Le football roumain, riche en histoire et en passion, a vu naître des joueurs exceptionnels qui ont marqué leur époque. Parmi eux, certains noms résonnent avec une force particulière, symboles d'une nation fière de son héritage sportif. Cet article explore les carrières de ces légendes, en mettant en lumière leurs exploits, leurs moments de gloire et leur contribution au rayonnement du football roumain.
Gheorghe Hagi : Le "Maradona des Carpates"
Gheorghe Hagi, sans aucune contestation, est LA légende du football roumain. Né le 5 février 1965 à Sacele, ce numéro 10 gaucher et créateur génial a marqué des générations de supporters. Son surnom, le « Maradona des Carpates », est devenu un cliché, mais il décrit à la fois un homme au caractère imprévisible et un génial créateur de jeu.
Débuts prometteurs et ascension fulgurante
Hagi débute sa carrière professionnelle à 17 ans au Farul Constanta. Un an, 18 matches et 7 buts plus tard, Gheorghe Hagi signe au Sportul Studentesc où il inscrit 63 buts en quatre saisons, avant de rejoindre le grand Steaua Bucarest. Avec le plus grand club de Roumanie, Hagi remporte trois championnats, deux coupes et surtout atteint la finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions (1988-1989 - défaite 4 à 0 face au Milan AC). Sur le plan personnel, Hagi inscrit 93 buts en 128 rencontres.
Expériences mitigées en Europe
Ces performances lui permettent de signer au Real Madrid contre 4,3 millions de dollars à l'été 1990. Son aventure au Real Madrid sera mitigée, il y inscrira tout de même 20 buts en deux saisons mais ses performances jugées insuffisantes l'obligeront à quitter le club direction Brescia en Italie. Là-bas, le "Maradona des Carpates" retrouve son football et se relance. Au point d'être recruté, deux ans seulement après son arrivée, par le FC Barcelone. À Barcelone aussi, Hagi vit des saisons compliquées ne remportant aucun trophée.
Consécration à Galatasaray et héritage durable
Après deux saisons passées en Catalogne le joueur quitte le club pour rejoindre le club turc de Galatasaray. Il y gagne quatre titres de champion consécutifs et remporte également, malgré son expulsion en finale, la Coupe de l'UEFA en 2000 face à l'Arsenal de Thierry Henry. Il prendra finalement sa retraite en 2001 après avoir remporté la Supercoupe d'Europe face au Real Madrid.
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Incontestablement meilleur footballeur roumain du 20e siècle, Gheorghe Hagi fut nommé joueur roumain des 50 dernières années par l'UEFA en 2004. Il termine quatrième au classement du Ballon d'Or France Football en 1994 et est nommé dans la All-Star Team du Mondial 1994.
Hagi a montré l'exemple et a contribué à qualifier le pays pour trois phases finales de Coupe du Monde d'affilée, de 1990 à 1998. En 1994, après deux saisons chaotiques à Brescia, le capitaine Hagi porte littéralement les siens lors du Mondial américain. Auteur de quatre passes décisives et trois buts en cinq matchs, dont un d'anthologie contre la Colombie sur une frappe lourde, il cède prématurément en quarts face à la Suède aux tirs au but. Auparavant, en huitièmes de finale, la sélection "tricolorii" emmenait par une génération dorée composée de Dan Petrescu, Gheorghe Popescu ou encore Ilie Dumitrescu avait crucifié l'Argentine (3 buts à 2) via un football léché, direct et génial.
L'après-carrière : Formation et transmission
Lors des qualifications pour le Mondial 2002, il est parachuté entraîneur de la sélection, en lieu et place de László Bölöni, mais échoue en barrage contre la Slovénie. Il a ensuite enchaîné les expériences ratées sur un banc (Bursaspor, Galatasaray, Steaua Bucarest), avant de créer le FC Viitorul ("le futur") et l’Academia de Fotbal Gheorghe Hagi en 2009, la meilleure du pays. Hagi reste de loin le meilleur joueur roumain de l'histoire et l'un des plus brillants talents des années 90.
Lors d'une enquête menée par l'UEFA en 2003 pour désigner le meilleur footballeur roumain des 50 dernières années, les compatriotes de Hagi n'ont pas hésité une seconde. Un immense portrait du Regele (le roi), comme on le surnomme en Roumanie, domine l’académie fondée par Gheorghe Hagi à deux pas de la mer Noire, souvenir de l’exploit du Mondial-1994. « Tout est possible », voilà le credo que l’ex-légende de 60 ans enseigne aux 200 enfants de l’académie située dans sa région natale de Constanta, à deux heures et demie de route de la capitale Bucarest. Depuis sa création en 2009, l’ancien capitaine des Tricolorii, quart de finalistes de la Coupe du monde 1994, a investi plus de 25 millions d’euros dans ce projet avec déjà des résultats probants. Des dizaines d’anciens élèves ont rejoint la première division roumaine et neuf d’entre eux - dont son fils Ianis - ont contribué au parcours honorable des Tricolores à l’Euro-2024 (8e de finale).
C’est sa « plus grande réussite », aime dire Hagi de l’académie. Après sa retraite en 2000, fort de 124 apparitions en équipe nationale, le meneur de jeu au divin pied gauche a brièvement entraîné la sélection avant de rejoindre les clubs turcs de Bursaspor et Galatasaray. Il a aussi officié à Timisoara et Bucarest mais désormais, il reste ancré à Constanta, où il coache aussi le club de Farul qu’il a mené à la tête de la Ligue 1 en 2023. Le « Regele » possède un musée à sa gloire au sein de l’académie. Etendue sur 17 hectares et dotée de treize terrains de football, son académie n’a rien à envier aux centres de formation ailleurs sur le continent, dans ce pays parmi les plus pauvres de l’UE. Pour les quelque 200 jeunes qui y suivent des cours, dont 70 pensionnaires à temps plein, Gheorghe Hagi voulait un endroit leur permettant de s’affirmer, de chasser « tout complexe d’infériorité », lui qui n’a jamais supporté la condescendance des grandes nations à l’égard du football roumain.
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Sa méthode : « ne pas ruminer les erreurs » mais se focaliser sur « les progrès accomplis » chaque jour, expliquait-il à la presse convoquée le 5 février pour célébrer son 60e anniversaire. Sa voix est forte et il a conservé ce tempérament volcanique qu’il affichait sur le terrain. Mais son entourage vante son « cœur d’or » et son « courage ». Il a donné une chance aux plus jeunes au moment où la formation « n’était depuis longtemps plus une priorité » en Roumanie, raconte le directeur technique Cristian Camui. Dans les rangs des joueurs prometteurs, Iustin Doicaru (18 ans) raconte avoir appris « comment supporter » la pression et surmonter « les moments les plus difficiles ». Recruté par le FC Farul, il se souvient de son premier but pour l’équipe en décembre 2024 et des félicitations de son idole, « le meilleur footballeur » de l’histoire roumaine. Qui a depuis peu un musée à sa gloire dans l’enceinte de l’académie.
Nicolae Dobrin : Le "Prince de Trivale"
Un technicien hors pair, la première star du foot roumain. Le « Prince de Trivale » a débuté sa carrière très jeune, à 14 ans et 10 mois, au FC Arges Pitesti, le club où il a effectué l’essentiel de sa longue carrière de joueur, entre 1959 et 1983. Nicolae Dobrin avait tapé dans l’œil de Santiago Bernabeu en 1972 et aurait pu rejoindre le Real Madrid, mais l’affaire a capoté, malgré les deux millions de dollars proposés. Une somme énorme pour l’époque. Son jeu ? Il tenait à la fois d'Ivica Osim et de Günter Netzer. Il éliminait ses adversaires en les prenant à contre-pieds avec son pied gauche avant de servir ses coéquipiers. Mais Dobrin divisait. Les uns lui reprochaient sa lenteur et ses sautes d'humeur. Les autres pensaient qu'il n'était pas permis de se priver d'un talent pareil. Faux avant-centre et faux milieu, Dobrin a été le leader technique de la Roumanie pendant une quinzaine d’années, entre 1966 et 1980. Mais il n’a pas joué pendant le Mondial 1970 en raison d'un conflit avec Angelo Niculescu. Il a été éliminé au dernier tour préliminaire de l’Euro 1972, l’équivalent des quarts de finale, par la Hongrie en match d’appui. Devenu entraîneur du FC Arges Pitesti, il a notamment découvert Adrian Mutu. Il est décédé à 60 ans le 26 octobre 2007 des suites d’un cancer des poumons. Le stade de Pitesti porte désormais son nom.
Autres figures emblématiques
Outre Hagi et Dobrin, d'autres joueurs ont marqué l'histoire du football roumain :
- Lazlo Bölöni: Avant d’être un entraîneur à succès, auteur du doublé Coupe - Championnat avec le Sporting Portugal en 2002, Lazlo Bölöni (63 ans) a été un excellent joueur, longtemps recordman des sélections (102, désormais détenu par Dorinel Munteanu et ses 134 capes). Une preuve ? Il a été élu deux fois meilleur joueur roumain de l’année, en 1977 et 1983. Milieu travailleur, Bölöni a effectué l’essentiel de sa carrière à l’ASA Târgu Mures (1970-1984), club de sa ville natale. Celui qui portait toujours le numéro 11 par superstition se définissait ainsi : « Je tiens un rôle de coordinateur et d'organisateur. » C’est au Steaua Bucarest qu’il a remporté tous ses titres : une Coupe d’Europe des clubs champions (1986), une Supercoupe de l’UEFA (1986), trois Championnats (1985, 1986, 1987) et deux Coupes (1985-1987). Il a terminé sa carrière en France, à l’US Orléans (1989-1992). Il est resté dans notre pays pour devenir l’adjoint d’Olivier Rouyer, à Nancy. Il a également dirigé Rennes et Monaco. Il entraîne actuellement Ittihad FC, en Arabie Saoudite.
- Marius Lacatus: Marius Lacatus a alterné grandes et tristes périodes. Grandes, au Steaua Bucarest, avec lequel il a soulevé la Coupe des clubs champions en 1986 contre le Barça, marquant un des deux tirs au but, avec Gavril Balint (0-0, 2-0 tab). Il a disputé une deuxième finale trois ans plus tard, perdue contre l’AC Milan (0-4). Lacatus (53 ans) a également remporté le Championnat de Roumanie à 10 reprises, 7 coupes nationales et a participé à deux Coupes du monde, en 1990 et 1998. International roumain à 84 reprises, il a toutefois raté celle de 1994, où les Roumains ont été quarts de finaliste, à cause de ses choix de carrière. A la Fiorentina, d’abord (1990-1991), puis au Real Oviedo (1991-1993). Ce grand blagueur se transformait en attaquant au jeu dur, rugueux, dès qu’il entrait sur un terrain… Il est devenu entraîneur en 2000, à la fin de sa carrière de joueur. Il est actuellement sans club.
- Gheorghe Popescu: Certainement un des défenseurs les plus élégants de l’histoire. A l’apogée de sa carrière, Gheorghe Popescu (48 ans) était considéré comme un des meilleurs joueurs du monde à son poste. Il a été désigné joueur roumain de l’année à six reprises, en 1989, 1990, 1991, 1992, 1995 et 1996. Il orchestrait avec talent l'organisation de sa ligne défensive, tout en étant un relanceur impeccable et un contre-attaquant redoutable. Après le PSV (1990-94), où il a été champion des Pays-Bas en 1991 et 1992, et Tottenham (1994-95), Gheorghe Popescu a rejoint Gheorghe Hagi au FC Barcelone. Le libéro est resté deux ans en Catalogne, a porté le brassard, et a terminé son aventure avec deux trophées : la Coupe des coupes et la Copa del Rey. Il a rejoint Hagi à Galatasaray, où il a soulevé la Coupe de l’UEFA en 2000. Avec la sélection, dont il est le troisième joueur le plus capé derrière Munteanu et Hagi, avec 115 sélections, il a été quart de finaliste du Mondial 1994 et de l’Euro 2000.
- Helmuth Duckadam: Helmuth Duckadam était entré dans la légende de la Coupe des champions un soir de mai 1986 en devenant le héros du Steaua Bucarest et le bourreau du FC Barcelone.
D'autres noms méritent d'être mentionnés, tels que Adrian Mutu, Dan Petrescu, Gavril Balint, Ilie Balaci, Cornel Dinu, Florin Raducioiu, Dorinel Munteanu, Cristian Chivu, Rodion Cămătaru, Iosif Petschovsky, et Emerich Jenei, chacun ayant apporté sa pierre à l'édifice du football roumain.
La Coupe du Monde 1994 : Un moment de gloire inoubliable
La Coupe du Monde 1994 reste la plus belle performance du football roumain. Lors de ce Mondial, les tricoloriis atteignent pour la première fois - et dernière à ce jour - les quarts de finale de la compétition. Sur leur route, les Roumains, déjà entraînés par Anghel Iordanescu, avaient battu la Colombie (pourtant parmi les outsiders cette année là), les États-Unis, pays hôte, mais surtout l'Argentine en huitième de finale (3-2). Si la sélection roumaine a dû céder aux tirs au but face à la Suède en quarts de finale, elle aura tout de même marqué la plus belle page du football de sélection roumain.
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