L'Afrique du Sud et le Rugby : Une Histoire Étroitement Liée à la Coupe du Monde et à l'Histoire du Pays

Depuis son introduction par les Britanniques, le rugby est devenu un élément central du patrimoine historique et culturel de l'Afrique du Sud. Le parcours des Springboks, l'équipe nationale de rugby, est intimement lié à l'histoire politique du pays, notamment à l'apartheid et à la transition vers une nation unifiée.

Les Racines du Rugby en Afrique du Sud et l'Ère de l'Apartheid

Quand les soldats britanniques importèrent le rugby en Afrique du Sud au XIXe siècle, imaginaient-ils seulement que les Afrikaners leur infligeraient quelques années plus tard et pour longtemps de mémorables déculottées sportives ? Les Boers jouent alors avec leurs frères ennemis britanniques, même si les tensions entre les deux communautés sont palpables. En test-match, l’équipe d’Afrique du Sud est imbattable… jusqu’en 1956, que ce soit à l’extérieur ou à domicile.

En 1948, le Parti national remporte les élections et applique l’Apartheid dans tous les domaines. Le sport devient un outil pour affirmer la supériorité blanche sur les noirs. En 1960, aucun Maori n’est sélectionné dans l’équipe néo-zélandaise pour la tournée en Afrique du Sud, ce qui provoque l'indignation.

En 1970, lors d'une série de quatre matchs, les Springboks reçoivent les All Blacks. Des opposants à l’apartheid envahissent la piste de décollage d’Auckland pour empêcher l’avion des All Blacks de rejoindre l’Afrique du Sud. Ken Gray, un des piliers Néo-zélandais, refuse de participer à cette série de matchs pour des raisons morales.

L'Afrique du Sud est exclue de l'Assemblée Générale des Nations unies en 1974. En 1976, des écoliers noirs manifestent à Soweto, et la répression policière fait des centaines de morts. Les accords de Gleneagles en 1977 demandent une mise en quarantaine de toutes les équipes sportives sud-africaines. Malgré le boycott international, des tournées ont lieu en Afrique du Sud, notamment par les Lions britanniques en 1980, suivis par la France et l'Irlande, puis l'Angleterre. En 1985, le rugby international tourne le dos à l'Afrique du Sud, excluant le pays de la première Coupe du monde en 1987.

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L'Après-Apartheid et la Coupe du Monde de 1995

L'abolition de l'Apartheid le 30 juin 1991 marque un tournant. Nelson Mandela est libéré en 1990, et en 1994, il est élu président lors des premières élections démocratiques du pays.

L'année 1995 est historique avec la victoire des Springboks à la Coupe du monde dans leur propre pays. C’est lui, le capitaine, qui a reçu des mains de Nelson Mandela le trophée de la Coupe du monde en 1995. Cette victoire, symbolisant la fin de la ségrégation raciale, est exigée par Nelson Mandela. L’équipe des Springboks compte un joueur de couleur dans ses rangs : Chester Williams. Portés par tout un stade, par tout un peuple, les Springboks l’emportent face à la Nouvelle-Zélande ultra-favorite.

Le capitaine de l’équipe de rugby d’Afrique du Sud, François Pienaar, est félicité par le président de la République sud-africaine, Nelson Mandela, après la victoire de son équipe en finale de la Coupe du Monde le 24 juin 1995 à Johannesburg.

Les Springboks dans les Compétitions Internationales : Triomphes et Défis

Les Sud-Africains sont considérés comme l’une des meilleures équipes nationales au monde grâce à leurs palmarès. Ils détiennent dans leur armoire à trophée : deux Coupes du monde (1995 et 2007), trois tournois des Tri-nations (1998, 2004 et 2009) et deux Coupes d’Afrique des Nations (2000 et 2001).

En 1999, l’Afrique du Sud domine sa poule et écrase l’Angleterre en quarts de finale. En 2003, les Blacks et les Boks se retrouvent dès les quarts de finale, à Melbourne.

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En 2007, l'Afrique du Sud remporte son deuxième titre de champion du monde devant l'Angleterre. Percy Montgomery est sacré champion du monde avec les Springboks en 2007, compétition dans laquelle il est élu meilleur marqueur ainsi que le meilleur joueur ! Bryan Habana marque les esprits lors de la Coupe du monde 2007 en France. Lors de cette compétition avec, 8 réalisations, il égalise le record de meilleur marqueur d’essais alors détenu par le All-Black Jonah Lomu. En 2007 Bryan Habana devient le meilleur joueur du monde grâce à sa puissance et à sa pointe de vitesse incomparable.

En 2015, pour la quatrième fois de leur histoire, les deux nations de l’hémisphère Sud se retrouvent en Coupe du monde.

En 2019, lors du Mondial au Japon, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud se retrouvent dès leur premier match. Les Sud-Africains soulèvent le trophée Webb Ellis, le 2 novembre 2019.

En 2023, l'Afrique du Sud devient la première nation à décrocher un quatrième titre de champion du monde, en battant en finale leur grand rival néo-zélandais par la plus petite marge, à nouveau au Stade de France.

Transformation et Représentation : Vers une Équipe Plus Inclusive

Bien que le temps de l’apartheid soit désormais révolu, le groupe des trente joueurs victorieux lors de la Coupe du monde 2007 est le témoin d’un déséquilibre persistant. Le titre de 1995 n’a rien changé, hormis le symbole. Il a fallu près de vingt ans au pays pour obtenir un collectif reflétant le visage d’une nation unifiée, briser le racisme systémique de la société sud-africaine qui rendait inaccessible l’élite du rugby à la population noire des townships. En 1999, Nick Mallett aligne la dernière équipe sud-africaine entièrement blanche. En 2003, Geo Cronjé est exclu du squad sud-africain pour avoir refusé de partager sa chambre avec le métis Quinton Davids.

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Ces quartiers pauvres où a grandi Siya Kolisi, capitaine noir des Springboks depuis cinq ans, avant d’obtenir une bourse pour intégrer la prestigieuse Grey High School à Port Elizabeth. "Venant d’un township, n’ayant pas grand-chose, entrer à Grey, c'est voir votre rêve commencer à se réaliser. Car il y a beaucoup, là-bas. Ils vous donnent toutes les armes pour devenir celui que vous voulez devenir. Donc j’ai commencé à voir grand", confie Siya Kolisi.

Dans les années 2000, il est impossible de "voir grand" sans étudier dans les meilleures écoles. Elles sont le seul endroit où l’on joue au rugby sans imposer de quotas, pour bousculer la mentalité raciste des Afrikaners qui gardent la main sur les institutions du rugby, précieux héritage de l’époque coloniale. Imposer des quotas pour parvenir à la parité d’aujourd’hui entre noirs et blancs était sans doute nécessaire dans un milieu aussi conservateur que celui du rugby. Eduard Coetzee explique dans sa thèse sur les méthodes de transformation dans le rugby un système qu’il a mis en place dans son club des Sharks de Durban. "Si l’implication est au centre de votre organisation (…) votre satisfaction dure bien plus longtemps qu'une simple victoire dans un match. Nous allons régulièrement dans les townships mais nous y allons ensemble. Pas uniquement avec des joueurs blancs. On y va avec des joueurs qui viennent de ces townships. Et si ce modèle catalyse l'attention dans votre ville, alors vous pouvez changer durablement les choses".

En 2018, l’Afrique du Sud nomme le premier capitaine noir de l’histoire en la personne du flanker Siya Kolisi. Suivra en 2023 le talonneur Bongi Mbonambi.

Le Rugby en Afrique du Sud Aujourd'hui

En tant que sport le plus pratiqué en Afrique du Sud, le rugby compte 464 477 joueurs affiliés dont 446 821 joueurs masculins et 17 656 joueuses.

Samedi 23 septembre, l'Afrique du Sud affronte l'Irlande. Les Sud-Africains, champions du monde en titre, sont redoutés. Durablement au point que la présence de joueurs noirs dans l’équipe sud-africaine devienne naturelle. Et que la présence sur le terrain des Kolisi, Arendse, Kolbe, Willemse devienne incontestable.

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