Le 26 mai 1993, une date gravée dans l'histoire du football français : l'Olympique de Marseille (OM) remportait la Ligue des Champions face à l'AC Milan, à Munich. Cette victoire, la première d'un club français dans cette compétition prestigieuse, a marqué les esprits et suscité une immense fierté dans tout le pays. Cependant, ce triomphe a été rapidement assombri par une affaire de corruption qui a plongé le club marseillais dans la tourmente.
Le contexte d'une finale historique
Après les échecs de Reims (1956, 1959), Saint-Étienne (1976) et déjà l'OM (1991), l'Olympique de Marseille s'est présenté en finale de la Ligue des Champions 1993 avec la ferme intention de briser la malédiction. Les larmes de Bari et la finale perdue deux ans plus tôt aux tirs au but contre l'Etoile Rouge de Belgrade hantaient encore les esprits marseillais.
L'emblématique président du club phocéen, Bernard Tapie, a galvanisé ses troupes, tout comme Didier Deschamps, alors capitaine de l'équipe entraînée par Raymond Goethals. Au moment de rentrer sur le terrain, les visages des Marseillais étaient concentrés. L'objectif était immense, l'obstacle de taille : l'AC Milan des Maldini, Van Basten et autre Rijkaard avait remporté tous ses matchs en phase de groupes, et avait remporté le titre en 1989 et 1990.
Pour préparer au mieux la finale, les Olympiens se sont mis au vert, dans un petit gîte à 70 km de Munich, les jours précédant la rencontre après un dernier match de championnat disputé à Valenciennes et qui fera ensuite beaucoup parler de lui. Une volonté de Bernard Tapie de mettre ses joueurs au calme dans un esprit de détente.
Le match : Un exploit gravé dans l'histoire
Le match a débuté avec une domination milanaise. À 22 ans, l’ancien gardien de Toulouse, Fabien Barthez, recruté en début de saison, enchaîne les arrêts déterminants dans une première mi-temps dominée par Milan. Mais, à la 44e minute, sur un corner d'Abedi Pelé, l'international français Basile Boli s'élève dans les airs et inscrit de la tête l'unique but de la rencontre. L'OM mène 1-0 après 44 minutes de jeu. Les supporters marseillais sont en liesse et leur enthousiasme transcende les joueurs marseillais.
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Souffrant du genou, Boli avait demandé à être remplacé quelques minutes plus tôt, mais ni Raymond Goethals, ni surtout Bernard Tapie depuis les tribunes, n’avaient donné suite à cette demande.
En seconde mi-temps, l’OM fait bloc et résiste aux offensives milanaises. L’entrée de Papin ne change rien, Milan ne parvient pas à se dépêtrer du marquage des Angloma, Desailly, Boli, Di Meco, Sauzée, Deschamps qui font barrage à tout. Marseille ne lâche pas prise, saute sur tous les ballons jusqu’au coup de sifflet final qui donne le signal d’une allégresse délirante sur la pelouse de Munich comme dans les rues de Marseille.
Didier Deschamps soulève tout sourire la coupe aux grandes oreilles, devant un Jean-Pierre Papin -transféré à Milan l'année précédente - dépité. Pendant ce temps, du côté de la Canebière et du Vieux Port, Marseille est en fusion. Le célèbre "A jamais les premiers" (à remporter la Ligue des champions) est né.
L'OM 93 a donc réussi : à jamais les premiers ! Basile Boli, dont les larmes de détresse à Bari deux ans plus tôt avait ému le public, raconte son but à l’infini : « Elle n’est peut-être pas très belle ma tête, mais je l’ai dosée pour quelle dépose le ballon là-bas, au deuxième poteau. Je ne l’ai pas vu partir, mais je me suis : j’espère qu’elle va rester dans l’Histoire ». Bernard Tapie, lui, pleure de joie. Éric Di Meco, le plus ancien des Marseillais et qui, comme Basile Boli, a connu Bari, n’en revient pas : « On y croyait, mais j’avoue que je ne pensais pas que cela allait être grand comme ça. « Le sentiment de joie exacerbée, c’est surtout quand on est arrivés au Vélodrome le lendemain. Quand on est partis de l’aéroport de Marignane pour rejoindre Marseille, la route était noire de monde. C’était fou.
Composition des équipes :
- MARSEILLE : 1. Barthez - 2. Eydelie, 7. Angloma (Durand 61e), 6. Desailly, 4. Boli, 3. Di Meco - 5. Sauzée, 11. Deschamps (cap) - 10. Pelé, 9. Völler (Thomas 78e), 8. Boksic. Entraîneur : Raymond Goethals.
- AC MILAN : 1. Rossi - 2. Tassotti, 5. Costacurta, 6. Baresi (cap), 3. Maldini - 10. Donadoni (Papin 54e), 8. Rijkaard, 4. Albertini, 7. Lentini - 11. Massaro, 9. Van Basten. Entraîneur : Fabio Capello.
L'affaire VA-OM : La chute d'un empire
Mais l'année 1993 ne sera pas que source de joie. Quelques jours avant la finale de Ligue des Champions, le 20 mai 1993, l’OM affronte Valenciennes pour le compte de la 36e journée de première division. Les Olympiens s’imposent sur le terrain des Valenciennois par la plus petite des marges grâce à une réalisation de Bokšić (0-1). Mais après la rencontre, le club nordiste révèle l’existence d’une tentative de corruption de la part de l’OM.
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Jacques Glassman dévoile que Jean-Pierre Bernès, directeur général de l’Olympique de Marseille et Jean-Jacques Eydelie, l’un de ses anciens coéquipiers, l’auraient contacté la veille de la partie lui et deux autres joueurs de Valenciennes, Christophe Robert et Jorge Burruchaga, pour les inciter à lever le pied sur le match.
Cette affaire va avoir des conséquences désastreuses pour le club marseillais. Une information judiciaire est ouverte en juin 1993 et en septembre, l’OM est exclu de l’édition 1993-1994 de la Ligue des Champions par le comité exécutif de l’UEFA et ne participera pas à la Supercoupe d’Europe ainsi qu’à la Coupe intercontinentale. De plus, le titre de champion de France 1993 est retiré à l'OM.
Malgré les affaires, le club phocéen, emmené par Deschamps, Boli, Anderson, Völler, Di Meco, Barthez, Stojković et bien d’autres, termine second de première division au terme de la saison 1993-1994 et se hisse jusqu’en quarts de finale de la Coupe de France face à Montpellier. Mais à l’issue de la saison, l’OM, entraîné par Marc Bourrier, est rétrogradé administrativement à cause de l’affaire VA-OM.
Marseille pourra se consoler avec la Coupe UEFA puisque le club de Tapie est autorisé à disputer la compétition européenne. L’OM est alors obligé de dégraisser. Plusieurs joueurs majeurs quittent le club comme Deschamps, Boli et Di Méco. Tapie fait alors confiance à des vieux briscards (Germain, Ferreri, Dib, Casoni, Cascarino). L’attaquant irlandais Tony Cascarino se met en évidence en inscrivant 31 buts cette saison-là en championnat.
Une saison 1994-1995 ponctuée par des changements d’entraîneurs. Marc Bourrier est remplacé par Gérard Gili à la tête de l’équipe première en décembre 1994 mais le contrat de Gili est invalidé. Henri Stambouli prend alors place sur le banc marseillais. L’OM s’incline à huit reprises en championnat lors de cet exercice mais termine premier de D2 ! En Coupe UEFA, les provençaux sont éliminés en seizièmes de finale face au FC Sion après avoir battus l’Olympiakos au tour précédent. Et la bande de Stambouli sera éliminée en demi-finale de la Coupe de France face au PSG (2-0).
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Malheureusement, la DNCG n’autorise pas l’OM à remonter en Ligue 1. Le club provençal est très endetté et va devoir passer une saison de plus en Ligue 2. Lors de la saison 1995-1996, Roussier est le nouveau président du club phocéen. Il confirme Stambouli au poste d’entraîneur mais les mauvais résultats du début de saison poussent le président à nommer Gérard Gili à la tête de l’équipe première. Les Amoros, Libbra, Cascarino, Durand, Ferrer, Alonzo parviennent à hisser l’OM à la deuxième place du classement juste derrière Caen et en demi-finale de la Coupe de France (défaite contre Auxerre aux tirs au but).
Ironie de l'histoire
Ironie de l'histoire, c'est le Paris Saint-Germain, meilleur ennemi de l'OM, qui a eu la possibilité de devenir champion d'Europe à Munich, face à une équipe milanaise (en référence à une finale plus récente).