L'arbitrage dans le rugby, traditionnellement dominé par les hommes, connaît une évolution significative avec l'émergence et la reconnaissance croissante des femmes arbitres. Cet article explore les règles, les défis spécifiques rencontrés par les femmes dans ce rôle, et les perspectives d'avenir pour une plus grande inclusion et parité.
L'ouverture de l'arbitrage à la gent féminine
L'arbitrage est effectivement ouvert à la gent féminine. Lors de la saison 2013-2014, par exemple, Sandrine Deshepper était juge d’en but lors de la finale de championnat de France juniors Toulouse-Limoux et a effectué quelques touches en élite 2 et junior élite. Chloé Pelle, joueuse internationale française de rugby à XV et de rugby à sept, a également embrassé l'arbitrage en 2022, démontrant ainsi que l'arbitrage est accessible aux femmes.
La formation et les contraintes
Lorsque l’on commence l’arbitrage, l’essentiel de la formation se fait au niveau départemental, et est assuré par le RRA sur la base d’un programme fourni par la CCA, soit environ une réunion toutes les trois semaines. Si l’envie et les capacités sont présentes pour monter dans la hiérarchie et postuler éventuellement jusqu’à l’élite, il y aura plusieurs stages et formations à suivre, avec un plan de travail sous contrôle de la CCA. Un travail personnel est à effectuer si l’on veut progresser! Le nouveau logiciel Tech 13 va permettre à tous les arbitres d’aller visionner en ligne une rencontre ou une séquence de match élite afin de vérifier si la bonne décision a été prise. Un module de formation niveau 1 a été créé ainsi qu’un petit examen niveau 1 élaboré pour contrôle des acquis et niveaux. De nos jours, avec les contraintes inhérentes à chacun, il est assez compliqué d’avoir des personnes disponibles a temps plein, donc oui, il est possible de s’investir dans l’arbitrage sans pouvoir y consacrer chacun de ses week-ends, il y a déjà beaucoup d’arbitres dans ce cas ( excepté pour l’Elite 1 ). Les catégories ne sont pas hermétiques les unes envers les autres.
Un rôle au cœur du jeu
L’arbitre est au cœur du jeu ! L’arbitre ou le juge de touche est à la fois un conducteur et accompagnateur du jeu et de la règle, il participe par ses compétences et sa vigilance à créer un climat de sportivité loyale et équitable sur le terrain. Sa présence constitue une source certaine de régulation sur l’ambiance de la compétition.
Les défis spécifiques aux femmes arbitres
Malgré cette ouverture, les femmes arbitres font face à des défis spécifiques, notamment en termes de légitimité et de perception.
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La question de la légitimité
La question de la légitimité est un point qui revient fortement. Aujourd’hui, quand on est une femme arbitre, on se retrouve à participer à des réunions où l’on est parfois la seule dans un groupe où il y a quarante garçons. Tout cela fait que l’on se met un peu à l’écart dans la pièce, que l’on n’ose pas forcément prendre la parole et on finit par se demander ce que l‘on fait là. Souvent, on dit que la femme a un crédit supplémentaire quand elle débute un match, c’est-à-dire qu’on lui laisse le bénéfice du doute tout en sachant qu’elle peut le perdre beaucoup plus vite qu’un garçon. C’est un peu comme dans la vie professionnelle aujourd’hui, dans certaines entreprises, la place de la femme n’est pas encore beaucoup mise en valeur.
Les insultes sexistes et le manque de soutien
Les femmes arbitres peuvent être confrontées à des insultes sexistes. Chloé Pelle a vécu des choses assez violentes, on m’a craché dessus… Quand on débute et qu’on a 20 ans, on ne s’attend pas à ça, on croit que le rugby est une grande famille, que tout le monde est copain et on se rend compte en réalité, en tant qu’arbitre, qu’on est très seul, très isolé. Ce genre de mésaventures, ce sont des épiphénomènes, mais cela fait que l’on perd des arbitres parce que l‘on n’arrive pas à gérer notre stress, à gérer nos émotions. Je pense qu’il y a une partie mentale de l’arbitrage qui est devenue très importante et qui n’est pas incluse dans nos formations.
La pression de l'exemplarité
Ce déséquilibre entre hommes et femmes en termes de quantité semble conduire les femmes à s’imposer un devoir d’exemplarité. Il ne faut pas se tromper car non seulement le retour est violent mais ça peut également conditionner la suite pour les autres. C’est vrai qu’il suffit qu’une fille ne soit pas bonne pour que l’on entende dire que toutes les filles arbitres sont nulles. C’est une grosse pression, d’autant plus que je suis, pour ma part, la seule professionnelle, ce qui signifie que je suis la seule un peu médiatisée et ça, ça me laisse peu de marge d’erreur. Il reste qu’il est important, dans tous les sports, d’avoir une figure qui montre la voie et qui montre que c’est possible.
La mixité de l'arbitrage à haut niveau
Le problème pour la mixité de l’arbitrage à haut niveau c’est que la vitesse du jeu est beaucoup plus importante sur les catégories hommes et que donc une femme arbitre doit avoir des qualités physiques supérieures à la moyenne pour pouvoir être toujours bien placée et donc bien arbitrer, ce qui est plus rare.
L'évolution positive et les perspectives d'avenir
Malgré ces défis, la situation évolue positivement, avec une reconnaissance croissante des compétences des femmes arbitres et des initiatives pour encourager leur participation.
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L'augmentation du nombre de femmes arbitres
On est passé d’environ 4 % d’arbitres féminines en 2019 à presque 7 % aujourd’hui, ce qui donne 190 femmes pour 3 000 arbitres, tous niveaux confondus, dont 24 évoluent au niveau national. Ça évolue, c’est vrai, mais je trouve que ça n’évolue pas assez vite. Si l’on se base sur le nombre de joueurs par rapport au nombre d’arbitres masculins, il faudrait que l‘on double notre effectif pour atteindre ce ratio joueuses-arbitres féminines, ce qui signifie qu’il faudrait que l‘on ait, en gros, 400 arbitres féminines.
Les initiatives de développement de l'arbitrage féminin
En tant qu’arbitre professionnelle, j’ai aussi pour mission de créer des projets de développement de l’arbitrage féminin. Je suis partie d’une page blanche et c’est assez monstrueux à construire. Je suis aidée par des bénévoles, des gens sur le terrain parce qu’il m’est impossible d’aller dans tous les clubs, dans toutes les villes pour promouvoir l’arbitrage féminin. Cela me permet d’avoir des relais sur le territoire qui aident à mettre en avant la pratique féminine. Je pense que, pour adhérer à l’arbitrage de manière générale, il faut y avoir goûté un peu et je me dis que ça, ça passe d’abord par de l’éducation à l’arbitrage et ce dès l’école de rugby ou au début de la pratique, avant 18 ans. C’est ça qui, à terme, va faire que l’on y prend goût ou pas. En revanche, si on n’a jamais touché un sifflet, on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre, on se dit juste que l’arbitre, c’est le méchant et on ne se projette jamais dans ce rôle-là. Parmi ces opérations, il y a la semaine de l’arbitrage en collaboration avec La Poste. Oui, c’est un comité très récent qui existe depuis septembre 2024 et qui ne peut faire que grandir. En matière d’arbitrage, il y a des fédérations qui sont très en avance, celle de handball par exemple qui est quasiment à 50/50 hommes-femmes et qui a mis pas mal de choses en place pour parvenir à ce résultat. Si, parmi elles, certaines n’ont pas eu le résultat escompté, ça ne sert peut-être à rien de perdre notre énergie sur ces choses-là en rugby.
L'exemple d'Hollie Davidson
Hollie Davidson va devenir, ce vendredi à Cardiff, la première femme de l’histoire à diriger une finale européenne lors de l’affrontement entre Lyon et Bath qui déterminera le vainqueur de la Challenge Cup. L’Ecossaise de 32 ans est en train d’exploser au très haut niveau dans un milieu qui reste extrêmement masculin et compte bien continuer à faire naître des vocations.
La perception des joueurs
On me dit qu'ils sont plus gentils avec moi, parce que je suis une femme. Ils osent peut-être moins monter à la confrontation. Globalement, avec les joueurs que je côtoie chaque week-end, je n'ai pas problématique particulière. Il y en a qui disent que l'aspect féminin permet souvent d'apaiser beaucoup plus vite les situations tendues. S'il peut y avoir un rapport de force entre deux hommes, il n'y a pas ce même affrontement lorsqu'il s'agit d'une femme et d'un homme.
Le rugby fauteuil : un exemple de mixité
Le rugby fauteuil est un sport paralympique mixte. Les joueurs et les joueuses intègrent la même équipe. En France, ce sport est affilié à la Fédération Française Handisport. Afin d’équilibrer les forces physiques une joueuse à un abattement de 0.5 point sur le terrain. Par exemple : une joueuse classifiée 1.0 point sera 0.5 sur le terrain.
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