L'univers du rugby est riche en symboles et en traditions. Chaque équipe, chaque nation, arbore fièrement un emblème qui la représente, un écusson qui raconte une histoire, véhicule des valeurs et suscite l'enthousiasme des supporters. Des emblèmes particuliers à l'identité nationale, cet article explore l'histoire et la signification de quelques écussons emblématiques du monde du rugby.
L'Angleterre et le XV de la Rose
L'équipe d'Angleterre de rugby, connue sous le nom de XV de la Rose, porte un symbole profondément enraciné dans l'histoire du pays : la rose rouge. Cet emblème incarne la tradition, l'élégance et la puissance. Contrairement aux autres sélections nationales qui ont opté pour le symbole des Three Lions en référence aux armoiries de l'Angleterre, la Fédération anglaise de rugby a choisi de se démarquer en optant pour une rose de couleur rouge.
L'origine historique de la rose rouge
L'histoire de la rose rouge remonte à la Guerre des Deux-Roses (1455-1485), un conflit qui opposa deux grandes maisons nobles d’Angleterre : les Lancastre (représentés par une rose rouge) et les York (représentés par une rose blanche). Vainqueur de la bataille de Bosworth Field, le roi Henri VII met un terme à la Guerre des Deux-Roses (1453-1483), une guerre civile qui opposait la maison royale de Lancastre à celle d'York. La première maison avait pour emblème une rose rouge et la seconde un rose blanche, d'où le surnom de cette guerre civile. Henri VII, qui ouvrira la dynastie des Tudors se maria ensuite avec Elisabeth d'York. À l’issue de la guerre, la fusion des deux roses donna naissance à la Rose Tudor, symbole d’unité nationale.
En 1871, lorsque l’Angleterre disputa le tout premier match international de rugby contre l’Écosse, l’équipe anglaise choisit d’arborer une rose rouge de Lancastre comme emblème, un choix qui perdure depuis plus de 150 ans. Ce symbole est ainsi devenu indissociable du rugby anglais, représentant à la fois son héritage historique et son identité sportive. Rose symbole Angleterre.
Une majorité d'entre eux affirme qu'au XVIe siècle, Lawrence Sheriff, le fondateur de la Rugby School, un établissement d'enseignement prestigieux où fut inventé le rugby vers 1820, reçut l'autorisation de la Reine Elizabeth Ière d'utiliser cet emblème. La rose rouge s'est donc retrouvée sur les uniformes des élèves de cette école pendant plusieurs siècles.
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Mais une autre hypothèse est avancée à l'occasion de ce premier match. Plusieurs membres du comité directeur de la Fédération anglaise de rugby étaient originaires du Comté de Lancashire, au nord de l'Angleterre. Un territoire comprenant notamment Liverpool et Manchester. Or, le symbole de ce Comté est justement une rose rouge.
Un symbole de prestige et de puissance
Dans le Tournoi des 6 Nations (M6N), la rose rouge est bien plus qu’un simple logo, elle est le reflet de l’ADN du rugby anglais. À chaque édition, le XV de la Rose entre en lice avec la volonté de dominer ses adversaires et d’imposer son style de jeu, basé sur la rigueur, la puissance et l’organisation.
Ce blason accompagne l’équipe lors de ses plus grands succès, notamment ses 29 victoires dans le Tournoi des 6 Nations, ses 13 Grands Chelems, ainsi que son sacré en Coupe du Monde en 2003, un exploit unique pour une équipe européenne.
Chaque rencontre entre l’Angleterre et ses rivaux historiques que ce soit la France pour le Crunch, l’Écosse pour la Calcutta Cup ou encore l’Irlande et le Pays de Galles pour la triple couronne est marquée par cette fierté de porter la rose, qui inspire les joueurs et les supporters.
Ainsi, à travers le temps, la rose rouge est devenue bien plus qu’un simple emblème : elle est le symbole du rugby anglais, de son histoire et de son ambition de rester une nation incontournable du Tournoi des 6 Nations et du rugby mondial.
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Le Coq Gaulois : Emblème du Rugby Français
Le Stade de France, théâtre de rencontres rugbystiques mémorables, résonne souvent du chant du coq, emblème indissociable du XV de France. Son apparition officielle remonte à 1910, marquant un tournant dans l'identité visuelle de l'équipe.
Un symbole d'identité nationale
Le choix du coq, loin d'être arbitraire, s'inscrit dans une volonté d'affirmer une identité nationale forte, de se démarquer des autres nations et de s'ancrer dans l'histoire de la France.
L'adoption du coq n'est pas un hasard. Le mot "gallus" en latin désigne à la fois le coq et les Gaulois, soulignant un lien direct avec les origines de la nation française. Ce choix symbolique, riche de sens, renvoie à la fierté nationale, à l'héritage historique et à la combativité du peuple français. Il s'agit d'un symbole préexistant, déjà présent dans la culture et l'imagerie françaises, que le rugby a su s'approprier et sublimer.
La symbolique du coq
Au-delà de son lien avec l'histoire gauloise, le coq possède une symbolique riche et multifacette. Il est souvent associé à la vigilance, à la combativité, à la fierté et au renouveau. Il symbolise la capacité à se relever après les épreuves, à faire face à l'adversité avec bravoure et à toujours viser la victoire. Ces qualités, essentielles dans le rugby, font du coq un emblème parfaitement adapté à ce sport.
L'évolution du coq
L'emblème du coq a subi quelques transformations au cours des années. Ces changements esthétiques reflètent l'évolution du rugby français, tout en préservant l'essence même du symbole.
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Malgré ces modifications, le coq reste un symbole intemporel, reconnaissable instantanément par les amateurs de rugby du monde entier. Il s'étend à tous les supports de communication de la Fédération Française de Rugby (FFR), aux équipements, aux stades et même aux objets dérivés. Devenu un élément clé du merchandising, le coq contribue à la popularisation du rugby et renforce l'attachement des supporters à l'équipe nationale.
Sa présence au Stade de France, lors des matchs internationaux, amplifie encore sa portée symbolique. Le coq, présent sur les écrans géants, les drapeaux et les différents supports marketing, devient un élément central de l'expérience du spectateur, renforçant son association avec le rugby français et le prestige des matchs au Stade de France.
L'impact du coq sur l'image du rugby français
L'emblème du coq a contribué à façonner une image forte et reconnaissable du rugby français à l'échelle internationale. Il est devenu synonyme de combativité, de fierté nationale et d'excellence sportive. Cette image positive attire les sponsors, les joueurs et les supporters, contribuant à la croissance et au développement du rugby français.
Le coq est également un facteur d'unification pour la communauté rugbystique française. Il représente les valeurs partagées par tous les acteurs du rugby, des joueurs professionnels aux amateurs, en passant par les entraîneurs, les arbitres et les supporters. Il symbolise l'appartenance à une grande famille, unie par la passion du ballon ovale et la fierté de porter les couleurs de la France.
Le coq dans le contexte sportif mondial
Comparé aux emblèmes d'autres nations rugbystiques, le coq gaulois se distingue par son caractère unique et sa forte charge symbolique. Il dépasse le cadre purement sportif pour s'inscrire dans une dimension culturelle et nationale plus large. Il contribue à l'image de la France dans le monde sportif, lui conférant une identité forte et mémorable.
Autres emblèmes emblématiques
Outre la rose anglaise et le coq gaulois, de nombreuses autres équipes de rugby arborent des emblèmes riches en histoire et en signification.
L'Écosse : le XV du Chardon
Le chardon est depuis des siècles le symbole du pays. Son origine remonterait au Moyen-âge et serait un hommage à la victoire des Écossais contre des envahisseurs vikings. Ces derniers auraient marché pieds nus sur des chardons lors d’une attaque nocturne. Les cris de douleur des vikings auraient réveillé les Écossais. C’est donc grâce à cette plante épineuse que les Écossais ont pu sauver le pays.
Le pays de Galles : le XV du Poireau
L’équipe galloise est aussi parfois désignée comme le «XV du poireau» car ce légume est l’emblème de ce pays. L’origine de cette appellation est à puiser dans une autre légende. Selon la légende, il remonterait à une bataille du VIIe siècle face aux Saxons qui se serait déroulée à proximité d'un champ de… poireaux. Le roi David de Menévie, saint patron du pays de Galles, aurait ordonné à ses troupes de porter la plante sur leur casque afin de se distinguer de leurs adversaires. Stratégie payante puisque les Gallois parvinrent à triompher et à repousser l'ennemi. Le saint patron du pays de Galles, Saint David , aurait eu l'idée de cette tactique qui mena son peuple à la victoire.
L'équipe galloise porte également parfois les plumes d’autruche. Les origines de cet emblème remontent au XIVe siècle. La légende veut que ce soit Edouard III d'Angleterre qui a introduit ce fameux duvet à la Cour durant la Guerre de Cent Ans qui opposa le Royaume de France au Royaume d'Angleterre (1337-1453). Lors de la bataille de Crécy (1346), le victorieux Edouard III aurait récupéré le heaume de Jean Ier du Luxembourg, roi de Bohème. Or, ce casque était orné de trois plumes d'autruche. Le Roi d'Angleterre aurait alors transmis ces insignes ainsi que la devise de Jean l'aveugle, «Ich Diene», qui signifie «Je sers», à son fils Edouard Plantagenêt, «le Prince Noir». L'autre hypothèse évoque le mariage d'Edouard III avec Philippa de Hainaut, en 1327. Les plumes d'oiseau seraient apparues pour la première fois au Château de Windsor après leur union. Si la famille royale d'Angleterre adopta cet emblème dès le XIVe siècle, le premier Prince de Galles à le présenter sous sa forme moderne (trois plumes blanches encerclées par une couronne qui porte l'inscription Ich Dien) fut Arthur Tudor (1486-1502).
L'Irlande : le Trèfle
Lors de sa mission d'évangélisation de l'Irlande, Saint-Patrick aurait ainsi utilisé un trèfle pour représenter la Sainte Trinité. Cette plante et sa couleur verte sont, depuis, des marqueurs incontournables du pays et de ses sélections. Selon la légende, Saint-Patrick se serait servi d’un trèfle à trois feuilles pour illustrer la Sainte Trinité. Depuis, la couleur verte et le trèfle incarnent le patriotisme.
L'Australie : les Wallabies
Aux origines, la sélection australienne aurait dû être connue sous le nom de "rabbits", "les lapins". Un surnom choisi par des journalistes britanniques, trois ans après avoir fait de la Nouvelle-Zélande les "All Blacks". Mais en Australie, le sobriquet fait lever quelques sourcils. D'une part car les lapins, qui envahissent littéralement l'île, sont considérés comme des nuisibles et d'autre part car leur présence est directement liée à la colonisation britannique, les Anglais ayant importé le mammifère en Océanie. L'équipe d’Australie est surnommée "les Wallabies" en référence au wallaby, un marsupial cousin du kangourou très répandu en Australie. Le nom trouve ses origines en 1908, lors de la première tournée de l’Australie au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Au départ, les médias anglais voulaient les appeler les lapins (ou rabbits) mais les Australiens ont préféré choisir un animal originaire d’Australie.
La Nouvelle-Zélande : les All Blacks
Il existe plusieurs hypothèses quant à l’origine de l’emblème de la fougère pour l’équipe de Nouvelle Zélande. Elle proviendrait du capitaine de l’équipe de 1888, Joe Warbrick qui choisit ce symbole en lien avec un proverbe Maori : “Quand un combattant tombe, un autre se lève. Quand une fougère meurt, une autre naît”. La fougère argentée est une plante endémique de la Nouvelle-Zélande. Elle a la particularité de posséder des feuilles dont le dessous est de couleur blanc-argenté. L’emblème de la fougère pourrait provenir de la légende maorie de Rahitutakahina. Enlevée par une tribu rivale, elle aurait réussi à indiquer le chemin à son mari en repliant le bout des feuilles vertes de fougères pour faire apparaître leur dessous argenté. La fougère possède également des propriétés médicinales, elle éloigne les forces du mal, protège contre les démons et les mauvais esprits. En ce qui concerne le nom “All Blacks”, c’est en 1905 lors de leur première tournée en Grande-Bretagne qu’un journaliste anglais aurait déclaré “They are all backs” soit “Ce sont tous des arrières”. Mais à l’impression du journal, la phrase serait devenue “They are all blacks” soit “Ils sont tous noirs”. L’article en question n’a jamais été retrouvé.
L'Afrique du Sud : les Springboks
Les journalistes britanniques souhaitaient que chaque équipe ait un surnom. Le springbok est le nom afrikaner d’une gazelle brune et blanche d’Afrique méridionale. Ce symbole a été adopté en 1906, lors d’une tournée des Sud-Africains en Grande-Bretagne. Mais à la fin de la ségrégation raciale, le Conseil national Africain imposa en 1994 la Protea, une plante typique d’Afrique du Sud, comme emblème national du pays. Pendant un temps les deux symboles ont cohabité. Depuis 2008, les deux emblèmes sont séparés : le springbok est sur la poitrine droite et la Protea sur la poitrine gauche. Et se sont tournés vers l'antilope sauteuse, dite "springbok" en Afrikaans, langue germanique issue du passé colonial néerlandais.
L'Argentine : les Pumas
En toute logique, il devrait s'agir d'un puma, l'animal désignant depuis des décennies la meilleure sélection d'Amérique latine. Et pourtant, c'est bel et bien un jaguar qui orne le blason. Une incongruité qui, là-encore, s'explique par la bévue d'un journaliste ayant confondu les deux fauves. L’emblème de l’équipe d’Argentine était un jaguar au-dessus des initiales UAR (Union Argentina Rugby). Cependant en 1965, à la suite de l’erreur d’un journaliste, qui aurait confondu le jaguar avec un puma, l’Argentine fut surnommée “los Pumas”. Une erreur que les Argentins avaient acceptée. Ils viennent désormais d’officialiser l’erreur en remplaçant le jaguar par un puma. Le surnom "Pumas" est pourtant conservé depuis 1965…
Italie: Couronne de Lauriers
L’emblème de l'Italie au rugby est une couronne de lauriers. La couronne de lauriers était portée par les empereurs romains et par les généraux en récompense de leurs victoires militaires. Elle symbolise ainsi les victoires de l’empire romain et notamment celles de Jules César dans l’Antiquité.
Japon: Fleur de cerisier
Les Japonais ont une véritable passion pour les fleurs de cerisier (sakura en Japonais). Elles font partie des emblèmes du pays. Le nom provient du rugby à VII où l’équipe est reconnue pour sa vitesse et son adresse.
Roumanie: Feuille de chêne
L’équipe est surnommée les chênes, les stejarii en roumain. La feuille de chêne est le l'emblème de la fierté et de la force pour la Roumanie. Cet arbre est un symbole national très présent sur le territoire roumain et représente la force des joueurs de l’équipe nationale.
Géorgie: Rosace bordeaux et noir
L'emblème géorgien représente une rosace rouge aux teintes bordeaux associée à des faisceaux noir. Ces derniers sont un rappel au Lelo Burti, un jeu géorgien cousin du rugby qui a fait son apparition il y a près de 1 000 ans.
Chili: Condor
Le Chili participe à sa première Coupe du monde. Son emblème est un oiseau et plus précisément un condor, qui est le symbole national au Chili. Avec ses grandes ailes, il règne sur les pays andins (Pérou, Argentine, Bolivie, Chili, Colombie et l 'Équateur).
Uruguay: Vanneau Téro
L'équipe est surnommée "los Teros" en référence au vanneau téro qui est une espèce d'oiseaux très présent en Amérique du Sud. Il a la réputation d’être courageux et agressif.
Îles Samoa: Armoiries Samoanes
L’équipe de rugby des Îles Samoa a comme symbole les armoiries samoanes. Elles représentent la mer, un cocotier et des étoiles de la Croix du sud. Ces armoiries sont entourées de lauriers et surmontées d’une croix chrétienne, symboles de bravoure et de piété. L’équipe de rugby à XV est appelée aussi "Manu Samoa", en mémoire à un ancien chef samoan.