardiens de but à avoir été élu MVP de la NHL. Il fut distingué en 1961. De 1956 à 1960, quand Montréal rafla cinq titres d'affilée, Jacques Plante fut à chaque fois désigné meilleur gardien de la saison. Il joua pour les Canadiens de 1952 à 1963. Plante est également connu pour avoir été le gardien qui a imposé l'usage du masque pendant les matches.
La dernière Coupe Stanley et la longue attente
Les deux derniers titres des Canadiens remontent ainsi à 1986 et 1993, avec le gardien de but Patrick Roy comme figure de proue. Depuis, plus rien, jusqu'à la qualification pour la finale 2021 décrochée jeudi dernier.
Depuis 1993, les partisans des Canadiens attendent avec impatience une autre Coupe Stanley. Malgré des hauts et des bas, l'équipe a toujours suscité une passion immense chez ses supporters.
Le Canadien aujourd'hui : défis et perspectives
Aujourd'hui, le Canadien n'est plus à l'image du peuple. Ses vedettes ne s'appellent plus Richard, Lafleur ou Tremblay, mais Price, Subban ou Pacioretty. Sur les 22 joueurs de l'effectif, seuls trois sont québécois. Le propriétaire, Geoff Molson, est un Québécois anglophone. Dans une ligue dont le chiffre d'affaires annuel s'élevait à 3,7 milliards de dollars en 2014, la mondialisation des joueurs est logique. Mais, compte tenu de l'histoire du club, elle chagrine à Montréal.
Dans une ligue de plus en plus mondialisée, le Canadien doit faire face à de nouveaux défis. La composition de l'équipe a évolué, avec moins de joueurs québécois et une plus grande diversité de nationalités. Cependant, le club reste attaché à ses racines et à son identité francophone.
La rivalité avec les Bruins de Boston
Bon en réalité, ce sont seulement les Bruins de Boston, mais à Montréal, s’il y a bien quelque chose que l’on déteste autant que la neige fondant au mois d’avril, c’est l’équipe de Boston. La rivalité entre les deux équipes est ancienne, surement la plus vieille de la Ligue Nationale de Hockey.
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La rivalité entre les Canadiens de Montréal et les Bruins de Boston est l'une des plus anciennes et des plus intenses de la LNH. Les confrontations entre ces deux équipes sont toujours des événements passionnants, chargés d'histoire et d'émotion.
"Go Habs Go" : Plus qu'un slogan, un cri de ralliement
En plus d'un siècle d'existence, les Canadiens de Montréal ont reçu de nombreux surnoms, dont celui des « Habitants » affectueusement donnés par les citoyens de la ville, dont le diminutif « Habs » a vite été adopté. Et c'est désormais au cri de « Go Habs, Go » que les fans des Canadiens encouragent leur équipe, dont les joueurs sont également appelés les « Glorieux ».
Le club de Montréal a aussi été surnommé le « Canadien » ou encore, en référence à ses couleurs, le « Bleu Blanc Rouge » et le « Tricolore ». Jusqu'aux années 1980, quand l'équipe était en grande majorité composée de joueurs québécois, les Canadiens anglophones avaient pris l'habitude de surnommer ceux-ci les « Flying Frenchmen » (les Français Volants).
Conclusion : Une histoire qui continue de s'écrire
L'histoire des Canadiens de Montréal est riche en moments de gloire, en figures emblématiques et en émotions fortes. Plus qu'une simple équipe de hockey, les Canadiens sont un symbole de fierté et d'identité pour les Québécois. Malgré les défis rencontrés, le club continue de susciter une passion immense et d'inspirer les générations futures. L'attente d'une 25e Coupe Stanley est toujours présente, et chaque saison apporte son lot d'espoirs et de rêves pour les partisans des "Habs".
Annexes
Les surnoms des Canadiens de Montréal
- Les Habitants
- Les Habs
- Le Canadien
- Le Bleu Blanc Rouge
- Le Tricolore
- Les Glorieux
- The Flying Frenchmen (avant les années 1980)
Les entraîneurs légendaires
- Toe Blake
- Dick Irvin
- Scotty Bowman
Le Centre Bell : Le temple du hockey moderne
Depuis la fin du XXème siècle, tout a changé. Ou presque. Le tricolore a déménagé. Fini le Forum de Montréal, son enceinte durant plus de soixante-dix ans, le vrai temple du hockey, celui où le Tricolore a remporté 22 Stanley Cup. Désormais, bienvenue au Centre Molson, devenu ensuite le fameux Centre Bell.
Le rôle du hockey dans l'identité québécoise
Le Canadien est né en 1909 pour exploiter la rivalité entre anglophones et francophones à Montréal. En 1925, il obtient un droit de recrutement prioritaire sur les joueurs francophones de NHL. «Un droit incroyable grâce auquel on a pogné [obtenu, ndlr] des futures légendes québécoises comme Maurice Richard, son frère Henri, Guy Lafleur ou Jean Béliveau», explique Anthony.
«La sanction envers Richard a cristallisé le sentiment d'injustice sociale ressenti par les Canadiens français. Elle marque le début de la Révolution tranquille des années 1960, où le Québec a séparé l'église de l'État et renforcé son autonomie. Le hockey a permis aux Québécois d'incarner leur nation. C'était un de nos seuls moyens de nous affranchir de notre position de citoyens de seconde classe. Les joueurs représentaient les Québécois humiliés, sous-représentés. Le salaire moyen des Canadiens français était moins élevé que celui des Noirs américains dans les années 1960», souligne l'historien Emmanuel Lapierre, spécialiste des Canadiens.
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