Lorik Cana, figure emblématique du football albanais, a marqué les esprits par son parcours riche et varié, notamment en France, où il a évolué au Paris Saint-Germain (PSG) et à l'Olympique de Marseille (OM). Son leadership naturel l’a propulsé au rang de capitaine emblématique, tant en club qu’en sélection nationale. Retour sur une carrière passionnante, entre succès, rivalités et attachement profond à ses racines.
Premiers Pas au PSG (2003-2005)
C’est au Paris Saint-Germain que Lorik Cana a fait ses premières armes professionnelles entre 2002 et 2005. Repéré à 16 ans par Antoine Kombouaré, Cana fait ses classes au centre de formation avant d’être lancé dans le grand bain par Luis Fernandez à 19 ans. La saison suivante, Vahid Halilhodžić en fait un titulaire indiscutable dans l’entrejeu, et voilà Cana devenu le symbole du PSG. Un produit local auquel on peut s’identifier facilement.
Ses débuts prometteurs l’ont rapidement mené de la réserve à l’équipe première du club de la capitale. Il remporte la Coupe de France en 2004. Cana se souvient de son premier match européen, un PSG-Chelsea (0-3) en 2004-2005 : « C'était lors de PSG-Chelsea (0-3, saison 2004-2005). À l'époque, je venais juste d'avoir 21 ans et pour un jeune comme moi qui sortait juste de l'équipe réserve, cela marque. Forcément. C'était quelque chose d'extraordinaire. Cela représentait l'aboutissement de beaucoup d'années de travail. » Associé à Modeste M'Bami au milieu, il reconnaît avoir mal vécu cette défaite, marquée par un doublé de Didier Drogba.
Il évoque également une consigne précise de Halilhodzic lors d'un match contre le CSKA Moscou : « Dans ce match-là, j'avais une tâche très précise. Une consigne du coach qui m'avait demandé de faire une sorte de marquage individuel sur un milieu tchèque, Jiri Jarosik, je crois. Je me souviens qu'il était très imposant physiquement. C'était la plaque tournante du CSKA. Bon, j'avais plutôt bien réussi ma mission, on ne l'avait pas vu. Malheureusement (rires), on perd ce match. »
Cana garde un bon souvenir de Vahid Halilhodzic : « Moi, je l'aimais beaucoup (Vahid). Je le respectais énormément même s'il était parfois un peu particulier avec ses méthodes. Venant de l'ex-Yougoslavie, c'était une méthode que je connaissais assez bien. Mon papa a fait partie de la même école de football. Donc je maîtrisai cette mentalité. Cela ne me posait pas de problème. »
Malgré cette expérience enrichissante, l'été 2005 marque un tournant décisif.
Le Transfert Controversé à l'OM (2005-2009)
Au dernier jour du mercato, Lorik Cana quitte Paris pour rejoindre les rangs de l’OM, un transfert qui a alimenté la rivalité historique entre les deux clubs. Ce départ, personne ne l’a digéré. Alors, quand le capitaine de l’Albanie évoque Paris avant le match du jour, ça fait encore plus mal : « C’est mon club formateur, le club où j’ai grandi, le club qui m’a fait devenir un joueur de football professionnel, le club qui m’a permis de gagner mon premier trophée, le club qui m’a permis de jouer en Ligue des champions. Cela reste toujours un endroit particulier pour moi, un endroit que j’aime beaucoup et auquel je suis toujours attaché. » On l’écoute, mais on ne l’entend pas.
La raison de son départ ? Dans une récente interview accordée à Colinterview, Lorik Cana (40 ans) est revenu sur son transfert mouvementé du PSG à l’OM au cours de l’été 2005.« En 2005, je n’avais pas envie de freiner dans ma montée et j’ai eu pour la première fois un sentiment d’un parcours que je pensais déjà avoir réglé avec le club, c’est d’être vu toujours comme le jeune du club. C’est le truc qui m’a fait dire, il faut que j’aille quelque part d’autre pour sortir de ce cadre là. Le seul endroit pour lequel j’avais décidé de partir c’était le seul club qui avait une renommé, le club qui était le plus grand de France pour moi : l’Olympique de Marseille. »« Mais jusqu’à l’été avant, je n’avais aucune touche avec l’OM, aucun désir de partir de Paris. Je me suis dit que ça va être trop petit pour moi. Pas Paris en tant que club, mon rôle dans l’équipe et dans le club. Depuis que je suis gamin, je suis devenu supporter de l’OM et quand tu grandis avec l’amour d’un club, tu ne peux jamais changer. Après quand j’étais à Paris, ça n’a jamais enlevé l’amour que j’avais pour Paris. C’est le club qui m’a permis de commencer, ça sera toujours mon club formateur. Je l’ai toujours démontré sur le terrain. Mais c’est moi qui a décidé, début août, d’appeler l’OM pour dire que j’avais envie de venir jouer pour l’OM. Ça s’est fait assez rapidement, pas toujours dans un climat très serein. Il n’y a jamais eu de gros problèmes, mais c’est sûr que Paris ne voulait pas me laisser.
À Marseille, il a trouvé un écrin parfait pour exprimer pleinement son talent et son leadership. Devenu rapidement titulaire indiscutable, il a fièrement porté le brassard de capitaine pendant ses quatre saisons phocéennes (2005-2009). Au total, il a disputé 175 matchs avec l’OM, inscrivant 8 buts et délivrant 9 passes décisives.
Il se souvient de son premier match européen avec l'OM, contre le CSKA Moscou : « Moi j'avais envie de faire une belle entrée avec l'OM en Coupe d'Europe. C'était mon premier match à ce niveau avec mon nouveau club. Je me souviens qu'il faisait assez froid à Moscou et que Fabien Barthez nous avait sauvé le match en arrêtant un penalty. Moi, au milieu je jouais avec Sabri Lamouchi et Wilson Oruma. Ce qui n'empêchait pas que des fois, je pouvais descendre en défense centrale. »
Cana évoque également l'élimination contre Mlada Boleslav en 2006-2007 et sa sortie du terrain à la 62e minute, suivie de trois buts encaissés par l'OM : « Oh là là ! Je ne sais pas si cela veut tout dire (rires), mais cela veut dire beaucoup, non ? Je me souviens qu'au retour au vestiaire, Albert Emon était assez tranquille, contrairement à Pape Diouf qui s'était montré assez virulent. »
Il garde un souvenir ému de la victoire de l'OM à Anfield contre Liverpool en 2007-2008 : « Oui, ce fut un moment assez particulier. C'était aussi le premier match du coach Gerets. La veille du match, à Liverpool, il avait vu tous les joueurs un par un pendant une vingtaine de minutes. Il attendait qu'on lui fasse passer des messages. Mais lui avait été super bon car il était parvenu à dynamiser l'équipe. Lors du match, tout s'était bien passé. Quant au but de Valbuena, je m'en souviens bien, j'étais juste derrière. Il met un enveloppé dans la lucarne opposée. Un but de fou. »
Il se rappelle également avoir annoncé à son père qu'il allait marquer contre Liverpool la saison suivante : « (Il explose de rire) Oui, je l'avais annoncé à mon père avant la rencontre. Contre Liverpool, pour une fois, j'avais joué un petit peu plus haut. Je me sentais très bien et j'avais dit à mon père en rigolant que c'était une bonne opportunité de marquer mon premier but en coupe d'Europe. C'est ce que j'ai fait sur une passe de Benoît Cheyrou. »
Malgré son attachement au PSG, Cana affirme que l’OM correspondait davantage à sa mentalité, à son ADN de compétiteur. À Marseille, Lorik a trouvé une seconde famille. Il confie que l’OM était « le seul club français dont il était supporter » avant même d’y jouer. La connexion entre ce joueur au tempérament méditerranéen et la cité phocéenne semblait écrite.
Parcours Européen et Expériences à l'Étranger (2009-2016)
Après son aventure marseillaise, Lorik a poursuivi son parcours à travers l’Europe. Il l’ai suivi avec intérêt lors de son passage à Sunderland en Premier League, puis à Galatasaray en Turquie, avant de rejoindre la Lazio en Italie. Sa carrière s’est achevée en 2016 après une ultime expérience au FC Nantes.
Avec la Lazio Rome, il atteint les quarts de finale de la coupe UEFA en 2012-2013. Il regrette l'élimination contre Fenerbahçe, due à des sanctions de l'UEFA : « Cette saison-là, on avait joué plusieurs matches à huis clos. L'UEFA nous avait sanctionnés pour des chants racistes de la part des supporters. Le match retour en quarts contre Fenerbahçe, sans public, c'était trop compliqué. C'est dommage, car on avait vraiment une équipe pour aller beaucoup plus loin. »
Cana a disputé 94 sélections avec l'Albanie, marquant un but.
Personnalité et Héritage
Lorik Cana est profondément attaché à ses racines kosovares et albanaises. Lors de mes recherches, j’ai découvert que sa grand-mère maternelle a joué un rôle crucial dans son éducation pendant que ses parents voyageaient. À chaque retour au Kosovo, Lorik est accueilli comme un véritable héros national. Je suis enchantée par l’impact qu’il a eu sur toute une génération de jeunes footballeurs kosovars et albanais. Son nom résonne dans les stades de Pristina et de Gjakova, fief historique de sa famille. Au-delà du football, il s’implique régulièrement dans des opérations humanitaires lors de ses séjours dans son pays natal, multipliant les interviews et séances d’autographes pour ses jeunes supporters. En portant le brassard de capitaine de la sélection albanaise, Lorik a incarné l’espoir de tout un peuple sur la scène internationale. Je considère qu’il a contribué significativement à faire connaître et respecter le football albanais en Europe.
Ce qui me touche particulièrement chez Lorik, c’est son honnêteté concernant son attachement à ses anciens clubs. Il affirme sans détour : « Quand Paris joue contre les autres clubs, il est normal que je supporte le PSG. J’y ai grandi. Mais d’abord, il y a l’OM ». Cette déclaration révèle son intégrité. Jamais il n’a renié son passage parisien, tout en exprimant que l’OM correspondait davantage à sa mentalité, à son ADN de compétiteur.
Récemment, le 26 février dernier, j’ai appris que Lorik était présent au Vélodrome pour le Classique OM-PSG, accompagné de son fils de 7 ans. Ce geste symbolique illustre parfaitement sa volonté de transmettre sa passion et ses valeurs à la nouvelle génération.