Le Racing Club Narbonne, avec ses couleurs grenat et noir (puis orange et noir), est bien plus qu'un simple club de rugby. C'est une institution, un symbole de la passion et de l'histoire d'une ville. Depuis sa création, il a été le théâtre d'exploits mémorables, portés par des joueurs d'exception qui ont marqué l'histoire du rugby français. Cet article se propose de plonger au cœur de cette légende, en évoquant les noms qui ont fait la grandeur du club, les moments clés de son parcours et les défis qu'il a su surmonter.
Les Premières Heures et la Consécration (1907-1939)
Fondé dans un contexte social particulier, marqué par la révolte des vignerons, le Racing Club Narbonne a rapidement trouvé sa place dans le paysage sportif local. Un match défi opposant les « rugbyphiles » narbonnais du « Sporting » aux militaires du 80ème Régiment d’Infanterie scella la fusion des deux groupements. Le club adopte les couleurs « grenat et noir ». Son premier président est monsieur BURGALAT, négociant en vins. Dès ses premières années, le club s'est forgé une solide réputation, attirant des foules importantes lors de ses matchs. Le 22 mars 1908, le club attire 3000 spectateurs sur le terrain aménagé de la rue de Maraussan lors de la ½ finale du challenge Génie. Le Racing bat l’AS Perpignan (8 à 3). Le 4 février 1912 à Lézignan, le Racing arborant les couleurs « orange et noir » (en remplacement du grenat et noir) devient champion du Languedoc en battant l’AS Perpignan (3 à 0). Mais la Première Guerre mondiale a brutalement interrompu son ascension, avec la perte de vingt-deux de ses membres.
Après des débuts prometteurs, le club a connu sa première consécration en 1936, en remportant le Championnat de France face à Montferrand (6-3). La ville en folie accueille ses premiers champions de France vainqueurs de Montferrand 6 à 3 : « Narbonne réserve à ses héros un accueil triomphal ». Sous le capitanat de CHOY, le Racing est battu à Bordeaux (9 à 3) par le L.O.U.. En 1933, Choy et ses camarades sont encore battus par le L.O.U (10 à 3). Deux finales consécutivement perdues, c’est l’effondrement dans le clan narbonnais du président Dr David. Désormais entrés dans la cour des grands, les racingmen y jouent un rôle de premier plan. Après une demi-finale perdue en 1934, un 8ème de finale perdu contre Toulon en 1935.
Les Années Difficiles et le Renouveau (1940-1978)
Les années 40 ont été marquées par la guerre et la suppression du championnat. Passé à XIII en 1938, le Racing ne brille guère. Il en est de même dans le championnat à XV rétabli en 1942. Et c’est la chute en 2ᵉ division en 1946. La remontée, dès 1947, laisse toutefois les orange et noir dans l’anonymat malgré quelques coups d’éclat en 1948 et 1953 (Narbonne, classé 5ᵉ club national). Classé 36ème en 1959, alors qu’il était 35ème en 1958… En 1961, l’équipe du RCN, (renforcée par des juniors, car si l’équipe phare du club est en « panne » les équipes juniors, cadets, minimes font parler d’elles dans le Languedoc et leurs championnats respectifs), va éviter de justesse la dernière place de la poule C.
Le club a connu des moments sombres, allant jusqu'à la relégation en deuxième division. Heureusement, l’arrivée de jeunes dirigeants enthousiastes, venant épauler les derniers anciens restés fidèles, régénère le RCN qui va retrouver le goût de la victoire et l’envie de conquêtes. Mais grâce à l'arrivée de jeunes dirigeants et à l'émergence de nouveaux talents, le Racing a retrouvé le chemin du succès, atteignant notamment les demi-finales du championnat en 1964 et 1968. Deux demi-finales du championnat : - 1964 Pau (8 à 3), - 1968 Toulon (14 à 9) et l’obtention du premier challenge Du Manoir en 1968 relanceront le Racing dans la course au prestige.
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L'Âge d'Or et les Héros de 1979
L'année 1979 restera gravée dans les mémoires comme l'apogée du Racing Club Narbonne. Le club a réalisé un doublé historique en remportant le Championnat de France face à Bagnères (10-0) et le Challenge Yves du Manoir. Le XV de départ de Narbonne : Benacloï ; Ferrero, Codorniou, Sangalli, Trallero ; (o) Pariès, (m) Ramon ; Montlaur (puis Trevisan puis Provenzale), Malquier, Ponçot ; Cl. Spanghéro (cap.), Salas ; G.
Cette équipe, emmenée par des joueurs emblématiques tels que Claude Spanghero, Yves Malquier, Didier Codorniou, François Sangalli et Lucien Pariès, a marqué toute une génération de supporters. En championnat, les Audois avaient marqué trente points et cinq essais en moyenne. On ne résiste pas à la tentation de citer quelques figures de proues, Claude Spanghéro évidemment, maitre des airs, mais aussi Yves Malquier, numéro 8 à la barbe noir ; si brillant que le XV de France l'avait appélé durant le Tournoi contre l'Ecosse. Pour sa première sélection, il marqu a deux essais en plein soleil. Les Narbonnais brandissent le Bouclier de Brennus tant désirer.
Le 27 mai 1979, Narbonne bat Bagnères : 10-0. Arbitre : M. Palmade. Pour Narbonne : 1 E Trallero ; 2 P Pariès. Expulsions : Colomine et Torossian. De ce titre tant désiré à Narbonne depuis…. 1979, nous reste le souvenir d'une saison magnifique conclue par une collection de titres sans précédent : Brennus, Du-Manoir, Bouclier d'Automne, Nationale B, Béguère. Exploit inédit que même Béziers n'a pas connu (quatre titres "seulement" en 1977 avec toutefois un titre Crabos en plus ).
La finale de 1979, bien que peu spectaculaire de l'avis de certains, a été vécue comme une revanche par les Narbonnais, marqués par les blessures du passé, notamment la finale perdue face à Béziers en 1974.
L'Ère Moderne et les Défis du Professionnalisme
Avec l'avènement du rugby professionnel en 1995, le Racing Club Narbonne a dû s'adapter à une nouvelle ère, marquée par la pression financière et la concurrence accrue. L'arrivée de nouveaux sponsors permet de stabiliser le club, mais la concurrence s'intensifie également, et Narbonne doit se battre pour rester dans l'élite face à des clubs de plus en plus structurés et aux budgets en hausse. Malgré ces défis, le Racing continue d’incarner un rugby de caractère et d'authenticité, restant fidèle à sa philosophie de jeu.
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Le club a connu des hauts et des bas, alternant entre le Top 14 et la Pro D2, et connaissant même une relégation en Fédérale 1 en 2018.
Les Joueurs Emblématiques des Années Récentes
Malgré les difficultés rencontrées, le Racing Club Narbonne a continué de former et d'attirer des joueurs de talent, qui ont marqué l'histoire du club et du rugby français.
Sébastien Buada : Un Audois pure souche, qui évolue à Narbonne de 1989 à 1997, puis de 2005 à 2007.
Franck Tournaire : Pur produit «orange & noir», parti au Stade Toulousain, est considéré comme un des tout meilleurs piliers droit de la planète.
Jean-Baptiste Poux : Début d’un autre pur produit narbonnais, Jean Baptiste Poux, qui participe à la superbe victoire de la France contre les Fidji (77 à 10) dans le chaudron de Geoffrey-Guichard à Saint Etienne.
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Jerry Collins : Parce que sa carrière fut immense, avec notamment 48 sélections avec les All Blacks et quatre victoires dans le Tri Nations. Et parce que ses débuts avec Narbonne furent convaincants.
Gonzalo Quesada
Cédric Rosalen. S’il a quitté le navire lors de la descente - direction l’USAP, comme Candelon - il fut l’un des meilleurs artilleurs de la 1ère division pendant des années.
Piri Weepu
Josh Valentine
D'autres joueurs, tels que Nani Corleto, Cédric Desbrosse, Jean-Philippe Viard, et Marcelo Mazars, ont également porté haut les couleurs du club.
André Quilis : Un Visionnaire du Rugby
André Quilis, ancien joueur international et entraîneur de renom, a marqué l'histoire du rugby narbonnais. Troisième ligne aile de Narbonne, il avait connu cinq capes en Équipe de France entre 1967 et 1971 aux côtes de deux autres Narbonnais Walter Spanghero et Jo Maso. Grand technicien, l’agrégé d’éducation physique et sportive a aussi entraîné les clubs de l’USAP (1975-1977 et 1978-1981), de Montpellier (1989-1994) et de l’équipe de France A (1995-2001). Il a notamment entraîné le Rugby Club Nîmois pendant deux saisons lors des années 1987-1989.
Son approche novatrice et sa passion pour le jeu ont fait de lui une figure respectée et admirée. Une passion qu’il avait décrite dans un livre coécrit avec André Roux « Rugby, de l’enfant au champion ». Fruit de trente ans de vie consacrée au ballon ovale. « C’était un homme enrichissant plein d’humour et très simple » souligne de son côté Michel Bérard qui lui-aussi l’a eu comme entraîneur. « Un homme intelligent. Il était comme entraîneur en avance sur son époque. C’était un chercheur. Il savait nous rendre plus performant sur le terrain et en dehors car ils nous sensibilisaient sur le jeu pour nous amener vers l’excellence.
Le Rôle des Socios et la Préservation de l'Histoire
La cérémonie, organisée avec le soutien des Socios du RCN, aura lieu le dimanche 1er décembre 2024 à 11 h 30 au musée Narbo Via. "La préparation de l’événement a été assurée par un groupe de travail comprenant, outre des représentants du Racing dont Jean Balfet et moi-même, explique Pierre Lavigne, vice-président du Racing, deux anciens internationaux, Henri Sanz et Arnaud Martinez, deux représentants des Socios, Didier Marty et Christian Vignozzi, et un ancien journaliste sportif, Eric Marty. Pierre Lavigne d’ajouter : "Le Racing club narbonnais n’est pas un club ordinaire. Aujourd’hui encore, sur tous les terrains de France, à l’écho de son nom, c’est une histoire prestigieuse qui s’égrène. Une histoire faite de titres et de grands joueurs dont certains appartiennent à la légende du rugby. Ces joueurs, qui ont allumé chez nombre de générations de supporters la passion du Racing, ne les oublions pas. Un club qui ne cultive pas son histoire sacrifie son avenir.
Les Socios du RCN jouent un rôle essentiel dans la préservation de l'histoire du club et la transmission de ses valeurs aux générations futures.