Les Dragons Catalans : Une Histoire du Rugby à XIII en France et en Super League

Les Dragons Catalans, club emblématique du rugby à XIII français, ont marqué l'histoire de ce sport en France et en Europe. Fondé en 2005 suite à la fusion de deux clubs historiques, le XIII Catalan et l'AS Saint-Estève, le club a rapidement gravi les échelons pour devenir un acteur majeur de la Super League anglaise. Cet article retrace l'épopée des Dragons, de leurs débuts modestes à leurs succès retentissants, en passant par les défis et les moments de doute.

Genèse et Fondation : L'Union Treiziste Catalane et l'Ambition Européenne

À la fin des années 90, face à l'évolution du rugby à XIII, le club mythique du Catalan, fondé en 1934, et son voisin, le club en devenir de Saint-Estève XIII, fondé en 1965, fusionnent afin de créer le plus gros club de rugby à XIII français : l’Union Treiziste Catalane (UTC). En 2000, l’UTC est officiellement fondée, marquant la naissance d'une nouvelle entité sportive avec de grandes ambitions. En 2004, le club compte déjà à son palmarès deux Coupes de France et deux finales de championnat d'Élite 1.

L'UTC, présidée par Bernard Guasch, se sent rapidement à l'étroit dans le championnat français. En 2002, la Super League, désireuse de s'agrandir et de s'européaniser, ouvre ses portes aux clubs étrangers. Bernard Guasch s'affaire alors à monter un dossier solide, mettant en avant la structure du club et son attractivité économique. En janvier 2003, l'UTC obtient le droit d'évoluer dans le championnat anglais à partir de la saison 2005.

En avril 2005, les Perpignanais deviennent officiellement les Dragons Catalans, adoptant un surnom à l'image de leurs adversaires anglais (Leeds Rhinos, Warrington Wolves, Castleford Tigers…). Cette nouvelle identité marque le début d'une aventure inédite pour le rugby à XIII français.

Les Premières Années en Super League : Apprentissage et Premières Victoires

C'est en 2006 que démarre sportivement l'histoire des Dragons Catalans en Super League. Pour leur premier match, le 11 février 2006, ils signent leur première victoire, 38-30 face au Wigan Warriors au Stade Aimé Giral. Pour leur première saison, les Dragons font logiquement leur apprentissage, n'évitant pas le dernier rang du classement, au terme d'une saison néanmoins marquée par une retentissante victoire à Warrington (28-26), et sept autres à domicile. Le stade Gilbert Brutus étant en rénovation pour plusieurs mois, c'est entre Carcassonne, Narbonne, Canet-plage ou sur le stade Aimé Giral à Perpignan que se jouent les rencontres à domicile.

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La saison suivante, les entreprises partenaires, les collectivités locales et les supporters portent un message fort et le mouvement prend de l'ampleur. Les 2000 abonnés de la saison 2006 deviennent en seulement un an d'existence 3500 ! En 2007, ils prennent l'ascenseur pour la gloire, gagnant deux places au classement, terminant à six longueurs du sixième et dernier qualifié pour les play-offs, s'offrant au passage dix succès, dont un à Bradford (29-22), et, surtout, atteignant la finale de la Carnegie Challenge Cup.

L'Ascension et les Premières Finales : De Wembley à Old Trafford

Les Dragons réalisent un parcours 2008 d'exception en finissant à la troisième place du classement, place qualificative pour les play-offs en fin de saison, après avoir même été, un temps, les dauphins du leader Leeds. Le public grandit avec près de 4 500 abonnés et une moyenne de spectateurs, au stade Gilbert Brutus, passée de 5 500, en 2006, à 8 500 en 2008.

Avec un remaniement du staff sportif, la saison 2009 a été marquée par les prestations en dents de scie d'une équipe au potentiel énorme mais la plupart du temps inexploité. Ce n'est qu'en fin de saison que les hommes de Kevin Walters se réveillent et vont chercher la dernière place qualificative à Saint Helens. A partir de ce match, la saison des Dragons va prendre une toute autre tournure. Les joueurs jouent juste et retrouvent les valeurs qui avaient fait leur force les années précédentes. Ils éliminent les clubs de Wakefield et d'Huddersfield sur leurs terres en 1/8ème et ¼ de finale. Les Catalans ne sont plus qu'à 80 minutes d'une finale à Old Trafford mais ils retrouvent Leeds, le double champion en titre sur la route de Manchester. Au terme d'un match exceptionnel, la « finale avant l'heure » selon les spécialistes, les Dragons s'inclinent sur le score de 27 à 20 avec la satisfaction d'avoir atteint pour la première fois de leur histoire les demi-finales du championnat de Super League.

La saison 2010 apparaît comme la fin d'un cycle pour les Dragons Catalans. Malgré une demi-finale de Carnegie Challenge Cup contre Warrington, le parcours en championnat est chaotique. Traversant une crise de blessures sans précédent, avec un pic de 11 blessés sur un groupe de 25 joueurs, les hommes de Kevin Walters n'arrivent pas à enchainer les performances. Mais, au-delà d'une saison sportive difficile, les satisfactions sont là. Les travaux de rénovation du stade Gilbert Brutus débutent à la mi-saison, l'ancien virage étant détruit pour laisser place dès le printemps prochain à la nouvelle tribune.

2011 sera l'année de la reconnaissance pour les Dragons Catalans. Après un début de saison mitigé, s'expliquant par les nombreux changements au sein de l'effectif avec l'arrivée de 10 nouveaux joueurs ainsi que de Trent Robinson au poste d'entraîneur, les Dragons finissent par trouver leur rythme de croisière en avril, après une folle semaine anglaise où ils s‘offrent successivement Warrington puis Wigan sur leurs terres. Le jeu ouvert et imprévisible prôné par Trent Robinson porte ses fruits et permet aux Dragons d'enchainer les grosses performances. Les autres moments forts de la saison seront l'ouverture de la nouvelle tribune en Juillet ou encore le match délocalisé au stade Yves du Manoir de Montpellier contre Wigan. Les Dragons sont récompensés en fin de saison en décrochant leur billet pour les Play-Off et, après une première victoire contre Hull KR à Brutus, ils chutent à Wigan en ¼ de finale.

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La saison 2012 fut celle de tous les records pour les Dragons qui enregistrent le plus grand nombre de victoires, de points inscrits ou encore la meilleure affluence totale de leur histoire. Individuellement, les joueurs catalans cumulent les distinctions avec un Scott Dureau à maintes reprises récompensé et la présence pour la première fois d’un joueur français dans la Dream Team, Rémi Casty étant élu meilleur pilier de Super League.

La saison 2013 sera celle de la nomination de Laurent Frayssinous au poste d’entraîneur, le premier entraîneur français de l’histoire de la compétition, suite au départ de Trent Robinson pour les Sydney Roosters.

La saison 2014 sera loin d’être un long fleuve tranquille pour le coach catalan, à la tête d’un effectif de qualité mais encore une fois décimé par les blessures. Cela n’empêchera pas les Dragons de décrocher une quatrième qualification consécutive pour les phases-finales et de réaliser une fin de parcours exceptionnelle. Une victoire historique à Leeds, la première des Dragons depuis leur entrée en Super League, puis à Huddersfield en Play-offs permettent aux sang et or de décrocher la seconde qualification en demi-finale de leur histoire.

La saison 2015 laissera des regrets dans le club catalan, qui s’était légitimement fixé des objectifs élevés pour la dixième saison en Super League. Mais c’était encore une fois sans compter les nombreuses blessures dans les rangs catalans. Cette saison sera marquée par les avancées réalisées notamment dans le système la formation avec la création de l’équipe U19, qui intégrera officiellement le Championnat Academy de Super League en 2016.

2018 : Le Sacre en Challenge Cup et la Consécration

Finalistes malheureux en 2007 à Wembley (devant 85 000 spectateurs, premier club français de rugby à évoluer devant plus de 80 000 spectateurs), les Dragons remportent en 2018 le premier trophée de leur jeune histoire grâce à une victoire acquise de haute lutte en Finale de Challenge Cup face aux Warrington Wolves. Le 25 août 2018, les Dragons Catalans se sont frayé un chemin en « une » du Midi olympique, le journal du rugby, et c’est dire la portée de leur exploit.

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Ils sont fous, ces Catalans ! Hier dans un stade de Wembley rugissant, la bande à Steve Mc Namara a remporté le premier trophée de sa jeune histoire (13 ans), face à des Wolves de Warrington pourtant favoris. Et le match commençait de la meilleure des façons avec un travail de sape du 2e ligne Benjamin Jullien qui passait magistralement les bras pour une concrétisation signée Lewis Tierney, après seulement deux minutes de jeu. L’essai rageur de Benjamin Garcia juste avant la pause répondait du tac au tac à celui de Murdoch-Masilia quelques minutes plus tôt. Et c’est à coups d’entêtements méthodiques qu’ils sont parvenus à garder leurs avance jusqu’au bout. Le 3e essai de Brayden Williame viendra récompenser leurs incroyables efforts, et même si King auteur d’un 2e essai côté Warrington ajoutera du trouble, Rémi Casty et sa bande finiront leur besogne en héros.

Pour la première fois en 122 ans, un club français remporte cette prestigieuse compétition, dans le fabuleux stade de Wembley de Londres, le stade national anglais. Ce qui n’était jamais arrivé depuis 1896 se produit, la Coupe quitte l’Angleterre.

Vers de Nouveaux Sommets : La Quête de la Super League

Après avoir soulevé leur premier trophée, la Challenge Cup, sur la pelouse de Wembley, les Dragons sont cette fois à 80 minutes d'une première finale de championnat, le 9 octobre, dans une autre enceinte mythique, Old Trafford, le théâtre des rêves de Manchester United. Les Dragons Catalans de Perpignan affrontent St Helens samedi 9 octobre (18 h) pour leur première finale de Super League.

Seize ans après la création du club, issu de la fusion du XIII catalan et de l’AS Saint-Estève XIII, les Perpignanais ont obtenu le premier ticket de leur histoire pour la finale de Super League, une des compétitions les plus prestigieuses du rugby à treize. Les Dragons Catalans abordent la finale après être sorti vainqueur des phases finales, certes, mais aussi après avoir impressionné toute la saison. Avec 19 victoires en 23 matches, soit 82 % de victoires, six points de pourcentages de mieux que le deuxième, St Helens. Perpignan a battu Hull KR en demi-demi-finale, jeudi 30 septembre. Les Perpignanais ont pu compter sur leur antre de Gilbert-Brutus en furie, pour la demie.

Parmi la troupe du manager Steve McNamara, ancien sélectionneur de l’Angleterre de 2010 à 2015, on retrouve notamment l’Australien James Maloney, demi de mêlée champion du monde en 2017. La force des Dragons repose sur un alliage entre l’expérience d’internationaux étrangers et de jeunes espoirs français. Le brassard de capitaine a été attribué à Benjamin Garcia, 28 ans, présent depuis 2013.

Défis et Reconstructions : Une Histoire en Mouvement

Les Dragons Catalans viennent de boucler leur 20e saison de Super League à la neuvième place. Septièmes en 2024, les Dragons avaient promis qu’ils seraient de retour dans le Top 6 en 2025. Sauf que la réalité du terrain a frappé et que la concurrence est de plus en plus féroce et redoutable avec Leigh et Leeds qui ont rejoint Wigan et St-Helens, sous la domination depuis un an d’Hull KR.

"Avec six nouveaux joueurs et cinq membres supplémentaires dans l’encadrement, nous avons insufflé une nouvelle dynamique", résumait dans nos colonnes Steve McNamara à la veille de l’ouverture de la saison. Et d’ajouter avec optimisme : "Nous avons analysé nos erreurs et assumé la fin d’un cycle. Il était clair que nous ne pouvions pas repartir sur les mêmes bases en 2025. C’est pourquoi nous avons recruté des joueurs et des membres du staff capables d’apporter de nouvelles idées et de dynamiser notre organisation. C’est une évolution naturelle du club." Et pour leur première, les Catalans ont pris une claque contre Hull FC à Brutus (4-24). Un premier coup d’arrêt suivi de deux revers (à Warrington et à Leigh). Alors oui, cette équipe a relevé la tête avec cinq victoires sur six en SL entre le 8 mars (Leeds à Brutus) et la victoire contre Wakefield (24-20) au point en or (26 avril). Au soir de cette 9e journée, avec dix points, les Dragons sont septièmes. Mais à égalité de points avec St-Helens, Leeds et Warrington et à un petit point de la quatrième place (Hull FC). Et puis place au Magic week-end (défaite contre Leigh 26-24 alors que les Dragons menaient 12-0) et élimination en demi-finale de Cup à York contre KR (36-12). Ces deux défaites laisseront une cicatrice dont l’équipe ne se relèvera pas. Cinq jours après la défaite en Cup, les Catalans s’écroulent à St-Helens (40-0). Les joueurs donnent l’impression de lâcher leur coach. Le club prend ses responsabilités. Cinq jours plus tard, Joel Tomkins prend la succession de McNamara, à quatre jours de la venue de Wigan. S’ouvre alors une période cauchemardesque avec 0-48 et 0-34 à Perpignan (Wigan et Hull FC) et une correction à Hull KR (68-6). Le club a décidé, à cet instant de la saison, de préparer l’année suivante, se séparant de 14 joueurs de l’effectif, une première. Joel Tomkins a connu une longue série de dix matches pour une seule victoire (Huddersfield à Brutus). La fin de saison a vu les sang et or battre Castleford à domicile et s’imposer à Salford et à Leeds. La fin de saison s’est transformée en interminable calvaire pour une équipe qui termine à 26 points du leader (KR) et à 12 points du dernier qualifiable (Wakefield).

Le 17 décembre, nous dévoilions dans nos colonnes qu’Arthur Mourgue rejoindrait Hull KR en 2026. Le 16 mars, Arthur Mourgue quitte avec effet immédiat son club des Dracs pour celui des Robins. Son départ a ouvert une brèche béante dans l’effectif. Et puis, c’est le jeu, mais il y a eu les blessures. Celles de trop pour Elliott Whitehead et Sam Tomkins, la méforme de Tevita Pangai Junior, aggravée par une cascade de blessures et de suspensions. Mais cela n’atténue en rien la pauvreté de la saison, où Léo Darrélatour et Clément Martin ont fait leurs premières armes. Où Ugo Tison a marqué des points en fin d’année, quand Guillermo Aispuro-Bichet s’est imposé comme titulaire.

Cette saison, les Dragons ont battu leur record du plus grand nombre de défaites d’affilée (7) du 3 mai au 21 juin. Ils ont aussi concédé trois revers consécutifs sans marquer (40-0 à St-Helens, 0-48 contre Wigan et 0-34 face à Hull FC). Enfin, ils ont connu leur plus lourde défaite au stade Gilbert-Brutus (0-48 face à Wigan).

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