Le Championnat de France de rugby 1979 a été marqué par le sacre de Narbonne, une victoire acquise au terme d'une finale irrespirable contre Bagnères (10-0). Ce triomphe, magnifié par l'inspiration de Didier Codorniou, reste gravé dans les mémoires des supporters audois.
Un Contexte Particulier
Quelques jours avant la finale, le talonneur narbonnais Pierre Salettes, aidé par Jean-Luc Piquemal et Lucien Pariès, s'affairait à installer les stores de son bar-brasserie à Port-Gruissan, anticipant une troisième mi-temps festive. L'arrière international Jean-Michel Aguirre, quant à lui, foulait la pelouse du Parc des Princes, salué par une haie d'honneur formée par les cadets de Grenoble, champions de France en lever de rideau de cette finale.
Une Finale Tendu
Dès le coup d'envoi, la tension était palpable. À la 22e minute, un but de pénalité de Jean-Michel Aguirre permettait à Narbonne de mener 3-0. L'ouvreur international Lucien Pariès ouvrait alors vers Didier Codorniou, tandis que les avants se livraient à une bataille acharnée. Débarqués en nombre depuis l'Aude, les supporters narbonnais, meurtris par la finale perdue face à Béziers en 1974, donnaient de la voix pour soutenir leur équipe. TF1 retransmettait ce match, avec Jean Raynal aux commentaires et Raoul Barrière, ancien entraîneur de Béziers, dans le rôle du consultant.
Le Tournant du Match : L'Inspiration de Codorniou
Le tournant du match survint sur une action d'éclat de Didier Codorniou. Sur une passe croisée de Lucien Pariès, le jeune trois-quarts centre s'enfonça dans le camp bagnérais au milieu de six défenseurs. Plaqué par Adrien Mournet, Codorniou parvint à garder assez de lucidité pour servir l'ailier gauche Christian Trallero, qui s'engouffra dans l'espace béant et marqua l'essai. Narbonne prenait alors l'avantage, 10-0, un score qui ne bougera plus.
Incidents et Expulsions
La rencontre fut émaillée d'incidents. Les supporters audois, présents au Parc des Princes, utilisèrent des fusées agricoles pour perturber le buteur de Bagnères, Jean-Michel Aguirre, qui fut même blessé au cuir chevelu. À la 72e minute, excédé par les brutalités répétées, l'arbitre Francis Palmade expulsa le talonneur de Bagnères, Antranik Torossian, et le pilier gauche de Narbonne, Guy Colomine.
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Narbonne au Sommet
Au terme d'un match intense et disputé, Narbonne remporta le deuxième titre de champion de France de son histoire, après celui de 1936. Lucien Pariès et Henri Ferrero brandirent le bouclier de Brennus, symbole de cette victoire historique.
Parcours vers la finale
Tandis que Narbonne, Toulon et Béziers passaient confortablement les seizièmes de finale du championnat de France de rugby, Grenoble créait la surprise en éliminant Perpignan. Finalistes en 1977, classés têtes de série n 4 après les poules de dix, les Catalans n'ont pas réussi à faire la différence face à leurs adversaires pourtant classés vingt-neuvièmes : terminant 4 à 4 après les prolongations, c'est le nombre de sanctions des deux clubs sur l'ensemble de la saison qui a fait pencher la balance en faveur de Grenoble (pas de sanction), au détriment de Perpignan (deux joueurs suspendus). Parmi les autres éliminés de marque, on comptait Brive, " sorti " par Tarbes, Lourdes battu par Bagnères et Pau écrasé par Valence.
Analyse de la Victoire
Roger Couderc lui-même reconnut que ce ne fut pas une grande finale, évoquant le vent tourbillonnant qui avait gêné les coups de pied. Cependant, il souligna l'essai superbe et précoce, fruit d'une croisée entre Lucien Pariès et Didier Codorniou, qui permit à Christian Trallero de marquer. Codorniou avait échappé à six adversaires sur cette action.
Les Narbonnais justifièrent leur victoire en soulignant les blessures du passé, notamment la finale perdue face à Béziers en 1974 et les éliminations douloureuses contre des équipes considérées plus faibles. Face à une équipe de Bagnères réputée pour la qualité de sa ligne de trois quarts (Bertranne, Aguirre, Gourdon, Rispal, Anton) et les jambes de son demi de mêlée Adrien Mournet, Narbonne basa son succès sur deux éléments : une énorme supériorité en touche autour de Claude Spanghéro et une vision stratégique adaptée aux forces en présence.
Il fallait cadenasser les milieu de terrain pour éviter aux Bagnérais de prendre de la vitesse. Les deux centres Codorniou et Sangalli s'acquittèrent sans rechigner des taches défensives ingrates ainsi que le méconnu Michel Ponçot ferrailleur hors-pair. Les Narbonnais user du jeu au pied d'occupation pour maintenir les adversaires dans leur camp.
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Le score scellé très tôt favorisa également les desseins des Narbonnais, qui purent gérer leur avance en deuxième période.
Une Saison Exceptionnelle
Ce titre de champion de France couronna une saison exceptionnelle pour Narbonne, qui réalisa un exploit inédit en remportant cinq titres : Brennus, Du-Manoir, Bouclier d'Automne, Nationale B, Béguère. Même Béziers, pourtant dominateur à l'époque, n'avait pas connu un tel succès (quatre titres "seulement" en 1977).
En championnat, les Audois avaient marqué trente points et cinq essais en moyenne. Parmi les figures de proue de cette équipe, on peut citer Claude Spanghéro, maître des airs, et Yves Malquier, numéro 8 à la barbe noir, qui marqua deux essais pour sa première sélection en équipe de France contre l'Écosse.
Fiche Technique de la Finale
- Date : 27 mai 1979
- Lieu : Parc des Princes
- Narbonne bat Bagnères : 10-0
- Arbitre : M. Palmade
- Pour Narbonne : 1 E Trallero ; 2 P Pariès
- Expulsions : Colomine et Torossian
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