Craig Joubert, l'arbitre sud-africain dont le nom a résonné dans le monde du rugby, a pris sa retraite du circuit international après 12 ans de carrière et 69 matchs arbitrés. Sa carrière, bien que jalonnée de succès, reste inextricablement liée à des décisions arbitrales controversées qui ont suscité la passion et la colère des supporters et des acteurs du rugby.
Un début de carrière prometteur
Joubert a débuté sa carrière internationale en 2003, lors d'un match opposant la Namibie à l'Ouganda. Sa progression rapide l'a mené à arbitrer des rencontres de plus en plus prestigieuses, culminant avec la finale de la Coupe du monde 2011 entre la Nouvelle-Zélande et la France.
La finale de la Coupe du monde 2011 : un tournant controversé
La finale de la Coupe du monde 2011, remportée par la Nouvelle-Zélande sur le score de 8 à 7, a marqué un tournant dans la carrière de Joubert. Son arbitrage a été vivement critiqué par les supporters et l'encadrement français, qui lui reprochaient de ne pas avoir sifflé de nombreuses pénalités en faveur des All Blacks dans les 20 dernières minutes du match.
Les critiques ont été si virulentes que la page Wikipédia de Craig Joubert a été vandalisée, le décrivant comme une "salope" et un "arbitre corrompu jusqu'à la moelle". Malgré ces attaques personnelles, Joubert a continué à arbitrer au plus haut niveau.
La Coupe du monde 2015 et la pénalité fatale
Quatre ans plus tard, lors de la Coupe du monde 2015, Joubert s'est retrouvé au centre d'une nouvelle controverse. Lors du quart de finale opposant l'Australie à l'Écosse, il a accordé une pénalité controversée à l'Australie dans les dernières minutes du match, permettant aux Wallabies de s'imposer 35 à 34 et d'éliminer le XV du Chardon.
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Joubert avait considéré qu'un joueur écossais avait repris en position de hors-jeu une passe en avant d'un partenaire, et accordé la pénalité de la victoire à l'Australie. Le lendemain du match, World Rugby a reconnu, fait extrêmement rare, que M. "La décision appropriée aurait été d'accorder une mêlée favorable à l'Australie", précisant que selon le protocole "l'arbitre ne pouvait faire appel à la vidéo" puisque cette dernière n'est utilisée que sur des actions d'essais ou des anti-jeux.
Cette décision a suscité une vague d'indignation en Écosse, où Joubert a été accusé d'avoir volé la victoire à leur équipe. L'attitude de Joubert à la fin du match, lorsqu'il a couru vers le tunnel sans serrer la main des capitaines, a également été critiquée.
Soutiens et critiques : un débat passionné
Malgré les critiques, Joubert a également reçu des soutiens de personnalités du monde du rugby. Will Greenwood, ancien centre de l'équipe d'Angleterre, a déclaré : "Attaquez Joubert, et vous attaquez l'esprit du rugby. Les hommes au sifflet ne doivent pas arbitrer avec la peur d'être dénigrés et maltraités."
Sir Clive Woodward est pour le « libre arbitre », si l’on peut dire.« L’erreur d’arbitrage a toujours fait partie du jeu. A mon avis, Peyper et Joubert n’auraient pas dû changer de décisions, bien qu’elles soient justes. »
Ces soutiens soulignent la difficulté de l'arbitrage et la nécessité de respecter les décisions prises sur le terrain, même si elles peuvent paraître injustes à certains.
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L'arbitrage vidéo : une solution ou un problème ?
L'utilisation de l'arbitrage vidéo (TMO) est un sujet de débat récurrent dans le monde du rugby. Certains estiment que la vidéo permet de corriger les erreurs d'arbitrage et d'assurer un jeu plus juste. D'autres, en revanche, craignent que la vidéo ne ralentisse le jeu et ne dénature l'esprit du rugby.
Philippe Saint-André maugrée : «On se prépare pour jouer quatre-vingts minutes, alors que les matches vont bientôt durer deux heures et demi si on continue à ce rythme-là ». Il fait référence au TMO (Television Match Official), plus communément appelé « arbitrage vidéo », utilisé pour revoir une action litigieuse ou valider un essai. Depuis le début de la Coupe du monde, ce recours est de plus en plus fréquent. « Cela contribue à hacher menu les matches », regrette l’entraîneur français.
L’arbitre sud-africain Jaco Peyper a même accordé un essai à Matawalu avant de le refuser. C’est un ralenti diffusé après la validation de l’essai, montrant un en-avant du Fidjien au moment d’aplatir, qui lui a mis la puce à l’oreille.Le lendemain, son compatriote Craig Joubert a frôlé le ridicule lors de France- Italie. En tout cas, il a fait pire. Après avoir accordé l’essai à Nakaitaci grâce à la… vidéo, il est lui aussi revenu sur sa décision en apercevant sur l’écran géant de Twickenham le ralenti, sous un autre angle, de l’en-avant de l’ailier français au moment d’aplatir. Michalak se concentrait alors pour tenter la transformation.
D’autres auraient été accordés. Privés d’un essai valable et du titre de champion de France face à Castres en 1993, les Grenoblois peuvent en témoigner.Mais, comme les rebonds imprévisibles du ballon ovale, les décisions de l’arbitre font partie de la grande histoire du rugby, laquelle est en train d’être aseptisée par les nouvelles technologies, dont le système de Hawk-Eye, déjà utilisé en tennis, est la dernière folie.
Une nouvelle carrière dans la formation
Après avoir pris sa retraite de l'arbitrage international, Craig Joubert s'est vu offrir un poste d'entraîneur des jeunes arbitres de talent par World Rugby. Cette nomination témoigne de la reconnaissance de ses compétences et de son expérience, malgré les controverses qui ont émaillé sa carrière.
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Joubert a exprimé son enthousiasme pour ce nouveau défi, déclarant : "D'autres opportunités s'offrent à moi maintenant comme ce travail de formation qui représente un challenge très excitant."