Le Bataillon de Joinville : Une Histoire Sportive et Militaire Méconnue

La France, terre de sport, possède une histoire riche et diversifiée, allant du rugby au football, en passant par le canoë-kayak, l'escrime, le handball et le vélo. Parmi les institutions qui ont marqué le paysage sportif français, le Bataillon de Joinville occupe une place particulière, bien que son histoire reste relativement méconnue. Cet article se propose de retracer l'histoire de ce bataillon, en mettant en lumière son rôle unique dans la formation des athlètes de haut niveau et son impact sur le sport français.

Les Origines du Bataillon de Joinville

Le Bataillon de Joinville trouve ses racines dans l'École normale militaire de gymnastique de Joinville, créée en 1852. Cette institution avait pour vocation de former des cadres sportifs pour les armées et des moniteurs militaires de gymnastique. Au fil des années, elle a évolué pour devenir un véritable centre d'entraînement pour l'élite sportive française.

En 1956, le Bataillon de Joinville est officiellement créé, dans les murs de l'ancienne école de Joinville-le-Pont. Cette unité de l'infanterie avait pour objectif d'optimiser l'entraînement des sportifs de haut niveau en âge de faire leur service militaire. Elle permettait ainsi d'éviter une rupture trop longue dans leur carrière sportive.

Le Bataillon de Joinville à Pau : Une Période Clé (1941-1966)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'École de Joinville, initialement basée à Joinville-le-Pont, est fermée en 1939. En 1941, elle décide de se délocaliser en zone libre, dans différents établissements civils et militaires. En raison de son histoire militaire et sportive, ainsi que de son climat doux, Pau est rapidement choisie pour accueillir une partie de l'institution.

Entre 1941 et 1966, l'École de Pau le Hameau accueille 380 athlètes venus de toute la France. Elle y forme des cadres de valeur, dont certains occupent des postes à responsabilité dans de nombreuses institutions et structures. Cette période est cruciale dans l'histoire du Bataillon de Joinville, car elle marque son implantation durable dans le paysage sportif français.

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Jean-Claude Raufaste, ancien sportif de haut niveau et auteur du livre "Joinville à Pau le Hameau 1941-1966", a consacré de nombreuses années de recherche à cette période. Il souligne que l'École de Joinville avait pour mission de former tous les militaires de son époque, à travers la pratique de l'escrime et des sports de combat, en lien avec l'armée. Elle formait également des civils, tels que des instituteurs.

Le Quotidien des Appelés au Bataillon de Joinville

Les jeunes sportifs de haut niveau qui intégraient le Bataillon de Joinville bénéficiaient d'un régime particulier par rapport aux autres appelés. Après une période de classes de trois mois, ils étaient "bichonnés", selon les termes de Jean-Claude Raufaste. Ils recevaient une double ration de nourriture et avaient la liberté de s'entraîner comme ils l'entendaient. Une section spécifique de cyclisme avait même été créée pour eux.

Le but était d'en faire moins des futurs soldats que des champions. Ils passaient la semaine dans le bataillon et repartaient le week-end pour disputer des compétitions. Cette organisation leur permettait de concilier leurs obligations militaires et leur carrière sportive.

Le Bataillon de Joinville et la Ville de Pau

Le Bataillon de Joinville était étroitement lié à la ville de Pau et à ses habitants. Le colonel de Fornel, qui dirigeait le bataillon, a supervisé la construction du Stade du Hameau en 1949. Ce stade, initialement destiné aux entraînements des jeunes appelés sportifs, est devenu un lieu emblématique de la ville, accueillant notamment les matchs de rugby de la Section Paloise.

Il est intéressant de noter que ce sont les athlètes du Bataillon de Joinville qui ont construit le Stade du Hameau, à la pelle et à la pioche. Ils organisaient même de petits spectacles pour se payer des sacs de ciment.

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Selon Jean-Claude Raufaste, tous les sportifs rêvaient de faire partie du Bataillon de Joinville. Les fédérations sportives n'étaient pas aussi bien organisées qu'aujourd'hui, et rejoindre ce bataillon permettait de s'entraîner dans de bonnes conditions, avec un cadre rigoureux. C'était un peu comme l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) aujourd'hui.

L'Héritage du Bataillon de Joinville

Le Bataillon de Joinville a marqué son époque et a laissé un héritage durable dans le sport français. En près d'un demi-siècle, cette unité militaire a formé des milliers d'athlètes de haut niveau, dont certains sont devenus des légendes de leur discipline.

Parmi les noms les plus célèbres passés par le Bataillon de Joinville, on peut citer Jacques Anquetil, Jean Gachassin, Michel Platini, Yannick Noah, Ghani Yalouz, David Douillet, Jean-François Lamour, Florian Rousseau et Jean Galfione. Ces athlètes ont rapporté de nombreuses médailles olympiques, titres mondiaux et nationaux, contribuant ainsi au rayonnement du sport français à l'international.

Le Bataillon de Joinville a également joué un rôle important dans la promotion du sport militaire. Il a permis aux jeunes appelés de remplir leurs obligations militaires tout en continuant à s'entraîner régulièrement dans les meilleures conditions possibles. Il a ainsi contribué à renforcer les liens entre l'armée et le monde sportif.

La Fin de la Consription et la Renaissance du Bataillon de Joinville

La loi de 1997 portant réforme du Service national a sonné le glas de la conscription et, avec elle, des activités du Bataillon de Joinville dans sa forme initiale. En 2002, le bataillon est dissous, après avoir accueilli près de 21 000 sportifs de haut niveau.

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Cependant, l'histoire du Bataillon de Joinville ne s'arrête pas là. En 2014, il est reconstitué au sein du Centre national des sports de la défense (CNSD) à Fontainebleau. Cette renaissance témoigne de l'attachement des Français à cette institution et de sa pertinence dans le paysage sportif contemporain.

Le nouveau Bataillon de Joinville regroupe des athlètes valides et para-sports, dans différentes disciplines. Il continue de soutenir les sportifs de haut niveau dans leur préparation aux compétitions internationales, tout en perpétuant les valeurs de l'armée et du sport.

Le Bataillon de Joinville et les Jeux Olympiques de Paris 2024

À l'approche des Jeux olympiques de Paris 2024, le Bataillon de Joinville retrouve une place centrale dans le dispositif sportif français. Le ministère des Armées s'engage à soutenir les athlètes militaires dans leur préparation aux Jeux, en mettant à leur disposition des moyens humains et matériels.

De nombreux athlètes militaires devraient participer aux Jeux de Paris 2024, portant haut les couleurs de la France et de l'armée. Parmi eux, on peut citer Alain Bernard et Hugues Dubosc, deux nageurs de la gendarmerie nationale, Martin Fourcade, biathlète de l'armée de Terre, Clarisse Agbegnenou, judokate de la gendarmerie nationale, et Charline Picon, véliplanchiste de la marine nationale.

La participation de ces athlètes aux Jeux de Paris 2024 est un hommage à l'histoire du Bataillon de Joinville et à son rôle dans le développement du sport français. Elle témoigne également de l'engagement continu de l'armée en faveur du sport de haut niveau.

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