Le basket-ball est un sport mondial, et les confrontations entre la France et les États-Unis ont marqué son histoire. Ces rencontres ne sont pas seulement des matchs, mais des chapitres d'une saga où se mêlent rivalité sportive, évolution du basket français et moments historiques. Des Jeux Olympiques aux Championnats du Monde, chaque match apporte son lot de surprises et de tensions.
Les Débuts Olympiques : Londres 1948
L'histoire de cette rivalité débute lors de la finale des Jeux Olympiques de Londres en 1948. À cette époque, le basket-ball est encore un sport mineur en France. Les gymnases sont rares et les terrains de fortune. La NBA vient tout juste de naître. Les Américains, plus grands, plus costauds et tactiquement supérieurs, dominent la rencontre. La France, bien que vaillante, s'incline lourdement 65 à 21. René Chocat est le meilleur marqueur français avec 8 points, mais le reste de l'équipe ne parvient pas à suivre.
Cette défaite est tout sauf une surprise. Le comité olympique n’avait même pas prévu de drapeau tricolore en cas de victoire. Michel Bonnevie racontera plus tard : « Les Américains avaient trois joueurs de plus de 2 mètres. Ils étaient tellement forts que, même si on avait mis une sélection mondiale en face d’eux, ils auraient gagné de 20 points. »
Malgré la lourde défaite, ce match est symbolique pour les Bleus : c'est la première finale de leur histoire, peu importe la compétition.
Traversée du Désert et Revanche Manquée : Des Années 1950 à 1980
Après Londres, la France affronte les États-Unis lors de trois phases finales de Coupe du Monde différentes, en 1950, 1954 et 1963, avec un schéma similaire à chaque fois. Les Bleus sont vaillants en première mi-temps, restent proches de leurs adversaires avant la pause, puis s’effondrent au retour des vestiaires.
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À partir de 1963, c’est la traversée du désert. Plus de Coupe du Monde ou de Jeux Olympiques jusqu’en 1984.
Los Angeles 1984 : La Déroute
Les Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 marquent un tournant sombre dans l'histoire des confrontations franco-américaines. Sur le papier, avec Hervé Dubuisson, Jean-Michel Sénégal, Richard Dacoury et Jacques Monclar, la France possède une équipe qui peut avoir des ambitions. Cependant, des problèmes internes minent le moral de l'équipe.
Trois joueurs sont sanctionnés pour avoir dérogé, avant l’ouverture du tournoi, au règlement intérieur. Dacoury était arrivé tardivement à un rendez-vous après avoir pris trop de temps chez un coiffeur, et les Beugnot, Éric et Grégor, ont rejoint le village olympique après le couvre-feu. A la place d’une amende, le coach Jean Luent les a privés du match contre les États-Unis.
Cette atmosphère de honte, ce manque de cohésion mènent à la plus grande défaite de l’histoire de l’équipe de France. La France s'incline 120-62, soit un écart de 58 points. Dans cette équipe américaine, que l’on n’appelait pas encore Dream Team, figuraient Michael Jordan, Pat Ewing et Chris Mullin. Rien que ça.
Avec un score de 57-25 à la mi-temps, il n’y avait aucun espoir de voir un retour miraculeux des Bleus. Steve Alford, Michael Jordan, Vern Fleming, Alvin Robertson et Patrick Ewing ont combiné pour 74 points à eux tout seul. Côté français, seuls Dubuisson, Philippe Szanyiel et Stéphane Ostrowski ont eu un match honorable.
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Sydney 2000 : Une Finale Inattendue
Après le mondial 86, les Bleus entament une nouvelle période sans Jeux Olympiques ou Coupe du Monde qui dure jusqu’en 2000. Après une 4e place à l’EuroBasket 1999, la France est de retour aux Jeux Olympiques, et arrive avec de maigres espoirs. Si l’équipe possède Antoine Rigaudeau et Laurent Sciarra entre autres et ressort de son meilleur championnat d’Europe de la décennie, sa préparation n’a pas vraiment donné confiance.
Les Jeux olympiques de Sydney en 2000 marquent le retour de la France sur la scène internationale. L'équipe, emmenée par des joueurs tels que Laurent Sciarra, Stéphane Risacher et Antoine Rigaudeau, réalise un parcours inattendu.
La France est déjà qualifiée, grâce à sa victoire face à la Chine qui assure que le départage se fait en faveur des Bleus. Maintenant, il s’agit de ne pas être ridicule face à la Team USA… visiblement, personne n’a dit ça à Vince Carter. Un dunk rentré dans la légende sur le pauvre Frédéric Weis, le 15e choix de la draft 1999. Vinsanity n’en a rien à faire qu’il fait 2,18 m, il saute par-dessus le pivot, et le monde est sous le choc. Pour le reste du match, Antonio McDyess et Kevin Garnett font le travail, avec 39 points et 22 rebonds cumulés. Les 21 points de Sciarra ne sont pas suffisants.
Avec un bilan de 2-3, la France affronte le Canada, qui a fini premier de son groupe en quart de finale, avec l’acceptation du public que ça allait être la fin du parcours français. Pourtant, les Bleus parviennent à vaincre les Canadiens avec une prestation défensive remarquable sur Steve Nash. 68-63 pour les tricolores, et pour la première fois depuis 1956, est dans le dernier carré du tournoi.
Les Bleus continuent leur bon parcours et tombent sur les hôtes australiens. Les hommes de Jean-Pierre de Vincenzi ont continué avec cette identité défensive pour terrasser les hôtes australiens, 76-52.
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Pendant ce temps, les américains ont aussi atteint la finale, mais se sont fait peur face à la Lituanie. Menée 36-48, il a fallu un incroyable effort de Carter et Garnett pour permettre à la Team USA de s’en sortir, survivant grâce à un buzzer-beater raté de justesse pour gagner 85-83. Cette équipe américaine n’est visiblement pas aussi invincible que celle des années précédentes.
Comme attendu, les américains, menés par Vince Carter, dominent la première mi-temps. Avec 32-46 après 20 minutes, tout le monde se prépare à une nouvelle démonstration de la part des stars NBA. Au retour des vestiaires, Laurent Sciarra et Stéphane Risacher, père de Zaccharie, sonnent la révolte en seconde période. Petit à petit, l’écart se réduit, le public australien se met du côté français, soutenant les outsiders. Et alors qu’il ne reste qu’un peu plus de 4 minutes au chrono, Rigaudeau plante un 3 points « in your face » comme on dit aux États-Unis. Personne n’y croit, mais les Bleus n’ont plus que 4 points de retard. Rudy Tomjanovich prend un temps-mort. Hélas, les tricolores n’avaient plus rien à offrir. Les américains redoublent d’intensité et les français ne peuvent pas suivre. Victoire 75-85 de la Team USA.
La France s’incline, mais n’a pas à avoir honte après un tel parcours et une telle finale, un match inattendu, et le point d’orgue du basket français à cette époque.
Londres 2012 : La Génération Parker
12 ans plus tard, c’est la génération Tony Parker qui se charge de défier la Team USA. Depuis l’an 2000, de plus en plus de français se sont installés en NBA, et on en retrouve quelques-uns ici. Kevin Séraphin, Nicolas Batum, Nando de Colo, Boris Diaw et Ronny Turiaf.
Finaliste de l’EuroBasket 2011, cette équipe de France semble se rapprocher de son apogée et veut obtenir une nouvelle médaille. Grâce à une belle défense, ils ont résisté pendant un quart-temps, étant mené 22-21 après 10 minutes. Hélas, la rencontre s’est vite tournée en démonstration. La défense ne tenait plus, et pire encore, l’adresse était inexistante. 2 sur 22 à trois points et 17 sur 27 aux lancers francs. La France a de plus en plus de joueurs qui s’imposent en NBA, mais est encore loin d’être au même niveau que les américains. Pendant ce temps Kevin Durant, meilleur marqueur américain avec 22 points a commencé à mettre ses tirs, le match était maintenant hors de portée. 52-36 à la pause. La deuxième période a tourné à une démonstration d’acrobaties entrecoupée de quelques paniers de Parker (10 points à 4-11) et d’Ali Traoré (12), avec deux entraîneurs ouvrant largement leur banc. Score final, 98-71.
Les Bleus sont meilleurs qu’il y a 12 ans. Par la suite, la France remporte les 4 matchs suivants pour finir 2e du groupe avant d’affronter l’Espagne, où après un 4e quart-temps catastrophique, les vice-champions olympiques et champions d’Europe en titre éliminent les Bleus en quart de finale. Les tricolores prendront enfin leur revanche l’année suivante en remportant l’EuroBasket 2013, le premier trophée majeur du basket français.
Rio 2016 : Une Défaite Honorable
Les deux équipes s’affrontent une nouvelle fois 4 ans plus tard, dans ce qui est le prévu comme le dernier tournoi de Parker avec l’équipe de France. Si leur affrontement en 2012 était en ouverture de la phase de groupe, celui-ci est en conclusion de la poule. Alors que les deux équipes sont déjà qualifiées pour les quarts, Tony est mis au repos à cause d’une blessure à l’orteil. Nando et la France a tenue tête à la Team USA en 2016.
Au premier quart-temps, les Français sont même passés devant après 8 minutes de jeu, menant 21-22. Si le banc a eu du mal à suivre, les Bleus n’ont jamais laissé les Américains s’envoler pendant la première mi-temps. Pourtant, avec un Klay Thompson en feu (30 points à 7 sur 13 à trois points) et un Durant très efficace. Sans Nando pendant presque toute la deuxième mi-temps à cause d’une blessure au genou, la France a cependant réussi à revenir au score. Avec notamment Heurtel et Batum (14 points), les Bleus échouent finalement à trois points. Défaite 100-97. Face aux Américains, c’est déjà une vraie performance.
Coupe du Monde 2019 : L'Exploit
Après un EuroBasket 2017 décevant, la France se relance en 2019 lors de la Coupe du Monde avec la nouvelle génération. Avec Rudy Gobert, Nando et Evan Fournier, les Bleus battent enfin les États-Unis en compétition officielle, les éliminant en quart de finale. Peu importe si ce n’est pas la meilleure équipe américaine, avec beaucoup de stars absentes, ce match restera à jamais dans l’histoire du basket français comme un moment très important. Au final, l’équipe termine 3e après une lourde défaite en demi-finale contre l’Argentine.
Grand moment pour le basket tricolore ! Les Français, auteurs d'une performance de très haute volée, ont réussi à s'imposer face aux États-Unis en quart de finale des Championnats du monde au Dongguan Basketball Center. Si les États-Unis étaient venus à ce mondial sans la plupart de leurs superstars, ça reste une performance de premier ordre. Les Américains n'avaient plus perdu en compétition officielle depuis 2006. Et la dernière victoire de l'équipe de France face aux États-Unis date de 1986…
Les Français affronteront en demi-finale l'Argentine, vendredi, à Pékin. Nicolas Batum, Rudy Gobert and co sont en outre qualifiés pour les Jeux olympiques de 2020, grâce à la victoire de l'Australie sur la République tchèque dans le dernier quart de finale. C'est la deuxième demi-finale mondiale d'affilée pour l'équipe de France, qui avait perdu en 2014 à ce stade contre la Serbie. C'est le plus gros échec pour les Américains, triples champions olympiques et doubles champions du monde en titre, depuis leur défaite en demi-finale du Mondial 2006. Privés de leurs superstars de la NBA, les hommes de Gregg Popovich, le coach légendaire de San Antonio, avaient déjà connu deux alertes ces dernières semaines. Ils avaient perdu un match de préparation contre l'Australie à Melbourne (98-94), premier échec d'une équipe 100 % NBA depuis 2006, et avaient failli perdre au premier tour contre les Turcs, battus d'un point à cause d'une série de lancers ratés dans les dernières secondes.Le duel a été âpre. Les Français ont connu un premier avantage de 10 points dans le 3e quart-temps avant de voir les Américains leur repasser devant et compter jusqu'à 7 points d'avance à 8 minutes du terme (72-65).
Tokyo 2020 (2021) : Victoire en Phase de Groupe et Défaite en Finale
Malgré une préparation décevante, les Bleus arrivent à Tokyo en 2021 (même si le tournoi s’appelle 2020) avec de l’ambition. Le but? Une médaille, comme en 2019. Et pour cela, il faut d’abord passer par une équipe américaine en quête de revanche après s’être fait humilier en Chine.
Avec Damian Lillard et Bam Adebayo qui mène les troupes avec respectivement à 9 et 10 points à la mi-temps, la Team USA mène à la pause 35-45. Côté français, Fournier (12 points en première période) et Gobert (9 points, 7 rebonds à la pause) ne lâchaient rien et maintenaient les Bleus dans le match. Alors que la défense française se resserre, forçant Durant à un mauvais match (10 points à 4-12 aux tirs), les Bleus sont également inarrêtable en attaque. Résultat? 25-11 sur le 3e quart, et maintenant l’espoir est permis pour les tricolores.
Le quatrième quart promettait et ne décevait pas. Les deux équipes étaient au coude à coude. Dans le money time, les Américains, portés par un excellent Jrue Holiday (18 points, 7 rebonds en sortie de banc) et une défense à la hauteur repassent devant. Evan Fournier était incroyable en ouverture des Jeux Olympiques. Les hommes de Gregg Popovich avaient plusieurs occasions de revenir au score mais manquaient d’adresse. De Colo plante deux lancers francs pour donner quatre points d’avance aux Bleus à 20 secondes du coup de sifflet final. Incapables de retrouver leur adresse, les Américains ne sont pas revenus et Fournier, 28 points au compteur, finit le travail. Victoire 83-76. Pour la deuxième rencontre consécutive, la France a battu les américains en compétition officielle.
Les hommes de Vincent Collet continuent leur chemin, terminant premier de son groupe pour atteindre les quarts de finale. Ce ne fut pas facile, mais après une victoire contre l’Italie, les Bleus étaient en demi-finale pour la première fois depuis 2000. Puis, au terme d’un match incroyable et après le contre légendaire de Batum, ils étaient en finale pour la 3e fois de son histoire? Leurs adversaires?
La France n’a pas peur cela dit, et connaît le point faible de cette équipe américaine: le secteur intérieur. Gobert domine sous le panier face à Draymond Green pour ouvrir le match. Mais Durant n’allait pas laisser les États-Unis perdre une nouvelle fois. Ils poussent l’équipe vers l’avant pour mener 18-22 à la fin du premier quart, puis 39-44 à la mi-temps. Le joueur des Brooklyn Nets a déjà inscrit 21 points pendant cette période.
Portés par le Slim Reaper, les Etats-Unis prennent jusqu’à 13 points d’avance. Pourtant, l’équipe française ne se désunit pas. Dominant la raquette, Gobert inscrit 16 points dans ce match, mais rate des lancers francs cruciaux. Pendant ce temps, les américains jouent une défense suffocante, provoquant 18 pertes de balles. La France continue avec un beau 4e quart, ils reviendront même à 3 points à dix secondes du terme, dans une fin de rencontre qu’ils tentent d’emballer. En vain.
Si près, mais si loin, les Bleus n’ont jamais abandonné dans cette finale et ont forcé les Américains à ne jamais baisser la garde. Défaite 82-87 pour les hommes de Collet. « Le basket français en est arrivé là : on finit deuxièmes aux Jeux olympiques et on ne s’en satisfait pas » déclare le capitaine des Bleus, Nicolas Batum. Si proche mais si loin, la France n’arrive pas à détrôner les américains. Loin est la période où les Bleus étaient simplement contents d’être là, contents d’aller loin dans un tournoi. C’est une équipe qui a faim, qui veut des médailles, des titres.
Vers Paris 2024 : La Quête Ultime
Hélas, l’été suivant, les français ratent l’opportunité de remporter un deuxième EuroBasket en échouant en finale face à l’Espagne après un tournoi riche en émotion. Ces doutes se sont intensifiés avec les mois qui avancent, et une préparation catastrophique, ainsi qu’un début de compétition embarrassant. Et pourtant, grâce à des ajustements mi-tournoi, les voilà. Les Bleus sont à nouveau en finale des Jeux Olympiques, et vont à nouveau affronter les américains. Est-ce que le résultat sera le même qu’en 1948, 2000 et 2021? Pour un basketteur français, ou pour tous leurs supporters, est-il possible de vivre plus beau jour que celui-ci ?
Ce samedi 10 août à Bercy, une nouvelle page de cette rivalité passionnante sera tournée lors de la finale tant attendue des JO Basket 2024, un événement que les amateurs de basket ne voudront pas manquer.
L'Influence Américaine sur le Basket Français
Au-delà des confrontations directes, l'influence américaine sur le basket français est indéniable. La spectacularisation du jeu, l'importance accordée aux individualités et la professionnalisation du sport sont autant d'éléments qui témoignent de cette influence.
À la fin des années 1980, les représentations du basket-ball français subissent des changements radicaux, parmi lesquels la spectacularisation. Deux niveaux définissent ce processus. D’une part, c’est très simplement la mise en scène du geste et de l’évènement sportif. D’autre part, c’est aussi, au sens des mythologies barthésiennes, l’exagération, l’extrapolation, l’amplification rhétorique, l’emphase des passions. Le spectacle devient un paramètre déterminant d’une pratique sportive hautement révélatrice de l’américanisation qui marque la société française. L’exportation du modèle étatsunien répond moins à un programme impérialiste qu’à la simple logique du profit. L’exemple de la National Basketball Association (NBA) témoigne de la rencontre entre le monde du commerce et l’univers sportif, faisant naître une culture de masse, marchande et standardisée, nourrie par les médias. Les magazines spécialisés aspirent alors à présenter une discipline plus vivante et plus spectaculaire générant l’enthousiasme d’un public jeune et passionné. Dans un contexte social de recomposition où les frontières entre les sphères du pouvoir sont de plus en plus vaporeuses, les forces économiques et culturelles fusionnent.
Incontestablement, la spectacularisation du basket-ball donné à voir en France doit beaucoup à l’influence de la ligue étatsunienne professionnelle. La NBA est un produit qui s’exporte bien. Au sein de la « presse basket » où la concurrence s’installe, la logique culturelle capitaliste s’impose peu à peu.
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