Le Blason du Rugby Club Toulonnais : Une Identité Forgée par l'Histoire et la Tradition

Le Rugby Club Toulonnais (RCT), plus qu'une simple équipe, représente un pan entier de l'histoire et de la culture de Toulon. Son blason, orné d'un brin de muguet, est un symbole fort qui résonne bien au-delà des terrains de rugby. Cet article explore la signification profonde de ce blason, en retraçant l'histoire du club, son lien avec Félix Mayol, et l'évolution de son identité visuelle.

Les Racines du Rugby à Toulon : De l'Étoile Sportive Toulonnaise au Stade Mayol

L'histoire du rugby à Toulon débute au début du XXe siècle, avec la création de l'Étoile Sportive Toulonnaise (EST) en 1902, initiée par Victor Marquet. En 1907, le Stade Varois voit le jour de l'union de l'EST et de dissidents de l'US Seynoise. Moins d’un an après sa création, le Stade Varois se transforme en Rugby Club Toulonnais suite au renfort de joueurs venus des Télégraphes et de la Marine. Les matchs de ce RCT naissant se disputent pour l’heure sur un terrain du quartier de l’Escaillon, aux limites de la ville. Le club s’installe ensuite sur le Terrain des Amoureux derrière les abattoirs. Après ces deux premiers terrains, le RCT fait le choix d’une friche parsemée d’oliviers, au sol rocailleux, située à la Marquisanne. En 1919, grâce à l'intervention de l'arrière Rieu, Félix Mayol accepte de devenir le parrain du rugby toulonnais.

Le Stade Mayol, inauguré le 28 mars 1920. Le premier coup de pioche du futur Stade Mayol est donné le 26 juillet 1919 en présence des différentes autorités politiques et militaires de la ville. La nouvelle enceinte d’un RCT désormais omnisports (athlétisme, football, tennis…) est inaugurée le 28 mars 1920 en présence du Maire Emile Claude et de Félix Mayol. C’est un cross qui ouvre les festivités, suivi d’une rencontre entre la nouvelle section football du RCT et le Stade Raphaëlois (0-4). Mayol est dès son ouverture l’un des plus impressionnants stades de rugby de France. Plus de 20.000 spectateurs prennent ainsi place autour de la pelouse de Mayol le 26 mai 1922 pour la venue du champion de France le Stade Toulousain. C’est dans un stade situé en plein cœur de la ville qu’évoluent désormais les rugbymen toulonnais, Il n’y a pas d’autres exemple en France d’un stade situé si près du centre ville.

Félix Mayol : Un Mécène et un Symbole

Félix Mayol, chanteur toulonnais de renom, a joué un rôle crucial dans l'histoire du RCT. En 1919, sur intervention de l’arrière Rieu, le grand nom du café-concert, et toulonnais de naissance, Félix Mayol accepte de devenir le parrain du rugby toulonnais. Il a financé l'acquisition d'un terrain pour le club, qui devint le légendaire Stade Mayol. Reconnaissant, le club a adopté le brin de muguet, que Mayol portait toujours comme porte-bonheur, comme emblème officiel en 1921.

"A Toulon, où la jeunesse est particulièrement active et vigoureuse, nous n’avions pas le moindre terrain… Seul demeurait un vélodrome désaffecté, où nul n’allait jamais, qui ne servait plus à rien et qui me paraissait s’ennuyer autant que nos aspirants sportsmen… Alors, mon Dieu, c’était tout simple, j’ai acheté le vieux vélodrome ! Grand bienfaiteur du rugby toulonnais, Mayol devait encore longtemps aider le club en lui cédant les droits de ses chansons ou en organisant de superbes banquets pour les joueurs. C’est d’ailleurs en son honneur qu’un brin de muguet orne depuis 1921 le blason du club. Encore aujourd’hui un buste du chansonnier trône à l’entrée des Présidentielles.

Lire aussi: Le coq, symbole de la France

Le muguet est devenu l'emblème du RCT en 1921. Comme le raconte le site du RCT, Félix Mayol "considérait ce brin de muguet comme un porte-bonheur depuis que son amie parisienne lui en avait remis un le soir de sa première parisienne couronnée de succès".

Le Muguet : Plus qu'une Fleur, un Porte-Bonheur et un Hommage

Le muguet, bien plus qu'une simple fleur, est un symbole de chance et de succès pour le RCT. Félix Mayol considérait ce brin de muguet comme un porte-bonheur depuis que son amie parisienne lui en avait remis un le soir de sa première parisienne couronnée de succès. Le muguet sur le blason du RCT symbolise le lien indéfectible entre le club et Félix Mayol. En choisissant d'intégrer le muguet à son identité, le club rend un hommage pérenne à son bienfaiteur.

Les Couleurs Rouge et Noir : Une Hypothèse Toulousaine

Les teintes rouge et noir, choisies dès la création du club, s'inspirent possiblement du Stade Toulousain. Réputé pour être une ville militaire, Toulon découvre le rugby avec une équipe de l’armée et des joueurs venus des quatre coins de la France, dont de Toulouse. D’ailleurs, le Stade Toulousain a parrainé la création du RCT en 1908. Il s’en conclu donc que le rouge et le noir seraient liés à cette histoire.

Évolution du Stade Mayol

Pourtant, le stade est très tôt en danger. Dès l’année suivant son inauguration la municipalité par la voix de son premier adjoint Coulomb fait remarquer que le site où est implanté le stade peut être revendiqué à tout moment par la Chambre de Commerce pour mener à bien l’établissement d’une voie ferrée devant relier la gare au port de commerce. Certains pensent aussi refaire de Mayol un vélodrome. En 1930, une tempête emporte les tribunes populaires. Devenue plus conciliante avec Mayol, la municipalité débloque le 29 mars une subvention de 120 000 francs pour rebâtir les tribunes. Le RC Toulon devra toutefois rembourser le prêt sur ses recettes guichets. Une chose aisée, le RCT est au sommet de son art. Après la municipalité, les éléments naturels, c’est au tour de la guerre de mettre en péril Mayol. Le 24 novembre 1943, d’importants bombardements alliés font 500 morts, endommageant une partie de la ville. Le stade Mayol n’est pas épargné, on dénombre 53 trous de bombes sur le terrain… La guerre achevée, il sera temps de rénover Mayol.

Le stade, propriété du RC Toulon depuis son inauguration, est vendu à la municipalité en 1965. Les frais d’entretien sont devenus trop lourds à supporter pour le club. Les nouveaux propriétaires décident de rénover en profondeur l’enceinte. Mayol rouvre le 26 septembre 1965, les Toulonnais recevant pour l’occasion les Gallois de Newbridge. Grâce à l’action de la municipalité, l’enceinte se découvre une vocation culturelle, de multiples concerts y sont alors organisés. C’est d’ailleurs dans ce stade rénové que l’équipe de France fait ses premiers pas à Toulon le 26 mars 1967 contre l’Italie. Au début des années 80, le principal club de football de la ville, le Sporting Club Toulon s’apprête à monter en première division, Mayol est ainsi totalement reconstruit pour accueillir les footballeurs. Cinquante-cinq millions de francs sont nécessaires pour mettre l’enceinte aux normes. Le 7 novembre 1983, le SCT foule pour la première fois la pelouse des rugbymen. Il s’en suivra une longue cohabitation entre footballeurs et quinzistes, qui ne s’achèvera qu’avec la descente du SCT en National à l’issue de la saison 1993-1994. Dans les années 90, un centre commercial est attelé au stade, puis un parking est installé sous les tribunes. Ces travaux ne seront pas sans conséquence, conférant une physionomie plus qu’atypique à l’enceinte toulonnaise. Enfin, à l’été 2005, 750 000 euros sont investis par la mairie afin de remettre en état les tribunes et de réaménager des vestiaires.

Lire aussi: Triomphe de Bayonne face à Toulon

Le RCT, redevenu un grand du rugby français dans les années 2000, la mairie de Toulon annonce le 23 août 2006 que le stade serait une nouvelle fois rénovée et sa capacité portée à 25 000 places, soit la plus grande capacité d’un stade dédié uniquement au rugby en France. Le maire, Hubert Falco, avance ainsi fin 2008 ou début 2009 comme date de fin des travaux. Après deux ans et demi d’étude (…), Hulbert Falco annonce en février 2009 qu’une telle rénovation coûterait quelque 73 millions d’euros, et enterre le projet. Mayol se contentera à l’avenir « d’améliorations raisonnables ». A ce titre, Mayol a depuis gagné deux nouveaux quarts de virages qui ont notamment permis de porter la capacité de l’enceinte à 18 200 places. En parallèle à ces travaux d’agrandissement et de modernisation, le RCT réussit durant la saison 2008-2009 ses premières délocalisations au Vélodrome. Des délocalisations devenue aujourd’hui une habitude.

Enfin, il est à noter que les noms de chaque tribune du stade rendent hommage à un ancien joueur du RCT, aujourd’hui disparu. Ainsi, les tribunes surplombant l’ancienne voie ferrée portent le nom de Bonnus en souvenir de Michel Bonnus, ancien capitaine du club toulonnais. La Présidentielle porte le nom de Jules Lafontan, pilier du RCT fusillé par les Allemands à la veille de la libération de la ville. Les Populaires rendent, elles, hommage à Charles Finale, jeune pilier tragiquement décédé à la suite d’un match en octobre 1964.

Un Emblème dans la Modernité

Le logo du RC Toulon n’a jamais réellement évolué, avec une base présente depuis de longue date. La forme n’a pas changé, seul le ton des couleurs a été modifié. Alors que le noir était la couleur majeure sur le premier écusson, le rouge a pris plus d’ampleur dans la foulée. Avec une bordure épaisse, il entoure les 13 clochettes du muguet dans le fond noir.

Le RCT Aujourd'hui : Une Tradition Vivante

Le RCT perpétue cette tradition à travers diverses initiatives, notamment le Tournoi du Muguet qui rassemble 500 jeunes rugbymen. La marque RCT s'exprime aussi dans la vie quotidienne avec la Brasserie Le Muguet, tandis que le fameux Pilou-Pilou résonne avant chaque match.

Le Pilou-Pilou : Un Cri de Guerre Emblématique

Pour trouver la tanière du terrible guerrier toulonnais, il faut entrer dans une HLM sans âme face au stade Mayol. Grimper un étage, pousser une porte, tomber nez à nez avec Guillaume, un pacifique colosse au crâne lisse mais totalement recouvert de motifs. Au milieu des dermographes qui bourdonnent tel un essaim d'abeilles, voilà enfin Cédric Abellon, 35 ans, tatoueur du lundi au vendredi, féroce hurleur du pilou-pilou le week-end. Cela fait six saisons qu'il galvanise joueurs et supporteurs du RC Toulon.

Lire aussi: Etzebeth et le RCT

Ce chant, Cédric sait qu'il a été composé sur un bout de table par Marcel Bodrero, ancien joueur et entraîneur du RC Toulon. « De nombreuses légendes ont été racontées sur sa signification, je m'en tiens à celle qui veut que le mont Pilou soit une montagne néo-zélandaise. »

tags: #blason #toulon #rugby