Le HBC Nantes, souvent surnommé "Le H", est bien plus qu'un simple club de handball. C'est une institution, un symbole de la ville de Nantes et de sa région. Fondé en 1953, le club a connu une ascension remarquable, gravissant les échelons du handball français pour devenir un acteur majeur sur la scène nationale et européenne. Son histoire est intimement liée à ses valeurs, à son public fidèle et à des figures emblématiques, dont ses entraîneurs, qui ont marqué son évolution. Le 6 septembre est sorti un livre du journaliste Laurent Moisset sur l’épopée du H. En trois volets, Ouest-France a publié les meilleures feuilles de cette immersion au sein de ce club de hand nantais historique.
Une progression constante et un palmarès étoffé
Depuis une quinzaine d’années, le HBC Nantes n’a cessé de progresser, étoffant son palmarès avec deux Coupes de France, deux Coupes de la Ligue et deux Trophées des Champions. Le club a également participé en 2018 et 2021 au Final Four de la Champions League à Cologne, une performance qui témoigne de son ambition et de son niveau de jeu. Saison après saison, le H poursuit le développement de son projet en cultivant ses valeurs (respect, combativité, solidarité) et en tirant sa force de son indéfectible public, le bouillant « peuple violet ».
L'esprit bénévole: l'ADN du club
Qui n’a pas été bénévole n’est pas nantais. Tout ou partie du « H » pourrait être résumé sous ce slogan. À l’origine, il était courant que le licencié en fin d’activité passe naturellement dans les coulisses, afin de donner un coup de main, surtout les jours de match. Gaël Pelletier, le président actuel, a évidemment suivi ce cursus conservant, jusqu’à aujourd’hui et au gré des fonctions occupées, ce statut de bénévole. Didier Louedec, joueur entre 1977 et 1987, puis entraîneur deux années durant (1995-1997), revendique un parcours identique. « Mais, comme beaucoup d’autres, assure-t-il. C’est, je crois, dans l’ADN du club. Il y a toujours eu cette volonté d’entreprendre, de structurer pour avancer. Même lorsque l’équipe évoluait en quatrième division. Le statut, la hiérarchie n’existaient pas. Tout le monde mettait la main à la pâte. Un peu de rangement, un peu de secrétariat, beaucoup d’accueil. Cet esprit de famille, de solidarité a perduré au fil des années et Gaël Pelletier y a toujours veillé. Et l’attention ne s’est jamais détournée des bénévoles. Didier Louedec en est le responsable, le coordinateur. On peut même dire qu’il est à la tête d’une véritable entreprise. Il faut savoir que chaque match à la « H » Arena mobilise 140 bénévoles, et qu’ils sont plus de 200 en fin d’année à la XXL pour les rencontres de prestige.
Jusqu’à l’aube des années 2000, ils étaient moins nombreux, la quantité de matches sur la saison étant réduite. Jusqu’en 2005 et l’arrivée d’un premier salarié administratif, ils faisaient tout avant de s’adapter à des rythmes plus courts, essentiellement les jours de matches. « En fait, décrypte Didier Louedec, le club a toujours voulu se diriger vers l’événementiel. Je me souviens que dans les années 1980, monsieur Guyot, le président de l’époque, avait des modèles en tête ; Nîmes par exemple, qui était alors une locomotive du handball national. Il ne cessait de répéter qu’il fallait entreprendre et structurer. Ce qui valait pour le sportif devait également s’adapter pour la structuration et l’organisation des événements. Les bénévoles sont vite devenus indispensables. Non seulement ils veillent à la qualité de l’accueil, à la plus juste organisation, mais il reste un lien indispensable avec les joueurs. Ces derniers ont besoin d’un environnement qui les ramène sur terre, leur rappelle d’où ils viennent. Des gars comme Dragan Pechmalbec et Nicolas Tournat, pour ne citer qu’eux, évoquent souvent leur relation avec les bénévoles. C’est d’autant plus vrai que l’armée des bénévoles présente un mélange de générations et un panel de métiers. Du retraité au cadre, au jeune passionné en passant par le commerçant ou l’artisan, le mélange des hommes et des genres ouvre sur tous les horizons. Une particularité à laquelle la direction du club est très attachée et sur laquelle elle porte une attention pointue. « Chaque année, décrit Louedec, nous organisons trois rendez-vous tous ensemble. Mais la gestion d’un tel « personnel » nécessite surtout une mise en place en amont et un calendrier sans faille. Les jours de match, les bénévoles sont là pour assurer le maquillage des enfants.
« Mis à part les plus anciens, pour la plupart des retraités, passionnés, habitués aux us et coutumes, aux impératifs, il a effectivement fallu poser un cadre au fur et à mesure que les effectifs gonflaient. L’assiduité, la convivialité, le sens du service restent les règles fondamentales. On vient au “H” par envie, par conviction. Didier Louedec est particulièrement vigilant sur ces critères. En effet, quand il s’agit de renouveler les troupes, le responsable s’en charge lui-même, ainsi que de toutes les procédures. « Les bénévoles restent longtemps chez nous, mais il y a des risques quand ils ont plus de 70 ans. Il est difficile de les exclure, alors on échange et on avise. On a cette volonté aussi de rajeunir, car la moyenne d’âge est un peu au-dessus de 50 ans. Le « H » a également sa propre méthode pour attirer les nouveaux venus. Via les réseaux sociaux, il communique sur ses besoins et Didier Louedec - qui avoue engager une vingtaine de personnes chaque saison - veille, personnellement, à leur intégration. « Je les reçois un à un et leur fais passer un petit test d’évaluation. Il y a 95 % de réussite. On s’assure de leur envie, de leur disponibilité. On évoque les valeurs du club, on présente notre philosophie. Leur rôle est d’autant plus important depuis la rénovation du Palais des Sports, dont la capacité a été portée à 5 900 spectateurs, et l’élargissement des activités. Le club organise en effet d’autres événements consacrés au MMA, à la boxe, au cirque ou à la venue des célèbres Harlem Globetrotters, et il a donc besoin de pouvoir compter sur ses fidèles bénévoles. Avec la modernisation des lieux, la fidélisation de son public, la qualité de son accueil, le « H » a pu élargir ses activités générant, ainsi, de nouvelles ressources afin d’aller encore plus loin dans son développement. « Cela répond, à une volonté affirmée du club d’avancer encore et toujours, se félicite Didier Louedec. Cela fait plusieurs décennies maintenant. Quand on voit le résultat, il reste une forme de fierté.
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Thierry Anti: L'architecte des succès modernes
Parmi les figures qui ont marqué l'histoire du HBC Nantes, Thierry Anti occupe une place de choix. Arrivé au club en 2009, il a été l'architecte des succès modernes du "H". Pendant dix ans (2009-2019), il a transformé une équipe du bas de classement de D1 en un prétendant au titre national et européen.
Un entraîneur emblématique
Thierry Anti est considéré comme l'entraîneur le plus emblématique du HBC Nantes. Il a su insuffler une culture de la gagne, bâtir une équipe compétitive et créer un lien fort avec les supporters. Sous sa direction, le club a connu ses plus belles heures, culminant avec une finale de la Ligue des Champions en 2018.
Un départ douloureux
Le départ de Thierry Anti en 2019 s'est fait dans la douleur, avec des tensions entre lui et le président du club. Il ne s'était pas exprimé sur son départ. Il a accordé une interview avant la rencontre à Anthony Brulez et Killian Moreau pour France 3."Il y a eu avant moi des entraîneurs au HBC Nantes. Il y en a maintenant après moi. Il y a eu des présidents avant. J'espère qu'il y en aura aussi d'autres après."Sur l'absence d'événement pour fêter son départ à l'époque, Thierry Anti répond : "Je ne sais pas si ça n'as pas pu se faire ou si on n'a pas voulu le faire. J'aimerais un jour donner ma version."Et sur sa capacité à faire monter son nouveau club comme il l'a fait avec Nantes, Thierry Anti répond par une pirouette : "Laissez-moi du temps. On ne peut pas comparer la Loire-Atlantique à la Provence.
Une analyse lucide et une exigence constante
Même après son départ, Thierry Anti est resté un observateur attentif du HBC Nantes. Ses analyses sont toujours pertinentes et son exigence envers les joueurs est intacte. Il n'hésite pas à pointer les lacunes et à encourager les améliorations.
Lors d'une période difficile pour le club, avec quatre défaites en huit journées de championnat, Thierry Anti avait déclaré : "Certains joueurs se sont égarés du projet commun. Ils se sont dispersés. Ils ne donnent plus ce qu'ils peuvent donner. Ils ont des préoccupations personnelles. De là à dire qu'ils prennent les matchs de Ligue des Champions plus au sérieux que les matchs de championnat, je n'ose l'imaginer. En Ligue des Champions, on a tout à gagner alors qu'en championnat, on a tout à perdre. Mais ça, on doit l'assumer. Nous sommes peut-être dans une phase d'apprentissage du très haut niveau".
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Il avait également ajouté : "Je ne suis pas content. Je sais qu'on a pris du retard en championnat. Je suis plutôt déçu d'avoir perdu des points sur des concurrents directs. C'est un gros challenge qui nous attend. Et dans la conjoncture actuelle, j'espère avoir l'équipe pour réaliser ce retour. Nous sommes dans une mauvaise situation. Il faut en prendre conscience. Aujourd'hui, nous avons un vrai handicap".
Malgré les difficultés, Thierry Anti restait confiant : "Non, il n'y a pas de crise chez nous. C'est une situation qui n'est pas acceptable vis à vis des objectifs du club. C'est clair. Mais il n'y a pas de crise entre les joueurs et le staff. Pas de crise entre les dirigeants et le staff. La règle, on la connait. Si les résultats ne sont pas là, c'est l'entraîneur qui sera en première ligne. Mais, cela ne m'inquiète pas plus que ça. Je préfère me concentrer sur le fait d'améliorer les choses".
Un retour en tant que conseiller
Aujourd’hui, à 65 ans, il a intégré le club de Chartres en tant que conseiller du club. « Vous savez. On naît, on vit… puis un jour on meurt (rires). » Derrière cette belle prose aux pensées philosophiques se cache un nom bien connu dans le milieu du handball. « Je ne pense pas que je vais être oublié. D’abord pour le club, auprès du président, Steeve Baron, afin « d’améliorer le fonctionnement actuel et changer l’image de ce club ». L’ancien entraîneur du HBC Nantes (2009-2019) poursuit : « Je fais des états des lieux et présente ce que le club pourrait modifier. LIRE AUSSI. HBC Nantes. Conseiller du président, il est aussi « coach du coach ». Depuis son premier club entraîné dans l’élite française, l’US Créteil en 1988, Thierry Anti a chopé toutes les petites astuces du fin tacticien. Il les transmet aujourd’hui à Nebojsa Stojinovic, entraîneur serbe de 48 ans, en « manque d’expérience, de vécu ». Il complète : « J’ai toujours voulu accompagner les coaches mis en fonction sans expérience de terrain. Et pour sa troisième fonction au club, il n’endosse pas le costume « d’ambassadeur », mais presque. Tout compte fait, il passe très peu de temps à Challans, là où il est basé, après son départ du Pays-d’Aix en mars 2023. Il est bien loin des actions ponctuelles qu’il envisageait au départ. À 65 ans, l’ancien joueur s’en est passé, sans y rester trop éloigné. « Il y a un rééquilibrage à faire dans l’effectif, mais ce n’est pas si simple, surtout pas avec nos 3,5 - 4 millions d’euros, association comprise. Si on arrive à 5 millions, ça serait déjà pas mal », admet le consultant sur Eurosport pour les matches européens. La formation, loin des projecteurs, est aussi ciblée par l’ancien tacticien : « Le club faisait jouer beaucoup de joueurs étrangers. Sauf que la formation à l’Élite, c’est important en France.
Chartres reçoit les Nantais du HBC Nantes, ce vendredi 23 février (20 h) pour le compte de la 18e journée de Starligue. Ce sera l’occasion pour Thierry Anti de revoir une équipe nantaise qu’il a bien connue en tant qu’entraîneur (2009-2019).
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