Quentin Jouffroy, un nom qui résonne avec passion dans le monde du volley-ball français. De ses débuts à Grenoble à son sacre olympique, son parcours est une source d'inspiration. Cet article explore son histoire, ses défis, ses succès et son impact sur le volley-ball.
Un talent grenoblois révélé
Originaire de Grenoble, en Isère, Quentin Jouffroy a découvert le sport dès son plus jeune âge. Après s'être essayé au judo et au basket, il a finalement succombé au charme du volley-ball. Son talent n'a pas tardé à se manifester, et il a rapidement attiré l'attention de Gilda Bruissière, sa professeure d'EPS au collège Pierre Dubois de Seyssinet-Pariset.
« Il faisait les entraînements avec moi, deux à trois fois par semaine », se souvient sa professeure de l’époque. Inscrit à l’UNSS, il participe aux championnats de France et termine à la 6e place lors de son année de quatrième.
Gilda Bruissière a encouragé Quentin à rejoindre un club pour développer davantage son potentiel. Il a ainsi rejoint le club de Seyssins.
Les défis de l'adolescence
L'adolescence de Quentin a été marquée par des problèmes de croissance qui ont entraîné des douleurs, notamment aux genoux. Il a dû ralentir la cadence et attendre que sa croissance se stabilise pour pouvoir jouer sans douleur.
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Sakina Mellah, son entraîneure en jeunes à Seyssins, se souvient : « Aujourd’hui, il a un physique de mannequin et il fait 2,03 m, quand il était petit, ça s’étalait ».
Malgré ces difficultés, Quentin n'a jamais perdu sa passion pour le volley-ball. Sa taille et sa force grandissantes lui ont permis de prendre l'ascendant dans ses équipes jeunes.
Parcours en club
Voici tous les mouvements et les transferts connus de Quentin Jouffroy. Admis à 15 ans au Pôle Espoir Lyon, joueur professionnel à Tours, Montpellier, Ajaccio puis au Plessis-Robinson, le champion isérois, auréolé de son titre olympique, concrétise à présent un autre rêve : avoir une expérience à l’étranger.
Pour cette saison, à 31 ans, il a ainsi rejoint le club de Suwalki… en Pologne ! “C’est le top, car c’est l’un des pays où le volley-ball est le plus populaire au monde. Les champions font des spots publicitaires à la télévision !”
L'ascension en équipe de France
Sélectionné pour la première fois avec l'équipe de France de volley-ball, Quentin Jouffroy a su saisir sa chance. Le changement de sélectionneur (l'Italien Andrea Giani est arrivé en avril dernier) lui a permis d'intégrer l'équipe et de montrer son potentiel.
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Lors du championnat du monde, il a réalisé des entrées déterminantes, notamment aux services. Il a contribué à la victoire au tie-break contre le Japon en huitième de finale.
« Tout le monde me dit "tu sais ce que tu as à faire". Ils savent que je suis un bon serveur. Quand j'entre ce n'est pas "ah merde, il rentre". »
Le sacre olympique
Le 10 août 2024, à Paris, Quentin Jouffroy a vécu le rêve ultime : il a remporté l'or olympique avec l'équipe de France de volley-ball face à la Pologne, numéro un mondial, avec un score de trois sets à zéro.
Jusqu’en mai dernier et à ce week-end décisif de la Ligue des nations, le volleyeur grenoblois, central de l’équipe de France, n’était pourtant pas sûr d’être de l’aventure. Intégré au dernier moment comme remplaçant, Quentin a fait basculer le match en faveur des Bleus à son entrée au troisième set avec ses services imparables.
Quelques jours après, l’émotion est toujours là. “Les JO, c’est une ambiance absolument unique.
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Un service dévastateur
Une des forces de Quentin Jouffroy est son service. Dévastateur. « Depuis qu’il est petit, il a ça. Il a toujours eu des facilités au service et un très bon sens du jeu », complète Sakina Mellah.
En janvier dernier, il a réussi la performance incroyable de claquer neuf aces en championnat face à Narbonne sur 27 tentatives et deux fautes.
Dans cette équipe de France, Quentin Jouffroy est là pour son service. Il rentre, il sert, et il sort quand le point est perdu. Ce n'est pas toujours une vie simple. Il faut se contenter d'un rôle limité, chose que Jouffroy a eu un peu de mal à faire au début. Il faut aussi gérer « l'inactivité » pendant les matches.
Quand le futur central de Suwalki (Pologne) a été appelé pour servir dans le money-time d'un 3e set très serré (18-18) en finale face aux Polonais, il ne comptait qu'1'30 de temps de jeu, et cela faisait une grosse demi-heure qu'il n'avait plus mis les pieds sur le terrain. Qu'avait-il en tête ? Son ace magnifique pour égaliser à 18-18 dans le 2e set ? Le service suivant, plein filet ? Ou bien cette consigne du staff, qui lui donne « carte blanche », comme il l'a récemment raconté au Figaro ?
En quelques minutes, Jouffroy va en tout cas propulser l'équipe de France vers le titre olympique avec une impressionnante série de 5 services (23-18). Enfin plutôt de 4, car tout aurait pu s'arrêter sur le premier, un peu court, mais heurtant la bande du filet juste ce qu'il faut pour passer et tromper la réception polonaise. Les dieux du volley lui ont offert un ace chanceux, Jouffroy n'a plus compté que sur son cran, sa malice et sa variété technique pour assurer la suite. On a vu alors pourquoi Andrea Giani misait sur lui pour servir dans ce moment bouillant. Avec toujours les mêmes lancers, Jouffroy a été capable de changer la longueur, l'angle ou le type de frappes, rendant « chèvres » les Polonais.
Deuxième service pour Jouffroy. Il a deux gestes favoris : le smashé ou la roulette, qui consiste à lifter le ballon pour lui donner une trajectoire plongeante. « J'aime bien les roulettes parce que c'est un peu chiant à rattraper. Même aux entraînements, ça fait toujours râler deux ou trois gars », s'amusait-il dans les colonnes du Figaro il y a trois jours.
Pour son deuxième service, il sort sa roulette en visant la zone entre Sliwka et Zatorski, espérant créer une confusion entre les deux. Mal coordonnés, les deux vont à la réception. La trajectoire les oblige à se baisser, le libéro Zatorski remonte le ballon mais pas assez haut, ce qui empêche le passeur polonais et son central de jouer dans le bon timing. Earvin Ngapeth sera à la réception et les Bleus marqueront par Jean Patry.
Après ce deuxième point français d'affilée, le sélectionneur polonais Nikola Grbic demande un temps mort. Objectif : remobiliser ses joueurs, qui viennent de passer de 14-16 à 20-18, mais aussi « casser » le bras de Quentin Jouffroy. C'est un stratagème qui réussit souvent, mais pas là.
Troisième service de l'ancien joueur du Plessis-Robinson. Il réalise à nouveau une roulette, mais en raccourcissant la trajectoire. Il la place dans une zone sensible, juste derrière le passeur (qui va au filet dès le service parti et ne s'occupe pas de la réception) mais environ 2 mètres devant la ligne des réceptionneurs, et entre deux joueurs, toujours les mêmes, Zatorski et Sliwka. Zatorski décide d'y aller en plongeant, mais Jouffroy a trop bien servi et le libéro polonais ne peut que toucher la balle d'une main. Ace, et troisième point de rang pour la France.
Quatrième service de Jouffroy. À nouveau une roulette, mais cette fois, le central change l'orientation de son bras au moment de l'impact pour viser le meilleur attaquant polonais Leon. Le Cubain d'origine est impeccable à la réception, beaucoup moins au filet : son attaque en diagonale sort, 22-18 pour la France.
Cinquième service. Jouffroy prend le même élan et effectue le même lancer, mais cette fois, il délaisse la roulette et sert fort. Il revient à ses cibles initiales, Zatorski et Sliwka, en visant à nouveau entre les deux. Ces derniers ne s'entendent pas et le ballon passe entre eux. Ace, le troisième de la série, et 23-18 pour les Bleus.
Au sixième essai, Quentin Jouffroy voit son service sortir. Andrea Giani le rappelle sur le banc, sa mission est terminée, sans doute plus tard que le sélectionneur et lui-même l'avaient imaginé à son entrée en jeu, 3'52 plus tôt. En sortant, Jouffroy se retourne vers ses coéquipiers et, de la voix et du doigt, leur dit : « C'est maintenant ! » En 3'52, il vient de mettre l'équipe de France à deux points d'un deuxième titre olympique de rang.
Les techniques de service
Interrogé sur ses techniques de service, Quentin Jouffroy explique :
Je ne fais plus trop de services flottants maintenant. Je ne fais quasiment que des smashés ou des roulettes (service qui retombe juste derrière le filet, difficile à anticiper ndlr). J'aime bien les roulettes parce que c'est un peu chiant à rattraper. Même aux entraînements, ça fait toujours râler deux ou trois gars, c'est marrant (rires).
Il souligne également l'importance d'alterner les techniques sur le terrain.
Une fierté iséroise
Parti de l’Isère à 15 ans pour intégrer le Pole Espoir à Lyon, Quentin Jouffroy n’a pas oublié sa région d’origine pour autant. La famille ne vit plus dans l’agglomération grenobloise mais à côté des Abrets, à Valencogne dans le Nord-Isère.
« Je viens quand je peux voir mes parents. La dernière fois que je suis venu, c’est pour Noël », reprend Quentin Jouffroy.
Palmarès
Voici un aperçu du palmarès de Quentin Jouffroy avec l'équipe de France :
- Jeux olympiques d'été
- Finale 10 août 2024 France - Pologne (3 - 0)
- Ligue des nations
- Finale 30 juin 2024 Japon - France (1 - 3)