Le Club de Rugby d'Illkirch-Graffenstaden (CRIG), situé au sud de Strasbourg, est un acteur majeur du rugby en Alsace et dans le Grand Est. Malgré une médiatisation parfois limitée, le CRIG se distingue par sa longévité, son engagement envers la formation des jeunes et son développement du rugby féminin. Cet article explore l'histoire du club, ses réalisations, ses défis et ses ambitions pour l'avenir.
Les débuts et l'implantation locale
Depuis 50 ans, le CRIG initie et forme les jeunes et les moins jeunes au ballon ovale. Qui aurait pu penser qu’un club de rugby dans le Grand-Est aurait une telle longévité ? Niché entre des constructions imposantes à venir et la tranquillité verte du canal, à proximité de l’arrêt Lixenbuhl, le CRIG est installé dans des installations flambant neuves, dignes, au dire de tous, « d’un grand club ». Le nouvel équipement, inauguré par la ville d’Illkirch-Graffenstaden en 2014, a coûté plus de 5 millions d’euros. Il a été obtenu, entre autres, grâce à l’indécrottable volonté de Jacky Brossier, Secrétaire général et ancien président du CRIG.
L'école de rugby : une pépinière de talents
L'école de rugby du CRIG, labellisée FFR, est un véritable vivier de jeunes talents. Elle accueille une cinquantaine d'enfants dans chaque catégorie et développe des collaborations avec les collèges et lycées environnants. Selon Nicolas « Nico » Morel, vice-président et responsable de l’école de rugby, c’est un outil « d’intégration ». « Le rugby est un sport compliqué, très filial. Il y a beaucoup d’apprentissages liés à la passation entre jeunes et anciens. Plus on commence tôt plus on a de chances d’assimiler le jeu et ses subtilités. C’est particulièrement important en Alsace où on ne baigne pas dans une culture rugbystique. Il s’agit aussi de préparer la relève des équipes seniors actuelles, pour l’avenir du club. Si les équipes sont mixtes jusqu’à 14 ans, les filles sont encore peu nombreuses. Les préjugés restent forts dans la tête de certains parents, selon les membres du CRIG. Eux-mêmes n’arrivent pas toujours à les intégrer lorsqu’ils parlent du fait que l’école de rugby est aussi une façon d’apprendre aux enfants à « devenir des hommes ».
L'école de rugby a reçu le label 3 étoiles de la FFR, une distinction qui souligne l'engagement du club dans l'accueil des jeunes joueurs, leur formation et le développement de la structure. "C’est une mise en avant, cela veut dire que nous sommes reconnus au plus haut-niveau", s’enthousiasme Cédric Billerey. Une satisfaction, d’autant que seuls trois clubs sur 385 labellisés sur le territoire national ont décroché le graal. Les Illkirchois ont donc frappé fort pour obtenir ce nouveau label, établi comme pour les restaurants de 1 à 3 étoiles, et instauré par la FFR dans le but de mieux valoriser les clubs.
L'émergence du rugby féminin au CRIG
La création de l'équipe féminine du CRIG est une étape importante dans l'histoire du club. Les féminines du CRIG sont issues de la fusion de trois clubs alsaciens : Mutzig, Illkirch et Sélestat [l’origine de leur nom d’équipe les MISS, ndlr]. L’équipe se crée progressivement grâce aux efforts de la Sélestadienne Richarde Munsch, et ses deux filles, Marie et Aline, mais aussi grâce à leur amie Julie. L’équipe remporte même le premier championnat alsacien de rugby féminin face à Saint-Louis et Thann, en 1999.
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Le club a toujours vécu la présence des filles comme « normal », ce qui est assez agréable. Il y a des clubs où c’est plus difficile d’exister en tant que joueuses et en tant que femmes. Selon Lauréline L’Hotellier, le choix d’Illkirch comme club principal a été une bonne chose : « Le club a toujours vécu la présence des filles comme « normal », ce qui est assez agréable. Il y a des clubs où c’est plus difficile d’exister en tant que joueuses et en tant que femmes. Cela a également permis de développer un autre rugby que celui pratiqué par les hommes : « Il fallait « créer un rugby pour les femmes », ne pas le calquer sur les hommes, mais trouver notre propre identité. Avoir un sport moins dans l’affrontement, avec des gestes techniques mieux appliqués, plus fluides et agréables à regarder.
Au plus haut de son histoire, le CRIG a été jusqu’en deuxième division nationale. Un effort pas de tout repos pour Lauréline et ses coéquipières : « C’était compliqué, c’est pas le monde professionnel, on a toutes une vie à côté et il faut partir jouer à Bordeaux, Bayonne, Toulouse, Toulon… En faisant l’aller-retour dans le week-end. Néanmoins, ces épreuves ont permis à la vice-capitaine de forger des liens qui durent encore aujourd’hui : « C’était notre évidence à nous, on avait envie de jouer, les déplacements faisaient partie de la magie du rugby, il y a eu une complicité qui a formé l’équipe avec un grand E. Mes amies d’aujourd’hui sont celles avec qui j’ai commencé le rugby il y a presque 20 ans.
Le CRIG a attaqué cette année avec une nouvelle saison en Fédérale 1, troisième division nationale. C’est encore la seule équipe alsacienne à ce niveau, où elle espère se maintenir une année supplémentaire. Elle est actuellement 6ème sur 8, et avec une seule équipe reléguée, l’espoir de continuer l’aventure dans cette division est grand. Un résultat nécessaire pour accroître le développement du rugby féminin en Alsace. Car malgré les performances du CRIG, Étienne Clément le concède : « Le rugby est un sport à la marge dans le Grand Est. » En plus du club illkirchois, Thann-Mulhouse et les Cheminotes évoluent en Fédérale 2, soit la 4e division.
Pour Lauréline L’Hotellier, il faut structurer les différents clubs : « Il faut que le CRIG soit locomotive du rugby féminin alsacien et que dans notre sillage suivent des clubs aux divisions inférieures. On doit valoriser cette discipline. On ne peut pas être autocentrée, il faut garder en tête qu’on existe grâce aux autres. Avoir un seul club sur l’Alsace c’est se tirer une balle dans le pied. Une volonté de préparer le futur pour la vice-capitaine : « Il faut qu’on puisse exister aux yeux des petites filles pour qu’elles s’inscrivent et puissent nourrir les équipes séniors de demain ». On est tellement dans une niche qu’il faudrait s’entraider.
Néanmoins, l’atmosphère semble parfois tendue entre les clubs selon Étienne Clément : « J’aimerais croire que tout le monde tire dans le même sens, mais au moins nous sommes sur la bonne voie ; le seul fait qu’on ne puisse pas organiser un match amical ou un entraînement contre d’autres clubs alsaciens, ça montre que c’est difficile. Pour ne rien arranger, le rugby féminin souffre d’une médiatisation bien moindre par rapport à son homologue masculin. « Nous sommes coincées dans un système : jouer au rugby en Alsace c’est compliqué, et faire du rugby quand t’es une fille c’est encore moins facile et il faut faire valoir notre place », explique Lauréline L’Hotellier. Résultat, les recrutements sont compliqués. Lauréline L’Hotellier développe : « Nos joueuses découvrent souvent le rugby quand elles s’octroient l’autorisation, donc souvent à la majorité. Et on n’apprend pas de la même manière à 18 ans, qu’à 9 ans. Le rugby féminin a de l’intérêt, il faut juste mieux le mettre en avant. Néanmoins, selon Étienne et Lauréline, les choses semblent aller doucement dans le bon sens : « Les mentalités évoluent, on le sent, même au niveau des instances, des arbitres et des bénévoles qui se féminisent. En outre, les récents exploits de l’équipe de France féminine [notamment 3e à la dernière Coupe du Monde en 2022, ndlr] sont encourageants : « Ça a aidé à la crédibilité du rugby féminin aux yeux du grand public, mais aussi aux yeux des amateurs de rugby. Surtout que l’ambiance du rugby, à Illkirch comme dans les autres clubs de la région, reste très chaleureuse. On est amoureuse de notre club, on emmène nos couleurs n’importe où ».
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Les niveaux sont donc forcément hétérogènes, ce qui ne gêne pas trop Étienne Clément et Lauréline L’Hotellier, qui préfèrent y voir une force : « Ça fait tout de même la richesse d’un club, dans la réalité du match, on a besoin de filles qui sont capables de donner des conseils, pour faire progresser les plus jeunes. Mais surtout, ce qui anime Lauréline L’Hotellier, c’est l’amour des couleurs : « C’est très dur, mais c’est une richesse sans nom. On est amoureuse de notre club, on emmène nos couleurs n’importe où ». Et les Miss du CRIG peuvent compter sur l’ambiance des supporters/trices au stade Schweitzer : « Lors du dernier match contre Bourgoin-Jallieu [remporté 19-18, ndlr], 200/300 personnes ont poussé les filles, le stade a bougé, c’était fou. Il y a une culture du supportérisme qui en train de naître.
Le CRIG : un club formateur et ambitieux
De la création du club, de l’Ecole de Rugby, de la création de l’équipe féminine, de notre montée en Fédérale 3, de la création du Centre d’Entrainement Labellisé, de la montée des féminines en Fédérale 1, de nos Cadets et Juniors en National, notre club a su démontrer tout au long de ces 50 années d’existence sa légitimité à être le plus grand club de Rugby d’Alsace et du Grand-Est.
Cette réussite et cette longévité nous la devons aussi à l’investissement de tous nos bénévoles. Certains de ces bénévoles le sont depuis nos débuts, d’autres, sont avec nous depuis leurs débuts ! Enfants du club, ils sont restés avec nous pour porter fièrement tous ces beaux projets. Car le CRIG c’est aussi une histoire de génération, de transmission, d’héritage. Certes pour l’amour du ballon ovale, mais aussi pour l’amour de ce club, de ses couleurs, de ses valeurs, de ses ambitions. De nombreuses amitiés se sont nouées autour et sur nos terrains : et c’est ce qui fait la force de ce club.
Lors de leur premier entrainement, tout le monde est là : l’équipe dirigeante, des collègues féminines et d’autres membres du club. Le vendredi soir, c’est l’entrainement des équipes seniors masculines, mais aussi le repas mitonné par Charles et Isabelle. On parle beaucoup de sport aussi, et pas seulement de rugby, d’autant que ce soir c’est le match de handball France-Allemagne. Jérôme Gosset, Responsable presse du CRIG, assure la traduction. « On ne vient pas au rugby par hasard, cela correspond à un certain état d’esprit. On se retrouve entre copains, pour boire un coup et échanger après l’effort, après s’être mis un peu en danger car le rugby est un sport de combat. Cela fait partie de ce sport de décompresser, après, avec ses partenaires et ses adversaires, pour franchir ce palier psychologique de l’affrontement physique. La grande tablée du vendredi soir après l’entraînement… Avec « Chacha », qui s’occupe des équipes seniors masculines. Si l’ambiance est essentiellement jeune et testostéronée, on y trouve aussi des « Miss » du CRIG, ainsi que des enfants de joueurs qui passent la soirée là. Aujourd’hui, malgré les blagues potaches, c’est comme si la mixité coulait de source pour la plupart des présents. L’ambiance est plutôt sage, mais on parle cependant d’une soirée « d’intégration » en septembre qui promets d’être beaucoup plus… On n’en saura pas plus. Charles, qui s’occupe de la cuisine avec sa femme Isabelle, est bénévole. Il est là presque tous les jours, malgré son travail de boucher de 4h à 13h. Le club, il y est venu d’abord par le biais de son fils, qui y joue depuis 5 ans. Il est fier de sa cuisine, où tout est « fait maison », des cordon-bleus aux brochettes. Il aime cette ambiance où « on se montre qu’on s’aime bien en se faisant la bise en arrivant. » Il ne quitte pas des yeux l’entraînement de reprise des équipes seniors masculines. Je n’ai jamais joué, mais j’aime bien regarder le rugby car c’est un sport d’équipe. Pour elle, être au club, c’est bien plus que de servir des bières. L’un des crédo de l’équipe dirigeante, c’est que le bar soit ouvert tous les soirs d’entraînement.
Lorsque l’on s’engage au club, en tant qu’enfant ou en tant qu’adulte, on y gagne aussi des expériences de vie en dehors du sport. « Il faut mettre en avant l’idée du collectif. Et rendre à la collectivité ce que la collectivité nous offre. Le coup de jeune apporté au club est renforcé par l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante. Une bonne bande de copains qui se sont rencontrés sur le terrain, au CRIG bien sur. Claire est membre de l’équipe senior féminine. Déjà présente à l’entraînement du jeudi, elle revient au club-house le vendredi soir. Pour voir l’entrainement des équipes masculine, pour prendre des nouvelles, pour dire bonjour. Pourtant, lorsque que cet emploi du temps chargé lui laisse une soirée de libre, ses pas la ramènent vers le club-house.
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Les défis et les perspectives d'avenir
Malgré ses succès, le CRIG doit faire face à plusieurs défis. Le rugby féminin souffre d'un manque de médiatisation et de difficultés de recrutement. De plus, l'atmosphère entre les clubs alsaciens semble parfois tendue, ce qui entrave le développement du rugby dans la région.
Pour surmonter ces obstacles, le CRIG se fixe plusieurs objectifs :
- Structurer les différents clubs alsaciens et devenir la locomotive du rugby féminin dans la région.
- Valoriser la discipline et attirer de nouvelles joueuses.
- Créer un centre de formation pour le rugby féminin dans l'Est.
- Développer des collaborations avec les collèges et lycées environnants.
Le club vient de présenter le projet qui peut le mener plus haut et l’y stabiliser. Pour convaincre ses partenaires, actuels et éventuels, l’exercice relève du classique. Sauf que pour le CRIG, il s’agissait d’une première. Sauf qu’au CRIG, on n’en est même plus au stade de projet. La structure dévoilée est d’actualité.