Georges Haldas : Une Vie Entre Poésie, Traduction et Réflexion

Georges Haldas, né le 14 août 1917 à Genève d'un père grec et d'une mère suisse, et décédé le 25 octobre 2010, fut un écrivain, poète et traducteur suisse francophone marquant du XXe siècle. Son œuvre, riche et diversifiée, explore les thèmes de l'aube, de l'enfance, de la fraternité, et de la quête de l'ineffable.

Formation et Débuts Littéraires

Haldas étudie les Lettres à l'Université de Genève, avant de séjourner à Paris et en Italie. Ces voyages nourrissent sa sensibilité et son inspiration, façonnant son regard sur le monde. Il est l'élève d'Albert Béguin. Il travaille ensuite dans l'édition, d'abord à La Baconnière, à Neuchâtel, puis chez Hachette, à Paris. Il regagnera la Suisse pour entrer aux éditions Rencontre.

L'Œuvre Poétique : Une Quête de l'Invisible

Ses recueils de poèmes, publiés pour la plupart entre 1942 et 1976, témoignent d'une profonde recherche spirituelle. Parmi ses œuvres poétiques les plus notables, on trouve Cantique de l'aube (1942), Chants de la nuit (1952), Corps mutilé (1962), et Funéraires (1976). Dans le sillage d'une tradition métaphysique, Haldas affirme la vocation de la parole poétique à maintenir un lien entre les hommes et une « réalité non visible mais inspiratrice de toute chose ». Il cherche à capter l'essence de la poésie, cette capacité à dire les choses d'une manière si juste, si pénétrante, si profonde qu'on perçoit mieux la force, la densité, la beauté aussi et l'importance de l'ineffable, de cela que l'on ne peut pas dire.

Pour Haldas, « L'aube, pour moi, ce n'est pas simplement le lever du jour… C'est tout ce qui participe du commencement : l'aube, l'enfance, la graine… C'est un mode d'appréhender le monde, de le surprendre dans sa nouveauté, sa fantastique nouveauté à travers la répétition quotidienne. »

Essais et Réflexions : Exploration de la Relation Fondamentale

Ses essais, notamment Les Poètes malades de la peste (1954) et Trois Écrivains de la relation fondamentale (1978, sur Pérez-Galdós, Verga et Ramuz), explicitent cette vocation dans l'espace de l'essai. Ces œuvres témoignent de son intérêt pour la condition humaine et la recherche de sens.

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L'Art de la Traduction : Un Dialogue Interculturel

Traducteur d'Anacréon, Catulle et Umberto Saba, Georges Haldas a contribué à faire connaître des auteurs majeurs de la littérature antique et italienne au public francophone. La traduction est pour lui un acte de dialogue et d'ouverture vers d'autres cultures.

"L'État de Poésie" : Les Carnets d'une Vie

Georges Haldas a consigné réflexions, anecdotes et propos dans ses Carnets (1977-2009) dont le titre générique, « L'État de poésie », dit assez la tonalité dominante. Là encore la quête d'une « fraternité obscure » se mêle à l'écoute de cette surréalité à laquelle, bien que converti au catholicisme, il donne moins le nom de Dieu que celui de l'« Autre », voire de la « Source ». Aucun volontarisme philosophique, ici, mais plutôt un besoin, au fil de la parole, de se tenir au plus près de la sensation vraie, lestée d'indicible et déjà traversée d'absence.

Dans ses carnets, Haldas partage ses réflexions sur la vie, la mort, l'amour, et la création artistique. Il y explore la notion de risque et d'engagement : "Ainsi chaque engagement que je prends - et qui engage toute ma vie - est en même temps un risque. On mesure le caractère de quelqu'un à sa capacité de risquer. Ceux qui ne risquent jamais rien sont des avortons! Ils ont toujours besoin d'être rassurés, sécurisés. Nous sommes aujourd'hui dans un monde où on tend à se sécuriser, à tout prévoir, en pensant que l'homme est maître de son destin. Erreur, sinistre erreur. C'est un anti-amour. Tout élan d'amour - qu'il soit humain, religieux, artistique ou poétique - implique un don total de soi à ce que vous aimez et par là-même un risque total."

Il décrit aussi son rapport au quotidien et à la création : « (…) Je ne voudrais, pour rien au monde, changer quoi que ce soit à mon genre de vie. Au déroulement de mes journées. (…)Oui j'aime cette heure entre toutes. Un état de fraicheur et de concentration ou on dirait que notre être, en ses profondeurs, se rassemble. Et puis, si le jour, au dehors, peu à peu se lève, la conscience, elle aussi, émergeant du chaos en nous, s'éveille. L'homme n'est il pas, à cet égard, une aube permanente ? Mais là ou je veux en venir, c'est que la présence des gars, à leur table, silencieux ou bavardant, lisant le journal ou ressassant en eux mêmes on ne sait quoi de leur vie, leur présence m'est précieuse. (…) la régularité de leur passage, chaque matin, me fait penser à celles des astres. Dont un vieux proverbe espagnol dits qu'ils cheminent doucement certe mais sans jamais s'arrèter. Il y a quelque chose de cosmique en ce rythme journalier. Qui est le mien aussi."

La Table : Un Espace de Rencontre et de Révélation

Haldas accorde une place importante aux repas dans sa vie et son œuvre. Il évoque les repas à Paris, en province, les petits restaurants populaires, les dîners d'apparat, les sandwichs ou grands menus, les repas en Toscane, en Calabre, en Grèce, en Crète. "Où il semble qu'à table, sous le signe des pois chiches, de l'huile d'olive, des souvlakis, du restiné, c'est la terre elle-même et la mer et le ciel, la lumière et la vie qu'on absorbe. Cosmique est l'acte de manger !" Il parle du wagon-restaurant (rêveur), de l'avion (désopilant), des repas ratés et des festins somptueux. Mais aussi l'amitié, indissociable de tout vrai repas (à l'inverse des " repas d'affaires "). Et il rappelle, en passant, que les mots saveur et savoir ont, en latin, la même origine, sapere. Pour Haldas, les repas sont une manifestation, par excellence, de la condition humaine. "Où le quotidien, le burlesque et le sacré, de par la seule manière de l'auteur - sa voix - ne font qu'un."

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Reconnaissance et Distinctions

Georges Haldas a reçu de nombreux prix et distinctions pour son œuvre, dont le prix Schiller (1971 et 1977), le Grand Prix de la ville de Genève (1971), et le prix Taormina (1970). Ces récompenses témoignent de la reconnaissance de son talent et de sa contribution à la littérature suisse et francophone.

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