France-Pays de Galles : un récital offensif et défensif pour lancer le Tournoi des Six Nations

Le XV de France a entamé son Tournoi des Six Nations 2025 de la plus belle des manières en dominant outrageusement le Pays de Galles (43-0) au Stade de France. Cette victoire bonifiée, marquée par sept essais et une défense impénétrable, constitue un véritable récital offensif et défensif pour les Bleus.

Domination tricolore et performance historique

Ce vendredi au Stade de France, le score final a pris une tournure historique, surtout pour le Pays de Galles. Le XV du Poireau a été "Fanny" face aux Bleus (43-0), qui ont signé une "prestation parfaite défensivement", d'après leur sélectionneur Fabien Galthié. Avec une maîtrise globale, 93,78% de plaquages réussis et un ultime temps fort adverse contenu de peu, joueurs et coach ont là un motif de satisfaction. Galles n'avait jamais connu pareil camouflet depuis que le Tournoi compte six nations. Le score de 43 à 0 infligé aux Gallois est lourd de conséquences.

Un match référence pour Grégory Alldritt

Ses dernières prestations avaient déçu, manque de percussion, de tranchant, tout ce qui avait jusque-là fait sa force. En novembre, il avait même été écarté contre les Pumas argentins, signe de son déclassement et de sa perte d’influence. Ce vendredi, on a retrouvé le bulldozer Grégory Alldritt. Des charges de mammouth, des dizaines de mètres gagnés, des défenseurs renversés à la pelle. Le numéro 8 du Stade Rochelais a remis les pendules à l’heure. Il n’a rien perdu de sa terrible force de frappe et de son abattage énorme, en tout cas il les a retrouvés. Et il a tenu les 80 minutes du match sur la même intensité, très élevée. Les chiffres ne mentent pas : avec 64 mètres gagnés le ballon sous le bras et 18 plaquages au compteur, il a abattu un travail de titan. Cerise sur le gâteau, il parachève le récital tricolore en marquant, en force, le septième essai des Bleus (77e). Pour rêver d’un nouveau Grand Chelem, le XV de France aura besoin d’un grand Alldritt. Il ne déçoit que rarement. Jamais, même.

Gros et la mêlée tricolore

En novembre, il devait pallier le forfait de l’inévitable Cyril Baille. Il l’a fait avec brio. Ce vendredi soir face au pays de Galles, le joueur de Toulon a livré une très belle prestation. Il est pourtant resté longuement au sol après une possession des Bleus (10e). Mais il est solide. De retour sur le pré, il a participé activement à la bonne tenue de la mêlée tricolore mais s’est surtout démultiplié aux quatre coins du terrain. Ballon en main, le Toulonnais a chargé 10 fois dans la défense galloise et n’a jamais reculé. En défense, Gros a plaqué à tour de bras (9 plaquages) sans en manquer.

La maîtrise du jeu au pied

On a beaucoup entendu le terme de «dépossession». Il faut dire que ce vendredi, comme lors de la tournée d’automne, les Bleus maîtrisent parfaitement, ou presque, le jeu au pied. Celui de Thomas Ramos, dans le jeu courant ou face aux perches, notamment. Il y a aussi ces longs coups de pompe renvoyés dans les angles par l’arrière-garde française. À la 28e minute, l’ailier Théo Attissogbe a d’ailleurs surpris tout le monde en envoyant un long coup de pied depuis ses 15 mètres qui a finalement échoué à quelques centimètres du 50-22. Dans le jeu, Ntamack et Dupont ont aussi envoyé quelques caviars au pied à leurs ailiers. Ce dernier s’est également illustré en tentant un petit coup de pied dangereux derrière un ruck ou en trouvant systématiquement la touche sur les renvois gallois. Sans compter, évidemment, ces jeux au pied dans le fond du terrain qui ont permis à Louis Bielle-Biarrey (notamment) de mettre la pression.

Lire aussi: Le journalisme sportif féminin en plein essor

Romain Ntamack : un retour gâché

Son retour était attendu après 17 mois d’absence loin des Bleus. Et la soirée se passait plutôt bien à Saint-Denis. Dans son traditionnel rôle de régulateur, Romain Ntamack gérait les affaires courantes, sans coups d’éclat, mais appliqué. C’est lui qui était à l’origine du premier essai de Bielle-Biarrey après avoir décalé judicieusement Ramos. Puis, d’une passe au pied bien dosée, il avait permis à Gailleton de marquer en coin. Retour tranquille, sans forcer son talent. Jusqu’à la 71e minute et ce plaquage trop haut, à l’épaule, sur la tête de Ben Thomas. Un carton jaune transformé en rouge après recours au bunker. La seule fausse note de la soirée. Qui vient gâcher ses retrouvailles avec le public dyonisien. Et qui rebat les cartes avant le déplacement à Twickenham : qui pour le suppléer en 10 ? Ramos, comme en novembre, ou Jalibert, qui a rétrogradé dans la hiérarchie ? « Il y a une procédure aussi qui aura lieu mardi ou mercredi et on a aussi des arguments à faire valoir , veut croire Galthié. C’est un joueur qui a un casier vierge, c’est un geste qui ne lui ressemble pas et on va plaider pas mal d’éléments qui peuvent ramener cette action à un fait de jeu involontaire. » Difficile d’imaginer que l’ouvreur toulousain passe sous les fourches caudines de la commission de discipline.

Le retour controversé d'Hugo Auradou et Oscar Jegou

L’annonce de leurs noms était attendue avec curiosité. Le public du Stade de France allait-il siffler le retour en bleu des deux naufragés de Mendoza, sept mois après avoir défrayé la chronique judiciaire en étant accusé de viol par une plaignante argentine, avant de bénéficier d’un non-lieu début décembre ? De nombreuses voix s’étaient élevées contre leur rappel en équipe de France, jugé précipité. Or, quand le speaker a scandé ’’HUGO’’, le public a répondu Auradou, avec un peu moins d’entrain que pour les autres Tricolores certes, mais sans la moindre manifestation d’hostilité. Idem, quelques secondes plus pour Oscar Jegou. Un murmure imperceptible dans les travées du Stade de France. Second test de popularité attendu, leur entrée en jeu. Quand Hugo Auradou a posé le pied sur la pelouse, à la 49e minute, en compagnie de cinq autres partenaires, l’annonce du remplacement a provoqué quelques sifflets, épars et timides. Étrangement, onze minutes plus tard, l’entrée en jeu d’Oscar Jegou à la place de François Cros a, elle, soulevé quelques sifflets plus audibles. Pas une bronca, loin de là, mais un volume sonore un petit cran au-dessus.

Le Pays de Galles en crise

C’est inquiétant, ne le cachons pas. Le XV du Poireau a été émincé vendredi soir au Stade de France. Passé au court-bouillon par les Bleus, 43 points, et 7 essais, concédés, aucun inscrit. Une 13e défaite d’affilée pour des Gallois qui ont perdu leurs douze rencontres en 2024. Et un septième revers consécutif face au XV de France. En l’absence de nombreux cadres, en retraite internationale ou blessés, la relève a affiché ses limites. Particulièrement dans l’animation offensive où les trois-quarts n’avaient rien de dragons, à l’image de l’ouvreur de Cardiff, Ben Thomas (26 ans, 8 sélections), emprunté à chaque fois qu’il fallait lancer le jeu et manquant d’alternance au pied. Mais les anciens, rappelés pour tenter de sauver la patrie, l’arrière Liam Williams (33 ans, 93 sélections) ou l’ailier Josh Adams (29 ans, 60 sélections) se sont encore moins mis en valeur. Ajoutons un pack en manque total de puissance et on se dit que le pays de Galles va avoir du mal à éviter une deuxième cuillère de bois d’affilée. « On savait que ça allait être un match difficile. On avait parlé de comment les mettre sous pression dans le début du match, et on l’a bien fait, mais on a fait plusieurs mauvais choix, des erreurs, on a manqué de précision. Évidemment, dans la presse galloise, la question du maintien à son poste du sélectionneur est relancée.

Les réactions d'après-match

Fabien Galthié a salué la performance de son équipe : « La victoire, le bonus offensif et le goal-average, sans point encaissé. On s’est adapté aux conditions météorologiques, on a été pragmatiques, on a été propre en défense sauf sur cette dernière action (le carton rouge de Ntamack). Ce n’est pas facile de rentrer dans un Tournoi. J’ai voulu donner du temps de jeu aux finisseurs et économiser de l’énergie. Certains ont beaucoup joué cette saison. La semaine prochaine, contre l’Angleterre, ça va être grandiose. On n’a pas de blessé majeur, il y a des retours attendus comme celui de Damian Penaud. On va retrouver tout le monde dimanche à Marcoussis et on va préparer ce déplacement. »

Antoine Dupont a souligné l’état d’esprit de l’équipe : « Je pense qu’on a attaqué le match avec le bon état d’esprit, on a fait des choses simples et proprement. On a eu un bon état d’esprit en défense et on a réussi à scorer vite. On a eu de la consistance tout au long de la rencontre, c’est positif. On s’est adapté à leur défense, ils mettaient beaucoup de pression sur les receveurs, on avait du mal à avoir du surnombre et on a vu que par-dessus, on pouvait avoir des solutions. On arrive à avoir des solutions partout avec les joueurs qu’on a. »

Lire aussi: Le Championnat de France de Rugby Féminin analysé

Grégory Alldritt s'est montré satisfait de la performance collective : « Très content de la performance collective. On sait qu’on a des individualités extraordinaires mais on a joué comme une équipe. On a vu une très belle performance d’équipe. On a fait que 20 % du boulot, il nous reste encore quatre matchs, il faut rester humble et on va essayer de travailler dur pour éviter d’être second. On a soif de victoires, on veut gagner mais c’est la même chose pour les Irlandais ou les Anglais. On n’est pas tout seul dans ce Tournoi donc il faut continuer à travailler. »

Louis Bielle-Biarrey a insisté sur l’importance de ne pas encaisser de points : « C’est sûr que le tournoi commence, on sait que le Pays de Galles est une équipe dure à battre et revancharde. On est vraiment content, heureux de ne pas avoir pris de point. On a tendance à être un petit peu plus relâché quand l’équipe adverse est plus faible, donc on est content d’être bien entré dans la compétition. Un gros défi nous attend en Angleterre. On va le préparer avec beaucoup de sérieux et d’envie. Si on veut gagner le Tournoi, il va falloir aller gagner partout. On a hâte. »

Un premier pas vers le Grand Chelem ?

Cette victoire éclatante place les Bleus en position idéale pour la suite du Tournoi. Avec une défense intraitable et une attaque prolifique, le XV de France a envoyé un message fort à ses concurrents. Cependant, le carton rouge de Romain Ntamack pourrait rebattre les cartes pour le prochain match face à l'Angleterre.

Le contexte historique

Le 18 mars 2017, l'histoire du Tournoi des Six Nations s'écrivait un peu plus, au cœur d'un Stade de France, plein comme un œuf et au bord de l'arrêt cardiaque. Après 20 minutes de temps additionnel, les Bleus de Guy Novès venaient s'imposer (20-18), au courage. Pas d'incidences fondamentales pour le classement final du Tournoi, mais un succès majeur pour une équipe de France, qui en avait besoin. Jusqu'à la sirène de la 80e minute de jeu, le Stade de France n'avait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. Mais le public a eu le droit à un rab inédit. Menés 13-18, face aux Gallois, les Français n'ont pas lâché et le bras de fer a commencé dans le camp adverse. Au total, douze mêlées ont été jouées, neuf pénalités sifflées mais l'essai de pénalité tant attendu, n'est jamais venu. De quoi frustrer Guy Noves et son staff, qui avait réussi à remplacer Uini Atonio par Rabah Slimani. Un changement qui avait fait polémique, alors que certains estimaient que les Bleus avaient déjà dépassé le quota. Au final, après 20 minutes de temps supplémentaire, les Bleus venaient égaliser grâce à une dernière charge de Damien Chouly. Essai transformé par Camille Lopez qui venait donner la victoire au XV de France.

Ce match était très savoureux pour les Bleus. Et même si le XV de France n'a pas changé du jour au lendemain, ce succès reste de référence pour l'équipe de France. La preuve d'une force de caractère, de l'immense capacité à s'accrocher dans les dernières minutes. La même qui a permis aux Français de 2021 de s'imposer face à ces mêmes Gallois au bout du bout en 2021. Et la même qui guide encore les Bleus dans les fins de match les plus tendues. Novès disait de Dupont: "En 30 ans de coaching, je n'ai jamais vu un joueur français si complet". Sélectionné pour la première fois juste avant le Tournoi 2017, Antoine Dupont avait fait ses débuts face à l'Italie. Mais le demi-de-mêlée était surtout entré, à la 72e minute de la rencontre face au Pays de Galles. Une entrée déjà remarquée où l'ancien castrais avait apporté un dynamisme particulier.

Lire aussi: Match France-Hongrie : détails clés

En 2023, ce France-Pays de Galles, n'avait plus la même saveur et la domination française était attendue. La peur a changé de côté. Largement supérieurs à leurs adversaires, les Français ont livré un récital offensif face au Pays de Galles (43-0) ce vendredi soir.

Les Bleus en route vers le succès ?

Voilà un an, quasiment jour pour jour, le XV de France était plongé dans une profonde sinistrose. D’ailleurs, il est là, l’essentiel. Dans la faculté de ces Bleus à emporter tout un pays avec eux, à le convaincre qu’ils vont enfin gagner le trophée Webb-Ellis. Parce que, s’ils ont réalisé un carton au tableau d'affichage dans un Stade de France chauffé à blanc pour entamer ce Tournoi, il faut bien sûr relativiser la (très) faible opposition galloise.

Voilà qui ne suffit pas, pour les raisons évoquées plus tôt, à faire de ce XV de France le favori de la compétition. Question de calendrier, puisqu’il se déplacera trois fois de rang désormais, notamment en Angleterre lors du week-end à venir, puis en Irlande en mars. Mais cela suffit amplement pour justifier les paroles répétées depuis des semaines sur son obsession de titres. Le talent de cette génération n’a clairement pas été récompensé à la hauteur qu’il le mériterait. Ces Bleus ont placé des premiers actes en face de leurs mots. Pourtant, le sentiment qui domine, c'est l’impatience. Celle de connaître la suite. Cette équipe possède absolument tout pour tracer un avenir royal. Et c’est justement dans le temple de Twickenham, et dans un contexte autrement plus complexe, qu’elle devra désormais le prouver.

Une victoire historique

La victoire de l'équipe de France, est sa première à Cardiff depuis 2010. Dix ans, c'est aussi le temps qu'il a fallu attendre pour voir les Bleus gagner à nouveau leurs trois premiers matches du Tournoi. La dernière fois, c'était en 2010. Ainsi lancés, ils allaient réaliser le Grand Chelem, le dernier en date d'une équipe de France.

Le pays de Galles n'avait plus perdu à domicile dans le Tournoi depuis quatre ans. Les Bleus ont donc mis fin à une série de huit matches sans défaite à Cardiff. Selon Opta, c'est la première fois depuis sept ans que les Gallois encaissent trois essais à domicile. Lors de leurs quatre dernières visites, les Bleus n'avaient réussi à marquer, au total, que deux essais.

tags: #france #pays #de #galles #rugby #historique