La Draft WNBA : Explication et enjeux pour les joueuses françaises

Le monde du sport aux États-Unis se distingue par sa quête de parité entre les genres, un effort qui se reflète dans les performances sportives féminines de haut niveau, notamment en football, basket-ball et athlétisme. Cette volonté de parité se manifeste également dans les instances dirigeantes, comme en témoigne la NBA, où 40,3% du personnel étaient des femmes en 2020, contrastant avec le comité de direction de la LFP (Ligue de Football Professionnel) en France, composé à 100% d’hommes la même année.

Parmi les ligues sportives américaines les plus prestigieuses, la WNBA (Women's National Basketball Association) occupe une place importante. À l'instar de la NHL (National Hockey League) pour le hockey et de la NBA (National Basketball Association) pour le basket-ball masculin, la WNBA attire l'attention des fans et des joueuses du monde entier. La draft WNBA, processus de sélection des jeunes talents, est un moment clé pour les joueuses aspirant à rejoindre cette ligue.

Qu'est-ce que la Draft WNBA ?

À l’exception du nombre de franchises, la draft fonctionne de la même manière qu’en NBA. La draft WNBA est un événement annuel où les équipes de la WNBA sélectionnent de nouvelles joueuses, principalement issues des universités américaines (NCAA) mais aussi des ligues internationales. Ce système permet de répartir les talents et de donner aux équipes les moins performantes la possibilité de recruter les meilleures joueuses pour améliorer leur effectif.

La draft se déroule en plusieurs tours, où chaque équipe a un tour de sélection basé sur son bilan de la saison précédente. Les équipes avec les moins bons bilans ont plus de chances de choisir en premier, grâce à un système de loterie pour les premiers choix.

Fonctionnement de la Draft WNBA

La Draft WNBA est le système de recrutement des potentielles stars de demain. Lors de cette soirée, organisée chaque année, les 30 franchises se partagent les jeunes stars du championnat universitaire américain (NCAA) et d'ailleurs, selon des règles bien précises.Tous les joueurs de la planète sont automatiquement éligibles l'année de leurs 22 ans.

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La NBA étant une ligue fermée, il n’y a pas de montée ou de relégation entre plusieurs divisions. Les 30 franchises qui composent la ligue ne changent jamais. De ce fait, pour éviter que les plus faibles restent dans les bas-fonds du classement, le système de Draft a été créé. Celui-ci permet de répartir les jeunes talents entre les clubs, donnant priorité aux moins bien classés. Sauf qu’on ne prend pas le classement dans le sens inverse. La raison ? Certaines équipes pratiquaient le "tanking". À savoir, perdre volontairement ses matches afin de terminer la saison à la dernière place afin de recruter le meilleur espoir disponible.

Elle a lieu pendant les Playoffs. Son rôle ? Déterminer l’ordre de passage des franchises lors de la Draft. Dans un premier temps, les 16 équipes qui disputent les Playoffs sont mises de côté et se partagent les 16 derniers choix, répartis selon leur classement. Sont donc concernées les 14 franchises n’ayant pas pris part aux phases finales.

Une fois le top 3 connu, les équipes se partagent les 11 places restantes en fonction de leur classement. Vient ensuite la période des workouts. À comprendre, le moment où sont testés les potentiels futurs joueurs NBA. Qu’ils viennent de NCAA (équipes d’universités américaines) ou d’ailleurs, les basketteurs considérés comme à fort potentiel ont été suivis tout au long de l’année par des scouts NBA. Ce sont des recruteurs de clubs parcourant le monde à la recherche d’une pépite. Une fois les différents joueurs ciblés, ces derniers sont invités par les franchises afin de les tester. Ces sessions individuelles permettront aux clubs de voir si le joueur qu'ils convoitent leur correspond en termes de style de jeu (besoin) et de niveau (intérêt).

Une fois que les différentes franchises connaissent leur position au sein de la Draft et après avoir ciblé les jeunes talents qu’ils souhaitent ajouter à leur effectif, libre à elles d’échanger leurs choix de Draft. L’ordre définitivement établi, le patron de la NBA, Adam Silver, déclarera ouverte la Draft. Avec la célèbre tirade de son prédécesseur, David Stern, il annoncera le premier choix.

Les choix s’enchaîneront ensuite toutes les cinq minutes, afin de laisser le temps aux équipes de s’ajuster, et ce, jusqu’au 60e choix. La quasi-totalité des joueurs draftés au premier tour recevront dans la foulée un contrat garanti de deux ans. Pour ceux issus du 2e tour, certains auront un contrat plus précaire, d’autres rien du tout.

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Le cas particulier de Leila Lacan

La meneuse de l’Ufab, Leila Lacan, est susceptible de être draftée. Si beaucoup de spécialistes de la ligue américaine l’envoient au premier tour, elle devrait toutefois rester en France la saison prochaine. Leila Lacan vise les Jeux olympiques avant les États-Unis.

Caroline Aubert est catégorique : draft ou pas, l’avenir de Leila Lacan ne s’écrira pas de l’autre côté de l’Atlantique la saison prochaine. Cet été il y a les Jeux, l’été suivant l’Euro. Ce sont ses priorités. Mais c’est plutôt un avantage pour la franchise qui va la drafter, puisqu’elle aura ses droits pendant trois ans. Alors que si elle venait cette année, et qu’ils décidaient de ne pas la conserver dans leur effectif de 11-12 joueuses, il faudrait la couper. Pour les franchises, drafter une jeune européenne en misant sur l’avenir est une stratégie courante. C’est le jeu !

Les enjeux pour les joueuses françaises

Le dilemme auquel sont confrontées les joueuses françaises est particulièrement illustré par les propos de Céline Dumerc : « Les filles n'ont pas le même rapport avec la WNBA que les garçons avec la NBA. Ça ne m'a jamais fait rêver plus que ça. Je suis curieuse, mais pour rien au monde je ne raterais le moindre stage de l'équipe de France pour y aller. » Une saison dans la WNBA s'étend de mai à août (voire septembre), ce qui peut entrer en conflit avec les engagements en équipe nationale.

Collision des calendriers

Les joueuses françaises se confrontent toutes au dilemme. La capitaine des Bleues (bientôt 30 ans) n'avait «pas vraiment besoin de la WNBA». Voyait «tout ça comme un plus». Mais «c'était peut-être l'année ou jamais», explique l'intérieure de Schio, qui a «demandé la permission à Valérie Garnier (sélectionneuse de l'équipe de France) de louper la préparation pour la Coupe du monde (22-30 septembre) et de rejoindre le groupe un peu plus tard». «Si on m'avait demandé de choisir entre l'équipe de France et la WNBA, je ne suis pas sûre que j'aurais pris cette décision, reprend Miyem. L'équipe de France est et a toujours été la priorité de ma carrière. Je crois que c'est pareil pour les autres.»

Edwige Lawson-Wade, Bleue la plus capée en WNBA (141 matches disputés), s'était écartée de la sélection pendant quelque temps pour privilégier sa carrière aux États-Unis. Son discours n'échappe pas à la règle. «Rien ne passe avant l'équipe de France, dit-elle aujourd'hui. Mais je n'avais pas hésité à l'époque car il y avait une période de transition en sélection et que la WNBA était vraiment un but pour moi.»

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L'aspect financier et les conditions de travail

La WNBA est une Ligue d'été et représente un salaire dont les meilleures joueuses n'ont pas besoin. Une Américaine de top niveau gagne peut-être 120 000 dollars sur une saison de WNBA et 1 million sur une saison d'Euroligue. C'est incomparable. La FFBB évoque d'autres sommes : «6 500 $ de salaire pour la saison pour une rookie, 72 000 $ en moyenne pour l'ensemble des joueuses».

James Wade est assistant-coach du Minnesota Lynx, où deux Françaises, Miyem et la jeune Lisa Berkani (bientôt 21 ans), vont évoluer cet été. L'entraîneur explique autrement la rareté des Bleues en WNBA. «Le vrai problème, soutient-il, c'est que le championnat de France est le championnat le plus long en Europe. Or, il est très important pour les staffs et les coaches ici que les joueuses soient présentes lors du training camp, qui commence fin avril chez nous. C'est peut-être la période la plus importante en dehors des play-offs. Beaucoup de choses s'y jouent. L'équipe s'y construit.»

La ligue féminine est aussi, comme son nom l’indique, une “succursale” sous perfusion de la NBA puisque cette dernière envoie annuellement 15 M de dollars afin de financer les coûts d'opérations (déplacement, hôtels, marketings, administration) et détient 50% de la Ligue, tandis que les autres 50% sont détenus par les 12 franchises WNBA.

Adaptation et culture

«Les filles ne cherchent pas du tout à nouer des contacts très enrichissants, observe Audrey Sauret à son arrivée aux Washington Mystics (2001). Nous, les étrangères, (…) on nous considère comme pas grand-chose.» «En tant qu'Européenne, c'est plus difficile de s'imposer, prolonge Ayayi. Plus que pour une Américaine sortie de fac en tout cas. On n'est pas connues là-bas. L'Euroligue, ça ne les intéresse pas forcément.»

Le challenge, pour ces joueuses biberonnées aux standards collectifs européens, consiste à s'adapter à un style de jeu qui couronne les individualités. «Si (on a) plus de mal à s'imposer, c'est parce qu'ici on aime plus les joueuses extrêmement physiques, spectaculaires», décrypte Sauret, en 2001. «On a peut-être une demi-seconde pour prendre une décision sur un parquet en Europe et un quart là-bas», évalue Lawson-Wade, pour qui «85 % (des entraîneurs aux États-Unis) ne connaissent rien du tout à l'Europe».

Succès et défis des Françaises en WNBA

Onze Françaises ont déjà joué en WNBA. Les francs succès sont rares. Isabelle Fijalkowski, pionnière des Bleues, a passé les deux premières saisons de l'histoire de la Ligue (1997-1998) dans le costume d'une joueuse majeure chez les Cleveland Rockers. Gruda a remporté le titre avec Los Angeles (2016), Lawson-Wade a échoué en finale des play-offs sous les couleurs de San Antonio (2008). Mais l'été n'est pas toujours radieux pour les Tricolores qui choisissent l'exil.

«J'étais venue pour vivre le meilleur de la WNBA sur le parquet. Or, je ne jouais pas tout en sachant pertinemment que j'avais le niveau, regrette l'éphémère joueuse du New York Liberty (2 matches disputés). Il n'y avait pas d'échange ni de dialogue avec la coach, Pat Coyle.» L'aventure prend fin prématurément. Gomis rejoint l'équipe de France à temps pour le début de la préparation au Mondial brésilien. Sans amertume. «Le contrat de trois ans a été coupé mais je n'écoute pas ceux qui disent : “On te l'avait bien dit.” Et alors ? J'ai vu ce que je voulais voir.»

Toutes décrivent un monde à part. «Il n'existe aucun équivalent, mesure Lawson-Wade. On jouait à San Antonio devant 9 000 personnes en moyenne. Et même si je n'ai pas pu disputer la finale car j'étais blessée, je me souviens d'une ambiance extraordinaire.»

Les bénéfices à long terme

«J'ai beaucoup travaillé mon shoot extérieur car je pouvais moins aller dans la raquette», explique Lawson-Wade. «Jouer (là-bas) m'a permis de progresser à tous les niveaux, apprécie Gruda. Que ce soit dans le jeu défensif ou offensif, dans la récupération, etc. Je suis devenue meilleure et j'ai appris à prendre de la hauteur sur tout.» Seize matches dans la Ligue nord-américaine et de nombreuses séances d'entraînement ont suffi à booster la carrière d'Ayayi. «Quand je suis revenue en France, j'étais une autre joueuse, se remémore l'ailière de Bourges. J'ai passé un cap en allant là-bas pendant quelques mois (à 21 ans). J'ai pris une autre dimension. C'est l'année d'après que je remporte mon premier titre avec Montpellier. Ça ne peut pas être anodin.»

Les salaires en WNBA : Une évolution en cours

Les salaires, qu’ils soient ceux des rookies ou des vétérans, sont déterminés à partir d’un partage des revenus de la Ligue, somme acronymisée sous le terme B.R.I (Basketball Related Income). Véritable magot amassé par la Ligue, il englobe les ventes des billets et des “concessions” (bad news, votre bière payée 8 dollars au Madison Square Garden lors de votre venue paie le salaire de votre joueur détesté), les contrats TV, la publicité, etc…

Le gâteau que doivent se partager les joueuses et propriétaires de franchises WNBA ressemble, lui, plus à un cookie, et sans les pépites de chocolat pour le rendre plus savoureux… Moins de matches (82 de saison régulière, plus de longues séries de playoffs, pour les hommes contre 40 pour les femmes, ainsi que des séries de playoffs plus courtes, pour les femmes). Moins d’argent provenant des diffuseurs : la WNBA reçoit annuellement 60M de dollars de la part d’ABC-ESPN, Amazon Prime et CBS, alors que leurs homologues masculins en reçoivent actuellement 2,6 milliards… avant de sans doute signer prochainement un deal ramenant 7 milliards par an jusqu’en 2037 ! Au final, la WNBA n’accumule “que” 200 millions de dollars en BRI.

Particularité du partage de revenus entre les joueuses et les franchises WNBA, les actrices du jeu ne reçoivent en moyenne que 10% du montant global amassé par la Ligue car, en WNBA, les revenus de la Ligue sont séparés de ceux des franchises. Et les salaires des joueuses sont calculés, et payés, à partir de ce que les franchises accumulent. A savoir les ventes de billets, de produits dérivés, les deals TV et marketing locaux selon les règles édictées dans le CBA de la WNBA, lui, signé en 2020 et courant jusqu’en 2027 (mais qui pourrait être dénoncé (“opt out”) par une des deux parties dès 2025).

Mais les choses changent, et ce d’autant plus avec l'arrivée d’une rookie aussi hypée que Caitlin Clark. Signe de l'évolution des temps ? Le nouveau programme, appelé “Charter Program”, mis en place par la ligue depuis le début de la saison 2024, permettant aux équipes de se déplacer en charter et non plus sur les lignes régulières. Une vraie amélioration lorsqu’on se rappelle que le New York Liberty avait pris une amende de 500 000 dollars en 2022 pour avoir effectué 8 vols “charter” au cours de la saison, créant ainsi “un avantage compétitif injuste” et contraire au CBA signé, qui ne leur accorde que des droits à des sièges “Economy Premium” sur des vols réguliers.

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