Daniel Costantini : L'Architecte du Handball Français Moderne

Daniel Costantini, figure emblématique du handball français, a marqué l'histoire de ce sport en France. Son parcours d'entraîneur, couronné de succès, a permis de sortir le handball français de l'anonymat et de l'amateurisme.

Un Parcours Exceptionnel

Après avoir entraîné à Marseille, Daniel Costantini prend les rênes de l'équipe de France en 1985, à une époque où elle peine à s'illustrer sur la scène internationale. C'est le début d'une aventure passionnante qui durera seize ans.

Avant même les Bleus de 1998, Daniel Costantini restera pour toujours le premier entraîneur à avoir mené une équipe française de sport collectif au titre mondial.

Daniel Costantini a mené l'équipe de France à son premier titre mondial en 1995, dix ans après avoir pris les commandes d'une sélection qui végétait alors en troisième division. Pendant 16 ans, jusqu'à ses adieux en 2001 sur un deuxième titre mondial, il a incarné le handball français, celui des Bronzés et des Barjots. Plus tard, avec d'autres sélectionneurs, les handballeurs français seront trois fois champions olympiques et quatre fois champions du monde.

L'Ère des "Bronzés" et des "Barjots"

Sous sa direction, l'équipe de France devient une force montante du handball mondial. Une première récompense significative arrive en 1992 avec une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Barcelone. Cette médaille marque un tournant et valide sept ans d'un travail acharné.

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Daniel Costantini, sélectionneur de 1985 à 2001, revisite l'épopée des JO de Barcelone soldée par une médaille de bronze, le 8 août 1992. La première du hand français pour son baptême olympique.

Trente ans après, Costantini s'en veut pourtant encore pour son coaching en demi-finales contre l'ogre suédois (défaite 25-22). Incorrigible.

Il a sorti la discipline de l'anonymat et de l'amateurisme. Aujourd'hui âgé de 80 ans, il s'est confié à Anouk Corge, grand reporter à « L'Équipe », qui a suivi toute sa carrière sur le banc des Bleus et l'a retrouvé chez lui, à Marseille, pour recueillir ses confessions.

L'équipe de France remporte ensuite deux titres de champion du monde, en 1995 et 2001, consacrant ainsi la vision et le travail de Costantini. Cette incroyable réussite est aussi l'héritage de Daniel Costantini. Après deux titres de champion du monde et plus de 500 matchs à la tête de l’équipe de France, Daniel Costantini est l’artisan indiscutable du succès du handball tricolore.

L'Héritage Tactique et Humain

Costantini est reconnu pour sa capacité à créer un esprit d'équipe fort et à développer le potentiel de ses joueurs. Il a su imposer des choix audacieux, comme celui de titulariser le jeune Jackson Richardson, dont le style de jeu novateur a d'abord suscité des réticences.

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Au cours de son exposé, Daniel Costantini est largement revenu sur son expérience avec l'équipe de France de handball. Ou comment il a réussi à imposer le jeune Jackson Richardson alors que son style de jeu, révolutionnaire pour l'époque, faisait grincer des dents…

L'approche de Costantini a évolué au fil du temps. Il est passé d'un style de management autoritaire à une approche plus participative, responsabilisant davantage ses joueurs.

Daniel Costantini n'élude rien. De ses succès en passant par ses échecs. Et il évoque aussi l'évolution de son style de management : « J'étais, au début, un entraîneur autoritaire, qui décidait tout, analyse-t-il. Lors de la dernière compétition, en 2001, avant le sacre de champion du monde, j'ai évolué pour m'effacer et responsabiliser les joueurs.

Il accordait une grande importance à la préparation physique et mentale de ses joueurs, les poussant à se dépasser et à croire en leurs rêves. "Les gars avaient un moral d'acier. Ils ont toujours été comme ça : il y a toujours eu chez eux une forme de surestimation qui faisait que par moments, ils te prouvaient qu'ils avaient les moyens de leurs ambitions".

Duel Tactique avec Bengt Johansson

L'ère Costantini a également été marquée par une rivalité intense avec l'équipe de Suède, entraînée par Bengt Johansson. Les deux hommes incarnaient des philosophies différentes, mais partageaient un profond respect mutuel.

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Bengt Johansson, l’ancien entraîneur et joueur suédois est décédé dimanche dernier, à l’âge de 79 ans. À la tête de l’équipe masculine de 1988 à 2004, le technicien suédois incarne la réussite du handball suédois. Quadruple champion d’Europe (1994, 1998, 2000 et 2002), double champion du monde (1990 et 1999), Bengt Johansson a également remporté trois médailles d’argent aux Jeux olympiques (1992, 1996 et 2000) pour bâtir le palmarès le plus imposant d’une équipe scandinave.

L’histoire retiendra que Daniel Costantini a remporté le premier duel face à son homologue suédois lors de la Polar cup en Norvège, le 25 novembre 1988, par 18 à 17 et un jet de 7m de Denis Lathoud. Le mano-à-mano entre les deux techniciens s’achèvera par une huitième victoire, 13 ans plus tard, dans un Bercy incandescent, synonyme de deuxième couronne mondiale des Bleus (28 à 25).

Daniel Costantini se souvient de Bengt Johansson comme d'un "homme charmant, un type entier qui m’inspirait le respect. Il avait des idées avant-gardistes dans le management des hommes… Bengt était un mec exceptionnel, c’est aussi pourquoi il a duré si longtemps."

Les Suédois développaient un jeu complet avec les ailiers qui couraient comme des lapins et qui étaient de bons finisseurs, aussi des supers arrières. Il y avait également le jeu autour du pivot, notamment avec Wislander. Avec ce jeu, en acier trempé, rien ne pouvait leur arriver. »

Costantini reconnaît que le jeu suédois était impressionnant car complètement équilibré. Il souligne également l'importance des ailiers et du jeu autour du pivot, notamment avec Wislander.

Après la Carrière d'Entraîneur

Après avoir quitté son poste d'entraîneur de l'équipe de France, Daniel Costantini s'est reconverti en consultant en gestion des ressources humaines auprès des entreprises. Il met ainsi son expérience de meneur d'hommes au service du monde de l'entreprise.

Membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, l’ancien entraîneur de l’équipe de France occupe, à présent, des fonctions de consultant à RMC Info, Eurosport et France Télévision. Un échange constructif avec Daniel Costantini, passionné par le handball et par la gestion des hommes. Un échange constructif avec Daniel Costantini, passionné par le handball et par la gestion des hommes.

Pour lui, il faut éviter « que quelqu'un ne soit pas au diapason au niveau de l'implication. Cela peut tout mettre en péril ». Il appartient donc aux managers, aux chefs d'entreprises, de faire en sorte que « tous les collaborateurs maîtrisent les gestes de base ».

Barcelone 1992: Rétrospective d'une médaille

Daniel Costantini a pris le temps de revisiter l'épopée des JO de Barcelone soldée par une médaille de bronze, le 8 août 1992. Trente ans après, Costantini s'en veut pourtant encore pour son coaching en demi-finales contre l'ogre suédois (défaite 25-22).

En 1990, on gagne deux tournois. En 1991, on n'est pas ridicules mais, pour moi, le juge de paix était le tournoi de Bercy, où je ne rigolais pas : j'invitais les Russes, les Suédois. On prend une "dorba" (raclée) contre les Russes, ça te calme. C'est le moment où j'ai voulu réintégrer Denis Lathoud, écarté en 1990. Avec Laurent Munier, je trouvais qu'ils n'étaient pas dans le ton. Il y avait Gilles Derot comme meneur de jeu. Lathoud c'était un individualiste, Munier un joueur imprévisible. Mais je me dis que peut-être des joueurs vont atteindre leurs limites…

Lathoud s'était pas mal transcendé dans la préparation physique. Déjà qu'il était intéressant, créatif, il est devenu indiscutable. Donc arrière gauche, Lathoud.

À Barcelone, avant le fameux premier match contre l'Espagne, Munier intimide Alemany…Quelques-uns avaient décidé de se mettre sur le chemin des Espagnols au réfectoire : soit ils arrivaient avant, soit ils les attendaient à la sortie. Et Munier regardait Alemany, l'arrière gauche, lui faisait le signe : je vais t'égorger. Au début, les Espagnols rigolaient, sauf que ça a duré quatre jours… Et que la France bat l'Espagne d'entrée (18-16) !

Sur le match pour le bronze contre l'Islande (24-20), Daniel Costantini a dit : "ce match n'est pas un jubilé. C'est un match qui s'inscrit dans l'aventure de l'équipe de France et qui va devoir conditionner l'avenir. Donc, je veux que ne le jouent que ceux qui seront encore là avec moi à la rentrée. Vous savez très bien tous les quatre que vous ne jouerez plus en équipe de France après."

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