L'Équipe Indienne de Football: Une Histoire Entre Gloire Passée et Défis Actuels

L'équipe nationale indienne de football, surnommée les "Blue Tigers", possède une histoire riche et complexe, marquée par des moments de succès continental et des difficultés persistantes sur la scène internationale. Bien que le pays dispose d'un potentiel immense avec sa population massive et un intérêt croissant pour le football, elle peine à s'imposer comme une puissance mondiale. Pourquoi un pays aussi vaste, avec un réservoir de talents théoriquement immense, n’a-t-il jamais produit une équipe de premier plan ? Entre manque d’infrastructures, culture sportive dominée par le cricket et faible soutien institutionnel, de nombreux freins expliquent cette anomalie.

Les Premières Lueurs d'Espoir et le Mythe de 1950

L'Inde ne s’est jamais qualifiée pour une Coupe du Monde. En 1950, le pays s’était hissé par défaut pour le tournoi au Brésil après le retrait de plusieurs équipes, mais a refusé d’y participer. La raison souvent avancée, à tort, est le refus de jouer en chaussures, mais les contraintes financières et le manque de préparation étaient les véritables motifs.

Cette absence a contribué à forger une légende tenace, celle d'une équipe talentueuse mais empêchée de jouer au plus haut niveau en raison de contraintes matérielles et de l'incompréhension des instances internationales. L'histoire de l'équipe de football d'Inde qui a déclaré forfait pour la seule phase finale de coupe du monde de son histoire à laquelle elle était qualifiée est devenue un mythe. Au Brésil, en 1950, les Indiens auraient refusé de jouer car ils n’avaient pas l’autorisation de pratiquer leur football pieds nus.

Cependant, la vérité pourrait bien être tout autre et moins originale. Personne n’a jamais affirmé que la raison principale du forfait soit l’obligation de portée des chaussures adaptées. Les coûts de déplacement et le manque de préparation de l’équipe sont des raisons qui ont dû également jouer fortement dans la décision de déclarer forfait. En effet, à l’époque la Coupe du Monde n’était que très peu connue sur les rives du Gange et la fédération n’avait aucunement conscience de l’impact de cet événement sportif.

Malgré une finale perdue en 1964, l’Inde n’a jamais vraiment brillé non plus en Coupe d’Asie avec seulement cinq participations en 1964, 1984, 2011, 2019 et 2023, et des résultats modestes.

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Mohammed Salim : Un Pionnier Oublié

Dans l'histoire du football indien, une figure se distingue particulièrement : Mohammed Salim. Né en 1904 à Calcutta, il est souvent considéré comme le premier footballeur non-européen à avoir évolué sur le Vieux Continent. Sa carrière débute à l'âge de 22 ans à la Chittaranjan Football Academy de Baghnan. Quelques années plus tard, sous les couleurs du Mohammedan Sporting, il remporte trois fois consécutivement la Calcutta Football League, la plus ancienne compétition footballistique en Asie créée en 1898, de 1934 à 1936.

En 1936, alors que l'équipe indienne est invitée à disputer deux matches de préparation en Chine, Salim impressionne son cousin Hasheem, venu d'Angleterre. Ce dernier le persuade de tenter sa chance en Europe. C'est ainsi qu'il se retrouve au Celtic Park de Glasgow, où il est mis à l'essai par Willie Maley, le manager du club.

Malgré la réticence initiale de Maley, Salim, jouant pieds nus, bluffe les spectateurs et les entraîneurs. Il est retenu pour un match amical contre Hamilton, qui se solde par une victoire éclatante (5-1), puis joue un second match contre Galston (victoire 7 buts à 1). Le 29 août 1936, le Scottish Daily Express titre "Indian Juggler - New Style", soulignant l'impact de Salim sur la foule.

Cependant, après quelques mois en Écosse, le mal du pays le ronge. Il refuse un match de charité en son honneur, demandant plutôt que l'argent soit donné à un orphelinat, et rentre en Inde. Son aventure européenne prend fin, laissant derrière elle une légende. La légende raconte même que plusieurs années plus tard, au crépuscule de sa vie, son fils a écrit une lettre au Celtic pour les prévenir que son père était malade et qu'il avait besoin d'argent pour payer le traitement. Il raconte: "Cette lettre n'était pas motivée par l'argent. Je voulais savoir si Mohammed Salim était toujours présent dans leurs mémoires.

Le Cricket Contre le Football : Une Rivalité Culturelle et Économique

Le cricket occupe une place centrale dans la société indienne, bien au-delà d’un simple sport. Il est souvent considéré comme une véritable religion en Inde, unifiant des millions de personnes à travers les castes, les religions et les régions. Bien que le hockey sur gazon soit officiellement le sport national de l’Inde, le cricket est de loin le plus populaire. Il est pratiqué dans les rues, les écoles et les villages, et suivi avec ferveur à la télévision. Pour les Indiens, qu’ils vivent en Inde ou à l’étranger, le cricket est plus qu’un sport, c’est presque une religion.

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L’Inde utilise le cricket comme un outil diplomatique, notamment dans ses relations avec le Pakistan. Les rencontres entre les deux nations sont chargées d’émotions et suivies par des millions de personnes. Grâce à la Indian Premier League (IPL), le cricket indien s’impose comme une puissance économique et culturelle mondiale, attirant les meilleurs joueurs étrangers et générant des milliards de dollars.

A contrario, le football est presque invisible. Même au sein de l’énorme diaspora indienne présente au Royaume-Uni, rares ont été les joueurs qui ont réellement explosé dans les championnats écossais, gallois, irlandais ou anglais. En 146 ans de football, aucun Britannique d’origine indienne n’a joué pour l’Angleterre.

La domination du cricket en Inde laisse peu de place aux autres disciplines comme le football, l’athlétisme ou le hockey sur gazon (qui était historiquement le sport national). Les trois quarts des budgets sportifs vont au cricket.

L'Ère Modi : Investissements et Ambitions Olympiques

Depuis son accession au poste de Premier ministre en 2014, Narendra Modi a mis en œuvre diverses initiatives pour promouvoir le sport en Inde, renforçant ainsi l’image du pays sur la scène internationale. Le gouvernement a lancé plusieurs programmes pour encourager la pratique sportive et améliorer les infrastructures, tels que Khelo India. Ce programme vise à développer le sport à la base en identifiant et en soutenant les jeunes talents, tout en améliorant les infrastructures sportives à travers le pays.

Il y a certes eu des investissements accrus avec un budget national dédié au sport qui a été augmenté, reflétant une volonté de soutenir diverses disciplines sportives. Malheureusement, la vérité du terrain est loin d’être aussi glorieuse, puisque les infrastructures sont loin d’être aux normes pour briller à l’international.

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Le premier ministre indien a identifié le sport comme un instrument de soft power, autrement dit d’influence. Il a lancé en 2018 un plan stratégique intitulé "Khelo India" doté d’un budget triplé depuis 2014 visant à faire de l’Inde une puissance sportive mondiale. Les infrastructures sportives publiques, pratiquement inexistantes ou en très mauvais état, font également l’objet d’un effort d’investissement. Mais à peine 10 % sont aux normes olympiques alors que l’Inde a posé sa candidature pour accueillir les jeux en 2036.

Le gouvernement de Narendra Modi utilise le sport, notamment le yoga, comme un levier de soft power. Dès le début de son mandat, Modi a créé un ministère dédié au yoga et a œuvré pour l’établissement de la Journée internationale du yoga le 21 juin. Cette initiative vise à diffuser la culture indienne et à renforcer son influence culturelle à l’étranger.

L’Inde a formalisé sa candidature pour accueillir les Jeux Olympiques de 2036, démontrant son ambition de s’affirmer sur la scène sportive internationale. Ces efforts reflètent une stratégie visant à utiliser le sport comme vecteur d’influence culturelle et diplomatique, renforçant ainsi le soft power de l’Inde sous la direction de Narendra Modi.

L'Indian Super League : Un Nouveau Départ ?

Bien que le cricket demeure le sport prédominant en Inde, le football a gagné en popularité ces dernières années. L’Indian Super League (ISL), lancée en 2013, a attiré l’attention sur le football en Inde, en accueillant des joueurs internationaux renommés et en augmentant la visibilité du sport. On peut notamment citer David Trezeguet, Nicolas Anelka, Alessandro Del Piero, Marco Materazzi, Luis García, Fredrik Ljungberg, Alessandro Nesta et Joan Capdevila.

L'Indian Super League est une initiative qui entend révolutionner le football dans ce pays. Grâce aux stars engagées par les franchises, ce mini-championnat suscite l'intérêt de nombreux médias. En France, Eurosport a acheté les droits de la compétition et diffusera 18 matches ainsi qu'un magazine hebdomadaire.

Il y a également eu des régions à forte culture footballistique comme les états du Bengale occidental, de Goa et du Kerala qui possèdent une riche tradition footballistique, avec des clubs historiques tels que Mohun Bagan et East Bengal.

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