Le football en Chine est une histoire de contrastes, oscillant entre espoirs déçus et ambitions grandioses. Malgré un engouement populaire pour le ballon rond, l'équipe nationale chinoise peine à s'imposer sur la scène internationale. Cet article explore les raisons de cette situation paradoxale, les tentatives de redressement entreprises, et les perspectives d'avenir pour le football chinois.
Un Paradoxe Chinois : Passion Populaire et Performances Décevantes
Il est rare qu'un Chinois ravale sa fierté nationale, mais le football fait exception. Les Chinois apprécient le football mais ont franchement honte des performances de leur pays, de plus en plus habitué au rang de numéro un dans bien d'autres domaines. "Si c'est un match d'une ligue européenne, je regarde ; si les équipes sont chinoises, je zappe", résume Chen Xiaochuan, un chauffeur de taxi shanghaïen de 49 ans, dépité à la seule évocation du niveau exécrable de la sélection nationale et de la corruption dans les clubs locaux. "Même la Corée du Nord est meilleure."
L'équipe nationale masculine de football chinoise n'a jamais passé les qualifications de la zone Asie depuis 2002, date de sa dernière participation en coupe du monde. La Chine vient juste de subir une défaite contre l’Australie en qualifications du mondial 2026. Ses chances de se qualifier pour le prochain mondial au Mexique et aux États-Unis semblent compromises. Comment expliquer un si maigre bilan ?
Tentatives d'Amélioration : Investissements Massifs et Stars Internationales
Face à ce constat, des efforts considérables ont été déployés pour relancer le football chinois. Ces efforts se sont traduits par des investissements massifs dans les clubs, l'attraction de stars internationales et des plans gouvernementaux ambitieux.
L'Ère des Joueurs Étrangers
Dans les années 2010, la Chinese Super League (CSL) a connu un essor spectaculaire, attirant de grands noms du football européen tels que Didier Drogba, Nicolas Anelka, Oscar, Hulk, Carlos Tevez, Ezequiel Lavezzi et Javier Mascherano. Presque chaque club de la Chinese Super League pouvait se targuer d’avoir sa tête de gondole. Certains joueurs ont déçu les fans, mais d’autres ont été très prolifiques, à l’image d’Oscar, le meneur brésilien arrivé au Shanghai SIPG en 2017 en provenance de Chelsea. Il vient de quitter la Chine après 8 ans de bons et loyaux services.
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L'arrivée de Nicolas Anelka au club de Shanghaï, les Shenhua, avait suscité beaucoup d'espoir. L'enfant terrible du foot français a décidé de quitter les Blues de Chelsea pour les Diables bleus de Shanghaï. L'attaquant devait emménager dans la capitale économique chinoise en janvier 2012. Les attentes étaient grandes. Yu Tao, doyen des Shenhua, voyait en son futur coéquipier un excellent buteur et la promesse d'améliorer le classement du club qui, à la fin de la saison 2011, n'a fini que 11e sur les seize équipes que compte la Super Ligue chinoise, l'équivalent de la Ligue 1. Le club refusait de dévoiler le montant exact du transfert mais précisait que le salaire d'Anelka serait supérieur à ses revenus au club londonien de Chelsea. On évoquait la somme de 234 000 euros par semaine, ce qui ferait d'Anelka le footballeur français le plus payé au monde.
Cependant, cette stratégie, bien que spectaculaire, n'a pas suffi à transformer durablement le football chinois. Aujourd’hui, bien que la Chinese Super League compte encore de nombreux joueurs de talent, les années fastes sont révolues et les grands noms du football choisissent plutôt de signer dans les clubs saoudiens ou bien aux États-Unis.
Investissements et rachats de clubs européens
L’ambition chinoise s’est aussi manifestée à la même période par le rachat de plusieurs clubs majeurs en Europe. En 2016, l’Inter de Milan est racheté par le groupe Suning. En Angleterre, ce sont les clubs de West Bromwich Albion et d’Aston Villa qui sont rachetés, en Espagne l’Espanyol Barcelone. La France n’échappe pas à ces investissements, puisque l’AJ Auxerre et le FC Sochaux sont rachetés par des Chinois pour la somme de 7 millions d’euros. Des parts sont également acquises dans d’autres clubs comme l’Olympique Lyonnais et l’OGC Nice. Pour l’AJ Auxerre, le rachat par le milliardaire James Zhu est une belle réussite, puisque le club a retrouvé l’élite et obtient de bons résultats cette saison. Cela fait désormais 8 ans que le milliardaire est à la tête du club qu’il souhaite pérenniser dans l’élite. Ces investissements permettent de créer des ponts entre l’Europe et la Chine et de faire venir des jeunes Chinois pouvant bénéficier de l’expertise de ces clubs en matière de formation.
Soutien Gouvernemental et Objectifs Ambitieux
La Chine possède pourtant des atouts et des motifs d’espérer devenir un pays qui compte dans le football mondial. Cette ambition est soutenue sur le plan politique avec un plan sur quinze ans, lancé par le gouvernement en 2021. Le gouvernement central a encouragé le rachat des clubs par des entrepreneurs fortunés.
Les mentalités pourraient évoluer avec l'arrivée d'une nouvelle génération de dirigeants à la tête du Parti communiste chinois à l'automne 2012. Promis au poste de président de la République populaire et de secrétaire général du parti, Xi Jinping, l'actuel vice-président, a récemment assigné trois objectifs au football chinois, sans se risquer à fixer un délai : qu'il se qualifie pour la Coupe du monde, qu'il l'organise sur son territoire et qu'il la remporte !
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Défis Persistants et Voies d'Avenir
Malgré ces efforts, le football chinois reste confronté à des défis majeurs. La corruption, le manque de formation des jeunes et le désintérêt du public sont autant d'obstacles à surmonter.
Corruption et Manque d'Intérêt
Canton avait été rétrogradée en deuxième division en 2010 à la suite de révélations sur un scandale de matches truqués. 200 000 yuans (24 245 euros) avaient été déboursés pour convaincre l'équipe adverse de perdre, un classique du football chinois.
Malgré l'arrivée de Nicolas Anelka, "les Chinois restent très pessimistes sur le niveau national et leur intérêt pour ce sport a baissé", estime le journaliste Ji Yuyang, qui suit le foot chinois depuis quatorze ans et travaille pour le site Internet Goal China. "Shanghaï compte 20 millions d'habitants et le stade de Hongkou a 35 000 places, mais il est rare qu'il attire plus de 10 000 supporteurs, se désole-t-il, les gens préfèrent aller au concert."
Formation des Jeunes et Développement Local
La France reste compétitive au niveau international car elle possède une formation de haut niveau bien implantée sur le territoire et un vivier de jeunes talents presque inépuisable. Et si l’avenir du foot en Chine était loin des grandes métropoles ? Le développement des infrastructures partout dans le pays pourrait bénéficier au football et permettre aux jeunes ruraux de pratiquer ce sport dès le plus jeune âge. Démocratiser ce sport partout en Chine est peut-être la solution.
La coupe des villages du Guizhou, une des provinces les plus rurales et reculées de Chine, met en lumière ce sport. L’événement est devenu très populaire en Chine. Il est retransmis en direct à la télévision. Les joueurs sont des passionnés, amateurs, ils ont souvent une autre profession à côté. Cette compétition est une véritable aubaine pour l’économie locale et un sacré coup de projecteur sur une région historiquement en retard économiquement. Cette initiative pourrait se multiplier à travers la Chine pour développer un championnat amateur et semi-professionnel à même de pouvoir alimenter les clubs professionnels et la sélection nationale en bons joueurs.
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L'Exemple du Football Féminin
Et si l’exemple à suivre se trouvait du côté de l’équipe féminine ? Les Chinoises sont régulières en compétition internationale. L’équipe compte déjà 9 victoires en coupe d’Asie, a atteint la finale de la coupe du monde 1999 et est médaillée d’argent des JO 1996. La Chine a également organisé la première coupe du monde de football féminin de l’histoire en 1991. Le championnat possède aujourd’hui d’importants moyens financiers et des joueuses de talent. L’équipe rivalise avec les autres grandes équipes, même si les résultats des dernières compétitions internationales ne sont pas encore à la hauteur des espérances et du potentiel du football féminin chinois.
Les joueuses des deux premières ligues chinoises sont toutes des professionnelles. Les gouvernements des provinces ont investi massivement dans le développement de ce sport. Le football féminin a pleinement bénéficié de la politique du gouvernement chinois pour développer ce sport, notamment dans le monde professionnel et l’accès au football dans les écoles. La formation des jeunes reste encore un axe de développement majeur.
Figures Historiques : Fan Zhiyi et Yang Chen
L'histoire du football chinois est jalonnée de figures emblématiques qui ont marqué leur époque. Parmi elles, Fan Zhiyi et Yang Chen occupent une place particulière.
Fan Zhiyi : Le Général
Avec ses 80 sélections, la plus illustre star du football chinois a également aidé sa patrie à avoir ces meilleurs résultats à ce jour (Coupe du Monde 2002 et finaliste de la Coupe d'Asie des Nations en 2004). Malheureusement, le Mondial en Corée du Sud et au Japon s’est soldé par une blessure après seulement 17 minutes de jeu contre le Costa Rica. Il a été forcé de quitter la sélection chinoise, qui devait encore disputer deux rencontres contre le Brésil et la Turquie. Sans son champion, la Chine quitte le mondial sans avoir marqué un seul but… En 2015, il a été intronisé de manière controversée au Temple de la renommée du Musée national du football d’Angleterre - sûrement une tentative d'impressionner la visite du président chinois Xi Jinping à Manchester le même jour.
Le "Général Fan", comme on l'appelle dans le pays le plus peuplé du Monde, a été international pendant près de douze ans. Incontestablement, le plus gros accomplissement de la Chine sous son capitanat a été une première participation à la Coupe du Monde. Au cours de cette campagne, Fan réussit même à inscrire deux buts. Par leur dévouement et leur débauche d'énergie, les joueurs de l'Empire du Milieu impressionnent, leur capitaine en tête.
Côté club, Fan se distingue d'abord chez lui, où il emmène la formation de Shanghai Shenhua jusqu'au titre national en 1995. Il fait ensuite figure de pionnier en émigrant en Europe, pour rejoindre les Londoniens de Crystal Palace en 1998. Il poursuivra son aventure sur le Vieux Continent à Dundee, en Écosse, puis à Cardiff City, avant de rentrer au pays pour porter les couleurs de l'équipe de Shanghai Zobon. Il raccroche finalement les crampons en 2005 à l'âge de 35 ans.
Yang Chen : L'Avant-Gardiste
Né à Pekin en 1974, le jeune bambin débute dans le football professionnel en 1994 à Beijing Guoan, où son habileté devant le but et ses airs de séducteur laissent rarement indifférent. En 1998, il défraie la chronique en signant à l'Eintracht Francfort, ouvrant ainsi la voie à de nombreux compatriotes en quête d'expérience à l'étranger. Il est imité par Fan Zhiyi et Sun Jihai, qui rejoignent tous les deux le club londonien de Crystal Palace.
Lorsque Bora Milutinovic arrive à la tête de l'équipe nationale en 2000, Yang Chen fait partie intégrante de son onze titulaire. Le pensionnaire de la Bundesliga participe ainsi à toute la campagne préliminaire pour la qualification au Mondial 2002 organisé non loin de chez lui, en Corée du Sud et au Japon. Le 13 mai 2001, il marque le deuxième but contre l'Indonésie, une rencontre décisif en vue de la qualification pour l'épreuve reine. Un but qui changera le cours du match… et de l'histoire du football chinois.
Après un passage à Sankt-Pauli, il rentre au bercail et signe au Shenzhen Jianlibao. Il y remporte un titre de champion de Chine en 2004. Après une dernière escale au Xiamen Lanshi, il raccroche les crampons à l'âge de 33 ans.