Sommets de la Ligue Arabe : Entre aspirations d'unité et divisions persistantes

Les sommets de la Ligue Arabe, forums réunissant les États membres de cette organisation régionale, sont des moments clés pour aborder les défis communs et tenter d'harmoniser les politiques. Cependant, l'histoire de ces sommets est marquée par des aspirations à l'unité souvent mises à mal par des divisions profondes et des intérêts divergents.

Tentatives d'harmonisation et initiatives de paix

Depuis sa création en 1945, la Ligue des États arabes a cherché à coordonner les positions de ses membres, en particulier sur la question palestinienne. En mars 2002, lors d'un sommet à Beyrouth, la Ligue a proposé une initiative de paix audacieuse, allant jusqu'à envisager des relations normalisées avec Israël dans le cadre d'une paix globale. Cette initiative, issue d'une proposition saoudienne et s'appuyant sur le plan de Fès de 1982, demandait à Israël de se retirer des territoires occupés en 1967, de reconnaître un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, et de trouver une solution juste pour les réfugiés palestiniens, en échange d'une reconnaissance de l'État d'Israël.

Malgré ce consensus apparent, l'initiative a été rapidement rejetée par le Premier ministre israélien de l'époque, Ariel Sharon.

Divisions et absence d'unanimité

Les sommets de la Ligue Arabe ont souvent été le théâtre de divisions profondes entre les États membres. Dès les premières années de la Ligue, des clivages sont apparus entre une coalition hachémite et une coalition égypto-saoudienne. Pendant la Guerre froide, ces divisions se sont traduites par des oppositions entre les pays soutenant l'URSS et ceux alignés sur les États-Unis.

Plus récemment, le sommet d'Alger de novembre 2022 a illustré les difficultés persistantes de la Ligue à parvenir à une position unie. Plusieurs chefs d'État, dont le roi d'Arabie Saoudite, le roi de Jordanie et le président égyptien, étaient absents. Des tensions entre l'Algérie et le Maroc, exacerbées par la question du Sahara occidental, ont également contribué à l'échec de ce sommet.

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Le sommet d'Alger de 2022 : un rendez-vous manqué ?

Le 31e sommet de la Ligue Arabe, qui s'est tenu à Alger les 1er et 2 novembre 2022, était censé être un moment de relance pour l'organisation. L'Algérie, forte de sa position de fournisseur de gaz dans un contexte de crise énergétique, espérait jouer un rôle de premier plan. Cependant, le sommet a été marqué par des dissensions internes et des tensions avec le Maroc.

Les sujets abordés lors du sommet étaient pourtant cruciaux : les crises en Libye, au Liban, au Soudan et au Yémen, la relance de l'initiative de paix arabe, la sécurité alimentaire et la sécurité hydrique. Malgré des discussions, le sommet n'a pas abouti à des décisions concrètes. La "Déclaration d'Alger" adoptée à l'issue du sommet n'a pas apporté de solutions aux problèmes les plus urgents.

L'absence de plusieurs dirigeants clés, les tensions entre l'Algérie et le Maroc, et les divergences sur des questions comme la Syrie et Israël ont contribué à l'échec du sommet d'Alger.

Facteurs de division persistants

Plusieurs facteurs expliquent les divisions persistantes au sein de la Ligue Arabe :

  • Rivalités régionales : Des rivalités de longue date opposent certains États membres, comme l'Algérie et le Maroc. Ces rivalités peuvent entraver la coopération et l'harmonisation des politiques.
  • Différences idéologiques : Les États membres de la Ligue Arabe ont des systèmes politiques et des idéologies différents. Certains sont des monarchies, d'autres des républiques. Certains sont plus proches des États-Unis, d'autres de la Russie ou de l'Iran.
  • Question palestinienne : Si tous les États membres soutiennent en principe la cause palestinienne, ils divergent sur la manière de la défendre et sur les relations à entretenir avec Israël.
  • Ingérences extérieures : Des puissances extérieures, comme les États-Unis, la Russie, l'Iran et la Turquie, exercent une influence dans la région et peuvent attiser les divisions entre les États arabes.

L'Arabie Saoudite : un acteur central

L'Arabie Saoudite joue un rôle de plus en plus important au sein de la Ligue Arabe. Le royaume a longtemps été méfiant à l'égard de la Ligue, qu'il considérait comme trop influencée par l'Égypte et les pays "progressistes". C'est pourquoi l'Arabie Saoudite a favorisé la création de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) en 1969.

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Aujourd'hui, l'Arabie Saoudite est à la manœuvre au sein de la Ligue Arabe. C'est à l'initiative du royaume que la réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères a été convoquée en mai 2018, suite aux événements tragiques de Gaza et au transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem. En insistant pour que la Ligue réitère son soutien au processus de paix israélo-palestinien, Riyad a évité que l'Égypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, ne soient appelés à geler ces relations.

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