Au même titre que le Brésil, la France est un pays qui compte pour Nike. L'histoire du maillot extérieur de l'équipe de France de football est riche en évolutions, tant au niveau du design que des équipementiers. Des modèles classiques aux créations audacieuses, chaque tenue raconte une partie de l'histoire des Bleus. Cet article explore l'évolution de ce maillot emblématique, en mettant en lumière les influences, les tendances et les moments clés qui ont marqué son parcours.
De l'Ère Adidas à l'Arrivée de Nike
Pendant des années, l’équipe de France était sous contrat avec adidas. Après 39 ans de partenariat avec adidas, l’équipe de France change d’équipementier pour débuter l’année 2011 et cède aux sirènes de la marque américaine Nike. Ce tournant marque une nouvelle ère pour le design des maillots, avec l'introduction de nouvelles technologies et de concepts esthétiques novateurs.
Sous contrat avec Nike jusqu’en 2026, la FFF va lancer un appel d’offres à l’ensemble des équipementiers. Nul doute qu’adidas ou PUMA vont tenter de rafler la mise. Seul problème, il ne faudra pas aller en dessous de la somme astronomique versée par Nike chaque année, environ 50 millions d’Euros.
Les Premières Tenues : Simplicité et Couleurs Standard
En 1919, l’équipe française de football est entrée dans l’histoire en tant que première équipe à représenter la France au niveau international. Emmenés par leur chef de file, l’athlète Jacques Reymond, ils se sont lancés dans une série de défis pour marquer l’empreinte de leur nation dans le monde du football. À l’époque, ils présentaient des designs basiques, le bleu et le blanc étant les couleurs standard de choix.
Dès 1952, il est ajouté sous le coq avec le libellé du match. À la même époque, la FFF propose que le capitaine porte un brassard pour se distinguer.
Lire aussi: Style et succès : Le maillot extérieur du PSG
Ce modèle est porté lors du premier Euro, qui a eu lieu en France en 1960 : seules quatre équipes disputent alors la phase finale, et les matchs se jouent au Parc des Princes (Paris) et au Stade Vélodrome (Marseille).
L'Ère Adidas : Rayures, Bandes et le Rouge Emblématique
Au cours de son long partenariat avec l’équipe de France, Adidas a marqué les esprits avec des designs iconiques. Dans les années 70-80, de fines rayures verticales apparaissent. L’originalité ? Les trois bandes ne sont pas situées sur les manches, mais au niveau de la couture latérale, de la hanche aux aisselles. Ce modèle est toujours associé au short blanc avec un liseré bleu et aux chaussettes rouges.
Le 10 juin 1978, l’équipe de France s’apprête à affronter la Hongrie en Coupe du monde à Mar del Plata, en Argentine.
Jusqu’ici habitué aux bandes verticales, la tenue des futurs champions d’Europe est ornée d’une large bande horizontale rouge qui surmonte trois fines bandes blanches.
Nike : Innovation et Hommage au Passé
Pour attaquer l’année, Nike dévoile la tenue extérieure de la France pour l’Euro 2012. Fini la marinière et les larges bandes bleues, la tunique des hommes de Laurent Blanc est désormais blanche avec un col mao. Le grand changement, c’est l’arrivée de la couleur or sur le logo de la FFF, les numéros et le nom des joueurs. Une couleur inhabituel pour la France.
Lire aussi: Maillot de foot de l'Espagne : un symbole
Depuis son arrivée en 2011, Nike a su réinterpréter l'héritage du maillot extérieur, en proposant des designs qui rendent hommage aux moments clés de l'histoire des Bleus tout en intégrant des éléments modernes et innovants.
Euro 2012 : L'audace du blanc et de l'or
Pour l'Euro 2012, Nike a surpris en dévoilant une tenue extérieure blanche avec un col mao et des détails dorés, une couleur inhabituelle pour la France.
2014 : Le retour des rayures
Alors pour l’occasion, Nike a voulu marquer le coup et rendre hommage au glorieux passé des Bleus. Sur la blanche, ce sont les rayures bleu et rouge, verticales, qui font leur retour. Un clin d’œil à la grande génération française des années 1980, pourtant déjà équipée par la marque à trois bandes à l’époque.
2016 : Modernité et sobriété
Le col polo et les boutons sont simultanément délaissés lors de l’Euro 2016.
2018 : Hommage à la marinière
En 2011, Nike propose, en équipement extérieur, une marinière bleu et blanc signée Karl Lagerfeld mais que Jean Paul Gaultier n’aurait pas reniée. Classe. L’objet du désir est presque devenu collector depuis, malgré l’échec commercial.
Lire aussi: Signification du maillot extérieur du PSG 2018-2019
2020 : La bande rouge revisitée
« Et en 2020, la fameuse bande rouge qui a fait la légende d’Adidas est réexploitée… par Nike », précise l’auteur.
2024 : Technologie et performance
Les concepteurs de Nike Global Football ont exploité l’innovation Dri-FIT ADV pour améliorer la respirabilité des tenues, dans le but d’avoir non seulement une tenue qui bouge avec nos athlètes, mais qui respire avec eux. Grâce aux recherches menées dans notre laboratoire à Beaverton (Oregon, États-Unis), le Nike Sport Research Lab (NSRL), et à l’utilisation de la dernière technologie de body-mapping (cartographie corporelle avancée), les kits 2024 offrent mobilité, respirabilité et ventilation exactement là où c’est le plus nécessaire. »
Le Processus de Conception : Collaboration et Innovation
Nike met en avant un processus de conception unique, impliquant une équipe d'innovateurs qui se penchent sur le produit, du matériau à la silhouette, pour répondre aux besoins de performance des athlètes. Les joueurs sont également impliqués dans le processus de création, donnant leur avis sur le style et les sensations à l'usage.
« Nous avons un processus de conception unique dans lequel une petite équipe d’innovateurs de pointe se penche sur le produit, du matériau à la silhouette, pour se concentrer sur les besoins de performance de l’athlète, explique un porte-parole de la marque américaine. La tunique blanche avec le retour des rayures bleu et rouge, notamment arborées par la génération Platini. Tout part du travail du designer. « Avec les fédérations, nous définissons une orientation générale pour la saison, par exemple le “metaprism” pour cette année », indique-t-on encore à Nike. Chaque designer collabore ensuite avec sa fédération pour approuver les designs. La durée du processus donne à l’équipe le temps de développer de nouvelles idées. » Tout en restant conforme aux règles imposées par la Fifa et l’UEFA.
Un concept initial est présenté aux fédérations puis un échantillon est créé à partir de ce premier concept une fois que celui-ci est validé. Cette première phase de conception dure entre neuf et douze mois. Vient ensuite une période d’environ un an pendant laquelle Nike et les fédérations vont échanger en continu sur le produit final et les innovations à apporter. Les retours des fédérations seront pris en compte, mais aussi ceux des joueurs. « Nous sommes toujours à l’écoute de la voix de l’athlète et obsédés par l’évolution du jeu, nous dit-on à Nike. Que ce soit pour le style, mais aussi, et surtout, pour les sensations à l’usage. En cas de brûlures ou éraflures sur des glissades, ou encore des irritations liées à la sudation, l’équipementier doit donc s’adapter, et innover.
L'Importance du Storytelling
Les designers de Nike, souvent basés aux États-Unis, se transforment en véritables historiens pour raconter une nouvelle histoire à travers chaque maillot. Ils puisent leur inspiration dans l'histoire du pays et de sa fédération, en collaborant étroitement avec cette dernière pour respecter les traditions et les valeurs.
Les designers, vrais « historiens » du foot La majeure partie des designers de Nike travaillent au siège historique de la marque, à Eugene, sur la côte Ouest des États-Unis. Et sont donc, pour la plupart, Américains. Ils doivent se muer en véritables « historiens » et mener un travail de recherches parfois très poussé pour parvenir à se renouveler sans cesse. Le but ? Raconter à chaque fois une nouvelle histoire, un nouveau storytelling. Autre exemple plus récent : le bleu clair arboré par l’équipe de France féminine lors de la Coupe du monde 2023 tient, lui, son origine des premières équipes féminines à avoir représenté le pays lors de compétitions organisées principalement en Angleterre. Celles-ci jouaient à l’époque avec une tunique un peu plus claire. À chaque fois, le storytelling raconté par Nike prend sa source dans l’histoire du pays et de sa fédération. D’où l’importance des échanges entre cette dernière, garante des traditions et des valeurs qu’elle veut colporter, et les designers étrangers. « Il y a toujours un équilibre à trouver entre respecter le passé et définir l’avenir, appuie-t-on à Nike. Un style vintage, « avant-gardiste et fédérateur » selon le communiqué officiel de Nike. « Le bleu électrique, choisi pour sa dynamique et son énergie, symbolise le mouvement et la lumière. Le col tricolore est orné d’un logo et d’un message unificateur à l’intérieur : “Nos différences nous unissent”. Et ce, alors que la France se prépare à accueillir l’événement le plus universel au monde. » Un clin d’œil aux Jeux olympiques de Paris, forcément.
Sponsors : Reflets de l'Économie Française
L’étude des marques affichées sur la poitrine des footballeurs permet de suivre l’histoire de l’économie française depuis la fin des Trente Glorieuses. Un secteur domine l’agroalimentaire, suivi de deux autres poids lourds de l’économie nationale : l’automobile et la grande distribution. L’apparition furtive des textiles est aussi significative de particularités locales que du déclin industriel du secteur. La présence des médias signale non seulement leur intérêt pour le vecteur football, mais aussi des tentatives d’intégration de clubs dans les grands groupes du secteur.
Certains noms de sociétés, parfois disparues, semblent indissociables de l’identité d’un club comme Manufrance et l’AS Saint-Étienne. Il s’est malgré tout imposé et a vu défiler un grand nombre de noms de sociétés appartenant à des secteurs économiques très différents.
L’industrie agro-alimentaire est le secteur d’activité le plus représenté, à la hauteur de 14 % des sponsors présents. Sans doute doit-on y voir l’importance de ce secteur dans l’économie française.
Le secteur de la distribution et du négoce connaît également une grande transformation. Les Français, qui allaient jusque dans les années 1950 faire leurs courses au café-épicerie ou à la supérette du coin, font la connaissance des premières grandes surfaces, les supermarchés, et plus gros encore les hypermarchés.
Les marques qui apparaissent ensuite dans le football sont surtout étrangères, comme Lada (URSS, à l’époque), sponsor de Monaco de 1988 à 1991, ou encore Opel (Allemagne, filiale de General Motors), sponsor du FC Girondins de Bordeaux, du PSG et du SC Toulon dans les années 1980 et 1990. Dans les années 2000-2010, plusieurs constructeurs automobiles asiatiques se servent du sponsoring pour se développer sur le territoire français.
L’industrie textile, troisième secteur d’activité le plus représenté dans les années 1970, se porte encore plutôt bien en France. Entre 1973 et 1975, 40 000 salariés du textile perdent leur emploi et, entre 1990 et 2012, la production de l’industrie textile en France a baissé de 70 % et les effectifs de 165 000 à 65 000 salariés. En revanche, le secteur des médias se développe fortement dans la période, comme en atteste le nombre de sponsors lié à ce domaine dans les années 1980 (premier de la décennie avec 47 occurrences sur 233).
Les années 2000 sont marquées par la prédominance de sponsors du secteur des télécommunications, un secteur d’activité en pleine expansion au cours de cette période, avec la démocratisation des téléphones portables et l’arrivée d’Internet.
Le Sponsoring : Un Marqueur Spatial et Identitaire
Le sponsoring est aussi un marqueur spatial reflétant autant les régionalismes que les identités locales, jusqu’à ce que les entreprises ne fassent parfois plus qu’un avec l’entité footballistique.
Dans la décennie 2010, les clubs de football bretons professionnels (jouant en Ligue 1 ou en Ligue 2), le Stade rennais, le Stade brestois, le FC Lorient et l’EA Guingamp, sont tous sponsorisés par des entreprises de la région.
Le Stade lavallois est le club à avoir bénéficié du plus long partenariat avec une entreprise : le groupe Lactalis. Le géant de l’industrie agro-alimentaire, fondé dans la ville en 1933, est toujours resté aux côtés du club au gré de ses montées et descentes jusqu’en 3e division.
Dans un registre différent, le club du FC Metz a longtemps été associé à l’acier, avec son sponsor Sollac (Société lorraine de laminage continu, filiale de Sacilor, puis Usinor-Sacilor et Arcelor) et de sa localisation dans une région réputée pour ses mines de fer et ses usines sidérurgiques.
Ce sponsor a marqué les esprits du fait qu’il est apparu dans une période dorée pour l’AS Saint-Étienne, mais aussi parce qu’il renvoyait à une identité ouvrière propre à la ville. En effet, Saint-Étienne est situé dans le bassin houiller de la Loire, et les mines de charbon sont en activité jusqu’au début des années 1980, bien que ce secteur soit en crise depuis les années 1960, avec comme date clé la fermeture du puits Couriot en 1973. Cette activité ouvrière est partagée avec Manufrance, entreprise spécialisée dans la production et la vente d’armes et de cycles créée à Saint-Étienne en 188522. Elle est un symbole de la ville dont la commune finit par détenir 50 % des parts. De plus, le sponsor est apprécié des joueurs et du public, car la manufacture a une place importante au sein de la ville et est populaire (beaucoup d’ouvriers viennent au stade supporter l’équipe). Néanmoins, ce sponsoring prend fin à la fin de la saison 1978-1979 : cette année-là, Manufrance est mis en liquidation judiciaire avant de déposer le bilan en 1980, bien que Bernard Tapie ait tenté de reprendre l’affaire. Un sponsor peut donc revêtir un rôle plus important que celui d’un apport financier pour le club.
Depuis les années 1920, des groupes industriels ont, au-delà du développement d’un paternalisme sportif passant par le développement d’associations sportives pour les ouvriers et employés, soutenu, voire créé des clubs professionnels23. En France, le modèle de ce type d’association est évidemment le FC Sochaux-Montbéliard créé en 1928 par Jean-Pierre Peugeot alors que la firme automobile, avec la construction de l’usine du Grand Sochaux et la sortie de la 201, passe à la production de masse. Au gré de la stratégie sportive, vedettariat dans les années 1930 pour accompagner la promotion des modèles Peugeot, formation après-guerre, le lion de Peugeot s’affiche alors sur l’écusson du club et apparaît également comme sponsor à partir des années 1970.