L'Étoile Rouge de Belgrade : Un club historique en Ligue des Champions

L'Étoile Rouge de Belgrade, club le plus populaire de Serbie, a effectué son premier déplacement en Ligue des Champions depuis la saison 1991-1992, une période faste de son histoire. Ce retour sur la scène européenne a eu lieu lors d'un match contre le Paris Saint-Germain (PSG). L'Étoile Rouge est un club historique avec une riche histoire en Coupe d'Europe.

L'âge d'or de l'Étoile Rouge : la victoire en Coupe des Clubs Champions Européens en 1991

La "Coupe des clubs champions européens" est un souvenir douloureux pour le football français, notamment pour les supporters de l'Olympique de Marseille (OM). En 1991, lors de la finale disputée à Bari, l'OM s'est incliné aux tirs au but face à l'Étoile Rouge. Cette victoire a marqué l'apogée du club serbe, qui avait déjà atteint la finale de la Coupe UEFA en 1979. Dans la foulée de son succès en Coupe des Clubs Champions, l'Étoile Rouge a remporté la Coupe intercontinentale face au club chilien de Colo-Colo.

Cependant, cet âge d'or fut de courte durée. Deux ans plus tard, la plupart des talents quittèrent le club, principalement pour rejoindre des équipes italiennes. L'Étoile Rouge échoua alors à se qualifier pour la C1, une situation qui perdura jusqu'à la saison actuelle.

Contexte politique et social : les prémices de la guerre

L'histoire de l'Étoile Rouge est intimement liée à l'histoire politique de son pays. Au début des années 1990, l'unité de l'État yougoslave vacillait, et les tribunes des stades se faisaient l'écho de ces tensions. Le 13 mai 1990, un événement tragique illustra cette situation : lors d'un match en Croatie entre le Dinamo Zagreb et l'Étoile Rouge, de violentes émeutes éclatèrent entre les supporters des deux équipes, les Bad Blue Boys du Dinamo et les Delije de l'Étoile Rouge. Ces affrontements, qui firent de nombreux blessés, sont considérés par certains comme le déclencheur symbolique de la guerre d'indépendance croate, qui débuta officiellement en août 1991.

Du côté serbe, certains joueurs de l'Étoile Rouge, comme Siniša Mihajlović, affichèrent leur soutien à des figures controversées comme Arkan, même après son inculpation pour crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.

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Hooliganisme, dettes et nationalisme : les défis contemporains

Aujourd'hui encore, la tribune nord du "Marakana", le stade de l'Étoile Rouge, est le théâtre de revendications nationalistes, notamment en ce qui concerne le Kosovo. Le hooliganisme atteint son paroxysme lors du derby belgradois, un événement redouté par les forces de l'ordre. En 2015, un match entre l'Étoile Rouge et le Partizan se solda par de nombreux blessés et arrestations.

Le club a également été confronté à des difficultés financières importantes. En 2014, alors qu'il était vice-Premier ministre, Aleksandar Vučić, actuel président de la Serbie et fervent supporter de l'Étoile Rouge, annonça un soutien financier de l'État au club, qui avait accumulé près de 60 millions d'euros de dettes.

Les racines et la formation de l'Étoile Rouge

Avant la Seconde Guerre mondiale, le championnat de football du Royaume de Yougoslavie a été interrompu en 1940. Malgré la neutralité du pays, les troupes de l'Axe ont envahi le Royaume en 1941, et le football a repris dans le nouvellement créé Gouvernement de salut national. Le championnat national a été divisé en trois : un championnat slovène, un croate et un serbe. L'un des clubs majeurs de l'époque était le SK Jugoslavija, vainqueur du championnat à de multiples reprises.

Après la création de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1945, les anciens clubs de football jugés « collabos » ont été dissous et remplacés par de « nouveaux » clubs, basés sur les anciennes entités qui avaient disparu. Le SK Jugoslavija fut l’une des plus importantes victimes. L’Étoile rouge a gagné le championnat serbe en 1946, lui permettant d’accéder à la première division yougoslave dès son retour pour la saison 1946-1947.

Les premières années en première division yougoslave

La première saison du club à l’échelle nationale est bonne, les Crveno-beli (les rouges et blancs) finissent troisièmes, mais loin derrière l’intouchable Partizan de Stjepan Bobek. Le club gagne enfin le titre, après plusieurs saisons dans les places d’honneur, en 1951, grâce à un meilleur goal-average que le Dinamo Zagreb. Le club gagne le titre à nouveau lors de la saison 1952-1953, mais ce sont les changements au sein de la structure du club qui permettent à l’Étoile rouge de dominer le championnat yougoslave et de devenir un concurrent sérieux à l’Europe pour la première fois de son histoire.

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La première génération dorée (milieu des années 1950)

Au milieu de la décennie, Dušan Blagojević est devenu président, Slobodan Ćosić a agi en tant que secrétaire général et Aca Obradović est devenu le directeur technique et sportif du club. Ensemble, ils ont ouvert la voie à une génération glorieuse : le gardien de but Vladimir Beara, les défenseurs Vladimir Durković et Branko Stanković, les milieux de terrain Vladica Popović et Dragoslav Šekularac et les attaquants Rajko Mitić et Bora Kostić. Cette équipe a fait la loi dans le championnat yougoslave, devenant championne en 1956, 1957, 1959 et 1960.

Une période de transition (début des années 1960)

La fin de cette génération dorée et de la domination belgradoise laisse place à une période trouble dans l’histoire du club. C’est le Partizan Belgrade, éternel rival, qui devient l’équipe dominante du pays. Les résultats de l’Etoile rouge atteignent des niveaux jamais vus auparavant : de second en 1961, elle chute à la quatrième place l’année suivante avant de toucher le fond en 1963, les hommes de Milorad Pavić finissant septième. C’est le pire résultat en championnat de l’histoire du club.

Le nouveau stade et le renouveau (milieu des années 1960)

Ces échecs peuvent néanmoins s’expliquer par un évènement : le club doit jouer de 1960 et 1963 dans le Stadion JNA du Partizan, suite à la destruction de l’ancien stade du SK Jugoslavija, qui n’avait pas été rénové depuis les années 1920. En 1963, le Stadion Crvena zvezda est enfin construit et l’Étoile rouge retrouve son stade, surnommé Marakana en hommage au stade carioca du même nom. En 1966, Miljan Miljanić arrive à Belgrade pour devenir le nouvel entraîneur du club.

La deuxième génération dorée (fin des années 1960 et début des années 1970)

Miljan Miljanić amorce un renouveau complet de l’effectif en le rajeunissant. La nouvelle génération de joueurs, une des plus belles de l’histoire du club, est menée par le fabuleux ailier gauche Dragan Džajić. Elle gagne le championnat trois années de suite, exploit qui n’avait jamais été fait auparavant (1968, 1969 et 1970). L’Etoile rouge atteint les demi-finales de la Coupe des clubs champions européens en 1971, battu 4-4 aux buts à l’extérieur par le Panathinaïkós de Ferenc Puskás. Le club remporte une nouvelle fois le titre en 1973 et va jusqu’en quarts de finale de la C1 en 1974 en parvenant à éliminer le champion en titre, Liverpool, en les battant 2-1 au Marakana et sur le même score à Anfield, devenant la première et seule équipe à réussir à battre les Reds chez eux dans la plus grande des compétitions européennes durant le XXe siècle.

La finale de la Coupe UEFA (fin des années 1970)

Après quelques années pendant lesquelles le titre change de mains régulièrement, Gojko Zec devient entraîneur à Belgrade en 1976. Sa première saison fut un chef d’œuvre, l’Étoile rouge gagnant de nouveau le titre avec une avance de neuf points sur son dauphin zagrébois. C’est le plus gros écart jamais enregistré à l’époque dans le championnat yougoslave. Les deux saisons suivantes voient l’Étoile rouge finir à la deuxième puis la troisième place du championnat, envoyant le club en Coupe de l’UEFA. C’est donc en C3 que l’Étoile rouge atteint pour la première fois de son histoire une finale européenne, en 1979. Après avoir sorti le BFC Dynamo dans un Marakana en feu grâce à un but qualificatif à la 89e minute, puis le Sporting Gijon, Arsenal, West Bromwich et finalement le Hertha Berlin, les hommes de Branko Stanković, remplaçant de Zec, font match nul contre le Borussia Mönchengladbach de Kevin Keegan et Berti Vogts, entraîné par Udo Lattek, dans un Marakana plein à craquer avant de perdre sur un penalty de l’attaquant danois au match retour.

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Le déclin progressif de la Yougoslavie (années 1980)

La saison 1979-1980 voit l’Étoile rouge devenir champion mais un événement particulier a lieu, éclipsant totalement le championnat et annonçant le déclin progressif du pays : le 4 mai 1980, l’Hajduk Split reçoit l’Étoile rouge pour la 25e journée du championnat. A la 41e minute, trois hommes rentrent sur le terrain et font arrêter le match. Le président de l’Hajduk, Ante Skataretiko, annonce la mort du maréchal Josip Broz Tito. La foule se met à pleurer et certains joueurs comme Zlatko Vujović, attaquant de l’Hajduk et futur joueur des Girondins et du PSG, s’effondrent. Le public se met ensuite à chanter « Druže Tito, mi ti se kunemo », chant à la gloire du Camarade Tito.

La troisième génération dorée et le triomphe en Coupe des Clubs Champions (fin des années 1980 et début des années 1990)

Des changements importants ont lieu au club en 1986. Dragan Džajić, devenu directeur technique et sportif du club, commence à construire une équipe qui pourrait rivaliser avec les plus grosses écuries européennes de l’époque. Un plan quinquennal est mis en place en 1987 avec l’objectif d’être champion d’Europe d’ici 1992. L’Étoile rouge recrute Dragan Stojković et Robert Prosinečki, deux jeunes joueurs yougoslaves en provenance des clubs rivaux. Entre 1987 et 1992, le club remporte le championnat à quatre reprises. A la fin de la saison 1989-1990, l’Étoile rouge devient champion avec une avance de 11 points sur le dauphin zagrébois, battant le record de 1976. Le club continue sa politique de recrutement des meilleurs joueurs du championnat en achetant Darko Pančev, Dejan Savićević, Siniša Mihajlović et en faisant monter en équipe première deux jeunes espoirs du centre de formation : Stevan Stojanović et Vladimir Jugović. Cette équipe, avec l’arrivée du transfuge roumain Miodrag Belodedici, gagne la Coupe des clubs champions européens en 1991 en battant tour à tour le Grasshopper Club Zurich, les Glasgow Rangers, le Dynamo Dresde, le Bayern Munich puis l’Olympique de Marseille en finale à Bari. Ils remportent ensuite la Coupe Intercontinentale 1991, (qui opposait le vainqueur de la C1 au vainqueur de la Copa Libertadores), en battant Colo-Colo sur le score de 3 buts à 0.

La dislocation de la Yougoslavie et les difficultés (années 1990 et 2000)

Néanmoins, la période suivant la mort du Maréchal Tito voit également la montée des extrémismes ethniques au sein d’une Yougoslavie de plus en plus morcelée en l’absence de sa figure totémique. Le 13 mai 1990, lors d’un match au Maksimir de Zagreb, le Dinamo affronte l’Etoile rouge pour un match sportivement sans conséquence : L’Etoile rouge était déjà championne et le Dinamo avait également assuré sa seconde place. Politiquement, le match est un symbole fort car il a lieu une semaine après les élections législatives croates qui ont porté Franjo Tuđman et l’Union démocratique croate au pouvoir au sein de la République socialiste de Croatie. Le match est annulé, les Bad Blue Boys croates et les Delije serbes se battant et s’insultant dans les tribunes, obligeant la police à venir calmer l’émeute. Zvonimir Boban, capitaine du Dinamo et international yougoslave, se fait remarquer pour un coup de genou donné à un policier en train de frapper un supporter croate.

L’Étoile rouge gagne à nouveau le titre en 1992 mais le championnat ne comporte plus d’équipes croates et slovènes à la suite de l’indépendance de ces deux pays. Les sanctions des Nations Unies, l’inflation et la guerre civile font beaucoup de mal au club qui voit partir tous les joueurs ayant gagné la Coupe d’Europe en 1991. Les années suivantes voient le Partizan Belgrade gagner le titre dans un championnat devenu un championnat serbo-monténégrin, l’Étoile rouge ne retrouvant la première place qu’en 1995 avec une nouvelle génération incarnée par Dejan Petković, Darko Kovačević ou Dejan Stanković. Mais ce titre ne sera qu’une éclaircie dans un ciel sombre, le Partizan étant champion en 1996, 1997 et 1999. Si l’Étoile rouge gagne le titre en 2001 et 2004, ses performances européennes font pâle figure, éliminée lors du deuxième tour par le Celta Vigo en Coupe de l’UEFA en 2001, puis par l’Arsenal Kiev lors du premier tour de la C3 en 2002, puis par la Lazio Rome au même stade de la compétition l’année suivante. Malgré tout, le club continue de faire progresser des joueurs de son académie, tel que Milenko Ačimovič, Branko Bošković ou Nemanja Vidić. L’Étoile rouge gagne le dernier titre avant l’indépendance du Monténégro, en 2006. Les performances européennes continuent d’être décevantes et le club ne gagne le championnat qu’en 2007 avant de voir le Partizan enchaîner six titres consécutifs.

La crise financière et la reconstruction (années 2010)

Entre 2005 et 2014, 16 entraîneurs et cinq présidents se succèdent à la tête du club. En début d’année 2010, la situation économique du club est telle que l’Etoile rouge doit demander des donations par téléphone allant dans un fond pour essayer de rester à flot. Malgré le titre de 2014, le club ne peut participer à la Ligue des Champions 2014-2015 à cause d’un mauvais bilan financier. En décembre 2014, le candidat incontesté Svetozar Mijailović devient président de l’Étoile rouge, amenant enfin de la stabilité dans un club qui en avait terriblement besoin. Après avoir gagné le titre en 2016, c’est en 2017-2018 que l’Etoile rouge revient en Europe, en atteignant les phases de poules de l’Europa League pour la première fois depuis 10 ans. Dans un groupe composé d’Arsenal, Cologne et le BATE Borisov, les Serbes parviennent à se qualifier pour les phases finales, pour la première fois depuis 25 ans, en finissant derrière Arsenal avant de se faire éliminer en 16e de finale par le CSKA Moscou. L’Étoile rouge remporte à nouveau le championnat en 2018 puis 2019 mais ne passe pas la phase de groupes de la Ligue des Champions.

Conclusion

L'Étoile Rouge de Belgrade est un club emblématique du football européen, dont l'histoire est riche en succès et en épreuves. Son retour en Ligue des Champions est un événement important pour le football serbe et pour tous les amoureux de ce club mythique.

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