Le Bahreïn, un royaume insulaire au cœur du Golfe Persique, s'est fait connaître ces dernières années pour ses investissements massifs dans le sport, allant de la Formule 1 au cyclisme, en passant par le football. Cet article explore l'histoire de l'équipe de Bahreïn de football, son évolution, ses défis et ses ambitions, tout en mettant en lumière les enjeux éthiques et les controverses qui entourent le sport dans ce pays.
Un Royaume Entre Tradition et Modernité
Le Bahreïn, souvent décrit comme une perle d'Arabie, est un pays multiculturel où se rencontrent tradition et modernité. Le royaume, dirigé par la famille Al Khalifa depuis 1783, a connu un développement rapide grâce à l'exploitation de ses ressources pétrolières. Cette prospérité a permis au pays d'investir massivement dans divers secteurs, dont le sport, dans le cadre d'une stratégie de "soft power".
Cependant, cette image idyllique contraste avec une réalité plus sombre. Des organisations de défense des droits de l'homme, comme Human Rights Watch (HRW), dénoncent la répression de l'opposition politique, l'interdiction des médias indépendants, ainsi que la pratique de la torture et de la peine de mort. Malgré ces préoccupations, le Bahreïn continue d'étendre son influence à travers le sport, accueillant des événements internationaux et investissant dans des équipes et des compétitions à travers le monde.
Genèse et Parcours de l'Équipe Nationale
L'équipe nationale de football de Bahreïn a été créée en 1966. Bien que le football soit un sport populaire dans le pays, l'équipe n'a jamais réussi à s'imposer sur la scène internationale. Son meilleur résultat reste une quatrième place lors de la Coupe d'Asie des nations en 2004. Le Bahreïn n'a jamais réussi à se qualifier pour une Coupe du Monde, malgré une tentative prometteuse en 2010, où il a échoué en barrage contre la Nouvelle-Zélande.
Emilio Sanchez Mediavilla souligne l'engouement pour le football au Bahreïn, où les habitants suivent assidûment les championnats européens et se rassemblent dans les bars à chicha pour regarder les matchs. Cependant, cette passion ne s'étend pas aux travailleurs immigrés, souvent issus d'Asie du Sud, qui vivent dans des conditions précaires.
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Le niveau du football bahreïnien est considéré comme faible, bien que l'équipe ait frôlé la qualification pour la Coupe du Monde 2010. Cette sélection a été démantelée suite au printemps arabe de 2011, où de nombreux joueurs ont participé aux manifestations et ont subi des représailles de la part du gouvernement.
Les joueurs de l'équipe nationale sont majoritairement chiites, une communauté opprimée par le pouvoir sunnite en place. Cette discrimination se manifeste dans tous les domaines, à l'exception de l'armée, de la police et des emplois publics, où les sunnites sont favorisés. L'État préfère même employer des policiers étrangers plutôt que des chiites, illustrant ainsi le niveau de discrimination dont est victime la majorité chiite.
Le championnat local est de niveau amateur, avec de petites rivalités entre quartiers et villages. Le Riffa SC, équipe associée à la famille royale et à l'élite sunnite, domine le championnat.
Investissements Sportifs et Soft Power
Le Bahreïn a massivement investi dans le sport comme outil de "soft power", cherchant à améliorer son image internationale et à diversifier son économie. Le pays accueille son propre Grand Prix de Formule 1 depuis 2004 et a créé l'équipe cycliste Bahrain Victorious en 2017.
En 2020, le royaume est devenu actionnaire minoritaire et sponsor principal du Paris FC, un club de Ligue 2 française. Cet investissement de 5 millions d'euros, qui a permis d'augmenter le budget du club, témoigne de la volonté de l'État de s'implanter en Europe et de renforcer sa visibilité dans le monde du football.
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Selon Emilio Sanchez Mediavilla, l'investissement du Bahreïn dans le sport est plus ancien que celui du Qatar. Il suggère également que l'acquisition d'une équipe à Paris pourrait être motivée par une rivalité avec le Qatar, une bataille d'égos entre familles royales du Moyen-Orient. Il souligne également que ces investissements peuvent être motivés par un simple caprice de fils à papa, le plaisir d'investir dans un club.
Nasser ben Hamed Al Khalifa, passionné de sport et adepte du triathlon, est le visage bahreïnien de ces investissements sportifs. Cependant, il fait l'objet de graves accusations, notamment de participation à des séances de torture lors de la répression des révoltes de 2011. Il a tenu des discours violents contre les joueurs de football et les athlètes qui ont participé aux manifestations.
Controverses et Affaires de Trucage de Matchs
L'équipe de Bahreïn de football a été impliquée dans plusieurs affaires de trucage de matchs, jetant une ombre sur son image et soulevant des questions sur l'éthique dans le sport.
Selon des informations exclusives de L'Express, l'équipe de Bahreïn a disputé au moins cinq matchs truqués entre 2009 et 2012, alors que le cheikh Salman Ben Ibrahim Al-Khalifa, actuel vice-président de la Fifa, était à la tête de la fédération nationale. Ces matchs ont fait l'objet d'enquêtes internes de la Fifa, mais leurs conclusions n'ont jamais été rendues publiques.
Parmi ces matchs, on trouve :
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- Bahreïn-Zimbabwe (5-2, le 23 mars 2009)
- Bahreïn-Iran (4-2, le 31 août 2009)
- Bahreïn-Togo (5-1, le 6 novembre 2009)
- Bahreïn-Togo (3-0, le 7 septembre 2010)
- Bahreïn-Indonésie (10-0, le 29 février 2012)
Le match Bahreïn-Indonésie, qualificatif pour le Mondial 2014, a particulièrement attiré les soupçons en raison de nombreuses anomalies, notamment un penalty accordé au Bahreïn et le manque d'efforts du gardien remplaçant indonésien pour éviter les buts.
Wilson Perumal, un faussaire notoire de l'histoire du football, a organisé trois rencontres amicales à Bahreïn en 2009, se présentant faussement comme un agent agréé par la Fifa. La fédération de football de Bahreïn (BFA) l'a autorisé à gérer l'événement via une société fantôme, malgré son passé criminel.
Les documents d'analyse des paris engagés durant ces matchs ont révélé des évolutions suspectes, suggérant une manipulation des rencontres. Dans le match Bahreïn-Togo (5-1), l'arbitre a sifflé deux penaltys aux 86e et 90e minutes pour faire évoluer le score.
Un document interne de la Fifa a estimé que la fédération du Bahreïn était impliquée dans le faux match Bahreïn-Togo, disputé le 7 septembre 2010. Wilson Perumal avait recruté une fausse équipe togolaise, payée pour perdre avec un faible écart. L'arbitre, Ibrahim Chaïbou, était un collaborateur régulier de Perumal pour trafiquer les matchs.
Ces affaires de trucage de matchs soulèvent des questions sur la responsabilité des dirigeants de la fédération de football de Bahreïn et sur la nécessité de renforcer les mesures de contrôle et de prévention de la corruption dans le sport.
Naturalisation et Dopage
Le Bahreïn a été critiqué pour sa politique de naturalisation de sportifs étrangers, principalement originaires de pays en guerre ou marqués par l'instabilité. Cette pratique vise à renforcer les performances du pays dans les compétitions internationales, mais soulève des questions d'éthique et d'équité.
L'exemple le plus parlant est celui de Winfried Yavi, née au Kenya et médaillée d'or en 3000 mètres steeple aux Jeux de Paris. Sur les quatre médailles remportées par la délégation olympique Bahreïnite à Paris, aucune n'a été remportée par un athlète natif du royaume.
Le pays a également été épinglé pour des cas de dopage d'animaux, notamment de chevaux. En février dernier, le Bahreïn remportait le championnat du monde d'endurance équestre aux Emirats Arabes Unis, mais un échantillon prélevé sur la jument du cavalier Abderrahmane Mohammad Al-Zayed s'est avéré positif à diverses substances dopantes.
Ces affaires de dopage et de naturalisation soulignent les défis auxquels est confronté le Bahreïn dans sa quête de succès sportifs, et mettent en évidence la nécessité de promouvoir des pratiques plus éthiques et transparentes.
Fonds d'Investissement et Influence Internationale
Les fonds d'investissement jouent un rôle crucial dans la politique sportive du Bahreïn à l'échelle internationale. Ils permettent de promouvoir l'image du royaume à travers des entreprises puissantes et influentes.
En 2006, l'État a fondé la Bahrain Mumtalakat Holding Company B.S.C., qui investit dans divers domaines. Depuis 2020, le royaume est devenu actionnaire minoritaire et sponsor principal du Paris FC.
Le groupe Investcorp, fondé en 1982 et basé à Manama, est l'un des fonds d'investissement les plus influents au monde. Bien qu'il n'ait pas réussi à racheter l'AC Milan en 2022, son influence dans le monde des affaires témoigne de la puissance financière du Bahreïn et de son ambition d'étendre son influence à travers le sport.
Vision 2030 et Avenir du Sport au Bahreïn
La politique sportive du Royaume de Bahreïn s'inscrit dans le cadre de sa "Vision 2030", qui vise à renforcer la visibilité internationale du pays tout en diversifiant son économie. Le sport est considéré comme un élément clé de ce plan, avec pour objectif de promouvoir l'inclusivité et l'accès à la pratique sportive pour tous les jeunes du pays.
Le Bahreïn dispose d'un Conseil suprême de la jeunesse et des sports depuis 1975, chargé de définir les politiques générales des programmes de jeunesse et de sports. En 2012, le gouvernement a publié un plan stratégique relatif au sport, visant à permettre au royaume d'accueillir de nombreuses compétitions internationales et à développer des clubs et fédérations sportives aux normes internationales.
Le Comité Paralympique de Bahreïn, créé en 2017, accompagne et repère les talents paralympiques du royaume, avec un objectif d'inclusivité et de participation active des personnes en situation de handicap dans la société.
Malgré ces efforts, le Bahreïn doit faire face à des défis importants, notamment en matière d'éthique et de transparence. Les affaires de trucage de matchs, de naturalisation et de dopage ont terni l'image du pays et soulignent la nécessité de promouvoir des pratiques plus responsables et durables dans le sport.