Le coq, symbole de l'équipe de France de rugby : origine et histoire

Du XV de la Rose à celui du Chardon, en passant par le coq ou le poireau, les sélections de rugby se distinguent par leurs surnoms parfois surprenants. Le coq pour la France, le chardon pour l'Écosse, la rose pour l'Angleterre, le trèfle pour l'Irlande, le poireau pour le pays de Galles… Avant le début du Tournoi des 6 Nations ce vendredi, découvrons la signification des emblèmes des nations engagées.

Origines antiques du coq gaulois

Si le coq fait partie des symboles de la France et que ce symbole trouve bel et bien ses racines dans l'antiquité, ce n'est cependant pas en raison d'une forte implantation de l'animal sur le territoire à l'époque, comme on pourrait le croire. L'animal n'est même pas originaire de nos contrées, mais d'Asie du Sud-Est. Le fameux "coq gaulois" n'existe donc pas et n'existait pas non plus il y a 2000 ans. Tout repose en réalité sur un jeu de mot qui faisait peut-être s'esclaffer les Romains venus envahir la Gaule à l'époque : l'association vient d'une parfaite homonymie en latin entre la Gaule, Gallus, et le coq, gallus.

Le coq à travers l'histoire de France

D'ailleurs, le gallinacé est plutôt mal vu à partir du Moyen-Âge, les rois de France lui préférant le lys comme emblème. Il faut attendre la Renaissance pour que des rois comme François 1er commencent à l'arborer, avant de le voir à nouveau disparaitre des armoiries nationales. C'est avec la Révolution française que le coq reprend ses lettres de noblesse. Guère au goût de Napoléon lui préférant l’aigle, le coq devenait finalement un emblème officiel de la France à la suite d’une ordonnance de juillet 1830, imposant la présence du coq au sommet de l’étendard du drapeau tricolore et sur les boutons des officiers de la garde-nationale.

L'adoption du coq par les équipes sportives françaises

Fédérées autour de l'Union des sociétés françaises de sport athlétiques (USFSA), les autorités des différentes disciplines présentes en France arborent d'abord les deux anneaux rouge et bleu du logo de l'USFSA. L'apparition du coq en lieu et place du logo de USFSA tient en fait d'un conflit entre USFSA et la Fédération Internationale de Football, la FIFA. En raison de ce conflit, USFSA, chargée jusque là d'organiser les rencontres internationales, laissera sa place au Comité français interfédéral (CFI) pour organiser les rencontres de football. Ce dernier décidera alors de remplacer le logo de USFSA par le fameux coq, arboré en écusson.

Le coq sur le maillot de l'équipe de France de rugby

Jean Rigal, international entre 1909 et 1912, semble toutefois contredire ce fait, alors que les les rugbymen portent le coq dès 1913. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de replacer les choses dans leur contexte historique. La FIFA est créée en 1904 par sept pays, dont la France représentée par l’USFSA (Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques). En 1908, l’Union quitte la FIFA et fonde l’UIAFA (Union Internationale Amateur de Football Association) avec quelques fédérations dissidentes. Le CFI (Comité Français Interfédéral) devient le nouveau représentant de la France à la FIFA. La réconciliation entre les différentes fédérations françaises n’a lieu qu’en 1913. Sur la période 1909-1912, deux équipes de France coexistent. A partir de 1909, le CFI représente l’équipe de France. Cette tenue ne porte aucun emblème, à l’inverse de celle de l’Union qui utilise deux anneaux bleu et rouge enlacés.

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En décembre 1937, à quelques jours d’un match contre l’Italie, l’ancien joueur raconte la première rencontre jouée entre les deux nations (le 15 mai 1910). Etant présent lors de cette opposition, il sait de quoi il parle. L’explication se trouve dans les comptes-rendus des réunions du CFI. Lors de celle du 1er avril 1912, le Conseil décide d’offrir un insigne représentant le coq gaulois aux joueurs ayant joué au moins trois fois en sélection [3]. Les joueurs auront le droit de porter cet insigne lors des rencontres internationales et interclubs. La liste des nominés comprend 23 noms, auxquels s’ajoutent le docteur Charles Bilot (6 sélections, dont 4 avec le CFI) décédé le 17 septembre 1912 et dont l’insigne est remis à sa famille.

Cette liste contient toutefois certaines anomalies si on les met en perspective avec les statistiques officielles telles qu’elles sont définies aujourd’hui. Jean Rigal est bien présent dans cette liste, mais n’a que neuf sélections, alors qu’il en devrait en compter 11 à cette date. A l’inverse, Gaston Barreau (7 sélections au lieu de 5), Alfred Gindrat (6 au lieu de 4) et Henri Vascout (8 au lieu de 7) se voit attribuer plus de matches joués qu’en réalité. Cet insigne est bien porté lors de rencontres interclubs. Le 1er novembre 1912, la LFA rencontre Bruxelles et s’incline 2-0 [5].

Début 1911, le capitaine de l’équipe de France de rugby suggère que les Français portent un coq en plus des anneaux de l’Union [7]. La demande est validée quelques jours plus tard par l’USFSA [8]. Par contre, lors de la présentation du match opposant l’équipe de France de football de l’USFSA (donc celle non reconnue par la FIFA) face à l’Angleterre du 23 mars 1911, il est précisé que les Français jouent avec une chemise bleue portant les anneaux de l’USFSA et le coq [9]. A la lecture de ces informations, il semble que l’équipe de France de football de l’USFSA, équipe non reconnue par la FIFA, soit la première à avoir porté un coq dans l’histoire du sport français. Cependant, la photo de l’équipe parue dans Tous les sports quelques jours après la rencontre contredit cette information.

Après la réconciliation de 1913, l’équipe de France est unifiée. Tous les footballeurs français deviennent éligibles pour défendre les couleurs nationales. L’USFSA va toutefois continuer à faire jouer sa sélection qui va disputer quatre matches jusqu’en 1914 contre des équipes hollandaises, belges et suisses. Une photo de Raymond Dubly parue dans Match le met bien en évidence. Le joueur raconte dans l’article son histoire en équipe de France, dont sa première sélection en février 1913 face à la Belgique que la photo est censée illustrée. Le onze national joue toutefois pendant ces années avec la tenue rayée du CFI qui ne correspond pas à celle de la photo [13].

L'évolution du coq sur les maillots

Parfois rouge et blanc, d'autres fois doré, le coq est conservé par la nouvelle Fédération Française de Football (FFF) en 1919, et l'USFSA décide de l'adopter également pour les autres sports, parfois sous l'impulsion de certains sportifs. La France joue pour la première fois avec un coq sur la poitrine le 31 août 1920, lors de la demi-finale des JO d’Anvers face à la Tchécoslovaquie.

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Sur la poitrine des joueurs, le coq devenait multicolore en 1945, doré durant les années 1970 avant de virer au rouge depuis 2019. Toujours accompagné d’un bas blanc et de chaussettes rouges jusqu’en 2003, année voyant l’arrivée d’un short bleu venant rompre avec la tradition. Depuis, les équipementiers successifs s’octroient quelques coquetteries en troquant parfois le célèbre assortiment bleu, blanc, rouge contre un ensemble intégralement bleu, porté par le XV de France à l’occasion des coupes du Monde 2007, 2011 et 2015. La tenue alternative, elle, reste blanche malgré une tentative de passer au rouge en 2015. Porté face à l’Écosse, l’assortiment ne fit guère l’unanimité.

Signification actuelle du coq

Dans le monde du rugby et du sport en général, chaque équipe nationale porte un emblème. Celui-ci incarne son histoire, ses traditions et ses valeurs. Le coq gaulois est l’emblème de toutes les Equipes de France dont le XV de France. En rugby, le coq gaulois est tout aussi emblématique qu’en football. Pendant de longues années, il était doré sur un écusson rouge. Le gallinacé que portent les rugbymen tricolores au niveau du cœur symbolise la fierté, le courage et la bravoure.

Autres emblèmes des équipes de rugby

  • Irlande: Le trèfle, symbole de Saint Patrick et de la Sainte Trinité, représente l'unité de l'île, au-delà des divisions politiques.
  • Angleterre: La rose rouge, représentant la noblesse et l’élégance, est associée au rugby, perçu comme un sport de "Gentleman". Son origine vient de la guerre des Deux-Roses qui opposa deux familles royales pour la succession de la couronne : les Lancastre, dont le symbole était une rose rouge, et les York, une rose blanche. Après la victoire de la maison Lancastre, Henri Tudor (futur roi Henri VII) créa l’emblème devenu symbole de l’Angleterre en fusionnant les deux roses, symbole de réconciliation.
  • Écosse: Le chardon, une plante violette, a sauvé l'Écosse d'une invasion viking au XIIIe siècle. L'un des assaillants aurait marché pieds nus sur un chardon lors d'une attaque nocturne, ses cris de douleur alertant les gardes écossais, lesquels ont pu repousser l'offensive ennemie et sauver le pays.
  • Pays de Galles: Le poireau trouve son origine dans une légende du VIIe siècle, où les soldats gallois portaient des poireaux sur leurs casques pour se distinguer des Saxons lors de la bataille de Heathfield. Au VIIe siècle, le roi David de Ménevie, saint patron du pays de Galles, aurait demandé à ses hommes, à proximité d'un champ de poireaux, d'en attacher un sur leurs casques afin de se distinguer des Saxons.
  • Nouvelle-Zélande: La fougère argentée (silver fern) est un symbole iconique et une marque mondiale, liée à une légende maori.
  • Australie: Les "Wallabies" ont adopté ce surnom en réponse aux moqueries des médias anglais, symbolisant un animal typiquement australien, rapide et rusé.
  • Afrique du Sud: Le Springbok, longtemps controversé en raison de son association avec l'apartheid, est accompagné de la Protea, la fleur nationale.

Autres emblèmes

  • Italie: Tressés en couronne, les lauriers sont une référence directe à l'empire romain. A cette époque et depuis la Grèce Antique, la couronne de lauriers étaient le symbole de la victoire.
  • Roumanie: La feuille de chêne est symbole de fierté et de force pour la Roumanie. Cet arbre particulièrement présent sur le territoire roumain est sensé représenter la force des joueurs de l’équipe nationale.

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