L'Épopée de l'AS Béziers Rugby : La Composition d'une Équipe de Légende (1976)

L'Association Sportive Biterroise (ASB), née en 1911 de la fusion du Sporting Club Biterrois et du Midi Athletic Club, a marqué de son empreinte l'histoire du rugby français. La ville de Béziers fut pendant de nombreuses années la capitale française du rugby à XV. L’AS Béziers a régné sur le rugby français des années 70, autour d’une génération dorée et d’un entraîneur hors-pair : Raoul Barrière.

Une Domination Inégalée

Treize titres majeurs en treize ans. Ces chiffres, dans leur brutalité, disent tout de la domination de l’AS Béziers à l’époque où la télévision passa du noir et blanc à la couleur. Dix fois, les Héraultais ont brandi le Bouclier de Brennus, à Lyon, à Bordeaux puis au Parc des Princes. Sur dix-huit finales majeures, ils n’en ont perdu que cinq, quatre en fait car un Du-Manoir leur fut refusé après un nul face à Narbonne en 1978. Plus fort encore, en 1971-1972, l’ASB a vécu une saison à zéro défaite : en 1976-1977, elle n’a perdu qu’un seul match et a fini la saison lesté d’un quintuplé extraordinaire (championnat, Du-Manoir, bouclier d’automne, titres juniors Crabos et Nationale B). Le club est aussi resté invaincu pendant onze ans et demi à domicile (1969-1981). Cette équipe était une vraie machine de guerre comme le rugby français en a rarement produit (seuls Lourdes et Toulouse à notre sens peuvent rivaliser).

L’Hérault a obtenu de nombreux titres nationaux et internationaux dans de nombreuses disciplines. Mais deux clubs se détachent largement des autres par leur rayonnement international : le club de handball de Montpellier avec ses deux titres européens et ses quatorze titres de champion de France et le club de rugby biterrois. Dans les années 1970-1980, le club de rugby biterrois est considéré par de nombreux de spécialistes comme la meilleure équipe de club du monde. De 1971 à 1984, le club a été sacré dix fois champion de France, a glané trois challenges « Yves du Manoir » et d’autres trophées dont une coupe d’Europe. Durant ces treize années, le club biterrois a « écrasé » la concurrence mais, à son apogée, il était quasiment invincible, c’était même son surnom. Durant la période 1971-1978, le club a joué 94,08 % de matchs sans défaite, avec un score moyen de 30 à 7, a formé 17 internationaux. Il est resté invaincu durant quatre saisons, et cette domination a été encore plus forte à domicile puisqu’elle s’est étalée sur 11 ans et 9 mois ! À cette époque pour de nombreux spécialistes, l’ASB était plus forte que l’équipe de France et ce n’est pas le match amical de l’été 1971 qui va contredire cette opinion. En effet, l’équipe de Béziers a écrasé l’équipe de France 50 à 14… Béziers était donc invincible et a « contribué » au plus grand exploit du quinze de France. En 1977, l’équipe de France réussit le « Grand Chelem » lors du tournoi des cinq nations, avec les 15 mêmes joueurs sans encaisser un seul essai. Ceci en adoptant la manière de jouer de Béziers sous l’égide Richard Astre à partir de la tournée de 1975 en Afrique du Sud. Le modèle de jeu de Béziers a été adopté par l’équipe de France, mais également d’autres équipes internationales… La BBC est même venue « enquêter » sur « the Béziers Phénomène ». L’ancien numéro 9 de l’équipe d’Angleterre, alors commentateur, avait alors conseillé aux Anglais de s’inspirer de cette manière de jouer.

L'Année 1976 : Une Saison Marquante

L'année 1976 fut une année charnière dans l'histoire de l'AS Béziers. Si le club a été sacré champion de France en 1974 et 1975, l'année 1976 a vu Agen remporter le championnat de France face à la redoutable équipe de Béziers. Dimanche 23 mai 1976, au Parc des Princes, finale du championnat de France. Score acquis après prolongations. En face, c’était pas mal non plus avec les Cantoni, Astre, Cabrol, Estève ou encore Armand Vaquerin.

Lors de la finale de 1976, Agen était mené, Sitjar également buteur avait mis une pénalité sur le poteau. À quelques minutes de la fin Razat contrait un drop de l’arrière Dedieu. Zani relançait, Salères déplaçait au pied vers Méricq qui plongeait dans l’en-but. Cet essai, vivement contesté par le capitaine Danos, a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Quatorze ans plus tard, le 23 mai 1976, Agen retrouvait Béziers en finale. L’ASB, déjà championne en 74 et 75 se présentait pour un troisième Bouclier de Brennus consécutif, un exploit jamais réalisé jusqu’alors et toujours d’actualité. Vaquerin, Paco, Estève, Palmié d’un côté, Solé, Dubroca, Plantefol, Buzzighin de l’autre, la lutte promettait d’être chaude devant, et elle le fut ! Le suspense était permanent. Le match très équilibré, à dix minutes de la fin, Béziers menait 10 à 7. Henry Cazaubon claquait le drop synonyme de prolongations. Les deux équipes redoublaient d’ardeur mais rien n’était marqué. On partait pour trente nouvelles minutes. À la 108e, à deux minutes de la fin des prolongations, Daniel Dubroca, plaquait le funambule Henri Cantoni avant qu’il ne puisse dégager, attendant un soutien trop tardif, ce dernier gardait le ballon au sol, et l’arbitre M. Messan n’hésitait pas et sifflait la pénalité que Jean-Michel Mazas s’empressait de convertir. Agen était Champion de France.

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La Composition d'une Équipe d'Exception

Au-delà des chiffres, Béziers c’était aussi des gueules, un peu effrayantes, le visage dur d’Alain Estève, la chevelure et la moustache de Michel Palmié, la détermination d’Armand Vaquerin. Même Olivier Saisset, qui passait pour un homme instruit, ne faisait pas rigoler.

L'AS Béziers de 1976 était bien plus qu'une simple équipe de rugby ; c'était un assemblage de talents individuels, forgés par un esprit collectif et guidés par une vision novatrice du jeu. Parmi les figures emblématiques de cette formation, on retrouve :

  • Armand Vaquerin : Le pilier gauche, véritable pilier de l'équipe, est le joueur qui a le plus soulevé le bouclier de Brennus. Un seul joueur a pris part à l’ensemble de ces victoires. Il s’agit du pilier gauche, Armand Vaquerin, qui a donc soulevé le bouclier de Brennus en 1971, 1972, 1974, 1975, 1977, 1978, 1980, 1981, 1983 et 1984.

  • Alain Estève : Considéré comme un « étranger » car venant de Castelnaudary, via Narbonne, il était surtout un formidable joueur de rugby, rapide, adroit et collectif. Qui se souvient que le colossal Alain Estève était surtout un formidable joueur de rugby, rapide, adroit et collectif ?

  • Jack Cantoni : Arrière talentueux venu de Toulouse, il était capable de relances spectaculaires et de coups de pied précis. Et même un arrière, Jack Cantoni, qui réussit en finale 1971, sous la pluie de Bordeaux, la relance la plus limpide de l’histoire soutenue par un ailier René Séguier dont le « cad-deb’ » n’avait rien à envier aux plus purs attaquants bayonnais ou montois.

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  • Michel Palmié : Sa chevelure et sa moustache étaient aussi reconnaissables que sa détermination sur le terrain.

  • Richard Astre : Également originaire de Toulouse, il a enseigné les principes du jeu biterrois en équipe de France. En effet, dès la tournée en Afrique du Sud en 1975, Richard Astre a enseigné les principes du jeu biterrois en équipe de France. Le plus bel hommage à ce propos vient du légendaire troisième ligne toulousain Jean-Pierre Rives : “Lors du Grand Chelem 1977, nous avons été champion avec les principes biterrois dispensés par Richard et il y a fort à penser de par la qualité de son effectif que si l’équipe de Béziers avait joué à notre place elle aurait gagné aussi, et ils nous auraient certainement gagné également car ce jeu ce sont eux qui l’ont inventé !”

  • Raoul Barrière : L'architecte du Grand Béziers. Cet ancien pilier international fut à l’origine de tout. Il avait hérité d’une génération exceptionnelle, championne de France Reichel en 1968. à partir de ce matériau doré, il sut enclencher une dynamique qui dura quinze ans et qui se perpétua même après son départ, en 1978. La façon de jouer révolutionnaire, c’était la sienne. Comment la résumer ? Une sorte de « conservation » du ballon avant la lettre (le mot n’existait pas encore), où les avants essayaient de franchir tout de suite la ligne d’avantage en restant debout au moyen de petites passes courtes à l’intérieur puis les trois-quarts prenaient le relais.

L'Héritage du "Grand Béziers"

Au-delà des titres et des records, l'AS Béziers de 1976 a marqué l'histoire du rugby français par son style de jeu novateur, son esprit d'équipe et sa capacité à former des joueurs d'exception. Cette équipe a suscité l'admiration et la jalousie, mais elle a surtout laissé un héritage indélébile dans le cœur des supporters biterrois et de tous les amoureux du rugby.

L’aventure du « Grand Béziers », nous l’avons surtout apprécié avec du recul, des années après, en mesurant l’injustice des clichés qu’on faisait circuler à son sujet. On entendait parler d’un pack énorme et impitoyable, d’une équipe qui « ne faisait pas de jeu » ou qui « cachait le ballon » (critique suprême et tarte à la crème). Les Biterrois étaient tellement forts qu’ils suscitaient la jalousie, notamment dans un certain « Sud-Ouest » drogué à l’idéologie du jeu basco-landais. Nous avons mis des années à dépasser les préjugés et à comprendre que Béziers, c’étaient des avants terribles mais aussi une méthode et une façon de jouer révolutionnaire. Un rugby qui avait dix ans d’avance, au bas mot. Et aussi des trois-quarts qui marquaient des essais.

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Notre admiration différée fut encore plus intense quand on prit conscience d’une chose : c’est que cette « machine de guerre » était composée à 80 % de joueurs du cru. Ils avaient tous, ou presque, appris le rugby aux alentours de la sous-préfecture.

Raoul Barrière : L'Artisan de la Gloire

L'ascension de Béziers au sommet du rugby français est indissociable de la figure de son entraîneur, Raoul Barrière. Cet ancien pilier international a su insuffler à son équipe une culture de la gagne, basée sur un jeu innovant et une préparation physique et mentale rigoureuse.

Cet ancien pilier international fut à l’origine de tout. Il avait hérité d’une génération exceptionnelle, championne de France Reichel en 1968. à partir de ce matériau doré, il sut enclencher une dynamique qui dura quinze ans et qui se perpétua même après son départ, en 1978. La façon de jouer révolutionnaire, c’était la sienne. Comment la résumer ? Une sorte de « conservation » du ballon avant la lettre (le mot n’existait pas encore), où les avants essayaient de franchir tout de suite la ligne d’avantage en restant debout au moyen de petites passes courtes à l’intérieur puis les trois-quarts prenaient le relais. À ceux qui veulent comprendre Béziers, on conseillera d’abord de ne pas confondre le fond et la forme. La rudesse des avants était une façade ou plutôt un socle qui empêchait l’adversaire de tricher et de pourrir les ballons.

Son coach avait su déceler ces qualités en lui. Qui se souvient que Barrière fut un entraîneur curieux de tout ? Toujours prêt à une innovation pour améliorer tel ou tel détail : la sophrologie, les entraînements filmés, les axes de poussée en mêlée, les discussions collectives aussi. « Il était très attaché à la notion de modernité. N’oubliez pas que nous étions dans une atmosphère post-soixante-huitarde. Tous les joueurs pouvaient participer à la construction de notre jeu et s’exprimer. à un moment donné, les joueurs votaient même pour la composition d’équipe », nous expliqua un jour Richard Astre. Le troisième ligne centre Yvan Buonomo nous avait confirmé : « On essayait, nous testions plein de trucs et tout le monde apportait sa pierre à l’édifice. Mais ce ne fut pas si facile car il lui a fallu trois ans pour forger notre style et notre sens du collectif, fondé sur le soutien et la conservation du ballon, qu’il ne fallait surtout pas faire tomber.

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