L'année 2010 reste gravée dans les mémoires du football français comme un chapitre sombre, marqué par des contre-performances sportives et des scandales extra-sportifs retentissants lors de la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Cet article se propose d'examiner en profondeur les événements qui ont conduit à cette débâcle, en analysant les causes, les acteurs et les conséquences de cette crise sans précédent.
Un Contexte Précaire Avant le Tournoi
La qualification pour la Coupe du Monde 2010 fut déjà un chemin semé d'embûches pour les Bleus. L'équipe, menée par le sélectionneur Raymond Domenech, avait obtenu son billet pour la compétition de manière controversée, grâce à une victoire miraculeusement remportée face à l'Irlande, entachée d'une main de Thierry Henry non signalée par l'arbitre. Ce contexte difficile avait alimenté un sentiment de défiance envers l'équipe, tant de la part des médias que du public. Le sélectionneur tricolore a évoqué cette période, soulignant que les médias, surtout, avaient envie qu’on ne se qualifie pas. « Mais non. Nous, c’est ce qu’on ressentait. tous les matchs de qualification. qui a existé après. nous. monde. »
Installation à Knysna et Premiers Signes de Tension
Les Bleus se sont installés à Knysna, une station balnéaire située entre Le Cap et Port-Elisabeth, face à l’Océan indien. Un site magnifique, mais très isolé aussi. Ils logent dans un luxueux hôtel, coincé entre une falaise et une forêt impénétrable. L’été, l’endroit est peut-être paradisiaque. C’est dans cette ambiance plus stressante qu’apaisante, que les Bleus préparent leur deuxième match, à Polokwane, tout au nord du pays cette fois, face au Mexique.
Déroulement des Matchs et contre-performances
Le parcours de l'équipe de France lors de la phase de groupes fut catastrophique. Lors de leur premier match, les Tricolores concèdent le nul 0-0 face à l'Uruguay. Puis, les Mexicains, qui n’avaient jamais battu la France de leur histoire, s’imposent logiquement en seconde mi-temps (2-0). La France tombe de haut. Trois matchs joués, aucun gagné, un nul et deux défaites.
L'Affaire Anelka et la Grève de l'Entraînement
Le point culminant de la crise fut atteint avec l'affaire Nicolas Anelka. La révélation de la teneur des propos du joueur dans la presse, deux jours plus tard, oblige les dirigeants de la Fédération française à exclure le surlendemain Anelka du groupe. C'est pour protester contre cette sanction qu'ils jugent injuste que le 20 juin 2010 les joueurs prennent la décision de refuser de s'entraîner. Raymond Domenech lit le communiqué des joueurs qui expliquent leur refus de s’entraîner le 20 juin 2010 à Knysna. Après avoir signé quelques autographes, les Bleus se regroupent autour de leur capitaine, Patrice Evra, et s’en vont remonter dans le bus qui les a amené à l’entraînement qu’ils boycottent d’un commun accord. La scène est surréaliste. Dépité après avoir tenté en vain de raisonner ses joueurs enfermés dans leur bus et refusant d’en descendre pour s’entraîner, le sélectionneur lit une déclaration rédigée par un conseiller de l’un d’entre eux. Un pathétique plaidoyer envers Anelka qui est déjà reparti vers la France.
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Cette décision donne immédiatement lieu à une succession de scènes tragicomiques dans l'après-midi du 20 juin 2010, retransmises en direct par les médias du monde entier, présents autour du terrain. Une altercation met d'abord aux prises le capitaine Patrice Evra et le préparateur physique Robert Duverne, qui doivent être séparés par Raymond Domenech. Ensuite, le directeur délégué de l'équipe de France, Jean-Louis Valentin, scandalisé par l'attitude des joueurs, annonce en direct sa démission. Puis, alors que les Bleus refusent de s'entraîner et s'enferment dans leur car, Raymond Domenech vient lire à la presse leur communiqué - il apparaîtra ensuite qu'il a en fait été rédigé par l'agent du milieu de terrain Jérémy Toulalan. Ils y affirment leur opposition à la décision de la FFF d'exclure Nicolas Anelka, déplorant « la divulgation d'un événement inhérent à la vie d'une équipe de haut niveau ».
Réactions et Conséquences
Le soir même, c’est une vague de réprobation mondiale qui submerge l’équipe de France et personne ne parvient à la calmer. La tempête durera plusieurs jours autour des Bleus. Cette grève inédite, suivie de l'élimination de l'équipe de France, a un retentissement très important au point de dépasser très largement le cadre sportif et de se déplacer sur le terrain politique. Les joueurs sont ainsi unanimement condamnés par les médias et la classe politique comme responsables d'un désastre national : ils se voient qualifiés de « mutins de Knysna », du nom de la ville hôte de l'équipe de France. À l'Assemblée nationale, le 23 juin, la ministre de la Santé et des Sports Roselyne Bachelot s'en prend quant à elle à « des caïds immatures » qui « commandent à des gamins apeurés ». Le lendemain, l'attaquant Thierry Henry est même reçu à l'Élysée par le président de la République Nicolas Sarkozy. Puis, les 29 et 30 juin, le président de la FFF Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech sont auditionnés par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Plusieurs députés UMP les interpellent alors sur l'éducation des joueurs et leur « respect des valeurs », notamment sur le fait que tous ne chantent pas la Marseillaise.
Après la démission de son président Jean-Pierre Escalettes le 28 juin, la FFF met de son côté en place une commission d'enquête sur les événements de Knysna. Le 17 août 2010, la commission de discipline de la fédération décide ainsi de sanctionner quatre joueurs pour leur implication présumée dans la grève de l'entraînement. Suspendu pour les 18 prochains matches de l'équipe de France, Nicolas Anelka reçoit la peine la plus lourde en raison de ses insultes contre Raymond Domenech. Considérés comme les meneurs de la grève, Patrice Evra, Franck Ribéry et Jérémy Toulalan, sont quant à eux respectivement condamnés à cinq, trois et un matchs de suspension.
Analyse Média des Événements
Ce reportage fait la rétrospective des événements auxquels ont pris part les joueurs de l'équipe de France de football dans l'après-midi du 20 juin 2010 à Knysna, en Afrique du Sud. Il propose un montage d'images factuelles des quatre épisodes qui se sont succédés : l'altercation entre Patrice Evra et Robert Duverne, la démission de Jean-Louis Valentin, la grève de l'entraînement et enfin la lecture par Raymond Domenech du communiqué des joueurs. Ce sujet prend donc la forme d'un film des événements, construit autour d'une vraie dramatique. Laissant de côté tout souci d'impartialité, le commentaire se fait très critique et se montre même moqueur à l'égard des joueurs : il met en lumière la réprobation unanime des médias français devant la grève décidée par les Bleus. Le journaliste apparaît ainsi très sévère à leur égard lorsqu'il évoque « une journée consternante en pleine Coupe du monde ». Enfin, ce sujet donne à voir l'extrême médiatisation qui entoure la Coupe du monde de football et plus particulièrement ici l'équipe de France. Les événements qui ont eu lieu à Knysna se sont en effet déroulés sous les yeux des journalistes du monde entier présents pour assister à l'entraînement des joueurs. De nombreuses chaînes de télévision ont même retransmis en direct ces événements, ce dont témoigne le présentateur du journal de France 3 lorsqu'il évoque « un énorme coup médiatique en direct à la télévision ». Journalistes, cameramen et photographes apparaissent omniprésents dans le sujet. On les voit autour du terrain pendant l'altercation entre Patrice Evra et Robert Duverne. Ils assaillent également Jean-Louis Valentin et Raymond Domenech. Cette omniprésence médiatique n'a rien d'étonnant. Le football est en effet le sport le plus suivi de la planète et la Coupe du monde représente le second plus grand événement sportif derrière les Jeux Olympiques d'été. L'édition 2010, organisée en Afrique du Sud, a ainsi été suivie par quelque 3,2 milliards de téléspectateurs dans le monde, dont 619,7 millions pour la seule finale entre l'Espagne et les Pays-Bas, selon la Fédération internationale de football.
Les Leçons Tirées et la Reconstruction
Après cette lamentable farce, quelques acteurs disparaîtront définitivement du jeu. Le sélectionneur, qui ne retrouvera jamais de poste avant un intérim au FC Nantes, en 2020-2021. Des joueurs partis en retraite (Henry, Gallas, Govou) ou suspendus longtemps (Anelka), et Jérémy Toulalan qui ne voudra jamais revenir chez les Bleus, contrairement à la majorité de ses partenaires qui s’efforceront de faire oublier ce sinistre épisode avec le temps. Le temps qui fera son œuvre avec Laurent Blanc puis Didier Deschamps à la tête des Bleus.
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Composition des équipes
Titulaires Uruguay :
- A. Pereira
- Arevalo Rios
- Diego Perez
- Forlan
- Godin
- I. Gonzalez
- Lugano
- Maxi Pereira
- Muslera
- Suarez
- Victorino
Remplaçants Uruguay :
- Abreu
- Eguren
- Lodeiro
Réserve France:
- Mandanda
- Carrasso
- Clichy
- Squillaci
- Planus
- Reveillère
- A.Diarra
- D. Cissé
- Valbuena
Gardiens France:
- Lloris (Lyon)
- Mandanda (Marseille)
- Carrasso (Bordeaux)
- Ruffier (Monaco)
Milieux France:
- Govou
- Toulalan (Lyon)
- Diaby (Arsenal)
- Gourcuff
- A.
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