L'Histoire Riche et Complexe du Football à Saint-Étienne et dans la Ligue du Sud-Ouest

L'histoire du football à Saint-Étienne est indissociable de celle de l'Association Sportive de Saint-Étienne (ASSE), mais aussi de l'évolution des ligues régionales qui ont façonné le paysage footballistique français. Cet article explore les origines du football à Saint-Étienne, son essor, ses moments de gloire, les crises qu'il a traversées, ainsi que le contexte plus large de l'organisation du football dans la Ligue du Sud-Ouest, devenue Ligue Nouvelle-Aquitaine.

Les Racines Stéphanoises : De l'Amicale des Employés à l'Association Sportive

L'histoire du football à Saint-Étienne prend racine en 1919, lorsque Geoffroy Guichard, fondateur du groupe Casino, crée une section sportive au sein de l'Amicale des employés de la Société des magasins Casino (ASC). Dès le début, la couleur verte est adoptée, devenant emblématique du club. Cependant, le règlement de la Fédération Française de Football Association (FFFA) interdisant les noms commerciaux, l'ASC devient l'Association Sportive de Saint-Étienne (ASSE) en 1920.

Bien que l'ASSE soit officiellement née en 1933, c'est en 1919 que l'histoire a commencé. Le 29 mars 1920, l'AS Casino devient l'Amical Sporting Club afin de respecter le règlement adopté par la Fédération interdisant l'utilisation des marques dans les noms des clubs. Le 3 septembre 1933, l'AS Saint-Étienne dispute le 1er match de son histoire face à la Bastidienne de Bordeaux, avec une victoire des Verts 3 buts à 2. Personne, vraiment personne, ne se doutait alors, que venait de s'écrire la 1ère ligne d'une longue histoire qui allait devenir légende.

Le club évolue en deuxième division jusqu'en 1938, s'appuyant sur une équipe cosmopolite composée de joueurs anglais, yougoslaves, hongrois et français. Cette diversité reflète l'esprit de l'entreprise Casino, où toutes les nationalités se côtoient.

L'Émergence de l'ASSE : Premiers Titres et Débuts Européens

La saison 1956-1957 marque un tournant majeur dans l'histoire de l'ASSE. Sous la direction de l'entraîneur Snella, l'équipe décroche son premier titre de champion de France, devançant Lens de quatre longueurs. Le grand Reims termine 3ème à 6 points des stéphanois. Snella fait durement travailler sa bande de gamins encadrés par quelques anciens. Les résultats sont au bout de ces efforts. Le duo Mekloufi et N'Jo Léa se déchaînent et marquent 54 des 88 buts à eux deux. Un engouement croissant débute.

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Cette victoire ouvre les portes de la Coupe d'Europe des clubs champions. Pour sa première participation, l'ASSE affronte les Glasgow Rangers. Malgré une défaite à l'aller (3-1), les Verts s'imposent au retour (2-1) dans un stade Geoffroy-Guichard en ébullition. La ville est déserte, tel un jour de grève générale toutes les usines sont fermées. Et, Malgré une belle fête à Geoffrey-Guichard (30 000 spectateurs) et une victoire 2 buts à 1, les Verts sont éliminés au premier tour.

Charles Paret, secrétaire général puis directeur administratif du club de 1941 à 1977, joue un rôle crucial dans le développement de l'ASSE. Il est considéré comme l'homme lige des Verts jusqu'à son décès, en 1977. Les mêmes qualificatifs reviennent à son évocation: rigoureux, organisé et honnête. Le véritable chef d'orchestre qui manquait à Saint-Etienne, club qui n'a professionnel que le statut. Capable de répondre aux attentes de Snella et de calmer les ardeurs de Pierre Guichard. Il fut le régulateur idéal durant 36 ans: secrétaire général du club de 1941 à 1950, puis directeur administratif jusqu'en 1977. Les plus belles années vertes. Il sera successivement le bras droit de Pierre Guichard et de Roger Rocher. L'homme des coups improbables, comme le retour de Mekloufi en 1962 après que l'international franco-algérien eut dû quitter l'Hexagone en pleine guerre d'Algérie. L'homme aussi des basses besognes quand il fallait combler les déficits, négocier avec les créanciers, les demandes de subventions à une municipalité récente…

L'Ère Dorée : Domination Nationale et Épopée Européenne

Les années 1960 et 1970 constituent l'âge d'or de l'ASSE. Le trio formé par Pierre Garonnaire, Roger Rocher et Robert Herbin est considéré comme l'architecte de cette réussite.

Roger Rocher, successeur de Pierre Guichard à la présidence en 1961, apporte une vision novatrice et une passion communicative. Pierre Garonnaire, recruteur de talent, déniche les meilleurs joueurs en France et à l'étranger. Robert Herbin, jeune entraîneur, révèle des joueurs exceptionnels tels que Salif Keita, Hervé Revelli et Jean-Michel Larqué.

C’est en 1968 que commence à naître ce qui sera la légende stéphanoise. Avec l’arrivée d’Albert Batteux, l’entraîneur du "Grand Reims", les Verts font des étincelles et réalisent le 1er doublé Coupe-Championnat de leur histoire. Cette saison-là, l'ASSE engage le terrible défenseur yougoslave Vladimir Durkovic et le gardien international Georges Carnus. À 25 ans, Jacquet s'impose et Georges Bereta, l'enfant du quartier, débute sur l'aile gauche. En octobre 1967, arrive depuis Orly en …taxi, un jeune prodige malien, Salif Keita. l'ASSE survole la D1 pour glaner son 2ème titre consécutif avec 11 points d'avance sur Nice.

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Entre 1967 et 1970, l'ASSE remporte quatre titres de champion de France consécutifs. L'équipe est composée de joueurs talentueux et charismatiques, tels que Georges Bereta, Dominique Bathenay, et Christian Synaeghel.

L'apogée de cette période faste est la saison 1975-1976. L'ASSE atteint la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions, après avoir éliminé des adversaires prestigieux tels que le Dynamo Kiev et le PSV Eindhoven. Le mercredi 12 mai 1976, l'AS Saint-Etienne s'inclinait en finale de la Coupe des club champions, à Glasgow, face au Bayern Munich. Un match de légende qui fera rentrer les Verts dans le cœur des Français. Un adversaire impitoyable, un écrin en ébullition, un scénario à rebondissements… Et l'avènement d'une épopée! Cette année-là, ils ont tout écrasé en Europe (Copenhague, Ranger, Dyanmo Kiev, PSV Eindhoven). La France pousse derrière les hommes de Rocher. Un élan populaire qui se perpétue au travers des quelque deux cents sections de supporters établies en France et à l'étranger.

La finale, disputée à Glasgow, face au Bayern Munich, est entrée dans la légende en raison des "poteaux carrés" qui ont empêché les Verts de marquer. Malgré la défaite (1-0), l'épopée stéphanoise a marqué l'histoire du football français et a suscité un engouement populaire sans précédent. Durant le match, l'ASSE frappe 2 fois la barre transversale de la cage munichoise : d'abord à la 34e minute sur un tir de Dominique Bathenay, ensuite à la 39e minute sur une tête surpuissante de Jacques Santini. C'est les fameux "poteaux carrés". Les Verts ne parviennent pas à marquer. À la 56e minute, le Bayern Munich inscrit l'unique but du match sur un puissant coup-franc de Franz Roth.

Les Verts quittent Glasgow pour Paris, comme convenu avant la finale. Toute l'équipe, l'entraîneur Robert Herbin et le président Roger Rocher défilent sur les Champs-Élysées jusqu'au Palais de l'Élysée pour être reçu par le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing. Pour la première fois, des vaincus défilent. 100 000 personnes sont présentes pour acclamer leurs héros qui ont fait rêver toute la France.

En 1981, l'ASSE remporte son dixième titre de champion de France, établissant un record inégalé. Le titre est acquis à la dernière journée du championnat grâce à une victoire 2-1 contre les Girondins de Bordeaux. Le titre est acquis à la 85e minute de jeu de la dernière journée.

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Les Années de Crise : Affaires et Relégations

Les années 1980 sont marquées par des scandales financiers qui ébranlent le club. L'affaire de la caisse noire éclate en 1982, révélant un système de financement occulte destiné à rétribuer les joueurs. Le président Roger Rocher est condamné à de la prison ferme.

L'affaire commence en septembre 2000. Après un derby entre Saint-Etienne et Lyon, Jean-Michel Aulas, le président rhodanien, émet des doutes sur les passeports de deux joueurs stéphanois, les Brésiliens naturalisés portugais, Alex et Aloisio. L'enquête démontrera que ces papiers d'identité, fournis par un agent brésilien, sont effectivement faux. Les investigations permettent également de déceler un autre cas à Saint-Etienne (le gardien de but Maxim Levytsky). L'agent (un certain Edinho) est condamné à 18 mois de prison ferme, Gérard Soler, le président délégué des Verts, à deux ans de prison avec sursis tandis que Levytsky, Alex et Aloisio écopent de 4 mois avec sursis. Mêmes conséquences que la caisse noire. Nouvelle dégringolade et trois années de purgatoire.

Ces affaires entraînent une période de turbulences sportives et financières. L'ASSE est reléguée en deuxième division à plusieurs reprises.

Le Renouveau : Retour en Ligue 1 et Quête de Stabilité

Le 7 mai 2004, Mendy inscrit un but et offre la montée aux Verts, qui retrouvent une place en L1. Leur place. Celle des grands clubs qui ne meurent jamais. Le renouveau est en marche. Un mois plus tard, Bernard Caïazzo, qui a fait fortune dans les centres d'appels dans les années 80 et 90, devient le 17ème président de l'ASSE.

Après plusieurs saisons en Ligue 1, l'ASSE remporte la Coupe de la Ligue en 2013, mettant fin à une disette de 32 ans sans titre majeur. Ce n'est peut-être qu'une finale de Coupe de la Ligue, mais après 32 années sans titre majeur, Saint-Etienne soulève enfin un trophée en l'emportant 1 but à 0 en finale contre le Stade Rennais. Le buteur ?

En novembre 2014, l'ASSE renoue avec la victoire dans le derby face à Lyon, après 20 ans d'échec à domicile. 20 ans d'échec a domicile qui ont pris fin ce soir de Novembre 2014. Pour la première fois depuis 1994 Saint-Etienne remporte un derby dans le chaudron contre l'Olympique Lyonnais. Mieux encore, ce soir là les verts marchent sur Lyon en leur infligeant un 3 buts à 0… soit le même score que lors du dernier derby à domicile remporté par les stéphanois.

Le club atteint également la finale de la Coupe de France en 2020, mais s'incline face au Paris Saint-Germain. L'ASSE atteint une nouvelle fois une finale au Stade de France. Cette fois c'est celle de la Coupe de France, une première depuis 1982. Sur le papier, le match paraît déséquilibré. Sur le terrain, les Verts montrent un beau visage. L'unique but du match est inscrit par Neymar après un arrêt de Moulin. Le parisien n'avait plus qu'à pousser le ballon au fond des filets. Les Verts ne s'avouent pas vaincus et font trembler les parisiens, même à 10 contre 11.

En 2022, l'ASSE est reléguée en Ligue 2.

Les Statistiques de l'Équipe de l'ASSE en Ligue 2 Saison 2025/2026

Selon les données disponibles, après 4 journées de la saison 2025/2026 de Ligue 2, l'AS Saint-Étienne se positionne à la 1ère place du classement. L'attaque de l'ASSE a marqué 9 buts, tandis que la défense en a concédé 4. Les joueurs de l'ASSE ayant disputé le plus de rencontres sont Joshua James Leslie Duffus avec 1 match, Mahmoud Jaber avec 0 match et Strahinja Stojković avec 0 match.

Évolution des Ligues de Football : Du Sud-Ouest à la Nouvelle-Aquitaine

L'histoire de l'ASSE est également liée à l'évolution des ligues régionales de football. Le premier championnat organisé sous l'égide de la Ligue du Sud-Ouest se forme pour la saison 1919-20. Le 12 octobre 1919, la première journée est lancée avec dix clubs qui se disputent un championnat en deux phases : La première phase est un championnat en match aller-retours dans une poule unique de six clubs. Suivant le classement final de cette poule, dans une seconde phase, les sept premiers sont qualifiés afin de disputer le championnat de 1ère Série et les trois autres clubs composent une autre poule nommée "Coupe de la Commission" avec d'autres clubs nouvellement affiliés. Le premier au classement final accédant en Première série la saison suivante.

Les dénominations des Divisions ont souvent changé au fil des saisons. Au vu de l'afflux de clubs on ajoutera une poule unique de Promotion en 1944-45 où les deux premiers accédaient en Dision Honneur. De 1944-45 à 1961-62, on retrouve cinq divisions : DH - PH - 1ère série - 2ème série - 3ème série et 4ème série (en 1954-55). En fin de saison 1961-62, la Ligue du Sud-Ouest supprime la 3ème série mais la réinstaurera au début de saison 1970-71. En 1968, les clubs gersois sont rattachés à la Ligue du Midi. La 3ème série est définitivement abandonnée en fin de saison 1977-78. En 1980, une restructuration de la Ligue supprimera les séries réduisant le championnat à trois divisions : DH, PH et la Promotion de Ligue nouvellement créée. En 1981, les clubs du Périgord intègrent la Ligue d'Aquitaine et quittent définitivement la Ligue du Centre-Ouest.

En 1986-87, est instaurée la Division Honneur Régionale, décision prise lors de l'Assemblée Générale de la Ligue à Saint Émilion du 15 juin 1985. Cette nouvelle division est intercalée entre la PH et la DH. En 2003-04, la DSR (Division Supérieure Régionale) intercalée entre la DH et DHR sera supprimée en fin de saison 2013-14.

Lors de la saison 2016-17, une refonte du championnat nommera Régional 1 (ex DH) - R2 - R3 - R4 les futures divisons de la LFA. La saison qui suit (2017-18) sera l'acte de fusion des Ligues du Sud-Ouest et du Centre-Ouest en la Ligue Nouvelle-Aquitaine. Les poules régionales (Régional 1-2-3 et 4) sont alors composées de deux zones géographiques : Sud-Ouest et Centre-Ouest. Le Championnat de Régional 4 disparaîtra après deux saisons seulement (en 2018).

Le Rôle des Patronages Catholiques dans le Développement du Football Français

Le football est né sur une terre anglicane mais son expansion sur le continent européen à la fin du xixe siècle lui a fait rencontrer le catholicisme, une confession alors majoritaire en France. Ce jeu viril véhicule pour nombre de jeunes prêtres et de jeunes garçons des patronages un système cohérent de vertus morales. Il peut être considérer comme une activité à promouvoir pour faire face à une République anticléricale. Le temps des patronages permet donc de multiplier les clubs, les infrastructures, les institutions officielles et leurs dirigeants. Le catholicisme français s’allie avec le football et contribue largement à sa promotion sur le territoire français, délaissant le rugby. Malgré une intense sécularisation au second xxe siècle, les rapports avec le football n’ont jamais cessé. Les joueurs eux-mêmes revendiquent une foi personnelle et des pratiques religieuses visibles.

L’invention britannique du football est bien connue, son extension internationale et son rayonnement mondial également. Ses liens avec le fait religieux le sont moins mais les avancées historiographiques de l’histoire du football les ont fait se croiser. On sait désormais que, parmi les premiers clubs anglais, certains ont été promus par des ecclésiastiques ou des fondateurs profondément croyants dans les valeurs morales et spirituelles de l’exercice physique qui se sont déployées au sein des publics schools. Ceux de Bolton, Everton, Fulham ont été créés dans le cadre des « écoles du dimanche » des Églises protestantes et évangéliques. À Birmingham, la paroisse méthodiste d’Aston dans le quartier de Losells accueille des joueurs de cricket qui décident en 1874 de fonder le club d’Aston Villa. À Liverpool vers 1885, le quart des clubs de la ville est directement associé à une église ou une paroisse.

Sur les terres d’Écosse, le football, devenu un people’s game, s’est rapidement exporté et les Églises chrétiennes en ont rapidement saisi l’opportunité. Dès 1872, à Glasgow, les Rangers sont fondés par des protestants, les frères McNeil, puis un religieux mariste, accompagné par des hommes d’affaires catholiques, crée le Celtic en 1887 pour soutenir la communauté irlandaise du quartier ouvrier d’East End.

De l’autre côté de la Manche, depuis la fin du xixe siècle, le fait sportif a conquis les villes françaises, principalement au nord d’une ligne Nantes-Belfort, surtout Paris et ses lycées. Les étudiants et les jeunes bourgeois parisiens, pour beaucoup anglophiles à l’image d’un Pierre de Coubertin, s’enthousiasment pour ces nouvelles activités physiques. Ils créent successivement des clubs omnisports comme le Racing Club de France (1882) puis le Stade Français (1883). C’est dans la décennie suivante que le football s’impose dans la capitale puis sa banlieue avec un championnat local, enfin comme un centre d’impulsion à l’échelle nationale grâce à sa culture populaire et sa dimension de spectacle.

Mais tout ne se concentre pas à Paris. La légende a voulu que le H.A.C. soit le premier club en 1872 à marquer les débuts du football-association en France. Reste que ce sont les Anglais du Havre qui structurent cette société sportive, pour la plupart travaillant dans les agences de commerce et de transport britanniques, faisant la liaison avec Southampton. Ce serait alors un révérend anglican qui aurait organisé les premiers matchs de football dans le quartier de Sanvic au stade Langstaff. Alfred Wahl a brossé depuis longtemps cette conquête du territoire français, se déployant d’abord entre la capitale, la Normandie et le Nord avec les villes du littoral de la mer du Nord comme relais. Progressivement, une percée se fait dans les agglomérations régionales d’une France plutôt septentrionale tandis que la France méridionale se convertit davantage au rugby. La rencontre avec le catholicisme, confession de la majorité des Français selon le Concordat, se fait inéluctablement par l’intermédiaire de la jeunesse qu’il faut éduquer, moraliser et christianiser. « École de vertus », le football revient alors aux catholiques, le rugby aux républicains.

Le catholicisme social qui se déploie dans l’hexagone, oriente ses œuvres en particulier auprès des ouvriers et des jeunes dans un impressionnant « feuilletage militant ». Dès le second xixe siècle, de nombreuses paroisses urbaines développent des structures d’accueil soucieuses de proposer un encadrement autour d’activités physiques. L’une d’elles sera le patronage qui marquera pour longtemps la pastorale de l’Église de France. À peine 200 vers 1870, ils sont plus de 4 000 en 1900. Avec eux, se déploie un véritable « sport catholique ». On parlera pour l’histoire du football en France du « temps des patronages ». Les curés et les vicaires ne s’y trompaient pas. Celui de Clermont-L’Hérault exposait ainsi cette loi incontournable vers 1914 : « pas de gymnastique ou de football, pas de garçon ». Monter une équipe, trouver un terrain et organiser des matchs conditionnent souvent la vitalité d’une paroisse pour attirer la jeunesse masculine.

Sur les terres catholiques de Bretagne, le football a été très vite une aubaine pour les jeunes vicaires. Si l’élan a été tardif, guère avant la Belle Époque, surtout en raison d’une faible densité urbaine (le Stade Rennais est créé en 1904 par la clientèle estudiantine et bourgeoise), des groupes de jeunes catholiques jouent tous les dimanches au football dans les paroisses rurales du Léon et de la Cornouaille. La sociabilité propre au football accompagnera d’ailleurs le développement du tissu catholique social et démocrate-chrétien en Bretagne. Des figures ecclésiastiques s’imposeront dans le football breton comme le chanoine Félix Gehl en charge des patronages du diocèse de Rennes, exerçant en parallèle la fonction de secrétaire de la Ligue de l’Ouest.

À l’Est, en territoire annexé d’Alsace et de Lorraine, l’Église catholique cherche également par les patronages à reconquérir la jeunesse ouvrière. Les curés alsaciens n’hésitent pas à fonder et animer des équipes de football comme l’abbé Hauss en 1910 pour le FC Dornach près de Mulhouse. En Lorraine allemande, des équipes confessionnelles sont constituées à Metz (Saint-Eucaire, Notre-Dame), Fameck (Saint-Martin) et rassemblées au sein de la fédération diocésaine des œuvres de jeunesse, présidée par le jeune avocat Robert Schuman.

Dans la capitale, les patronages sont nombreux. Vers 1895, dans les beaux quartiers de Paris, le patronage de la paroisse St-Honoré d’Eylau adopte les règles de l’association et fonde un club dirigé par le curé et composé rapidement de deux équipes entraînées par le vicaire. Un chirurgien de l’hôpital Broussais, Paul Michaux, venu de Lorraine et réfugié à Paris, cherche à faire la promotion de la bonne hygiène de vie parmi la jeunesse. Catholique engagé dans la conférence Olivaint à destination des étudiants et président du patronage de la paroisse Notre-Dame de Javel, il organise des concours de gymnastique et des compétitions sportives entre patronages. Dès 1898, le succès est au rendez-vous. Il en structure l’organisation autour d’une Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France (FGSPF) dont le premier tournoi de football se tient en 1901. Deux ans plus tard, elle rassemble une quarantaine de sections de football. Vers 1913, 600 équipes affiliées joueront chaque dimanche.

Ailleurs qu’à Paris, les patronages se convertissent rapidement au football avec des championnats en Bretagne et en Bourgogne. Là, il faut faire mention de l’A.J. Auxerre. Chacun connaît l’aventure dans laquelle s’est lancé l’abbé Ernest Deschamps, fondant en 1905 l’Association de la Jeunesse Auxerroise affiliée à la FGSPF. Il choisit lui aussi en 1909 les couleurs mariales du bleu et du blanc pour son équipe. Son nom reste toujours attaché au club et au stade de la ville. Nombreux seront donc les prêtres de sa génération à croire aux vertus morales et spirituelles que pouvaient véhiculer les règles du football auprès de la jeunesse.

L’un d’eux, Charles Simon, ancien membre du patronage d’Honoré d’Eylau, devenu secrétaire de la FGSPF, est un permanent soucieux de promouvoir le football et ses clubs. Il s’emploie à contrer le rugby, là où il est pratiqué, car jugé trop brutal et trop nombreux (XV). Il participe à la création en 1907 du Comité Français Interfédéral (CFI), préfigurant la future fédération française (FFFA), dont le siège est celui de la FGSPF. C’est là que sera décidée en 1917 la création de la Coupe de France qui prend le nom de Charles Simon, mort au champ d’honneur en 1915. Son successeur est Henri Delaunay, lui aussi venu du même patronage et jeune dirigeant du club de l’Étoile des Deux Lacs. Secrétaire de la FGSPF, il administre aussi le CFI qui devient en 1919 la FFFA. Parfaitement bilingue, il est appelé l’année suivante à la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). Parmi ses idées, il y a celles concernant la création de compétitions internationales. Dans le même temps, il partage avec son président Jules Rimet le principe d’une coupe du monde.

Charles Simon, Henri Delaunay et Jules Rimet ont donc été des promoteurs infatigables de l’institutionnalisation du football à l’échelle nationale mais également mondiale. Leur foi catholique soucieuse d’une vision universelle et de paix entre les peuples les a conduits à une mission civilisatrice au même titre que les religieux(ses) missionnaires déployé(e)s sur tous les continents par l’Église. Leur action s’est jointe à celles des innombrables curés et vicaires qui se sont donnés corps et âme à la promotion d’un club de football au sein de leur patronage et de leur paroisse. Des générations de jeunes garçons ont ainsi conservé de leur passage au patro la passion du football et un lien, plus ou moins ténu, avec la culture catholique. Le « temps des patronages » a donc largement participé à la construction du succès populaire que rencontre le football en France. Il coïncide avec l’avènement d’une école de pensée qui est celle du catholicisme social puis d’une pastorale en direction des jeunes.

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