L'idée d'une ligue NBA en Europe n'est pas nouvelle. David Stern, l'ancien patron de la NBA, l'évoquait déjà il y a près de trente ans. Son successeur, Adam Silver, conscient des défis logistiques, explore désormais cette possibilité avec une approche différente. Les spéculations se sont intensifiées, et David Kahn, le président américain du Paris Basketball, parle désormais de "projet" plutôt que de simples rumeurs.
Genèse et motivations
La NBA a officiellement annoncé le 27 mars son intention d'"explorer" la création d'une ligue en Europe, en partenariat avec la FIBA. Cette démarche intervient après une séparation des grands clubs européens de la FIBA en 2000, qui a conduit à la création de l'Euroligue. Pour la NBA, le moment est venu de passer à l'étape suivante, selon Adam Silver.
Les motivations de la NBA sont claires : exploiter un immense marché. Le basket-ball est le deuxième sport le plus populaire en Europe, avec des centaines de millions de fans. La NBA estime que les opportunités commerciales n'ont pas évolué au même rythme que la popularité croissante du basket en Europe. Elle souhaite apporter son expertise en matière de gestion et de marketing pour développer le basket-ball européen, tout en en tirant un profit économique.
Le modèle envisagé
La NBA réfléchit encore à la forme que prendrait cette ligue. Adam Silver imagine une ligue indépendante en partenariat avec la FIBA, comme la Basketball Africa League (BAL). La volonté d'associer la FIBA est primordiale, car l'Europe est déjà divisée entre les compétitions de la Fédération Internationale et celles de l'Euroligue.
Les informations suggèrent la création d'un nouveau championnat sur le continent, avec 16 équipes, dont 12 membres permanents. Les quatre autres équipes seraient susceptibles de changer chaque année, en fonction de leurs résultats dans leurs championnats nationaux respectifs. Cette formule semi-fermée vise à concilier la stabilité financière des clubs avec le mérite sportif.
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George Aivazoglou, directeur exécutif de la NBA en Europe, précise que cette ligue ne serait pas une ligue secondaire ou de développement pour la NBA, mais bien "la compétition de clubs la plus prestigieuse d'Europe".
Les acteurs et leurs positions
L'annonce de ce projet a suscité des réactions diverses parmi les acteurs du basket européen.
L'Euroligue : L'Euroligue a qualifié le projet de la NBA de "menace" pour le basket européen. L'Euroleague commercial assets (ECA), la société privée qui organise la plus grande compétition européenne de basket, a réaffirmé son engagement à poursuivre le chemin à succès emprunté depuis vingt-cinq ans, tout en soulignant son ouverture au dialogue. Elle s'oppose à toute initiative qui saperait les valeurs cardinales et l'héritage des sports européens. Paulius Motiejunas, le patron de l'Euroligue, défend le patrimoine européen et le développement récent de sa compétition, tout en questionnant la viabilité du modèle proposé par les Américains. L'Euroligue craint que ce projet ne fragmente le sport et ne crée la confusion.
La FIBA : La FIBA semble favorable au projet de la NBA. Son secrétaire général, Andreas Zagklis, a évoqué les discussions avec la NBA et souligné "la volonté de faire grandir notre sport tout en respectant nos fondamentaux." La FIBA a choisi de suivre la NBA dans son grand projet d’expansion en Europe.
Les clubs : Les clubs européens sont partagés. Le Real Madrid serait tenté par le projet de la NBA. Tony Parker, le président de l'Asvel, s'est dit favorable à "une fusion ou partenariat" entre l'Euroligue et la NBA. Certains clubs pourraient être attirés par la perspective d'un investissement de la NBA et de retombées financières plus importantes. Cependant, 13 des 18 équipes de l'Euroligue ont une licence permanente auprès de l'ECA, qui expire en 2026. Même si les équipes ont un accord verbal pour continuer, rien n'a été signé, ce qui laisse une porte ouverte à un éventuel rabattement des cartes en Europe. Aucun club n’a exprimé la volonté ou dit envisager de quitter la ligue.
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Les joueurs : Nicolas Batum est sceptique : pour lui, les meilleurs joueurs resteront aux États-Unis, ce qui va limiter l’impact d’une telle ligue. Evan Fournier rappelle que « la culture est plus forte que l’argent ».
Les défis et les obstacles
La création d'une ligue NBA Europe se heurte à plusieurs défis et obstacles.
La concurrence de l'Euroligue : L'Euroligue est la meilleure compétition de basket en Europe, avec une histoire et des clubs prestigieux. La NBA devra convaincre les clubs de la rejoindre et de renoncer à l'Euroligue.
Les spécificités du basket européen : Le basket européen a sa propre culture et ses propres traditions. La NBA devra respecter ces spécificités et ne pas imposer un modèle américain qui ne serait pas adapté.
Les questions juridiques : Le projet de la NBA pourrait poser des problèmes de droit de la concurrence, notamment si la NBA et la FIBA imposaient ce nouveau championnat sans concertation avec les structures existantes telles que l'Euroligue.
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Les enjeux financiers : Le basket européen n'est pas rentable. La NBA devra investir massivement pour rendre sa ligue attractive et viable financièrement.
Les villes candidates
Plusieurs grandes villes européennes sont pressenties pour accueillir des franchises de la nouvelle ligue. Paris serait au cœur du projet, mais Londres, Madrid, Milan et Berlin sont également des candidates potentielles. Adam Silver n'exclut aucune possibilité en termes d'équipes, pas même une affiliation avec des clubs de foot comme le Paris Saint-Germain ou Manchester United.
Selon les informations disponibles, la NBA s'intéresse aux villes suivantes :
- Madrid et Barcelone en Espagne
- Londres et Manchester en Angleterre
- Paris et Lyon en France
- Milan et Rome en Italie
- Munich, Francfort et Berlin en Allemagne
Un précédent : la SuproLeague
En 2000-2001, une scission avait déjà eu lieu dans le basket européen, avec la création de la SuproLeague par la FIBA, concurrente de l'EuroLeague. Cette situation n'a duré qu'une saison, avant que les deux compétitions ne fusionnent. Cet épisode montre qu'il est difficile de maintenir deux compétitions majeures en concurrence sur le continent.
Perspectives et avenir
L'avenir de la ligue NBA Europe est incertain. Le projet est encore en phase exploratoire, et de nombreux obstacles restent à surmonter. Cependant, la NBA semble déterminée à développer le basket-ball en Europe et à en tirer un profit économique.
Si la NBA parvient à concilier ses ambitions avec le respect des spécificités du basket européen, elle pourrait créer une ligue attractive et viable. Cependant, elle devra également tenir compte des intérêts des autres acteurs du basket européen, notamment l'Euroligue et la FIBA.
George Aivazoglou souligne que l'instance veut « construire la compétition de clubs la plus prestigieuse d’Europe ». Il ne s’agira à aucun moment d’une ligue secondaire ou de développement pour la NBA.
La NBA souhaite commencer avec 16 équipes et que la majorité d’entre elles soient permanentes. Les quotas seront répartis en Europe de l’Ouest, de l’Est ou du Sud-Est. La NBA souhaite également que certaines de ces équipes soient issues de l’écosystème. Elles pourront être différentes chaque année et pourront obtenir le droit de concourir dans notre ligue.
Si tout serait encore en conception, il est possible qu’une ligue soit finalement annoncée prochainement avec pourquoi pas même un coup d’envoi dès 2026.