Christophe Dominici, figure emblématique du rugby français, a marqué son époque par son talent, sa fougue et son parcours personnel. Sa carrière, son après-carrière et sa disparition tragique ont suscité une vive émotion dans le monde du sport et au-delà.
Une enfance sportive et un drame familial
Christophe Dominici voit le jour le 20 mai 1972 à Toulon, dans le sud de la France. Il grandit dans le Var, bercé par l'ambiance sportive grâce à son père, gardien de but dans le club de football de Hyères. Cependant, son adolescence est marquée par un drame : en 1986, sa sœur aînée, Pascale, décède dans un accident de la route. Cet événement le marquera profondément et influencera sa vie.
Des débuts prometteurs dans le rugby
Après avoir pratiqué le football, Christophe Dominici se tourne vers le rugby à l'âge de 17 ans. Il débute au club de Solliès-Pont. Il gravit rapidement les échelons et rejoint La Valette avant de signer au RC Toulon en 1993, où il évolue pendant quatre ans (1993-1997) au poste d'ailier.
L'ascension au Stade Français et en équipe de France
En 1997, il rejoint le Stade Français, club avec lequel il connaîtra ses plus grands succès. Son talent et sa détermination lui ouvrent les portes de l'équipe de France. Il dispute son premier match avec le XV de France le 7 février 1998, lors du Tournoi des Cinq Nations contre l'Angleterre.
Sous les couleurs du Stade Français, son palmarès s'enrichit considérablement : il est sacré Champion de France à plusieurs reprises (1998, 2000, 2003, 2004 et 2007) et remporte la Coupe de France en 1999. Avec l'équipe de France, il devient vice-champion du monde en 1999 et remporte plusieurs Tournois des Six Nations.
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Vincent Lagassé, qui a bien connu Christophe Dominici, notamment avec les voltigeurs, les anciens du Stade Français, souligne qu'il était une icône du club et présent dans les travées. Ses apparitions étaient toujours remarquées.
Un essai de légende
Parmi les dizaines d’essais marqués par l’ailier de poche du XV de France, Vincent Lagassé se souvient d’un en particulier, mais pas l’essai de légende face aux Blacks en 1999 ; "si je dois retenir une action, c'est l'essai de 2005 face à Biarritz qui symbolise son tempérament. Il arrive avec beaucoup de fougue comme toujours, il est plaqué, mis au sol, à genoux, il continue à avancer et parvient à se relever…
Reconversion et projets
Christophe Dominici met fin à sa carrière de joueur en janvier 2008. Il se reconvertit d'abord comme entraîneur adjoint au Stade Français pour une saison (2008-2009). Il devient ensuite consultant pour France Télévisions, commentant de nombreux matchs.
En 2012, il participe à l'émission "Danse avec les stars" sur TF1, mais est rapidement éliminé. La même année, il joue dans un téléfilm, "Pour toi j’ai tué".
Après avoir quitté le monde de l'ovalie en tant que joueur, Christophe Dominici n’a cessé de se diversifier. En perpétuel mouvement après sa carrière, il a su s’implanter dans le monde des affaires. Ancien porteur de rachat du club de Béziers, un monument menaçant de s’écrouler dans le monde de l’Ovalie, Christophe a eu la volonté de raccrocher les crampons sans oser les rechausser. Mais, Christophe a rebondi depuis qu’il a quitté le rugby fin 2009. Après avoir effectué une courte saison comme entraîneur des trois quarts du stade français, il s’est finalement lancé dans le vignoble en rachetant une propriété non loin de Béziers.
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À maintes reprises, Christophe a suggéré l’envie de créer sa propre ligne de vêtements sport/chic, auprès de son entourage. Ce sont ses parents qui aujourd’hui ont pris l’initiative de faire de ce rêve une réalité. Le logo a été réalisé par l’artiste Remi Bertoche.
"Bleu à l'âme" : une autobiographie poignante
En 2007, Christophe Dominici publie son autobiographie, "Bleu à l'âme", écrite avec la journaliste Dominique Bonnot aux éditions du Cherche Midi. Il y évoque son parcours, ses joies, ses blessures et les moments clés de sa vie.
Une disparition tragique
Le 24 novembre 2020, Christophe Dominici est retrouvé mort dans le parc de Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine. Il avait 48 ans. Les circonstances exactes de sa mort restent floues, l'enquête n'ayant pas permis de déterminer s'il s'agissait d'un accident ou d'un suicide.
Cette disparition a suscité une immense émotion dans le monde du rugby et au-delà. De nombreux hommages lui ont été rendus. Le 2 décembre 2020, une messe en hommage à l'ancien rugbyman s'est tenue en l'église Saint-Cécile de Boulogne-Billancourt.
Depuis le drame, la famille, les amis et fans de Christophe se sont unis plusieurs fois pour lui rendre de précieux et touchants hommages. Le 18 septembre 2021, le Stade Murat à Solliès Pont (ville natale de Christophe) inaugure une immense fresque murale réalisée par son ami, l’artiste Remi Bertoche. Récemment, le Trophée Christophe Dominici a été mis en jeu pour la première fois le 30 janvier dernier. L’équipe qui a accumulé le plus de « points de terrain » sur les matchs aller/retour de leurs confrontations directes en Top 14 sera couronnée victorieuse. Lors de cette première édition au stade Jean Bouin, de multiples hommages à Christophe se sont déroulés.
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Vie privée et hommages posthumes
Côté vie privée, Christophe Dominici rencontre sa première épouse, Ingrid, à l’adolescence. Mais en 2000, le couple divorce. Christophe Dominici était en couple avec Loretta Denaro depuis 2007. Ensemble, ils ont eu deux filles : Kiara, née en 2008, et Mya, née en 2010.
Un peu plus de trois ans après, dans un livre, Sans lui, paru le 8 février, sa compagne et mère de ses deux filles, Loretta Denaro, raconte son histoire d'amour avec le rugbyman chouchou du public, les années qui suivent l'arrêt de sa carrière et surtout les désillusions des derniers mois de sa vie puis l'après.
Loretta Denaro décrit « l'enthousiasme », la « détermination » et « parfois, dans ses yeux, cette petite lueur de mélancolie, de tristesse » de Christophe Dominici. Mais aussi son envie de fonder une famille, un rêve qui se concrétise avec l'arrivée de Kiara, en avril 2008, puis celle de Mya, en septembre 2010.
Elle revient aussi en longueur sur l'affaire du rachat du club de rugby de l'AS Béziers Hérault. Une affaire qui va occuper les derniers mois de la vie de Christophe Dominici. En février 2020, il se lance dans le projet avec Samir Ben Romdhane, qui prétend pouvoir apporter l'argent, qu'il tient d'un « prince arabe ». Pour mener à bien cette opération, l'ancien joueur sollicite aussi l'aide de Thierry Braillard, avocat et ancien secrétaire d'État chargé des Sports entre avril 2014 et mai 2017. « Tout cela semble trop beau pour être vrai. D'instinct, je ne sens pas ce Samir, je suis sûre qu'il se fait “mousser” », constate déjà Loretta Denaro. Las, en juin 2020, c'est le projet de René Bouscatel, ancien président du Stade toulousain, qui est retenu. Un choix que l'ancien joueur du Stade français vit comme une humiliation, d'autant, explique sa veuve, qu'il « ignore […] qu'on lui a menti ».
Elle décrit alors un homme qui « a complètement perdu le sommeil » et, finalement, un « incident » sur une autoroute, où il est récupéré par le Samu en bordure de route. Le 1er juillet 2020, Christophe Dominici est hospitalisé en région parisienne pour suivre une cure de sommeil, le médecin diagnostique une « bouffée délirante ». Il y restera douze jours et, à sa sortie, découvre que le projet a définitivement pris l'eau, les instances régulatrices du rugby n'ayant pas été convaincues par la solidité financière de Samir Ben Romdhane. « Il ne comprend rien de ce qui s'est passé et il est mal. De plus en plus mal. »
Loretta continue de décrire un homme « hypnotisé », jusqu'à un jour de novembre 2020 où « Christophe a tout compris ». Après un énième coup de fil avec Samir Ben Romdhane, il mesure finalement « l'étendue du désastre et l'extraordinaire naïveté qui a été la sienne depuis six mois ».
« Je ne crois pas à son suicide. Christophe, bien qu'hypersensible et tourmenté, était un amoureux de la vie », affirme aujourd'hui Loretta Denaro-Dominici, tout en réfutant l'étiquette de « dépressif ». Alors qu'il prenait des antidépresseurs depuis des mois, il avait stoppé son traitement au moment de l'accident. « Il n'est pas impossible que ce sevrage brutal ait altéré son état psychologique et son jugement. Au travers des 200 pages du livre, au-delà de la chronique people, difficile de ne pas s'émouvoir devant le deuil impossible d'une histoire d'amour, à la fois banale et singulière, et la peine d'une veuve face à une mort brutale et inexpliquée. Un deuil réactivé par la notoriété de Christophe Dominici, au-delà des fans de rugby. Là où le livre de Loretta Denaro-Dominici nous touche, c'est quand il emprunte les chemins plus personnels de l'émotion. Notamment dans les très belles pages de conclusion : « Parfois, je me dis que le temps passera sur nous trois comme sur tout le monde.
L'enquête diligentée pour connaître les circonstances exactes de sa mort n'a pas permis d'établir s'il s'agissait d'un accident ou d'un suicide. Certes l'homme avait raconté avoir vécu une dépression nerveuse après la Coupe du monde en 1999. Ensuite, le projet de rachat de l'AS Béziers avait été un échec. Juste après en juillet 2020, il a été hospitalisé pour une cure de sommeil. "Il s’est mis tant corps et âme dans ce projet de Béziers, qu’il n’a pas dormi. Elle souligne aussi les "personnes néfastes, manipulatrices" qu'il fréquentait avant sa mort. D'ailleurs elle a déposé plainte contre eux. "Il s'agit d'une obligation des avocats et c'est pour cela qu'on se fait conseiller. Comme certains des proches du joueur décédé, Loretta Denaro rejette fermement la thèse du suicide.
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