L'histoire de l'équipe du Népal de football

L'équipe du Népal de football, bien que n'étant pas une puissance mondiale, possède une histoire riche et des particularités qui méritent d'être explorées. Cet article se penche sur différents aspects de cette équipe, allant de son championnat national à l'expérience insolite d'un gardien martiniquais évoluant dans ce pays himalayen.

Un championnat concentré et atypique

Dans un pays où la montagne occupe 83 % du territoire, organiser un championnat national de football représente un défi de taille. C'est pourquoi, aujourd'hui, toutes les équipes de D1 sont basées dans la vallée de Katmandou, où le terrain est relativement propice à la tenue de matchs de football. Le championnat népalais, connu sous le nom de Martyr Memorial's League, présente une durée inhabituelle : seulement deux mois. Les quatorze participants s'affrontent une seule fois, ce qui rend chaque match crucial. La Fédération népalaise a fixé le 1er novembre comme date de coup d'envoi des hostilités, laissant ainsi une longue période sans matchs de championnat à partir de janvier. Pour pallier ce manque, les Népalais se tournent vers la Premier League anglaise.

Les clubs de la Martyr Memorial's League sont répartis dans deux stades : l'un à Katmandou et l'autre à Patan, dans la périphérie de la capitale. Ainsi, jouer à domicile équivaut à jouer à l'extérieur, et inversement.

Particularités des clubs

Une particularité du championnat népalais réside dans la présence d'équipes issues de corps de métiers spécifiques : la police et l'armée. Le Nepal Police Club et le Tribhuvan Army Club sont administrés par ces institutions, sans pour autant ne compter que des policiers et des soldats dans leurs effectifs. Ces clubs sont les seuls de D1 à ne compter aucun joueur étranger dans leur noyau. Ailleurs, chaque club a droit à trois jokers (principalement des Camerounais et des Nigérians), en plus d'un joueur dit « ASACR » (Association sud-asiatique pour la coopération régionale).

Palmarès et faits d'armes

Le Nepal Police Club compte cinq titres nationaux. Son plus grand fait d'armes est sa finale (perdue contre les Kirghizes du Dordoi Bichkek) de la Coupe du Président de l'AFC en 2007, une compétition continentale réservée aux clubs des nations asiatiques les plus faibles. Le Tribhuvan Army Club excelle davantage en cricket et en volley-ball, mais la saison 2076 pourrait bien être celle d'un premier sacre historique en football.

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Le football féminin au Népal

Au Népal, on se permet d’espérer à un succès comme elles ont terminé deuxième aux dernières éditions de cette compétition. « Nepali Chelis » est le surnom de l’équipe féminine du Népal.

Jeffrey Baltus : un gardien martiniquais au Népal

L'histoire de Jeffrey Baltus, gardien martiniquais, offre un regard unique sur le football népalais. Après un parcours sinueux en France, Baltus a posé ses valises à Katmandou pour une pige de deux mois avec Lalitpur City. Ce choix de s'éloigner de l'Europe fait suite à une fin de saison difficile en Normandie.

La carrière de Baltus a été marquée par des hauts et des bas. Formé à l'INF Clairefontaine puis à l'AJ Auxerre, il n'a jamais réussi à s'imposer durablement au plus haut niveau. Malgré cela, il a développé une force mentale à toute épreuve. Il a intégré l’INF Clairefontaine. « Honnêtement, j’y suis arrivé par hasard. C’est un éducateur du Mée qui m’a inscrit aux tests. J’ai passé les différentes étapes. Je n’aurais jamais pu imaginer les réussir. J’étais à des années lumières de tout ça. Mais l’aventure à Clairefontaine n’a duré qu’un an. Il rebondit en 14 ans Fédéraux à Brétigny (91) où il est en internat. Le club est partenaire de l’AJ Auxerre qui le recrute en U15. « J’ai été tout de suite surclassé. J’ai été sélectionné en équipe de France et j’ai rapidement signé un contrat pro de 5 ans à 17 ans. Tout est allé vite, j’étais indépendant financièrement et tout allait bien. Malgré une vingtaine de bancs en Ligue 1 et Ligue 2, une inscription sur la liste du club pour la Ligue des Champions, il n’a jamais disputé le moindre match en équipe première et est toujours resté le numéro 3 dans la hiérarchie des gardiens auxerrois. « Objectivement, j’ai ma part de responsabilité. Peut-être qu’à un moment, je n’ai pas assez travaillé. Mais on ne m’a pas, non plus, toujours fait confiance. Lors de ma dernière saison, quand Olivier Sorin, se blesse, le coach Bernard Casoni a préféré faire venir un autre gardien, Geoffrey Lembet, plutôt que de m’utiliser en doublure de Donovan Leon. Cela m’a vraiment déçu. J’étais dégouté. Je savais que mon histoire avec Auxerre allait s’arrêter surtout que le club redescendait en L2. Les deux-trois derniers mois ont été difficiles à vivre. Après avoir participé au stage des chômeurs de l’UNFP, il reste plusieurs mois sans club avant de signer à Ivry, mal en point en National 2, en novembre 2014. « Je n’avais rien. Avec le recul, j’ai compris que c’était logique. J’avais un salaire d’un pro, j’étais un jeune espoir qui n’avait encore rien prouvé. Même pour une place de doublure en National, c’était compliqué. Signer en N2, c’était un défi. Je me suis dit, « soit tu veux rebondir en gagnant ta vie avec ta passion, soit tu décroches et te lance dans le monde actif »… Le N2, c’est quand même assez regardé et ça permettait aussi que mon nom tourne un peu. Après, passer d’Auxerre à Ivry où on s’entrainait le soir, sur un synthé, forcément que ça fait un choc. Mais au final, ça a été une expérience très bénéfique. Le gardien dispute 15 matchs mais Ivry est relégué en National 3 à la fin de la saison. « Ça s’est mal fini avec cette descente. Mais sur un plan personnel, ça m’a fait du bien de retrouver le monde amateur. J’ai rencontré des mecs tops. Avec le CA Bastia. Il monte alors d’un niveau en signant au CA Bastia en National, comme doublure de Mathieu Pichot. Le 30 octobre 2015, l’entraineur Christian Bracconi le titularise à Marseille Consolat (victoire 2-1). « Mon premier match de National. J’étais en feu… Le coach m’a dit qu’à partir de là, il allait me faire jouer. Mais il a été remplacé par Stéphane Rossi qui est redevenu entraineur (il était passé directeur sportif). Il a remis Mathieu (Pichot), qu’il avait recruté. J’avais vraiment les boules car j’avais été performant lors des matchs que j’avais joués. A la fin de la saison, il s’apprête à refaire une nouvelle fois ses valises malgré son année de contrat restant. « Vu comment les choses s’étaient passées, je ne voulais pas rester pour être numéro 2. J’avais déjà prévenu le propriétaire de mon appartement que j’allais lui rendre les clés. Mais je l’ai vite rappelé pour lui dire que je restais finalement ! Car entre-temps, Mathieu Pichot avait en effet décidé de revenir en Vendée, aux Herbiers. « Stéphane Rossi m’a dit que j’allais débuter la saison comme titulaire. Et je pense avoir réalisé la meilleure saison de ma carrière. » Il dispute 29 matchs et figure en fin de saison parmi les trois gardiens nommés aux trophées du National avec Simon Pontdemé (Chambly, qui sera élu) et Dan Delaunay (QRM). Seul accroc dans cette saison, le 7-1 encaissé à Sedan début mai. « C’était l’un de mes pires matchs. Mais j’étais fatigué mentalement et physiquement. Jean-Daniel Padovani, sa doublure et son… entraîneur des gardiens, le remplace pour finir la saison. « Je ne lui en ai pas voulu, c’était logique ». Le CA Bastia qui vit ses dernières heures sous cette appellation avant de fusionner avec le FC Borgo, est relégué en National 2. « J’étais déçu de ne pas avoir maintenu le club. A l’époque, j’avais beaucoup de clubs qui me suivaient parmi les meilleurs de National, Pau, Lyon-Duchère, Boulogne… Mais ça ne s’est pas fait. Je n’étais pas gourmand, j’étais au minimum de la charte au CAB, mais on me disait que j’étais trop cher pour un gardien… Mentalement, ça a été dur à vivre alors que je sortais de ma meilleure saison. Comme en 2014 après son départ d’Auxerre, il se retrouve au chômage. « Je suis rentré chez moi en région parisienne et j’ai repris le même cheminement : pôle emploi, entraînement en salle et avec un préparateur, plus des séances avec le FC Melun qui était en Régional 1. Sans perspective, il rebondit in-extremis au RFC Liège, un club de 4e division belge, le 31 janvier 2018. « Une aventure courte mais magnifique », estime-t-il. Elle a débuté par un coup de fil et seulement trente minutes pour prendre sa décision. « Il était 16 heures. Le mercato fermait à 23 h 30 et j’avais 4 h 30 de route pour aller à Liège. Au départ, je n’étais pas très emballé. Mais ma femme m’a persuadé de tenter le coup. Je suis arrivé à 22 heures au stade. Le coach des gardiens a fait rallumer les lumières. Il m’a dit qu’il voulait me voir. Au bout de 20 minutes, il m’a dit que c’était OK et j’ai signé. Le lendemain, ma femme arrivait avec deux valises ! Lors de son premier match, il stoppe deux pénaltys face à l’Olympique Charleroi. Le début de la « BaltusMania » au stade de Rocourt. « J’ai noué une belle relation avec les gens là-bas. Humainement, c’était le top. Sur les réseaux, quand je poste quelque chose sur le club, je reçois toujours beaucoup de messages et de commentaires même 5 ans après. C’est beau de se dire qu’on a marqué les gens simplement par ce qu’on est alors que je ne suis resté que quatre mois. On est monté, c’était vraiment des beaux moments à vivre. Malheureusement, il n’a pas pu s’inscrire sur la durée à Liège. « L’offre de prolongation n’est jamais arrivée. Je n’avais pas joué les play off. Le titulaire qui était blessé et que j’avais remplacé est revenu. Il était prévu qu’il soit vendu, ce qui m’aurait permis de prolonger. Mais il est finalement resté. Le gardien francilien se retrouve une nouvelle fois sans club alors que les championnats ont repris. « J’étais monté avec mon club en Belgique, mais c’est comme si personne ne l’avait vu. En septembre 2018, il reçoit un appel du directeur sportif d’Agde, un club de National 3. « J’avais posté une annonce sur le site Foot National. Il l’a vu et m’a laissé un message en me disant, « Je ne pense pas que ça va t’intéresser de jouer en N3 mais je tente ma chance quand même »… Je l’ai rappelé et on a discuté. Mais au départ, je n’étais pas très chaud. La N3, je l’avais connu à 16 ans et là, j’en avais 26. Ça m’éloignait encore de la L2 et du National. J’avais peur de me faire encore plus oublier. Mais il a quand même relevé le défi. « Avec ma femme, on traversait une période compliquée sur le plan personnel. On avait besoin de changer d’air. Elle m’a dit, « si tu es prêt à faire une saison en N3, on y va et on verra ce que ça donne ». Au final, je ne l’ai pas regretté. J’ai été bien accueilli et on a fait une bonne saison. Baltus était même prêt à rempiler dans l’Hérault. « Agde ne pouvait plus faire le même effort que lorsqu’ils m’ont recruté mais on était en négociations. C’est en sortant du bureau que j’ai reçu un appel de Granville. A la signature au Lalitpur City. Avant de signer, le gardien avait posé ses conditions. « Je leur ai dit que j’étais intéressé mais je ne venais pas pour m’asseoir sur le banc. Ils m’ont dit qu’un jeune gardien allait arriver en prêt mais qu’ils avaient besoin d’un gardien d’expérience et qu’il n’y aurait pas de hiérarchie établie. Lors de la première journée de National 2 au FC Mantois, c’est Marvin Galitin, prêté par Caen, qui est titularisé. « Le coach, Johan Gallon, ne nous avait rien dit. Je l’ai appris au dernier moment. Forcément, ça a eu du mal à passer. Mais j’ai accepté son choix. Après, quand on réfléchit bien, on se dit que c’était un peu pipé d’avance vu les liens que Johan Gallon avait avec Caen. C’est son club, sa ville. Il avait toujours voulu y revenir (NDLR: c’est le cas depuis cet été comme manager de l’association). Dans cette logique, c’est compréhensible qu’il privilégie le gardien prêté que Caen. Moi, il m’a laissé la Coupe de France où on a fait un beau parcours. Le 17 janvier 2020, en 16e de finale contre l’OM au Stade Michel-d’Ornano devant 20 000 spectateurs, le gardien a sans doute réussi l’un des meilleurs matchs de sa carrière. Pendant 75 minutes, il tient les attaquants de l’OM en échec, se montrant décisif sur des tentatives de Payet, Kamara, Lopez, Strootman ou Benedetto. « Jouer l’OM, c’était une récompense après mes années galères. Je me suis dit « tu n’as rien à perdre, si tu fais un grand match, il y aura forcément quelqu’un au stade ou devant sa TV, qui te remarquera. Et si tu passes à travers, tant pis »… J’ai fait 5 ou 6 arrêts. J’étais en feu. Mais à la 75e minute, on prend un rouge et on craque en encaissant trois buts. S’il n’y a pas le rouge, on peut les emmener en prolongations. Pour moi, ce match a eu des grosses répercussions. Mes agents me disaient qu’il y avait des clubs du dessus qui me sondaient. Moi, je me suis dit, ça y est, c’est reparti… Mais la covid est arrivée. Et là, plus personne n’appelait. Tout ça, c’est un peu le résumé de ma carrière. Mais l’ambitieux FC Rouen (N2) se positionne. Baltus se retrouve face à un dilemme. « Soit je restais à Granville où j’aurais pu avoir plus de temps de jeu, soit j’allais à Rouen qui avait un gros projet mais en prenant le risque de rester sur le banc. Au club depuis 2018, Jonathan Monteiro est en effet bien installé dans les buts rouennais. « J’ai finalement choisi de tenter ma chance. C’est le contrat de 2 ans, qui me donnait une stabilité, qui a fait la différence. Depuis Bastia, j’ai déménagé chaque année, connu des périodes sans club. C’était un peu fatiguant. Sans surprise, c’est Jonathan Monteiro qui enchaîne les matchs. Baltus doit attendre le 12 février 2022 pour enfin débuter en National 2 face à Châteaubriant. « Un nouvel entraineur était arrivé (Maxime d’Ornano) et je me disais que les cartes seraient peut-être redistribuées. Mais il n’y a pas eu de changement. C’est le foot… J’ai joué deux matchs car l’autre gardien s’est blessé puis il m’a ressorti de l’équipe. Un mois après, Jonathan Monteiro est victime d’une rupture du tendon d’Achille. C’est Baltus qui finit la saison. Sur les 10 derniers matchs qu’il dispute, Rouen est invaincu et remonte à la 4e place au classement final. « J’avais fait mon boulot, j’avais été performant », estime le gardien qui se voit offrir une prolongation d’un an avec une année en option en cas de montée et une autre s’il dispute au moins 20 matchs. Il dispute les 12 premiers matchs jusqu’au choc contre le Racing, le 2 décembre 2022 (2-2). Monteiro reprend sa place et c’est du banc que Baltus participe à la montée de Rouen en National. « J’ai ma part de responsabilité car j’ai été un peu moins performant à un moment. Mais ça arrive à tous les joueurs, même aux plus grands, d’avoir un petit coup de mou… Mais tout n’a pas été très clair. Monteiro avait beaucoup de soutiens en interne et en externe. Je savais que la moindre brèche que j’allais leur laisser, ils allaient s’y engouffrer. Parfois, lui a joué blessé. Mais moi, j’avais cette clause de 20 matchs. Avec la Coupe, j’en étais à 15 quand j’ai été sorti… J’ai serré les dents, je suis retourné sur le banc et j’ai été irréprochable alors que j’aurais pu foutre le bordel. Mais je n’ai pas fait de vagues. Je vais mourir avec mes valeurs et mon éducation. Au final, on est monté. Sur le coup, ça fait plaisir. Je pense y avoir contribué. Mais finalement, contrairement avec celle acquise en Belgique, je ne ressens pas la même émotion. OK, on est monté mais après ? Ce qui s’est passé a tout gâché. Le FC Rouen a effet décidé de se séparer de ses trois gardiens. « J’ai accepté leur choix mais il était hors de question que je m’assoie sur l’année de contrat qu’ils me devaient. On a négocié et je n’ai rien voulu lâcher. En faisant ça, je prenais le risque de me retrouver sans club. Ensuite, Rouen a tout fait pour me faire craquer. Ils ont joué avec mon avenir. Ils ont appelé des clubs mais j’étais black-listé. Les relations se tendent. « Ils ont créé un loft pour moi. Je n’avais plus le droit d’aller dans les vestiaires ni de croiser mes potes avec qui j’étais monté. Ça a duré 20 jours. L’UNFP s’est inquiété de ma situation. Finalement, on a trouvé un accord avec le président. J’ai obtenu ce que je demandais. Le 20 juillet dernier, il est libre. S’il a quelques contacts (Blois, Jura Dolois), la plupart des clubs ont déjà bouclé leur recrutement au poste de gardien. « Je n’étais pas aigri mais j’étais quand même un peu saturé d’avoir vécu tout ça. Le foot devient de plus en plus malsain. Il y a de moins en moins de place pour l’humain…

Pour son premier match avec Lalitpur City, le club de la province de Bagmati, Baltus a contribué à une victoire (2-0) contre Butwal Lumbini FC. Tous les matchs du championnat se déroulent dans un même stade, le Dasarath Rangasala de Katmandou.

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