L'équipe de Géorgie de rugby à XV, surnommée les Lelos, est en train de marquer l'histoire du rugby. Issu d'un pays du Caucase de seulement 3,7 millions d'habitants, le rugby géorgien a connu un essor remarquable, passant d'une pratique amateur dans des conditions difficiles à une force montante sur la scène internationale. Cet article explore l'histoire fascinante de cette équipe, ses racines, son développement, ainsi que les joueurs qui contribuent à son succès.
Les Origines du Rugby Géorgien: Une Histoire de Passion et de Résilience
L'histoire du rugby en Géorgie est intimement liée à la passion du peuple géorgien pour ce sport et à sa capacité à surmonter les obstacles. Claude Saurel, ancien entraîneur de Béziers, se souvient de ses débuts en Géorgie au milieu des années 1990 : "J'entraînais dans les jardins publics. On se plaquait contre les talus, c'est là qu'il y avait un peu d'herbe… Ils venaient de sortir d'une guerre civile, tout était défoncé. J'ai eu un garde du corps pendant 4 ans." Ces mots témoignent des conditions précaires dans lesquelles le rugby géorgien a débuté.
Le surnom de la sélection géorgienne, Lelos, tire son origine d'un sport traditionnel géorgien analogue au rugby. Ce sport a été introduit en Géorgie en pleine Guerre froide par Jacques Haspekian, un Franco-Arménien.
Le Lelo: Un Sport Ancestral, Ancêtre du Rugby Géorgien
Le Lelo est un sport traditionnel géorgien qui ressemble à la soule française. Les origines de ce jeu remontent au XIIIe siècle, mais sa légende fondatrice est liée à une victoire militaire des Géorgiens face à l'armée ottomane en 1855. Pour honorer cette victoire, les hommes de la région se rassemblent chaque dimanche de Pâques et jouent au Lelo. Bien que standardisé et plus encadré pendant la période soviétique, le Lelo reste un jeu violent où les blessures sont fréquentes. L'enthousiasme pour le Lelo n'a jamais faibli et explique en partie l'aptitude des Géorgiens pour le rugby.
L'Époque Soviétique: Entre Contrôle Politique et Développement du Sport
Durant la courte existence de la République démocratie géorgienne (1928-1921), on retrouve déjà la trace de trois équipes de rugby à Tbilissi. La création de l’Union Soviétique en 1922 aura une grande influence sur le développement du rugby géorgien. Le développement du rugby en République Socialiste Soviétique de Géorgie est étroitement lié avec la vision éminemment politique que les dirigeants soviétiques ont de ce sport. Le premier championnat d'URSS de rugby a lieu en 1936, en grande partie grâce au Français Jean No, considéré comme le "pionnier du rugby en Union Soviétique".
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Dans un contexte international tendu et avec le retour du militarisme, les dirigeants soviétiques ont vu dans le rugby un moyen d'entraîner les qualités dont le combattant a besoin. Cependant, en 1949, Joseph Staline interdit le rugby, le jugeant incompatible avec les valeurs morales de l'homme soviétique. Malgré cette interdiction, Jacques Haspekian continue de promouvoir le rugby en Géorgie.
Dans les années 1960, le rugby renaît en Géorgie, et des équipes comme le Dinamo Tbilissi, le Locomotiv Tbilissi et le Torpedo Koutaïssi s'imposent comme des places fortes du rugby géorgien.
La Renaissance du Rugby Géorgien: L'Ère Claude Saurel
À la chute de l'URSS, le rugby traverse une période difficile en Géorgie. Cependant, le rugby géorgien renaît de ses cendres grâce à Claude Saurel, sélectionneur de la Géorgie de 1995 à 2003. "Lorsque je suis arrivé en Géorgie en 1995, le pays était encore dévasté car ils sortaient d’une guerre civile, mais je suis tombé sur des gens absolument passionnés, intelligents, instruits. Les joueurs avaient des morphotypes qui correspondaient parfaitement au rugby, avec des gabarits absolument hors-normes et des qualités physiques exceptionnelles" confie le Biterrois.
Saurel a apporté son expertise technique et tactique, mais aussi un soutien financier en finançant l'achat de matériel pour la sélection. Il a également permis à des joueurs géorgiens de jouer en France pour progresser plus vite. Grâce à ses efforts, la Géorgie s'est fait un nom dans le Championnat européen des nations.
Saurel a posé les bases. "J'ai rencontré des gens passionnés, magnifiques, des joueurs au gabarit exceptionnel. Je me suis dit: ces gens sont faits pour jouer au rugby".
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Le Développement Actuel du Rugby Géorgien: Investissements et Professionnalisation
Le rugby est aujourd'hui en Géorgie le sport le plus soutenu financièrement par l'État. Le budget de la Fédération géorgienne de rugby a décuplé en une décennie, passant de 400 000 euros en 2003 à plus de quatre millions d'euros en 2015. Des investissements massifs ont été réalisés dans les infrastructures, avec la construction de vingt-trois stades dédiés au rugby et douze centres d'entraînement.
Ces investissements ont permis aux rugbymen géorgiens d'être plus compétitifs sur la scène internationale et ont renforcé l'engouement autour de ce sport au pays. Le nombre de licenciés a considérablement augmenté, passant de 2 600 en 2007 à près de 20 000 dix ans plus tard. Les joueurs de Didi 10 - la première division géorgienne - peuvent désormais en majorité vivre de leur métier, et le championnat est en constante progression.
La Filière Géorgienne en France: Un Atout Majeur
La présence de joueurs géorgiens dans les clubs français de Top 14 et de Pro D2 est un atout majeur pour le développement du rugby géorgien. Leur réputation de "sérieux", de "rigoureux" et de "durs au mal" en fait des joueurs très appréciés par les clubs français.
Claude Saurel a planté les graines d'une filière géorgienne toujours plus présente en Top 14, et plus seulement en première ligne. L'éclosion de l'ouvreur Tedo Abzhandadze (Brive, 21 ans) et des demis de mêlée Gela Aprasidze (Montpellier, 22 ans) et Vasil Lobzhanidze (Brive, 24 ans) sont la preuve que la Géorgie avance vers une équipe complète.
Pas moins de 18 joueurs, sur les 33 appelés en équipe de Géorgie, évoluent en France, en Top 14 ou en ProD2. Ce recours aux joueurs géorgiens a débuté à la fin des années 1990, à l'initiative de Claude Saurel.
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Joueurs Emblématiques et Nouveaux Talents
Plusieurs joueurs géorgiens ont marqué l'histoire du rugby, tant en Géorgie qu'en France. Mamuka Gorgodze est une légende du rugby géorgien, connu pour sa puissance et son leadership. Akaki Tabutsadze est un ailier talentueux qui a récemment égalé le record de Gorgodze du nombre d'essais inscrits en sélection géorgienne. Giorgi Beria est un jeune pilier prometteur qui évolue en France et a été sélectionné en équipe de France. Dimitri Yachvili, bien que n'ayant jamais joué pour la Géorgie, est un ancien international français d'origine géorgienne qui a marqué l'histoire du rugby français.
Les Lelos comptent dans leurs rangs de jeunes talents comme Vasil Lobzhanidze, Tedo Abzhandadze et Davit Niniashvili.
L'Avenir du Rugby Géorgien: Ambitions et Défis
La Géorgie aspire à intégrer un jour le prestigieux tournoi des Six Nations. Bien que cette ambition se soit longtemps heurtée au refus des dirigeants du Rugby Europe, des voix s'élèvent pour réclamer l'inclusion de la Géorgie dans ce tournoi majeur. Le sélectionneur néo-zélandais des Lelos, Milton Haig, milite pour l'inclusion de la Géorgie au Six Nations.
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