Le Rugby : Du Statut Amateur au Professionnalisme, Une Révolution Historique

Il y a trente ans, le 26 août 1995, une déflagration éclatait dans les sous-sols de l’hôtel Ambassador, boulevard Haussmann à Paris. Le rugby devenait officiellement professionnel, marquant un tournant irréversible dans l'histoire de ce sport séculaire. Cette transformation, fruit de pressions économiques et de l'émergence de figures influentes, a redéfini les structures, les compétitions et l'esprit même du rugby.

Les Prémices de l'Amateurisme

Les origines du rugby remontent au XIXe siècle en Angleterre, où il était pratiqué dans les écoles et universités britanniques. Le rugby était alors perçu comme un sport noble, réservé aux élites, où l'amour du jeu primait sur toute forme de compensation financière. Cette philosophie de l'amateurisme s'est ensuite répandue à travers le monde, avec la création de clubs de rugby en France, en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud.

Pourtant, malgré sa popularité croissante, le professionnalisme restait un tabou. L'idée de rémunérer des joueurs pour leur participation était souvent mal perçue et condamnée par les instances sportives.

Le Contexte de la Révolution de 1995

Plusieurs facteurs ont contribué à la professionnalisation du rugby. Tout d'abord, la pression des joueurs eux-mêmes, qui sacrifiaient leur temps et leur énergie sans contrepartie financière, tout en étant fortement sollicités par leurs clubs et équipes nationales. De plus, la concurrence avec d'autres sports professionnels, notamment le football, qui attirait les meilleurs athlètes grâce à des contrats lucratifs, se faisait de plus en plus sentir. Enfin, l'évolution du marché sportif mondial, avec une emphase croissante sur le commerce et les médias, a également joué un rôle déterminant.

Les patrons du rugby mondial étaient sous pression car depuis trois mois une offensive s’était déclarée. Un magnat des médias australiens, nommé Kerry Packer, avait fait contacter les meilleurs joueurs pour lancer un circuit professionnel parallèle.Packer était à couteaux tirés avec Murdoch sur le marché du XIII australien. Packer en détenait les droits mais Murdoch avait décidé de lancer sa propre compétition dissidente à coups de millions.

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L'Acte Fondateur : Le 26 Août 1995

Le 26 août 1995, les 21 membres du Conseil de l’International Board ont dynamité plus d’un siècle d’histoire. On pouvait désormais officiellement payer quelqu’un pour jouer au rugby. Les grands caciques dont les Français Bernard Lapasset et Marcel Martin pondent un communiqué fondamental dont chaque terme est pesé au trébuchet. : "Nous avions fait exprès de ne jamais employer le terme "professionnalisme", expliqua plus tard Bernard Lapasset, car nous voulions un nouveau rugby "open", c’est-à-dire adapté à chaque pays, selon ses spécificités."

Les débats duraient depuis deux jours : "Tout le jeu consistait à faire voter les membres à l’unanimité, point par point. En plus, je ne voulais pas de vote secret. Chacun devait s’exprimer à main levée, c’était trop important. Celui qui aurait voté non aurait dû dire pourquoi." On trouvait dans cet aréopage toutes les tendances de la planète ovale. Il y avait les modernistes radicaux (Australiens et Sud-Africains), les modernistes modérés (Néo-Zélandais), les conservateurs bon teint (Gallois, Irlandais, Écossais, Argentins), avec les Français et les Anglais en position d’arbitres centristes, avec un soupçon de nostalgie face à l’amateurisme finissant. Mais les Sudistes avaient le vent en poupe, à l’image de Louis Luyt, le tonitruant patron de la Fédération sud-africaine. La victoire des Springboks en Coupe du monde l’avait rendu encore plus flamboyant que d’habitude. D’entrée de jeu, il balaie les propositions européennes qui voulaient qu’on paie les joueurs seulement pour le droit à l’image : "Moi, j’ai beaucoup d’argent à ma Fédération. Mes provinces aussi. Ou on laisse chacun gérer l’argent comme il veut et c’est le bordel, où je suis le patron de mes joueurs du 1er janvier au 31 décembre, de 9 heures à 17 heures, et ils seront sous mes ordres. Le marathon pouvait débuter mais la tendance donnée par le boss de Johannesburg ne s’estomperait pas, même si d’après Marcel Martin, les Européens et en particulier les Irlandais multiplient les questions les plus sensées sur les bouleversements qui se profilent. "J’avais toujours considéré que le vote clé serait celui des Irlandais. Quand j’ai vu que Tom Kiernan et Syd Millar levaient le bras. J’ai compris que c’était gagné."

Ce vote historique, Lapasset le préparait depuis deux mois au sein d’une commission spéciale, avec le Gallois Vernon Pugh (décédé en 2003), l’Écossais Fred McLeod et le Néo-Zélandais Rob Fisher.

Conséquences Immédiates et Évolution du Rugby Professionnel

La professionnalisation du rugby a entraîné des changements profonds et rapides. Les clubs se sont adaptés en signant des contrats avec leurs joueurs, et des sponsors majeurs se sont associés aux compétitions, apportant un soutien financier considérable.

La création de la Ligue Nationale de Rugby (LNR) en France, en 1998, a structuré le championnat français, assurant une meilleure visibilité et des revenus plus stables.

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Depuis 1995, le rugby a connu une croissance exponentielle, avec des matchs spectaculaires retransmis dans le monde entier. Les Coupes du Monde de rugby attirent des millions de téléspectateurs, et les équipes nationales sont devenues des marques mondiales. L’intensification des entraînements et le développement des centres de formation ont produit une nouvelle génération de joueurs encore plus talentueux et préparés physiquement.

Impact Économique : Une Transformation Radicale

L'impact économique du rugby a été spectaculaire. Les budgets des clubs et les salaires des joueurs ont connu une croissance significative.

En France, Bernard Lapasset était obligé de monter à 310 000 francs la prime annuelle maximale des internationaux. "Mais je ne me souviens pas d’un chantage éhonté. Les joueurs ont été très responsables", nous confia dix ans plus tard le président de la FFR. Il y eut bien quelques tensions et quelques filouteries. Mais aujourd’hui, les protagonistes préfèrent en parler comme d’une discussion entre gentlemen.

Impact économique du rugby

AnnéeBudget moyen d’un club françaisSalaire annuel moyen d’un joueur
1995500 000 €25 000 €
202020 000 000 €300 000 €

Ces chiffres illustrent la transformation financière du rugby, avec une monétisation effective et un succès économique durable.

Formatage :Depuis quelques années, lui et ses collaborateurs observent l’éclosion d’une nouvelle génération de rugbymen qui n’ont connu le rugby qu’en tant que sport professionnel. « Maintenant, pratiquement 80 % des nouveaux capés en équipe de France sont passés par Marcoussis et les sélections ­nationales de jeunes, reconnaît le sélectionneur de l’équipe de France, Philippe Saint-André. Alors qu’à notre époque plusieurs joueurs arrivaient à réussir au plus haut niveau tout en ne venant pas de ces filières ; il y avait parfois le fermier du coin, l’étudiant, ou encore, comme moi, l’ancien joueur de tennis… »

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Les Défis et les Enjeux du Rugby Professionnel

Si le professionnalisme a apporté de nombreux avantages, il a également soulevé des défis et des enjeux importants. L'augmentation du rythme et de l'intensité des matchs a entraîné une "robotisation" des corps, avec une augmentation des blessures et des risques pour la santé des joueurs. Le spectre du dopage plane également, avec des inquiétudes concernant l'utilisation de substances illicites pour améliorer les performances.

Le temps de jeu effectif a doublé :Résultat, on assiste à une « robotisation, voire à une industrialisation des corps, en tant que réceptacle du processus d’entraînement. D’ailleurs, les joueurs s’entraînent tous maintenant avec des GPS entre les omoplates, pour mieux rationaliser leurs mouvements », fait remarquer Daniel Herrero, l’ancien entraîneur du Rugby club toulonnais, aussi célèbre pour son bandana rouge sur le front que pour son Bouclier de Brennus soulevé en 1987. En deux décennies, les « fonctionnalités » de ces joueurs-robots ont augmenté de façon exponentielle. Le temps de jeu effectif a ainsi doublé depuis les années 1990 pour passer de 20 à 40 minutes sur un match qui dure 80 minutes. Ces cadences poussent les joueurs à leurs limites. « Depuis le début de saison, je suis un zombie, je n’arrive pas à retrouver mon niveau. Il faut savoir dire stop, et là, je suis arrivé au point de rupture », déclaré au micro de ­Canal+, en larmes, le pourtant costaud Mathieu Bastareaud, au sortir de la ­défaite de son club de Toulon face au Stade français , le 28 décembre 2014. Toujours plus gaillards, toujours plus musclés, les rugbymen deviennent également de plus en plus dangereux pour leurs condisciples. « Dans les années 1970, certains d’entre eux ne l’étaient que sur 5 mètres carrés », plaisante Guy Novès, l’entraîneur tutélaire du Stade toulousain, club le plus titré de France (19 sacres).« De fait, un joueur de 90 kilos qui vous arrivait à 20 km/h, c’était moins violent que des “golgoths” de 110 kilos qui vous arrivent dessus à 30 km/h. Ce n’est pas tout à fait le même choc à l’impact », illustre Jean-Marc Lhermet, directeur sportif de l’ASM Clermont et ancien joueur du club auvergnat.

Le spectre du dopage :Les joueurs eux-mêmes prennent de plus en plus au sérieux ces menaces qui pèsent sur leur corps, leur outil de travail. « C’est notre santé qui est en jeu, ­estime le capitaine de l’Aviron bayonnais, David Roumieu. Une commotion peut avoir des conséquences sur notre carrière, mais aussi sur l’après-rugby, et ça compte, quand on est père de famille. Il n’y a pas longtemps, j’ai croisé mon ancien coéquipier Eduard Coetzee [qui a mis fin à sa carrière en 2011, pour cause de commotions à répétition]. Il m’a dit qu’il ne pouvait même plus aller voir un match, parce que sinon il avait la tête qui résonnait les jours suivants… » Le spectre du dopage plane également. Du moins à en juger par le bilan alarmant de Françoise Lasne : en 2013, dans le cadre d’une commission d’enquête sénatoriale, la directrice du laboratoire de l’Agence française de lutte contre le dopage a parlé du rugby comme du sport qui présentait le taux le plus important de cas positifs par rapport au nombre de contrôles effectués l’année précédente. « Quand je croise des joueurs de rugby, voire des équipes entières, et que je vois, par exemple, une évolution de leur mâchoire, ce qui est la marque d’une prise d’hormone de croissance, je ne peux qu’être inquiet de l’évolution de mon sport et de la santé à long terme de ses joueurs », lâchera dans la foulée Laurent Bénézech, dans une interview au Monde. Dans l’ouvrage Rugby, où sont tes valeurs ? (La Martinière, 2014), l’ancien international français (15 sélections entre 1994 et 1995) décrit des joueurs qui lui laissent l’impression d’« avoir un code génétique ou un chromosome autre que ceux du reste de l’humanité ». En quelques phrases,Laurent Bénézech s’est mis à dos une bonne partie de l’Ovalie française, au point d’être traîné devant les tribunaux pour diffamation, puis relaxé. « Ce qu’il dit est complètement faux, s’insurge le docteur Jean-Claude Peyrin, président de la commission médicale de la Fédération française de rugby (FFR). Le rugby étant un sport d’engagement physique, on a simplement réfléchi à une préparation physique plus spécifique, orientée vers la musculation. Avec un entraînement approprié et une nutrition appropriée, et sans produits interdits, on peut arriver à faire prendre à un jeune dix kilos entre 19 et 21 ans… Quant à l’histoire des mâchoires, regardez le ­visage des parents ou des grands-parents des joueurs et vous constaterez que cela n’a rien à voir avec une prise de produits. Si vous rencontrez la mère de Fabien Pelous [recordman de sélections en équipe de France], vous ne pourrez pas la manquer, par exemple : elle aussi a la mâchoire carrée… »

De plus, la pression économique exercée sur les clubs peut entraîner des dérives, avec une concentration des richesses et une compétition accrue pour attirer les meilleurs joueurs. Cela peut menacer l'équilibre et la diversité du rugby, en particulier dans les pays où les ressources financières sont limitées.

Obligation de résultats :Outre les corps qui se métamorphosent, le jeu a changé de physionomie. « La transformation sociale et institutionnelle du jeu de rugby a mis en veilleuse notre potentiel créatif », regrette Daniel Herrero. Plutôt que de chercher le décalage, plutôt que de vouloir s’immiscer dans les espaces libres, de plus en plus de joueurs renonceront selon lui à toute finesse : « Quand une muraille se trouve face à eux, ils n’ont aucune réflexion, aucune psyché d’interrogation, aucune hypothèse, ils foncent droit devant, de manière brutale, pour ne pas dire néandertalienne ! Car maintenant seule la victoire compte. » Le technicien attribue cette « extrême tension » à « toute la médiatisation, à toutes les logiques économiques dont fait l’objet le championnat de France ». Soumis à l’obligation de résultats pour continuer à attirer leurs sponsors, les clubs ont désormais mué en entreprises. Des entreprises qui cherchent à optimiser leurs profits en jouant toujours plus de matchs (d’où la création d’une Coupe d’Europe, dès 1995) dans des stades toujours plus grands, histoire d’attirer encore plus de spectateurs, de sponsors, et de journalistes… « De mon temps, c’était toujours les mêmes qu’on voyait, il n’y avait que deux ou trois journalistes qui suivaient l’équipe de France, constate Serge Blanco, ancien arrière du Biarritz olympique et aujourd’hui vice-président de la Fédération française de rugby. Et quand l’un d’eux venait me voir, il venait manger à la maison, que ses papiers soient négatifs ou pas. Alors que maintenant, quand j’arrive à Marcoussis [siège de la FFR dans l’Essonne], je tombe sur 40 journalistes. C’est pour ça que je demande que chacun se présente lorsque l’on me parle. Parfois, en ­conférence de presse, ou à l’aéroport, il y a tellement de monde que certains viennent juste pour mettre leur micro et ne posent même pas une question. Puis, “bim, bam, boum”, ils te concassent de partout. »

L'Avenir du Rugby : Entre Tradition et Modernité

Le rugby professionnel est aujourd'hui un sport mondialisé, avec des enjeux économiques considérables. Il est essentiel de trouver un équilibre entre les exigences du professionnalisme et les valeurs traditionnelles du rugby, telles que le respect, la solidarité et l'esprit d'équipe.

Les agents ont, eux aussi, fait leur apparition ces dernières années autour des stades. Mandatés par les clubs pour faciliter la signature de tel ou tel joueur, ils sont 82 à travailler cette saison avec une licence de la FFR. « Au départ, on nous regardait un peu comme le diable avec une fourche à la main mais, désormais, peu ou prou, les présidents et les instances nous considèrent comme faisant partie du monde du rugby ou en tout cas de son mécanisme économique », rappelle Miguel Fernandez, directeur associé de la filiale française du groupe d’agents Essentially, qui a notamment œuvré à la venue de Dan Carter au Racing Métro.

Il est également important de veiller à la santé et à la sécurité des joueurs, en mettant en place des mesures de prévention et de suivi médical appropriées. Enfin, il est crucial de préserver la diversité et l'accessibilité du rugby, en soutenant les clubs amateurs et en encourageant la pratique de ce sport par tous, quel que soit leur niveau ou leur origine.

Dans l'ensemble, la professionnalisation du rugby a été une transformation majeure qui a redéfini ce sport à bien des égards. Bien qu'elle ait entraîné des défis, elle a également ouvert de nouvelles opportunités et a contribué à la croissance et à la popularité du rugby à travers le monde. L'avenir du rugby dépendra de la capacité des acteurs à trouver un équilibre entre les exigences du professionnalisme et les valeurs fondamentales de ce sport.

Le Top 14 : Un Championnat Phare

En France, le Top 14 est devenu le championnat le plus puissant au monde, un feuilleton plein de suspense, intense et spectaculaire. Ce championnat attire les meilleurs joueurs de la planète, contribuant à l'attrait et à la compétitivité du rugby français.

Yann Delaigue, ouvreur du RCT et du XV de France à cette époque, se confie ce lundi à ICI Provence. Yann Delaigue avait 22 ans le 26 août 1995 quand le rugby a abandonné "les règles de l'amateurisme" et a basculé petit à petit vers le professionnalisme. Ouvreur du RCT et du XV de France à cette date, "le petit Mozart" du rugby revient pour ICI Provence sur cette révolution, qui à l'époque, ne disait pas son nom.

ICI Provence : La professionnalisation du rugby ne s'est pas faite en un jour. Comment avez-vous vécu les discussions et négociations qui ont précédé cette décision ?

Yann Delaigue : Tout est parti de deux milliardaires australiens qui voulaient créer leurs propres compétitions. Pendant la Coupe du monde 95 en Afrique du Sud, leurs émissaires venaient nous voir dans nos chambres d'hôtel pour nous proposer des contrats. Entre joueurs, nous organisions, toujours dans nos chambres, des réunions pour en parler. Nous étions sur le point de signer. Le rugby français aurait pu perdre 120 joueurs. Mais face à ce constat, la Fédération française de rugby, qui comme celle d'Angleterre était contre la professionnalisation, a compris que si elle ne voulait pas perdre la main, elle devait opter pour le professionnalisme. Tout s'est donc accéléré en quelques mois.

Le 26 août 1995, Bernard Lapasset, président de la FFR et de l'IRB, la fédération internationale de rugby, annonce abandonner les règles de l'amateurisme. A cette date, vous étiez joueur de Toulon et du XV de France. Vous avez donc vécu "en direct" ce passage au professionnalisme.

Effectivement, le rugby est officiellement devenu professionnel en 1995, mais dans la pratique, il a fallu environ deux ou trois ans pour que les statuts s'appliquent vraiment sur le terrain, notamment au niveau des entraînements. Cela a été un des plus gros changements ! Jusque-là, nous les joueurs nous avions un travail. Moi j'avais une boutique Eden Park dans le centre-ville. Je m'entraînais donc le soir après le travail. Mais avec le professionnalisme, nous avons pu nous entraîner en journée. Et parfois même deux fois par jour.

Cette transition s'est donc faite en douceur ?

Oui car les clubs, les joueurs et les entreprises qui les employaient ont vraiment fait preuve d'intelligence. Certains joueurs s'arrangeaient avec leurs employeurs pour travailler à mi-temps et pouvoir s'entraîner dans la journée.

Avec ce changement de statut et de rythme, votre état d'esprit a-t-il changé ?

Non, l'attitude n'a pas changé. En tout cas, personnellement, j'ai toujours été un passionné. La rigueur nécessaire en termes d'hygiène de vie et d'entraînement, je l'avais déjà quand j'étais amateur. Ce n'était pas l'argent qui me motivait, c'était la passion du sport et l'envie de performer. Ce qui a changé en revanche, c'est la performance, notamment physique. En s'entraînant plus, nous sommes tous devenus des athlètes de haut niveau et ça s'est vu sur notre évolution physique.

Au-delà des entraînements, la grande révolution de la professionnalisation c'est que vous étiez désormais payé pour jouer au rugby !

Oui, effectivement, c'est lors de la saison 1995-1996 et la mise en place de nouveaux statuts, que j'ai eu ma première fiche de paie. Même si avant, il faut l'avouer, on touchait quand-même de l'argent. De plus ou moins grosses sommes (rires) mais en tout cas le fisc fermait les yeux sur ça. Le passage au professionnalisme a permis d'avoir un peu plus de cohérence avec cet argent qui circulait dans notre sport. Je me souviens que comme j'étais joueur international, j'avais un des plus gros salaires du club avec 16.000 francs par mois à l'époque.

Trente ans après l'abandon de l'amateurisme, quel regard portez-vous sur l'évolution du rugby français ?

Pour moi, la progression a été bien gérée. J'ai envie de dire que la professionnalisation du rugby s'est faite "en bon père de famille". Les structures, comme la Ligue nationale de rugby (créée en 1998, NDLR) ont permis de réguler tout ça. La LNR est devenue un véritable gendarme financier et organisationnel pour les championnats. En plus de sa professionnalisation, la médiatisation a donné un véritable coup de boost au rugby. Et on en voit aujourd'hui le résultat avec un Top 14 qui est un championnat équilibré puisqu'on ne sait jamais qui va gagner. Un championnat très rémunérateur considéré aujourd'hui comme le meilleur championnat du monde, hémisphère nord, hémisphère sud compris.

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